Le soutien des États-Unis au développement d’une chaîne de valeur pour la production de batteries destinées aux véhicules électriques en République démocratique du Congo (RDC), comme envisagé dans un protocole d’accord (MoU) signé en décembre 2022, pourrait ne pas se concrétiser. Depuis son investiture en janvier dernier, le président américain, Donald Trump (photo), a engagé une série de mesures visant à renforcer l’approvisionnement du pays en minéraux critiques issus de sources locales.
Cette réorientation stratégique s’est traduite par la signature d’un décret mobilisant des pouvoirs d’urgence pour accélérer la production domestique de ces ressources, notamment le cuivre, considéré comme essentiel pour les technologies de la transition énergétique.
La nouvelle politique américaine met désormais l’accent sur l’extraction et le traitement des matières premières sur le territoire national, au détriment des segments en aval de la chaîne de valeur, tels que la fabrication de batteries ou de véhicules électriques à l’international. À titre d’exemple, l’administration Trump a suspendu la distribution des fonds issus de l’Inflation Reduction Act (IRA), initialement prévus pour soutenir les chaînes de valeur mondiales dans le domaine des batteries, afin de réévaluer leur utilisation selon les nouvelles priorités politiques.
Avec cette nouvelle orientation, la concrétisation des intentions américaines exprimées dans le protocole d’accord de décembre 2022 paraît incertaine. Dans ce document, Washington s’engageait à prendre des mesures pour promouvoir l’initiative de développement de batteries pour véhicules électriques en RDC auprès du secteur privé et des investisseurs américains. Cela pourrait inclure, selon le texte, « le développement commercial ainsi que l’exploration d’opportunités d’assistance technique afin de faciliter la participation potentielle du secteur privé américain à de tels projets ».
Le 26 mars 2025, la RDC a lancé les travaux d’aménagement de la Zone économique spéciale (ZES) de Musompo, dédiée à la production de précurseurs de batteries, de batteries, et potentiellement à l’assemblage de véhicules électriques à partir des matières premières locales. Située dans la province du Lualaba, riche en cobalt, cette zone vise à mobiliser près de 2 milliards de dollars d’investissements privés.
En 2023, Julien Paluku, alors ministre de l’Industrie, estimait pour sa part à 30 milliards de dollars l’investissement nécessaire pour implanter une première usine intégrée de fabrication de précurseurs de batteries, de batteries et de véhicules électriques. Il avait également affirmé que ce projet pourrait permettre à la RDC de « capter d’ici 2035–2040 près de 7 000 milliards de dollars » sur la chaîne de valeur mondiale.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Véhicules électriques : la RDC lance l’aménagement de sa zone économique spéciale
Véhicules électriques : le Maroc invité à rejoindre l’initiative RDC-Zambie
Projet de raffinerie de cobalt de Lualaba : des investisseurs américains « fortement intéressés »
En vue de renforcer ses positions dans la chaîne d’approvisionnement mondiale en lithium, le géant minier australien Rio Tinto s’intéresse à l’Afrique. Selon des informations rapportées le 28 mars 2025 par Bloomberg, qui cite des sources proches du dossier, la compagnie mène actuellement des discussions avec la République démocratique du Congo (RDC) concernant l’exploitation de la partie sud du gisement de Manono.
Rio Tinto s’est récemment imposé comme l’un des principaux fournisseurs mondiaux de ce métal stratégique, à la suite de l’acquisition d’Arcadium Lithium pour 6,7 milliards de dollars. Cette société détient plusieurs projets de développement en Argentine, aux États-Unis et en Asie.
Parallèlement, le groupe australien développe ses propres actifs de lithium, notamment à Rincon, en Argentine, et à Jadar, en Serbie. En 2024, Rio Tinto a également signé un partenariat avec le Rwanda en vue d’exploiter des gisements de minéraux stratégiques, dont le lithium.
Ce nouveau contact avec Kinshasa constitue néanmoins la première approche directe de Rio Tinto sur le continent africain pour un actif dont le potentiel est déjà reconnu. Manono est en effet considéré comme l’un des plus grands gisements de lithium inexploités au monde, avec des ressources minérales estimées à au moins 400 millions de tonnes.
Les discussions en cours en sont encore à un stade préliminaire, précisent les sources, et aucun accord n’a pour l’instant été conclu entre les parties.
Rio Tinto n’est d’ailleurs pas la seule compagnie internationale à s’intéresser au projet de Manono. Bloomberg a révélé la semaine dernière que l’Américain KoBold Metals — soutenu par Bill Gates et Jeff Bezos — a également proposé aux autorités congolaises un plan de développement pour la partie sud du gisement.
Des intérêts qui pourraient toutefois se heurter à ceux de la société australienne AVZ Minerals, détentrice actuelle du permis couvrant la partie sud du projet. L’entreprise est par ailleurs engagée dans une procédure judiciaire contre la société d’État Cominière, qu’elle accuse d’avoir scindé illégalement le permis d’exploitation de Manono. Cette scission avait conduit à la création de Manono Lithium SAS, une coentreprise entre Cominière et le groupe chinois Zijin Mining, qui développe aujourd’hui la partie nord du gisement.
L’intérêt manifesté par Rio Tinto intervient dans un contexte où les perspectives à long terme du marché du lithium sont jugées favorables. Si le prix de ce minerai a fortement chuté depuis 2022, en raison d’un excès d’offre temporaire, les analystes prévoient un retournement de tendance dans les prochaines années, porté par la dynamique de la transition énergétique.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande mondiale de lithium devrait croître fortement, au point de provoquer un déficit de plus de 150 000 tonnes d’ici 2030.
Aurel Sèdjro Houenou, Agence Ecofin
Lithium de Manono : Bill Gates et Jeff Bezos s’invitent dans la bataille
Litige sur le lithium de Manono : AVZ obtient une nouvelle décision favorable
Accord minerais contre sécurité : Tshisekedi annonce des avancées avec les États-Unis
Depuis le 1er janvier 2025, toute personne, physique ou morale, reconnue coupable de faire « obstruction » à la transparence et à la traçabilité dans le secteur minier est sanctionnée d’une une amende d’une valeur de 4,3 millions de dollars. L’information, contenue dans la décision n° CAMI/DG/003/2024 du 16 décembre 2024, consultée par Bankable, n’a pas fait l’objet d’une large diffusion auprès du public. Il s’agit de la plus récente directive de la direction générale du Cadastre minier de la République Démocratique du Congo (RDC) sur cette question.
Cet ajustement est prévus par l’article 375 du Code minier de 2018, qui a modifié celui de 2002. Il stipule que les montants des amendes pour violation des règles du secteur, exprimés en monnaie étrangère, « doivent être ajustés annuellement par décision du responsable du Cadastre minier sur avis de la Banque centrale du Congo afin de maintenir constante leur valeur ».
Depuis l’entrée en vigueur du Code minier actuel en 2018, au moins quatre décisions de la direction générale du Cadastre minier ont modifié le montant des amendes. Mais celle du 16 décembre 2024 s’impose comme la plus sévère en matière de sanctions pour « obstruction » à la transparence et à la traçabilité des ressources extractives. Elle multiplie par dix le seuil précédent (2024), qui était de 429 122 dollars. Avant cela, ces amendes avaient déjà atteint les montants de 1,23 million de dollars en 2021 et 1,07 million de dollars en 2022.
L’amende pour « obstruction » à la transparence et à la traçabilité n’est toutefois pas la seule à avoir été modifiée en ce début d’année 2025. Les sanctions relatives à une dizaine d’autres infractions ont également été multipliées par deux, quatre ou dix (voir ci-dessous). Les raisons de ce durcissement ne sont pas mentionnées dans le texte. Mais cette mesure intervient dans un contexte où le gouvernement mène une campagne active contre les rebelles du M23, accusé de piller les ressources de la RDC avec l’appui du Rwanda.
Il sera néanmoins difficile de faire appliquer cette décision dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Depuis janvier, les rebelles du M23 ont lancé une offensive dans ces régions avec le soutien du Rwanda. Ces forces contrôlent aujourd’hui plusieurs zones stratégiques, notamment les mines de Rubaya ainsi que les villes de Goma et Bukavu. Mais l’inauguration récente d’un bâtiment du Cadastre minier dans le Katanga, autre zone minière du pays, peut être perçue comme un signe de la volonté de l’administration minière de se rapprocher des acteurs du secteur et de veiller au respect des règles par les opérateurs.
Liste actualisée des amendes pour violation des règles dans le secteur minier en RDC
(Décision CAMI/DG/003/2024 – en vigueur depuis le 1er janvier 2025)
Georges Auréole Bamba
Lire aussi :
Conflit à l’est de la RDC : l’Union européenne sanctionne l’industrie minière rwandaise
Conflit à l’est de la RDC : 38 sites miniers interdits d’exploitation pour asphyxier le M23
Trafic de coltan en RDC : un rapport de l’ONU met en cause le Rwanda
Le 21 mars 2025, à l’occasion de l’ouverture du nouveau bureau de DRC Gold Trading SA dans la province du Maniema, son directeur de siège, Amisi Mudjanahery, a tenu à rassurer les coopératives minières, négociants et acheteurs agréés auprès desquels l’entreprise s’approvisionne, sur sa capacité à acheter l’intégralité de l’or produit de manière artisanale dans la région, grâce à un partenariat avec Rawbank.
« L’entreprise est là pour collecter tout l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle. Cet or doit être tracé. Avec la Rawbank, la DRC Gold Trading SA voudrait rassurer tous ces fournisseurs qu’elle achètera cash tout l’or qui lui sera fourni », a déclaré Amisi Mudjanahery.
Ce dernier ne s’est cependant pas étendu sur les termes de ce partenariat avec la première banque du pays. Il reste donc difficile de savoir comment Rawbank compte accompagner DRC Gold Trading SA, seule entreprise habilitée à exporter l’or issu de l’exploitation artisanale en République Démocratique du Congo (RDC).
En 2024, DRC Gold Trading envisageait d’exporter au moins 12 tonnes d’or, mais n’en a finalement expédié que 1,75 tonne. En plus de l’arrêt d’activité sur une partie de l’année, des expertes du secteur estiment que cette contreperformance est également liée au déficit de compétitivité des prix proposés par l’entreprise publique, face à des offres plus élevées disponibles sur le marché noir. À cela s’ajoute la réglementation bancaire, qui limite les transactions quotidiennes en espèces.
Malgré ce contexte, le président provincial de la corporation des négociants d’or du Maniema s’est montré optimiste. David Kikuni veut croire que l’ouverture d’un comptoir d’achat de DRC Gold Trading dans la province mettra fin à l’exode de la production aurifère, renforçant ainsi la traçabilité et la gouvernance du secteur.
Contrairement à d’autres provinces minières du pays, le volume de production artisanale d’or dans cette région reste difficile à suivre. Selon les statistiques partielles de la Cellule technique de coordination et de planification minière, la production artisanale d’or au premier trimestre 2024 s’élevait à 5,77 kg. Toutefois, le rapport annuel 2024 ne mentionne pas le Maniema. À titre de comparaison, la province avait produit 9,87 kg d’or artisanal au premier semestre 2022, soit 10,18 % de la production nationale pour cette période.
Ronsard Luabeya, stagiaire
Lire aussi :
Exportations d’or artisanal : 2025 démarre mal pour la RDC après une chute de 66 % en 2024
Achat de l’or artisanal : après le Sud-Kivu, DRC Gold Trading s’implante dans le Tanganyika
Le groupe chinois Norinco ne figure plus parmi les prétendants au rachat des mines de cuivre et de cobalt Étoile et Mutoshi, exploitées par Chemaf Resources en République démocratique du Congo (RDC). L’information, relayée par Bloomberg, s’appuie sur des sources proches du dossier. Le retrait de Norinco ferait suite au veto émis par l’État congolais, empêchant la finalisation de la transaction.
Chemaf avait conclu en juin 2024 un accord avec Norinco pour céder les deux actifs miniers, dans le cadre d’un plan visant à apurer une dette estimée à 900 millions de dollars. L’offre, d’un montant global de 1,4 milliard de dollars, semblait bien engagée avant d’être bloquée par Gécamines, la société publique congolaise, détentrice des droits sur les permis d’exploitation des mines concernées.
La compagnie minière congolaise, qui avait octroyé ces permis à Chemaf en 2015 pour une période de 25 ans, a exprimé son intention de récupérer ses actifs. En novembre 2024, elle a même formulé une offre avoisinant 1 million de dollars pour reprendre le contrôle des sites.
Face au blocage, Norinco aurait tenté de sauver l’accord en proposant à Kinshasa de relever la part de l’État congolais dans le projet, portant sa participation à 15 % contre 5 % initialement. Cette initiative, révélée par Reuters en février 2025, visait à répondre aux prétentions de la Gécamines. Mais les dernières informations indiquent que l’État congolais n’a finalement pas donné les autorisations nécessaires à la finalisation de la transaction.
Chemaf à la recherche d'une issue
Du coup, indique Bloomberg, les deux sociétés ont décidé d’abandonner l’accord, dont le contrat de vente arrivait à échéance le 22 mars. Chemaf a ensuite informé ses créanciers de la situation, précisant qu’elle travaille désormais avec les autorités congolaises pour identifier des solutions alternatives susceptibles de lui permettre de rembourser sa dette.
On ignore pour l’instant les véritables intentions de Kinshasa. Mais cette affaire intervient dans un contexte où les autorités congolaises s’efforcent de diversifier les investissements dans un secteur minier encore largement dominé par la Chine. Cette politique ouvre la voie à des acteurs venus d’autres pays, notamment l’Arabie saoudite et les États-Unis. Des discussions sont d’ailleurs en cours entre Kinshasa et Washington autour d’un accord sur les minerais stratégiques, en contrepartie d’un appui sécuritaire face aux rebelles du M23 et leur soutien rwandais.
Le manque d’avancées concrètes sur ce dossier entretient toutefois l’incertitude sur l’avenir de la mine Étoile et, surtout, du projet Mutoshi, dont le développement reste bloqué. Selon les plans de Chemaf, ce complexe minier secondaire devait produire, à terme, jusqu’à 50 000 tonnes de cuivre et 16 000 tonnes de cobalt par an.
Aurel Sèdjro Houenou (stagiaire), Agence Ecofin
Lire aussi :
La Gécamines prête à investir près d’un million $ pour racheter Chemaf et assumer le passif
KoBold Metals souhaite reprendre une partie du projet de lithium de Manono, situé dans la province du Tanganyika en République démocratique du Congo (RDC), actuellement au cœur d’un litige juridique entre la société publique Cominière et le groupe australien AVZ. Selon l’agence Bloomberg, la compagnie minière américaine — soutenue notamment par les milliardaires Bill Gates et Jeff Bezos — a adressé le 21 janvier 2025 une lettre au chef de cabinet du président congolais, Félix Tshisekedi, en ce sens.
D’après les informations relayées le 21 mars dernier par le média américain, KoBold propose un arrangement dans lequel AVZ recevrait une « compensation appropriée » en échange de l’abandon de ses prétentions sur le projet. Dans ce scénario, le groupe chinois Zijin conserverait la partie nord du gisement, tandis que KoBold prendrait en charge le développement de la partie sud. L’entreprise américaine suggère également que la participation minoritaire au projet soit directement assurée par l’État congolais, plutôt que par Cominière.
Depuis 2023, AVZ conteste la décision des autorités congolaises de lui retirer ses droits sur le projet Manono et de scinder le permis d’exploitation, dont une partie a été attribuée au groupe chinois Zijin Mining. Le tribunal arbitral de la Chambre de commerce internationale (CCI) a récemment condamné la société publique Cominière à verser 39,1 millions d’euros de pénalités pour non-respect d’injonctions. Toutefois, la juridiction ne s’est pas encore prononcée sur le fond de l’affaire.
Outre Zijin Mining, partenaire de Cominière, un autre acteur chinois est impliqué dans ce dossier : Suzhou CATH Energy Technologies. En janvier 2025, cette société a mobilisé une facilité de crédit de 20 millions de dollars pour soutenir AVZ dans sa bataille juridique.
Pour l’heure, aucune des parties concernées n’a officiellement réagi aux récents développements. Le 14 mars, cependant, AVZ a confirmé chercher du soutien aux États-Unis pour faire avancer le développement du projet Manono, comme rapporté par le journal The Australian. La société a précisé avoir « rencontré diverses parties qui ont exprimé leur intérêt pour le projet Manono », sans toutefois révéler l’identité des interlocuteurs ni les objectifs précis des discussions engagées.
Ces développements s’inscrivent également dans un contexte géopolitique plus large. La République démocratique du Congo et les États-Unis discutent depuis quelque temps d’un accord sur les minerais critiques. Kinshasa cherche à obtenir le soutien de Washington dans sa lutte contre les groupes rebelles actifs dans l’est du pays, en échange d’un accès privilégié des entreprises américaines aux ressources minières congolaises.
KoBold est une jeune compagnie minière qui s’est fait connaître en 2022 en investissant dans le développement d’un gisement de cuivre en Zambie. L’entreprise ambitionne de mettre les nouvelles technologies, en particulier l’intelligence artificielle, au service de l’exploration des minerais stratégiques nécessaires à la transition énergétique. En 2023, son PDG, Kurt House, affirmait que la RDC est probablement « le meilleur endroit au monde » pour les matériaux que recherche sa société.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Litige sur le lithium de Manono : AVZ obtient une nouvelle décision favorable
Accord minerais contre sécurité : Tshisekedi annonce des avancées avec les États-Unis
Internet : Bill Gates discute de la connectivité par satellite avec le président Tshisekedi
Dans une interview diffusée le 19 mars 2025 sur la chaîne américaine Fox News, réputée proche du président Donald Trump, le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a confirmé la volonté de son pays de conclure un accord avec les États-Unis pour obtenir un appui sécuritaireen échange d’un accès aux minerais critiques.
À la question de savoir où en sont les négociations, il a répondu : « Nous sommes en quête de partenariats et en avons établi avec plusieurs pays. Nous pensons que les États-Unis, au regard de leur rôle et de leur influence dans le monde, sont un partenaire important pour nous. Nous sommes heureux de voir qu’avec l’administration Trump, les choses avancent à un rythme plus rapide des deux côtés. »
Néanmoins, le président congolais n’a fait aucune mention d’une éventuelle livraison d’armes ou de la présence de militaires américains en RDC. Un tel besoin avait été suggéré dans la lettre adressée au ministre américain des Affaires étrangères, Marc Rubio, par un groupe de lobbyistes agissant pour le compte du sénateur Pierre Kanda Kalambayi. Ce dernier est président de la Commission défense, sécurité et protection des frontières au Sénat et membre du parti du président Tshisekedi.
Le chef de l’État congolais a plutôt évoqué la possibilité, pour les États-Unis, d’investir durablement dans l’extraction des minerais critiques, en mettant l’accent sur la chaîne de transformation, afin de créer des emplois et d’assurer une stabilité à long terme.
Répondant à la question de savoir comment il prévoit de garantir la sécurité des investisseurs américains dans son pays, Félix Tshisekedi a indiqué qu’il est prévu un renforcement des capacités de défense de l’armée. Il a également mentionné qu’il comptait sur les pressions et sanctions que les États-Unis pourraient appliquer contre certains groupes armés.
Un envoyé spécial de Trump à Kinshasa
Cette interview intervient quelques jours seulement après la visite d’un envoyé spécial du président américain en RDC. Ronny Jackson, qui est par ailleurs membre du Congrès américain, a été reçu le 16 mars dernier par le président Tshisekedi.
« Il faut que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC soient respectées de tous. Nous allons travailler pour que tous les obstacles sur le chemin de la paix soient levés, afin que la paix revienne en RDC », a indiqué, à l’occasion M. Jackson, selon des propos rapportés par la présidence de la RDC. « Nous voulons travailler pour que les entreprises américaines puissent venir investir et travailler en RDC. Et pour cela, nous devons nous assurer qu’il y a un environnement de paix », a-t-il ajouté, selon la même source.
L’envoyé de Donald Trump s’est également rendu au Congo-Brazzaville, où il a été reçu par le président Denis Sassou Nguesso. Selon la presse officielle chinoise, il lui aurait été demandé de jouer un rôle de médiateur dans le conflit.
Rivalités Etats-Unis-Chine.
Les négociations avec les États-Unis se confirment alors que de nouveaux acteurs interviennent dans le processus visant à ramener la paix à l’est de la RDC. Le Qatar, qui collabore souvent avec les États-Unis dans la gestion de certains conflits, a réussi à organiser, le 17 mars dernier, une rencontre entre les présidents Tshisekedi de la RDC et Kagamé du Rwanda. Kigali est accusé de soutenir les rebelles du M23 qui ont lancé une offensive en janvier dernier, prenant le contrôle de plusieurs localités, dont Goma et Bukavu, les plus grandes villes de la région.
Ces discussions surviennent également dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Pékin, qui contrôle près de 80 % des mines en RDC, est plus que jamais considérée comme un adversaire économique et géostratégiquepar Washington. Par ailleurs, la RDC a déjà signé d’autres accords de principe avec diverses entités, notamment l’Union européenne, l’Arabie saoudite et le Japon, dont les intérêts ne coïncident plus nécessairement avec ceux des États-Unis.
L’issue de ces discussions reste attendue. Comme révélé pour la première fois par Bankable, la Banque mondiale estime la valeur des ressources en minerais critiques de la RDC à 24 000 milliards de dollars. Ces ressources sont indispensables dans l’économie mondiale actuelle, marquée par le développement technologique et des tensions géopolitiques qui accélèrent une nouvelle course aux armements de pointe.
Georges Auréole Bamba
Lire aussi :
Minerais critiques contre sécurité : du lobbying en faveur de la RDC auprès de Trump
Marché américain : pourquoi la RDC conserve son accès sans droits de douane
En RDC, 80 % des mines opérées avec des partenaires chinois (officiel)
Minerais critiques : les réserves de la RDC estimées à 24 000 milliards $
L’Union européenne a décidé, le 17 mars 2025, d’ajouter neuf personnes et une entité à la liste des sanctions visant les responsables de l’instabilité en République Démocratique du Congo (RDC). Parmi les nouvelles cibles figurent la raffinerie d’or Gasabo, basée à Kigali, ainsi que Francis Kamanzi, directeur général de l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz (RMB).
Ces sanctions incluent l’interdiction d’entrée et de transit sur le territoire des 27 pays membres de l’UE, l’interdiction de recevoir des fonds en provenance de l’UE ou d’entités qui y sont liées, ainsi que le gel des avoirs financiers et autres ressources économiques.
« Le transit de l’or par la seule raffinerie d’or du Rwanda, Gasabo Gold Refinery, contribue à l’exportation illicite via le Rwanda de l’or extrait illégalement. Gasabo Gold Refinery a donc exploité le conflit armé, l’instabilité ou l’insécurité en RDC, notamment par l’exploitation ou le commerce illicites de ressources naturelles », indique la décision signée par Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission européenne.
Selon le même document, Francis Kamanzi « est responsable de l’exploitation du conflit armé, de l’instabilité ou de l’insécurité en RDC, notamment par l’exploitation ou le commerce illicite de ressources naturelles ».
Dans un communiqué publié le 17 mars au soir, le gouvernement congolais s’est félicité de ces nouvelles sanctions européennes, qui font suite à l’annonce du réexamen de l’accord sur les minéraux stratégiques signé en février 2024 entre Kigali et l’UE.
« Le gouvernement de la RDC salue les sanctions imposées par l’UE à l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz ainsi qu’à la raffinerie d’or de Gasabo. Ces sanctions constituent une première étape dans la lutte contre le pillage des ressources minières de la RDC par le Rwanda », indique le ministère de la Communication.
« Sanctions plus robustes »
Plusieurs rapports indépendants estiment que les exportations rwandaises de minéraux sont en réalité des réexportations de ressources extraites en RDC et introduites en contrebande au Rwanda. Alors que le conflit s’intensifie dans l’est de la RDC, Kinshasa appelle à des « sanctions plus robustes » et plaide pour la mise en place d’un embargo sur les minerais extraits illégalement du pays puis exportés par le Rwanda.
Le secteur minier rwandais est devenu un pilier de l’économie nationale ces dernières années. En 2023, les exportations de minéraux ont atteint un niveau record de 1,1 milliard de dollars, dont 883 millions provenant de l’or, représentant environ 70 % des exportations totales du pays. Le secteur contribue également à hauteur de 3 % au PIB national. Le Rwanda revendique même un potentiel minéral estimé à 150 milliards de dollars, que l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz (RMB) est chargé de valoriser.
Outre l’implantation de raffineries pour transformer les minéraux, le Rwanda a annoncé en juillet 2024 un partenariat avec Rio Tinto. Le deuxième plus grand groupe minier au monde en termes de capitalisation boursière chercherait ainsi à exploiter des gisements de minerais 3T (étain, tantale et tungstène) ainsi que de lithium.
Il est encore difficile d’évaluer l’impact de ces sanctions sur le secteur minier rwandais, notamment sur les exportations de 2025 et l’attractivité du pays pour les investisseurs. Toutes les raffineries opérant au Rwanda ne sont pas concernées par ces mesures, et les mécanismes internationaux de traçabilité en place n’ont jusqu’ici pas empêché l’infiltration de minéraux issus du pillage des rebelles en RDC dans la chaîne d’approvisionnement.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Conflit à l’est de la RDC : l’UE annonce un réexamen de son accord minier avec le Rwanda
Conflit à l’est de la RDC : 38 sites miniers interdits d’exploitation pour asphyxier le M23
Trafic de coltan en RDC : un rapport de l’ONU met en cause le Rwanda
Le recul des exportations d’or artisanal de la République Démocratique du Congo (RDC) pourrait se poursuivre en 2025, après une chute de 66 % l’an dernier. La société publique DRC Gold Trading SA, qui a pris la relève de Primera Gold, peine à stabiliser ses opérations en raison des tensions sécuritaires persistantes dans l’est du pays. Ce qui pourrait développer la contrebande et réduire les exportations légales.
En janvier 2025, DRC Gold Trading SA a exporté 200 kg d’or depuis ses succursales de Kalemie (Tanganyika) et Bukavu (Sud-Kivu). Toutefois, dans un communiqué publié le 11 mars, l’entreprise a annoncé la suspension de ses achats auprès des mineurs artisanaux à Bukavu. Cette décision fait suite à l’avancée des groupes rebelles dans la région, poussant le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, à interdire l’exploitation dans plusieurs sites miniers.
Le Sud-Kivu a représenté plus de 90 % des exportations d’or artisanal en 2023 et 2024. En revanche, les provinces du Tanganyika et de l’Ituri, où DRC Gold Trading SA envisage d’intensifier ses activités pour compenser la suspension des opérations au Sud-Kivu, ne pèsent actuellement que 5 % des exportations officielles. Si l’entreprise ne parvient pas à redéployer ses opérations efficacement, 2025 pourrait enregistrer une deuxième année consécutive de repli des exportations d’or artisanal.
En 2023, la RDC a exporté 5,18 tonnes d’or artisanal, marquant une progression spectaculaire de 12 000 % par rapport à l’année précédente. Cette performance exceptionnelle était en grande partie due à Primera Gold, une coentreprise entre l’État congolais et le groupe émirati Primera Group, chargé de ramener dans le circuit officiel l’or extrait de manière artisanale. Cependant, l’arrêt de ses activités à la mi-2024, invoquant des difficultés logistiques et sécuritaires, a fortement impacté le procéssus. En 2024, les exportations ont chuté à 1,75 tonne, soit une baisse de 66 %, selon les statistiques du ministère des Mines publiées en mars.
À moyen terme, l’évolution des exportations d’or artisanal en RDC dépend d’une amélioration de la situation sécuritaire. Les pourparlers de paix prévus en Angola le 18 mars pourraient donner des indications sur un éventuel apaisement. Toutefois, en l’absence de signaux concrets, les perspectives restent incertaines.
Dans ce contexte, l’objectif de DRC Gold Trading SA d’exporter 150 tonnes d’or en cinq ans paraît de plus en plus compromis.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Achat de l’or artisanal : après le Sud-Kivu, DRC Gold Trading s’implante dans le Tanganyika
Conflit à l’est de la RDC : 38 sites miniers interdits d’exploitation pour asphyxier le M23
Avancée du M23 : un défi pour la formalisation de la mine artisanale en RDC
Or artisanal : les exportations de la RDC chutent de 71 % à fin septembre 2024
La Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale a rendu, le 10 mars 2025, une nouvelle décision en faveur d’AVZ Minerals dans le contentieux qui l’oppose à la société publique Cominière en République Démocratique du Congo (RDC). L’entreprise australienne a annoncé cette décision le vendredi 14 mars, précisant qu’elle confirme des injonctions antérieures et condamne Cominière à une pénalité de 39,1 millions d’euros (42,4 millions de dollars à la valeur actuelle) pour non-respect des décisions du tribunal.
Le litige remonte à la rupture contestée par AVZ du partenariat autour du projet de lithium de Manono. En 2023, AVZ avait obtenu des injonctions interdisant à Cominière de prendre des décisions jusqu’à ce qu’un jugement soit rendu sur le fond. Cependant, la société publique congolaise n’a pas respecté ces ordres. Le tribunal a estimé que Cominière avait violé ces injonctions en obtenant une extension du permis litigieux, en sollicitant et obtenant sa scission, qui a ensuite été attribuée à Manono Lithium SAS, une coentreprise entre Cominière et une filiale du géant minier chinois Zijin Mining.
Si cette décision renforce la position d’AVZ, elle ne règle toutefois pas la question de fond du litige. De plus, la manière dont AVZ compte récupérer la somme imposée à Cominière reste floue. Par ailleurs, la Cour a rejeté la demande de Cominière visant à annuler les injonctions précédentes, mais ne s’est pas encore prononcée sur l’éviction d’AVZ du projet.
Dans l’attente d’un règlement définitif, il reste à voir l’impact de ces nouveaux développements sur le calendrier annoncé par Zijin Mining, qui prévoit le début de la production de lithium à Manono en 2026. Jusqu’à présent, la procédure judiciaire n’a pas empêché Cominière et son partenaire de coentreprise de poursuivre leurs avancées sur ce projet stratégique, qui pourrait permettre à la RDC de rejoindre le cercle des producteurs africains de lithium.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Lithium de Manono : le chinois CATH soutient désormais AVZ dans son différend avec l’État
Lithium de Manono : Zijin Mining table sur un début de production en 2026
Lithium de Manono : AVZ sous le coup d’une enquête pour corruption en Australie
Alphamin Resources a annoncé, ce 13 mars 2025, l’arrêt temporaire de la production sur sa mine d’étain de Bisie, situé dans le territoire de Walikale, province du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo (RDC). Cette décision, prise par le conseil d’administration de l’entreprise, fait suite à l’avancée des rebelles du M23 et de leurs soutiens au sein des forces armées rwandaises, qui progressent vers l’ouest en direction du site minier.
« Le 9 mars 2025, ces groupes ont occupé la ville de Nyabiondo, capitale du secteur Osso-Banyungu, située à environ 110 km au nord-ouest de Goma. Le 12 mars, ils ont poursuivi leur progression et pris la localité de Kashebere, située à 13 km à l’ouest de Nyabiondo (et à 172 kilomètres du site minier, NDLR) », affirme l’entreprise.
Face à cette menace sécuritaire croissante, Alphamin a estimé que la sécurité de ses employés et sous-traitants ne peut plus être garantie, ce qui a justifié l’évacuation du personnel opérationnel. Seule une équipe réduite est restée sur place pour assurer la maintenance et la protection des installations.
L’entreprise dit suivre de près les pourparlers de paix prévus le 18 mars 2025 en Angola, dans l’espoir de reprendre ses activités dès que la situation le permettra. Mais l’annonce de la suspension de ses opérations a eu un effet quasi immédiat sur le marché mondial de l’étain.
Selon les données du London Metal Exchange (LME), les prix de l’étain ont bondi de 3,3 %, atteignant 34 530 dollars la tonne métrique, après avoir culminé à 34 815 dollars, leur plus haut niveau depuis juillet. Tom Langston, analyste principal pour l’International Tin Association (ITA), précise que le prix de l’étain pour livraison à trois mois s’élève aujourd’hui à près de 36 000 dollars la tonne sur la bourse des métaux de Londres, un sommet inégalé depuis juin 2022.
La décision d’Alphamin renforce la pression sur un marché déjà sous tension. L’ITA souligne que cette fermeture vient s’ajouter aux difficultés du Myanmar, où la mine de Man Maw peine à redémarrer. En 2024, la RDC et le Myanmar représentaient ensemble 66 % des importations chinoises de concentré d’étain. L’organisation ajoute que les fonds d’investissement accentuent leurs positions haussières sur l’étain, signe que le marché anticipe une nouvelle flambée des prix.
Alphamin Resources est le principal exploitant industriel d’étain en RDC. Avec la mise en service d’une usine de traitement à Bisie en mai dernier, la société a produit 17 324 tonnes d’étain en 2024, soit une hausse de 38 % par rapport à 2023. Cette production représente 6 % de l’offre mondiale d’étain extrait l’an dernier.
Timothée Manoke, stagiaire
Lire aussi :
Nord-Kivu : la production d’étain d’Alphamin augmente de 38 % en 2024
Depuis la suspension des exportations de cobalt décidée par la République Démocratique du Congo (RDC) le 22 février 2025, le prix de l’hydroxyde de cobalt a bondi de 84 %, atteignant 10,5 dollars la livre, selon les données de Fastmarkets. De son côté, le cobalt métal a enregistré une progression de plus de 43 %. Cette flambée des prix semble conforter la stratégie congolaise. Avec une production représentant environ 75 % de l’offre mondiale, la RDC occupe une position centrale dans l’approvisionnement du marché. La décision de Kinshasa vise donc à résorber un excédent qui pèse sur les prix depuis deux ans.
L’activation des clauses de force majeure par Telf AG, agent de commercialisation du cobalt d’Eurasian Resources Group (ERG), illustre l’ampleur des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement. ERG, troisième plus grand producteur de cobalt en RDC après CMOC et Glencore, a prévenu certains clients qu’elle pourrait ne pas être en mesure d’honorer ses engagements de livraison. Cette incertitude impacte déjà le secteur des batteries, où plusieurs fabricants chinois ont dû réajuster leurs coûts et suspendre certains devis.
Malgré la pression sur l’offre, les analystes restent prudents. Selon CRU Group, environ 85 000 tonnes de cobalt sont actuellement stockées hors de RDC, soit l’équivalent de six mois de consommation mondiale. Cette réserve pourrait atténuer l’impact à long terme de la suspension et limiter la flambée des prix surtout si la levée de l’interdiction entraîne un afflux massif de cobalt sur le marché. Kinshasa envisage d’ailleurs de nouvelles mesures, notamment l’instauration de quotas d’exportation, afin de prévenir une rechute des prix une fois la suspension levée.
Si la hausse des cours se confirme, son ampleur et sa durée restent incertaines. Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l’efficacité de la stratégie congolaise et son influence sur un marché du cobalt toujours marqué par un excédent structurel.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Cobalt : les prix en hausse après la suspension des exportations par la RDC
Cobalt : Michel Kanyimbu, le sénateur qui veut plafonner les exportations à 80 000 tonnes
Cobalt : la RDC suspend ses exportations pour contrer la chute des prix
Pour l’année 2024, le chiffre d’affaires déclaré sur la mine de Kamoa-Kakula en République Démocratique du Congo (RDC) est de 3,11 milliards de dollars, indique une note publiée le 18 février 2025 par Ivanhoé Mines, un des actionnaires indirects du projet à travers Kamoa Holding, qui détient 80 % de participations.
À la lecture du document, cette performance s’explique par une augmentation conjointe des volumes nets de cuivre vendus (+5 %) et du prix moyen réalisé par tonne (+6 %), comparativement à l’année précédente. Dans ce contexte, malgré une hausse des coûts d’exploitation, la valeur ajoutée générée par la mine en 2024 s’élève à 1,4 milliard de dollars, le résultat d’exploitation à 1,8 milliard dollars et bénéfice net à environ 777 millions dollars, précise le même document.
Dans le détail, 397 976 tonnes de concentrés de cuivre payables ont été vendues sur la période considérée, à un prix moyen de 4,09 dollars la tonne. Sur la base de ces données, un écart de 470 millions de dollars apparaît entre le chiffre d’affaires calculé et celui annoncé par la société. Contacté pour expliquer cette différence, Kamoa-Kakula n’a toujours pas matérialisé sa promesse d’éclairage deux semaines après la requête.
Un autre élément important ressort de la note : la méthode de vente employée. Sur l’exercice 2025, une avance sur ventes de 500 millions de dollars a déjà été reçue des acheteurs CITIC Metal et Gold Mountains. Cette avance portera un taux d’intérêt annuel fixe de 3,75 %, majoré du taux moyen du marché interbancaire américain à un mois (SOFR) au moment de la finalisation de la vente. Par ailleurs, on observe que le chiffre d’affaires peut faire l’objet d’ajustement d’ajustements à la hausse ou à la baisse, en fonction des conditions fixées sur le marché international.
Pour le gouvernement, les précisions sur ces opérations sont essentielles. Selon les règles en vigueur, les revenus déclarés par l’entreprise constituent une base pour calculer les taxes et redevances dues à l’État. En 2024, un montant de 307,1 millions de dollars a été déclaré au titre des redevances, taxes sur la production et autres taxes non précisées.
En outre, un montant d'un peu plus de 345 millions de dollars est attendu au titre de l'impôt sur les bénéfices de l'année 2024 et des ajustements associés. Par ailleurs, grâce à sa participation de 20 % dans le projet, le gouvernement recevra 155,4 millions de dollars sur le bénéfice net attribuable.
Georges Auréole Bamba
Lire aussi :
L’État estime que Kamoa Copper vend son cuivre à des prix inférieurs au marché
Cuivre : l’État veut contrôler la vente de la production de la plus grande mine de RDC
Pour la première fois de son histoire minière, les exportations de cuivre de la République Démocratique du Congo (RDC) ont atteint 3,1 millions de tonnes en 2024. C’est ce qui ressort du rapport de statistiques minières publié jeudi 6 mars par le ministère congolais des Mines.
Il s’agit d’une hausse d’environ 13 % en glissement annuel, portée notamment par les performances des plus grandes mines de cuivre du pays. Le groupe chinois CMOC, exploitant des sites miniers de Tenke Fungurume et Kisanfu, a annoncé une production totale en hausse à 650 161 tonnes, tandis qu’Ivanhoe Mines, opérateur de la mine de cuivre de Kamoa-Kakula, a atteint une production annuelle de 437 061 tonnes en 2024, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2023.
La RDC pourrait enregistrer une nouvelle hausse de ses exportations de cuivre en 2025, portée par une demande mondiale attendue en augmentation de 3,7 % cette année, selon les estimations de Commodity Insights. De même, la production congolaise de cuivre devrait progresser de 8 %, d’après le cabinet britannique d’analyse de prix CRU Group. Ces perspectives renforcent ainsi le statut de la RDC en tant que deuxième producteur mondial de cuivre. Un position ravi au Pérou en 2023. En 2024, les mines de ce pays ont livré 2,73 millions de tonnes, en baisse de 0,7 % en glissement annuel.
Cependant, des défis persistent. Les autorités congolaises estiment notamment que la production de la mine de Kamoa-Kakula serait vendue à des prix inférieurs à ceux du marché, privant ainsi l'État d'une partie des revenus miniers qui lui reviennent. Par ailleurs, la RDC doit rester vigilante face au ralentissement économique observé en Chine, premier acheteur de son cuivre, car cette situation pourrait impacter ses exportations. D’ailleurs au cours des deux premiers mois de 2025, les importations du métal rouge ont chuté de 7,2 %.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Cuivre : l’année démarre sous de bons auspices pour Kamoa avec une production de 86 326 tonnes
Cuivre raffiné : vers une nouvelle hausse des exportations de la RDC vers la Chine
En RDC, 80 % des mines opérées avec des partenaires chinois (officiel)
L’État estime que Kamoa Copper vend son cuivre à des prix inférieurs au marché