Comment gérer les stocks de cobalt qui s’accumulent depuis la suspension des exportations en février 2025 et la mise en place de la politique des quotas en octobre, afin qu’ils n’augmentent pas brutalement l’offre et ne tirent pas les prix vers le bas ? C’est à cette question que tente de répondre la République démocratique du Congo (RDC) avec sa réserve stratégique.
Lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le gouvernement congolais a adopté un projet de décret instituant une réserve stratégique des substances minérales stratégiques, dont la signature et la publication au journal officiel restent attendues. Depuis novembre 2018, le cobalt, le germanium et le coltan (colombo-tantalite) ont été érigés en substances minérales stratégiques, mais selon des sources proches du dossier, c’est le cobalt qui est prioritairement visé.
Selon les mêmes sources, cette réserve stratégique doit permettre de gérer les stocks qui s’accumulent à la suite des restrictions à l’exportation. D’après les statistiques officielles, malgré ces restrictions, la RDC a produit 100 015,28 tonnes de cobalt en 2025. Avec 44 338,47 tonnes exportées la même année, il en résulte un excédent de 55 676,81 tonnes.
En 2026, la RDC devrait continuer de produire du cobalt, car cette substance est un sous-produit du cuivre, dont les cours suivent en outre une tendance haussière. Il n’est donc pas exclu que les stocks excédentaires augmentent, même si la RDC devrait voir ses exportations de cobalt progresser en 2026. Celles-ci pourraient se situer à 114 316,55 tonnes. Ce chiffre comprend les 87 000 tonnes de quotas alloués aux compagnies minières, les 9 600 tonnes de quotas stratégiques et les 17 716,55 tonnes de quotas de 2025 non utilisés en raison des difficultés liées à la nouvelle procédure d’exportation, dont la validité a d’abord été prolongée jusqu’au 31 mars, puis au 30 avril 2026.
« Sans mécanisme adapté, ces stocks risqueraient de s’accumuler, et cela poserait des problèmes tant pour les producteurs que pour l’État », souligne, dans Jeune Afrique, Patrick Luabeya, président de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms), à qui la constitution et la gestion de cette réserve ont été confiées. Un projet de décret modifiant le décret du 5 novembre 2019 portant création, organisation et fonctionnement de l’Arecoms a également été adopté à cette fin.
Une hausse des prix encore fragile
L’accumulation des stocks immobilise une part importante de la production, pèse sur la trésorerie et augmente les coûts de stockage pour les entreprises minières, tout en créant une pression à la vente susceptible de tirer les prix vers le bas. Or, en l’absence d’un mécanisme de régulation, la remise brutale de ces volumes sur le marché pourrait provoquer une nouvelle chute des prix, annulant en partie les effets recherchés par la suspension temporaire des exportations et les quotas.
La réserve stratégique est donc conçue comme un outil de gestion des stocks excédentaires, afin d’éviter qu’ils ne déstabilisent à nouveau le marché et ne fassent chuter les prix du cobalt. Le gouvernement affirme d’ailleurs que la création de cette réserve vise à contribuer à la stabilisation des marchés, à soutenir la politique de valorisation de ces substances et à renforcer la souveraineté économique de la RDC.
Selon Jeune Afrique, qui dit avoir consulté le projet de décret instituant la réserve stratégique, celle-ci sera partiellement stockée en RDC et à l’étranger, et constituée grâce au rachat d’une partie des stocks des sociétés minières opérant dans le pays. On ignore pour l’instant comment l’Arecoms compte financer ces achats.
Selon la Banque mondiale, malgré la politique de restriction mise en place en RDC, premier producteur mondial avec plus de 76 % de la production en 2024, le prix moyen s’est situé à 33 910 dollars la tonne, se maintenant bien en deçà de la barre de 80 000 dollars franchie en avril 2022. « Cette faible reprise des prix s’explique principalement par la persistance de stocks excédentaires, l’expansion rapide des sources alternatives (en particulier le précipité mixte d’hydroxyde à base de nickel en Indonésie) ainsi que l’accélération de la transition vers des composés lithium-ion sans cobalt dans la production des batteries pour véhicules électriques, autant de facteurs qui réduisent la pression sur le marché des matériaux traditionnels riches en cobalt », estime l’institution de Bretton Woods dans son rapport sur la situation économique de la RDC, paru en mars dernier. Selon le document, les prix du cobalt devraient même baisser ou rester globalement stables en 2026.
Pierre Mukoko
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Après avoir conclu en 2025 un accord de 367 millions de dollars pour prendre le contrôle de 56 % d’Alphamin Resources, opérateur de la mine d’étain de Bisie dans le Nord-Kivu, International Resources Holding (IRH) est désormais cité à propos d’actifs de cuivre et de cobalt dans le Lualaba. Cette présence est rapportée par Africa Intelligence, qui relie le groupe émirati à certaines structures devenues partenaires de la Gécamines dans cette province à l’issue de cessions de titres miniers intervenues en septembre dernier.
Selon les documents officiels dévoilés il y a quelques semaines, le projet Kabulungu, qui porte sur un gisement de cuivre et de cobalt dans la province du Lualaba, est désormais logé au sein de Kabulungu Kamilombe Mining (KKM). Cette coentreprise est détenue à 40 % par la Gécamines et à 60 % par Falcon Resources. Les actes officiels confirment donc la cession partielle par la Gécamines de cet actif à Falcon Resources, sans mentionner explicitement IRH.
D’autres opérations ont également été menées autour de permis liés aux rejets et remblais miniers dans le Lualaba. Ces actifs ont été transférés à Kongo Mining Company (KMC), issue d’un partenariat entre la Gécamines et Luna Mining. Là encore, les sources publiques établissent l’existence de ces cessions et de cette structure, mais ne documentent pas directement un lien capitalistique avec IRH.
Néanmoins, Africa Intelligence affirme que Falcon Resources et Luna Mining sont liées au groupe émirati. Le même média indique aussi que KKM et KMC partagent le même directeur général, Yehezkel Ambar, ce qui suggère une coordination opérationnelle entre les deux entités.
En janvier 2026, à Kolwezi, 16 protocoles d’accord ont été signés entre le gouvernement provincial et des entreprises émiraties. Selon les autorités provinciales, les mines figurent parmi les secteurs concernés, même si le contenu détaillé des accords et l’identité des sociétés impliquées n’ont pas été rendus publics à ce stade.
Ces mouvements interviennent dans un contexte plus large de montée en puissance des Émirats arabes unis dans les minerais critiques africains. En Zambie, IRH a acquis 51 % de Mopani Copper Mines pour 1,1 milliard de dollars en 2024. Le groupe se positionne ainsi sur plusieurs métaux jugés stratégiques pour la transition énergétique, notamment le cuivre, le cobalt, le nickel et le lithium. Les documents officiels du groupe présentent aujourd’hui IRH comme une filiale de 2PointZero, plateforme d’investissement appartenant à la galaxie International Holding Co (IHC).
Timothée Manoke
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Selon un article du Wall Street Journal, publié le 31 mars 2026 et repris sur le site de l’entreprise américaine, Virtus Minerals a finalisé, le 27 mars, l’acquisition de Chemical of Africa (Chemaf) pour un montant d’environ 30 millions de dollars. Cette opération s’accompagne d’un engagement à mobiliser près de 720 millions de dollars d’investissements pour développer les projets du producteur de cuivre et de cobalt.
Selon la même source, ce schéma inclut notamment un apport initial de 200 millions de dollars de Virtus et de son partenaire opérationnel, l’indien Lloyds Metals, ainsi qu’un financement attendu de 475 millions de dollars du fonds d’investissement new-yorkais Orion Resource Partners, complété par environ 75 millions de dollars provenant d’autres sources.
Si ces montants donnent l’image d’un montage conséquent, leur nature exacte reste peu documentée, alors même que le début des travaux est annoncé pour avril, avec un objectif de finalisation des investissements au début de l’année prochaine. Le Wall Street Journal indique que le fonds Orion « a refusé de commenter », tandis que les détails des financements complémentaires n’ont pas été rendus publics. Aucune information n’est fournie non plus sur le caractère ferme ou conditionnel de ces engagements, ni sur leur structure — dette, fonds propres ou instruments hybrides.
Au-delà de la reprise des actifs, la relance industrielle de Chemaf nécessitera en effet des financements supplémentaires. Un investissement pouvant atteindre 300 millions de dollars serait nécessaire pour finaliser les projets d’extension des mines de Mutoshi, à Kolwezi, et d’Étoile, à Lubumbashi. À terme, ces deux sites devraient produire chaque année quelque 75 000 tonnes de cathodes de cuivre et 25 000 tonnes d’hydroxyde de cobalt.
Ces besoins viennent s’ajouter au passif existant, ce qui soulève des interrogations sur l’équilibre global du financement. Chemaf affiche en effet une dette estimée à près d’un milliard de dollars, incluant notamment des engagements envers des sous-traitants locaux et le négociant Trafigura.
Silence sur les créances des sous-traitants
En 2022, Trafigura avait arrangé un prêt syndiqué de 600 millions de dollars destiné à financer l’expansion des capacités de traitement et la mécanisation de la mine de Mutoshi. Virtus a indiqué avoir conclu un accord avec le négociant, sans en préciser les termes.
En revanche, le silence est total sur la dette due aux sous-traitants locaux, dont le montant n’est même pas connu. « Virtus s'est refusé à tout commentaire concernant d'éventuels plans de règlement de cette dette avec ces derniers », rapporte le Wall Street Journal.
Face aux questions sur le financement de la relance des activités industrielles de Chemaf, Virtus répond, dans un communiqué publié le 13 mars, que les autorités congolaises ont validé l’opération après examen de « la structure de la transaction, de la capacité financière du consortium et de ses projets concernant les activités de Chemaf ». « Nous avons l’intention d’honorer cet engagement avec des investissements, des emplois et des résultats », a déclaré Phil Braun, directeur général de Virtus Minerals, cité dans le même communiqué.
Le gouvernement américain a classé l’acquisition des actifs de Chemaf par Virtus et son partenaire indien parmi les trois projets « fondamentaux pour la mise en œuvre réussie » du partenariat stratégique sur les minerais critiques conclu le 4 décembre 2025 avec la République démocratique du Congo (RDC). L’opération s’inscrit dans une stratégie visant à sécuriser l’approvisionnement en minerais critiques face à la domination chinoise. Le cobalt et le cuivre jouent en effet un rôle central dans la fabrication de systèmes militaires avancés, tout en étant indispensables à la transition énergétique et à la production de batteries pour véhicules électriques, ordinateurs et smartphones.
Mais sur le terrain, la réussite du projet dépendra avant tout de la capacité du consortium à mobiliser les financements annoncés et à stabiliser les opérations sur des sites fragilisés, notamment par la présence d’exploitants illégaux.
Pierre Mukoko
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Zijin Mining et CMOC, deux groupes miniers chinois qui contrôlent une part importante de la production de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo (RDC), sont annoncés dans le tour de table du projet de modernisation du corridor ferroviaire de TAZARA. Soutenu par la Chine, ce chantier est présenté comme une alternative logistique de poids face au corridor de Lobito, développé en parallèle avec l’appui des États-Unis et de l’Union européenne (UE).
Le projet de revitalisation de TAZARA s’inscrit dans un programme de plus de 1,4 milliard de dollars, comprenant environ 1 milliard destiné à la réhabilitation de l’infrastructure ferroviaire et 400 millions consacrés à l’acquisition de locomotives et de wagons. Dans le montage récemment dévoilé autour du véhicule d’investissement, China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) détiendrait 80 % du capital, tandis que CMOC, une entité liée à Zijin, Jiayou International Logistics et COSCO Shipping Holdings prendraient chacun 5 %, sous réserve des autorisations réglementaires requises en Chine.
Au-delà du financement, l’arrivée de groupes miniers dans ce projet traduit une logique plus large de sécurisation des chaînes logistiques d’exportation des minerais africains, dans un contexte de concurrence croissante entre corridors régionaux. En se joignant à la modernisation de TAZARA, CMOC et Zijin contribuent à consolider la présence chinoise sur les routes d’évacuation des minerais critiques d’Afrique australe et centrale, alors que les grandes puissances cherchent à sécuriser les axes par lesquels transitent cuivre, cobalt et zinc.
À travers ses filiales Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu, CMOC a exporté 747 468 tonnes de cuivre en 2025, selon les statistiques minières officielles congolaises, soit près de 22 % des exportations totales du pays. De son côté, Zijin détient indirectement 39,6 % de Kamoa-Kakula, aux côtés d’Ivanhoe Mines (39,6 %), de l’État congolais (20 %) et de Crystal River (0,8 %). Selon les statistiques minières consolidées pour 2025, Kamoa totalise 400 185,59 tonnes d’exportations de cuivre, soit environ 12 % des exportations nationales.
TAZARA en embuscade
En face, les États-Unis et l’Union européenne continuent d’accélérer leur soutien au corridor de Lobito. Cette infrastructure vise à relier les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, sur l’Atlantique, à travers la remise à niveau d’infrastructures ferroviaires et logistiques. L’objectif affiché est de proposer une voie d’exportation plus rapide et plus compétitive pour les minerais stratégiques issus de la Copperbelt.
Selon une présentation réalisée en novembre 2025 par l’Institut fédéral des géosciences et des ressources naturelles (BGR, Allemagne), en coopération avec le ministère congolais des Mines, le corridor de Lobito, qui couvre 1 740 km, dont 450 km en RDC et 1 290 km en Angola, apparaît comme l’itinéraire le plus efficace parmi les grands débouchés portuaires de la région : 5 à 8 jours entre les zones minières et Lobito, contre 30 à 32 jours vers Dar es Salaam, 28 à 34 jours vers Beira, 29 jours vers Walvis Bay et 30 à 36 jours vers Durban.
Cet avantage logistique pourrait toutefois se réduire à terme avec la rénovation en cours de TAZARA. Long de 1 800 km, ce corridor est régulièrement présenté comme une alternative crédible. Dans leur présentation, le BGR et le ministère congolais des Mines soulignent d’ailleurs que le développement de Lobito s’inscrit dans un environnement régional concurrentiel, où plusieurs extensions et interconnexions ferroviaires sont envisagées, y compris avec TAZARA.
Peu d’engagement en faveur de Lobito
Pour Washington, l’enjeu dépasse la seule logistique. L’accord stratégique signé en décembre 2025 entre les États-Unis et la RDC consacre le corridor de Sakania-Lobito comme une route stratégique pour le transport et l’exportation du cuivre, du cobalt, du zinc et d’autres minerais critiques depuis la RDC vers les États-Unis. Il prévoit qu’au cours des cinq prochaines années, au moins 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises minières publiques de la RDC transiteront via l’axe congolais du corridor.
Malgré ses atouts, le corridor de Lobito continue néanmoins de soulever des interrogations sur sa viabilité économique à long terme. Le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) a estimé que sa réussite dépendra de sa capacité à attirer un volume de trafic suffisant au-delà de la seule promesse géopolitique, tandis que l’IRIS a également pointé des fragilités liées à la gouvernance, à la coordination régionale et au niveau encore limité d’engagement de certains acteurs miniers.
À ce stade, Kamoa Copper, coentreprise propriétaire du complexe cuprifère de Kamoa-Kakula, figure parmi les rares grands opérateurs à avoir déjà formalisé un usage du corridor de Lobito. Un protocole d’accord signé en février 2024 avec Lobito Atlantic Railway prévoit l’exportation d’une partie de sa production de cuivre par cet axe. Kamoa Copper a d’ailleurs exporté, au premier trimestre 2026, ses premières anodes de cuivre via le corridor de Lobito.
« Lobito est encore en montée en puissance. Pour cette année, on prévoit d’expédier entre 50 000 et 70 000 tonnes via Lobito, mais ce ne sont pas des chiffres figés : cela dépendra de sa montée en puissance et de la compétitivité des autres corridors », a indiqué, en février dernier, Olivier Binyingo, président du conseil d’administration de Kamoa Copper.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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Les États-Unis ont placé le projet de transaction entre Glencore et le consortium Orion Critical Mineral parmi les dossiers jugés prioritaires en République démocratique du Congo (RDC). Le 19 mars 2026, lors d’une allocution à Washington, Nick Checker, haut responsable du Bureau des affaires africaines du Département d’État, a cité la finalisation de cette opération parmi les trois projets « fondamentaux » pour la mise en œuvre du partenariat stratégique conclu entre Washington et Kinshasa.
Le 3 février 2026, Glencore a annoncé la signature d’un memorandum d’entente non contraignant avec Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC) en vue d’une acquisition potentielle de 40 % de ses intérêts dans Mutanda Mining (MUMI) et Kamoto Copper Company (KCC), deux actifs majeurs situés dans la province du Lualaba. Glencore a précisé que les deux sociétés continueraient d’être opérées par le groupe, même en cas de conclusion de la transaction.
Les deux sites occupent une place importante dans l’offre congolaise de cuivre et de cobalt. Selon Glencore, MUMI et KCC ont produit ensemble, en 2025, environ 247 800 tonnes de cuivre et 33 500 tonnes de cobalt contenu.
Washington voit dans ce projet un levier pour renforcer la sécurité de ses chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Cette orientation s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique signé le 4 décembre 2025 entre les États-Unis et la RDC, centré sur le cuivre, le cobalt et d’autres minerais jugés essentiels pour l’industrie, les batteries et la défense.
Lancé en octobre 2025, Orion CMC est piloté par Orion Resource Partners en partenariat avec la U.S. International Development Finance Corporation (DFC). Le consortium dispose d’une capacité d’investissement initiale de 1,8 milliard de dollars, avec l’appui d’Orion, de la DFC et d’ADQ, le fonds souverain d’Abou Dhabi.
Pour les autorités américaines, la concrétisation de cette opération constituerait à la fois un appui à la sécurisation de leurs approvisionnements et un signal adressé au secteur privé sur l’attractivité du marché minier congolais.
Ronsard Luabeya
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La République démocratique du Congo (RDC) a exporté plus de 28,2 tonnes d’or en 2025, soit une quasi-stagnation par rapport aux 27,93 tonnes enregistrées en 2024, selon les données consolidées de la Cellule technique de coordination et de planification minière (CTCMP).
Cette évolution limitée des volumes contraste toutefois avec une hausse marquée de la valeur des exportations. Celle-ci est passée de 1,53 milliard de dollars en 2024 à 2,84 milliards de dollars en 2025, soit une progression d’environ 85,6 %. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de hausse des prix de l’or sur les marchés internationaux.
Selon le World Gold Council, le prix moyen annuel de l’or a progressé de 44 % pour atteindre 110 280 dollars le kilogramme en 2025. Cette tendance est soutenue par une demande élevée et un environnement géopolitique et financier favorable au métal précieux.
Du côté de l’exploitation artisanale, les exportations affichent une progression notable, passant de 1 755,82 kg en 2024 à 2 834,72 kg en 2025, soit une hausse d’environ 61,4 %. Cette performance intervient malgré la prise de la ville de Bukavu par les rebelles du M23, alors qu’elle constituait auparavant la principale plateforme d’exportation d’or artisanal du pays.
Pour compenser cette perte, l’entreprise publique chargée de la commercialisation de l’or artisanal a élargi son dispositif opérationnel en ouvrant plusieurs succursales à travers le territoire en 2025, contribuant ainsi à soutenir les flux d’exportation.
Par ailleurs, la mine industrielle de Kibali Gold Mine illustre également l’effet prix sur les performances du secteur. Exploitée par Barrick Mining, elle a généré un chiffre d’affaires estimé à 2,3 milliards de dollars en 2025, en hausse de 40 % sur un an, malgré une baisse de la production de 2 %, à environ 673 000 onces, un niveau inférieur à l’objectif annuel d’au moins 688 000 onces.
Le groupe attribue cet écart à une diminution des teneurs des minerais traités ainsi qu’à une réduction des volumes extraits dans les zones souterraines les plus riches. Les opérations ont également été perturbées au quatrième trimestre par un incident mortel ayant entraîné l’arrêt temporaire de certaines activités, ce qui a pesé sur les volumes produits en fin d’exercice.
Par ailleurs, un écart de plus de 4 tonnes apparaît entre les sources : selon la CTCMP, Kibali aurait produit plus de 25 tonnes d’or en 2025, tandis que les chiffres de Barrick situent la production à 673 333 onces, soit près de 21 tonnes. Il faut néanmoins préciser que les chiffres de la CTCPM proviennent d’une statistique publique harmonisée, établie à partir de déclarations et de rapprochements administratifs, avec des limites de collecte que l’institution reconnaît elle-même. Ceux de Barrick relèvent, en revanche, de comptes publiés selon des normes internationales d’information financière, ce qui peut contribuer à expliquer une partie des écarts observés.
Timothée Manoke
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Les prévisions de production du complexe cuprifère de Kamoa-Kakula, situé dans le sud de la République démocratique du Congo, sont une nouvelle fois revues à la baisse après l’incident sismique de mai 2025. S’appuyant sur « les résultats actualisés d’une étude indépendante », son opérateur, Ivanhoe Mines, annonce, ce 31 mars 2026, une production attendue à 290 000-330 000 tonnes de cuivre en 2026, contre 380 000-420 000 tonnes visées jusqu’ici. Pour 2027, les prévisions sont désormais ramenées à 380 000-420 000 tonnes, contre 500 000-540 000 tonnes auparavant. Le seuil de 500 000 tonnes par an, initialement attendu en 2027, est désormais repoussé à 2028.
Cette nouvelle révision intervient après celle annoncée à la suite du choc sismique de 2025. Dans ses résultats annuels publiés le 18 février 2026, Ivanhoe maintenait encore une guidance de 380 000 à 420 000 tonnes en 2026 et de 500 000 à 540 000 tonnes en 2027, tout en expliquant que le nouveau plan de vie de la mine intégrerait les paramètres techniques adoptés depuis « l’événement sismique » et le plan de reprise qui a suivi.
La compagnie justifie ce nouveau recul par une approche plus prudente de l’exploitation. Le rapport du 31 mars indique que les nouveaux schémas miniers à Kamoa et Kakula prévoient une période plus longue de travaux préparatoires afin de soutenir un rythme d’extraction plus durable. Le développement sera concentré sur les deux prochaines années autour de Kakula, avant le lancement de nouvelles zones d’abattage. Ivanhoe précise aussi que les avancées souterraines sont inférieures aux attentes en raison de conditions géotechniques et hydrologiques défavorables, ce qui a conduit à réduire d’environ 15 % les objectifs de développement.
« Bien que des hypothèses de base prudentes aient un impact sur les niveaux de production en 2026 et 2027, nous préparons Kamoa-Kakula à atteindre de nouveaux records à partir de 2028 », a déclaré Marna Cloete, présidente-directrice générale d’Ivanhoe Mines.
Des coûts de production attendus à la hausse
Cette orientation impacte aussi sur les projections des coûts. En février, Ivanhoe anticipait encore un coût de production directe d’environ 4 850 à 5 510 dollars par tonne, puis de 4 190 à 5 070 dollars par tonne en 2027. Désormais, la compagnie vise environ 5 730 à 6 610 dollars par tonne en 2026, puis 4 630 à 5 510 dollars par tonne en 2027. L’objectif de long terme est ramené à environ 4 410 dollars par tonne à partir de 2028.
À court terme, ce double mouvement — baisse des volumes et hausse des coûts — pourrait peser sur les revenus. En 2025, Kamoa-Kakula a généré 3,28 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 1,45 milliard de dollars d’EBITDA, avec une marge de 44 %, malgré une production perturbée depuis mai. Le site a vendu 351 674 tonnes de cuivre à un prix moyen d’environ 9 700 dollars par tonne. Le coût de production directe s’est établi à près de 4 760 dollars par tonne, contre environ 3 640 dollars par tonne en 2024. Ivanhoe expliquait cette hausse par le traitement de stocks de surface à plus faible teneur, un minerai plus pauvre et des coûts logistiques plus élevés par livre transportée.
Pour le marché mondial du cuivre, ce report n’est non plus neutre. Kamoa-Kakula devait constituer l’un des principaux relais de croissance de l’offre mondiale, avec une production de plus d’un demi-million de tonnes dès 2027. Le glissement à 2028 retarde donc l’arrivée de volumes significatifs de cuivre à haute teneur sur un marché déjà tendu par les besoins de l’électrification et de la transition énergétique.
Ivanhoe met toutefois en avant plusieurs amortisseurs. La fonderie de Kamoa-Kakula, entrée en service fin 2025, permet désormais de produire des anodes de cuivre à 99,7 % de pureté. Le groupe souligne que la montée en régime de cette installation devrait réduire de moitié les coûts logistiques, le cuivre expédié passant d’un concentré titrant 35 % à 45 % à des anodes quasi pures. À cela s’ajoutent les ventes d’acide sulfurique, sous-produit de la raffinerie dont le prix moyen réalisé dépasse 450 dollars par tonne depuis le démarrage.
Le complexe Kamoa-Kakula est détenu à 39,6 % par Ivanhoe Mines, à 39,6 % par Zijin Mining, à 20 % par l’État congolais et à 0,8 % par Crystal River, au sein de la coentreprise Kamoa Copper.
Pierre Mukoko
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La Kamoto Copper Company (KCC), filiale de Glencore, est confrontée à la mise en urgence radiologique du remblai T17 sur son site de Kolwezi, dans la province du Lualaba. Cette mesure est intervenue après la découverte de matières radioactives dans une zone touchée par une exploitation artisanale.
Le dossier a été porté au niveau du Conseil des ministres du 27 mars 2026. Dans son compte rendu, le gouvernement évoque une alerte sanitaire urgente liée à des risques d’irradiation et de contamination radioactive signalés sur le site de KCC à Kolwezi.
Le président Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité d’une réaction rapide et coordonnée face aux conséquences potentielles d’une telle situation, notamment l’exposition des travailleurs et des riverains à des radiations dangereuses, la contamination des sols, des cours d’eau et de la chaîne alimentaire, ainsi que les perturbations socio-économiques locales. Il a demandé à la Première ministre, Judith Suminwa, de mettre en place en urgence une commission ad hoc chargée de suivre le dossier et d’appuyer les mesures sanitaires, environnementales, techniques et scientifiques requises.
Cette alerte intervient alors que Glencore a annoncé, en février 2026, la finalisation d’un accord avec la Gécamines sur l’accès à des terrains pour KCC. Selon le groupe, cet accord doit permettre d’étendre certaines capacités de stockage, d’optimiser la récupération des réserves dans les permis existants, notamment dans les zones de KOV et T17, et de soutenir un objectif de production de cuivre à long terme d’environ 300 000 tonnes par an. Glencore estime aussi que cet accord pourrait prolonger la durée de vie de la mine jusqu’au milieu des années 2040.
KCC exploite un important complexe cuprifère et cobaltifère à Kolwezi, comprenant notamment les mines de KOV et de Mashamba Est, la mine souterraine KTO, le concentrateur de Kamoto et la raffinerie de Luilu. En revanche, la qualification précise de T17 varie selon les sources de l’entreprise, qui le présentent tantôt comme une zone intégrée au portefeuille minier, tantôt comme un site distinct lié aux opérations du complexe.
Boaz Kabeya
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La marque de cathodes de cuivre « TFM-1 », produite par Tenke Fungurume Mining (TFM), filiale de CMOC, a été officiellement enregistrée au London Metal Exchange (LME), a annoncé le groupe chinois dans un communiqué publié le 27 mars 2026. Selon CMOC, cette homologation signifie que les produits de TFM « peuvent directement participer aux marchés mondiaux au comptant et à terme des métaux non ferreux » et reflètent des standards « de classe mondiale » en matière de qualité et de gestion de la production.
Le LME est la principale plateforme mondiale de fixation des prix des métaux industriels. L’enregistrement d’une marque permet à ses produits d’être livrables dans le cadre des contrats standardisés et d’accéder aux circuits internationaux de négoce et de financement. Dans son communiqué, le groupe dirigé par Charles Peng (photo), souligne que cette reconnaissance « améliorera la négociabilité, la compétitivité et le pouvoir de fixation des prix » des produits de TFM sur le marché mondial.
L’homologation du LME renforce donc la capacité de CMOC à s’intégrer davantage dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, tout en consolidant son rôle dans l’économie minière de la République démocratique du Congo (RDC). À travers ses deux filiales, TFM et Kisanfu, CMOC a exporté 747 468 tonnes de cuivre en 2025, selon les statistiques minières provisoires. Ces volumes représentent 22 % des exportations totales de la RDC.
En octobre 2025, le groupe chinois a obtenu l’approbation de son conseil d’administration pour lancer un projet d’expansion de la mine de Kisanfu, d’un coût estimé à 1,08 milliard de dollars. Ce programme vise à augmenter la production annuelle du site d’environ 100 000 tonnes de cuivre, avec une durée de travaux prévue sur deux ans et une mise en service attendue vers la fin de l’année 2027. Avec la réalisation de cet investissement, CMOC devrait représenter plus de 30 % de la production nationale.
Exigences de Kinshasa
Ce projet intervient dans un contexte où Kinshasa durcit ses exigences vis-à-vis des grands groupes miniers. Lors d’une réunion tenue le 25 mars 2026 à Beijing, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a rappelé que le développement du secteur repose sur « trois priorités non négociables : augmenter la production, respecter les normes environnementales et garantir des retombées concrètes pour la population ».
Le ministère exige donc de CMOC le respect strict des standards environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), alors que sa filiale TFM est visée par une mission de contrôle à la suite d’accusations de pollution. Il insiste également sur le respect du droit congolais, notamment en ce qui concerne la participation des travailleurs locaux au capital des filiales du groupe, l’amélioration des conditions de vie des communautés, l’appui aux infrastructures énergétiques et l’accompagnement des zones d’exploitation artisanale (ZEA).
En guise de réponse, CMOC indique dans son communiqué que l’homologation du LME repose aussi sur des exigences de chaîne d’approvisionnement responsable. Le groupe ajoute que TFM a obtenu en octobre 2025 une conformité complète au standard Copper Mark. Ce sont d’ailleurs les résultats de cette certification, couvrant 32 critères ESG, qui ont contribué à satisfaire aux exigences d’audit du LME en matière de chaîne d’approvisionnement responsable.
Mais la certification du LME et la conformité au Copper Mark ne couvrent qu’une partie des attentes formulées par Kinshasa et ne règlent pas l’ensemble des enjeux liés aux opérations minières du groupe chinois en RDC.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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La République démocratique du Congo (RDC) pose les bases d’un encadrement plus strict des investissements chinois. Le 26 mars 2026, à Pékin, le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, et son homologue chinois, Guan Zhi’ou, ont signé un mémorandum d’entente sur la coopération dans les domaines de la géologie et des ressources minérales. Le texte est présenté par Kinshasa comme « un cadre structuré de coopération » fondé sur « la concertation permanente », le respect du droit congolais, la protection des investissements et la transformation locale des ressources.
Cette orientation traduit un changement de doctrine. Longtemps dominé par des investissements chinois peu contraints, le secteur minier congolais entre progressivement dans une phase de régulation renforcée. L’objectif affiché est clair : mieux capter la valeur ajoutée locale et sécuriser les retombées économiques au moment où la demande mondiale en minerais critiques — cobalt, cuivre, lithium — explose.
Selon le centre de recherche AidData, basé aux États-Unis, entre 2000 et 2022, la Chine a engagé 23,7 milliards de dollars en prêts et dons en RDC, faisant du pays le deuxième bénéficiaire africain de l’aide et du crédit chinois ; 98 % de ces financements ont pris la forme de prêts. AidData souligne aussi que la RDC est le plus grand partenaire bilatéral de la Chine sur le continent en matière de développement, loin devant la plupart des bailleurs traditionnels.
Mais Kinshasa ne veut plus d’un tête-à-tête sans garde-fous. Le précédent Sicomines, projet de coopération avec un groupe d’entreprises chinoises — China Railway, Sinohydro et Zhejiang Huayou — visant à financer les infrastructures par l’exploitation minière, a servi de déclencheur. L’audit mené par l’Inspection générale des finances en 2023 a conclu qu’environ un tiers seulement des 4,5 milliards de dollars destinés aux infrastructures avait effectivement été décaissé, ce qui a conduit à la renégociation de cet accord signé en 2008.
Risques ESG
Cette séquence a débouché sur le 5e avenant signé en mars 2024, sous l’égide de Félix Tshisekedi. L’amendement devrait permettre d’injecter près de 5,5 milliards de dollars supplémentaires dans les infrastructures entre 2024 et 2040 si le prix international du cuivre ne descend pas en dessous de 8 000 dollars la tonne. Ces investissements devraient même augmenter si le prix du cuivre atteint 12 000 dollars la tonne. L’avenant prévoit également un audit technique et financier portant sur l’exécution du contrat depuis sa conclusion, audit d’ailleurs lancé au début du mois de mars 2026.
Selon les autorités congolaises, la signature de ce mémorandum s’inscrit dans la continuité des orientations stratégiques définies lors des échanges de haut niveau de 2023 entre les présidents Félix Tshisekedi et Xi Jinping. Mais elle intervient aussi après la signature d’un partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, centré sur les minerais critiques, le corridor Sakania-Lobito, la formalisation du secteur artisanal et le développement des capacités locales de transformation. Autrement dit, la Chine n’est plus seule à offrir un débouché stratégique à la RDC.
Ce changement est aussi alimenté par les faiblesses du modèle précédent. AidData note que 36 % du portefeuille chinois d’infrastructures en RDC présente une exposition significative aux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Plus révélateur encore, seulement 5,5 % des projets d’infrastructure financés par la Chine dans le pays disposaient de garde-fous ESG contractuels robustes entre 2000 et 2022, bien en deçà de la tendance mondiale observée par AidData.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Cette orientation traduit un changement de doctrine. Longtemps dominé par des investissements chinois peu contraints, le secteur minier congolais entre progressivement dans une phase de régulation renforcée. L’objectif affiché est clair : mieux capter la valeur ajoutée locale et sécuriser les retombées économiques au moment où la demande mondiale en minerais critiques — cobalt, cuivre, lithium — explose.
Selon le centre de recherche AidData, basé aux États-Unis, entre 2000 et 2022, la Chine a engagé 23,7 milliards de dollars en prêts et dons en RDC, faisant du pays le deuxième bénéficiaire africain de l’aide et du crédit chinois ; 98 % de ces financements ont pris la forme de prêts. AidData souligne aussi que la RDC est le plus grand partenaire bilatéral de la Chine sur le continent en matière de développement, loin devant la plupart des bailleurs traditionnels.
Mais Kinshasa ne veut plus d’un tête-à-tête sans garde-fous. Le précédent Sicomines, projet de coopération avec un groupe d’entreprises chinoises — China Railway, Sinohydro et Zhejiang Huayou — visant à financer les infrastructures par l’exploitation minière, a servi de déclencheur. L’audit mené par l’Inspection générale des finances en 2023 a conclu qu’environ un tiers seulement des 4,5 milliards de dollars destinés aux infrastructures avait effectivement été décaissé, ce qui a conduit à la renégociation de cet accord signé en 2008.
Risques ESG
Cette séquence a débouché sur le 5e avenant signé en mars 2024, sous l’égide de Félix Tshisekedi. L’amendement devrait permettre d’injecter près de 5,5 milliards de dollars supplémentaires dans les infrastructures entre 2024 et 2040 si le prix international du cuivre ne descend pas en dessous de 8 000 dollars la tonne. Ces investissements devraient même augmenter si le prix du cuivre atteint 12 000 dollars la tonne. L’avenant prévoit également un audit technique et financier portant sur l’exécution du contrat depuis sa conclusion, audit d’ailleurs lancé au début du mois de mars 2026.
Selon les autorités congolaises, la signature de ce mémorandum s’inscrit dans la continuité des orientations stratégiques définies lors des échanges de haut niveau de 2023 entre les présidents Félix Tshisekedi et Xi Jinping. Mais elle intervient aussi après la signature d’un partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, centré sur les minerais critiques, le corridor Sakania-Lobito, la formalisation du secteur artisanal et le développement des capacités locales de transformation. Autrement dit, la Chine n’est plus seule à offrir un débouché stratégique à la RDC.
Ce changement est aussi alimenté par les faiblesses du modèle précédent. AidData note que 36 % du portefeuille chinois d’infrastructures en RDC présente une exposition significative aux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Plus révélateur encore, seulement 5,5 % des projets d’infrastructure financés par la Chine dans le pays disposaient de garde-fous ESG contractuels robustes entre 2000 et 2022, bien en deçà de la tendance mondiale observée par AidData.
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La filiale congolaise du groupe australien AVZ Minerals a perdu l’un de ses permis de recherche dans le territoire de Manono, dans la province du Tanganyika, selon la liste des arrêtés de déchéance publiée le 19 mars 2026 par le Cadastre minier (CAMI). Le titre concerné est le PR 4029, détenu par AVZ Minerals Congo SARLU, qui couvre 79 carrés miniers. Le motif de la déchéance est le non-paiement des droits superficiaires annuels.
En vertu le Code minier en vigueur, le titulaire d’un titre frappé de déchéance dispose d’un délai de trente jours pour introduire un recours après notification de la décision. À ce stade, AVZ Minerals ne s’est pas publiquement exprimée sur la perte du PR 4029 ni sur l’éventualité d’un recours.
Le PR 4029 fait partie du Manono Extension Project développé par AVZ autour du gisement principal de lithium de Manono. Ce projet d’extension regroupe deux permis de recherche, PR 4029 et PR 4030, pour une superficie totale d’environ 242,25 km².
Selon AVZ, ces permis visaient à identifier d’éventuels prolongements du gisement, notamment vers le sud-ouest et le nord-est, à partir d’indices géologiques laissant envisager une continuité de la minéralisation au-delà de la zone principale déjà connue.
Cette déchéance intervient dans un dossier déjà marqué par un contentieux international autour du projet de Manono. Les deux permis d’extension entourent en partie la zone couverte par le permis d’exploitation PE 15775, attribué à Manono Lithium SAS, coentreprise détenue par le groupe chinois Zijin Mining et la société publique congolaise Cominière.
AVZ continue de contester, dans le cadre d’une procédure engagée devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), la perte de ses droits sur l’ancien PR 13359, transformé ensuite en permis d’exploitation PE 15775. Il s’agit de la position défendue par la société australienne dans ce litige.
Malgré ce contentieux, le développement industriel du projet de Manono porté par Zijin et Cominière se poursuit. Les promoteurs ont indiqué viser une mise en service à la fin du mois de juin 2026, tandis que les travaux de construction des infrastructures minières et de traitement se poursuivent. L’investissement associé à cette première phase approche un milliard de dollars.
Timothée Manoke
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En plus d’être capable de produire 500 000 tonnes d’anodes de cuivre pur à 99,7 % par an, la fonderie de cuivre de Kamoa Copper peut aussi générer, sur la même période, 700 000 tonnes d’acide sulfurique, un sous-produit dont la valeur augmente dans la Copperbelt congolaise sur fond de guerre au Moyen-Orient.
L’acide sulfurique constitue en effet un intrant essentiel dans le processus de lixiviation, utilisé pour extraire le cuivre à partir des minerais oxydés. Or, une part significative de la production congolaise, chiffrée à 3,5 millions de tonnes en 2025, repose sur ce type de gisements, notamment dans le Lualaba et le Haut-Katanga. La disponibilité de cet intrant conditionne donc directement les volumes produits et les coûts d’exploitation.
Jusqu’à présent, l’essentiel de l’acide sulfurique consommé dans la région est produit à partir de soufre importé. Or, selon Robert Friedland, co-président exécutif d’Ivanhoe Mines, actionnaire de Kamoa Copper à hauteur de 39,6 %, jusqu’à 80 % du soufre importé dans la Copperbelt transite par le détroit d’Ormuz, un corridor aujourd’hui affecté par le conflit au Moyen-Orient.
« Au cours de la semaine écoulée, nous avons commencé à observer une hausse du prix de l’acide dans la Copperbelt congolaise, en raison du manque de soufre exporté depuis le Moyen-Orient via le détroit d’Ormuz. Si l’approvisionnement reste contraint, les prix devraient continuer à augmenter », a tweeté Robert Friedland le 23 mars dernier.
Dans ce contexte, la fonderie de Kamoa Copper prend une importance accrue. Contrairement à la plupart des opérateurs, le projet exploite un minerai sulfuré qui ne nécessite pas l’utilisation d’acide sulfurique. Mieux, le processus de transformation permet d’en produire comme sous-produit. Cette configuration permet à Kamoa non seulement de s’affranchir de cette contrainte, mais aussi de devenir un fournisseur clé pour le reste du secteur.
Revenus supplémentaires
Selon Robert Friedland, cette fonderie produit actuellement 1 600 tonnes d’acide sulfurique à haute concentration par jour, vendues entre 470 et 500 dollars la tonne aux exploitations minières de la Copperbelt en RDC. Un prix jugé compétitif, car avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les prix du soufre avaient déjà fortement progressé ces derniers mois sous l’effet de contraintes d’approvisionnement mondiales, atteignant en janvier entre 500 et 600 dollars la tonne selon les régions du monde.
Cette situation renforce également la rentabilité du projet. Aux niveaux de prix actuels, les ventes d’acide sulfurique pourraient générer plus de 300 millions de dollars de revenus annuels. Cette source de revenus additionnelle s’ajoute à la production de cuivre, attendue entre 370 000 et 420 000 tonnes en 2026. De l’avis même de ses dirigeants, la fonderie permet aussi à Kamoa Copper de diviser pratiquement par deux ses coûts logistiques en exportant des anodes de cuivre plutôt que du concentré.
À l’inverse, la plupart des autres opérateurs de la Copperbelt subissent directement ce choc, en raison de leur dépendance à l’acide sulfurique pour leurs opérations. La hausse des prix de cet intrant pèse sur leurs marges, accentuant les écarts de compétitivité au sein du secteur.
Au-delà de ses implications immédiates, cette dynamique met en évidence un enjeu structurel pour la RDC : la sécurisation des intrants industriels nécessaires à l’exploitation de ses ressources minières. Alors que le pays s’impose comme un acteur clé de la production mondiale de cuivre et de cobalt, la maîtrise locale de ces intrants devient un facteur déterminant de résilience.
Pierre Mukoko
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La zone du remblai T17, située à Kolwezi, dans la province du Lualaba, a été officiellement placée en situation d’urgence radiologique par les autorités congolaises, à la suite de la découverte de matières radioactives sur un site exploité par des creuseurs artisanaux.
Dans une déclaration rendue publique le 23 mars 2026, la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovation, Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse, agissant en qualité d’autorité nucléaire, évoque un risque majeur pour la santé publique, la sécurité nationale et l’environnement.
Selon des informations concordantes relayées par la presse, cette décision fait suite à une exploitation artisanale incontrôlée ayant mis au jour des substances radioactives sur le site, exposant potentiellement les populations et les écosystèmes environnants. Le communiqué officiel indique que cette mesure vise à circonscrire toute contamination, à sécuriser le périmètre concerné et à protéger les populations exposées.
Les autorités annoncent notamment le déploiement d’équipes spécialisées sur le terrain, l’intervention d’experts qualifiés pour évaluer le niveau de risque, ainsi que la mise en place de dispositifs de décontamination, de protection et de surveillance continue. Le gouvernement insiste également sur la nécessité d’une intervention rapide et coordonnée afin d’éviter toute aggravation de la situation.
Des risques sanitaires bien documentés
Sur le plan scientifique, les risques associés à l’exposition à des matières radioactives sont largement documentés. Les rayonnements ionisants peuvent pénétrer les tissus biologiques, altérer l’ADN et entraîner des effets graves sur la santé, notamment des lésions cellulaires ou des pathologies à long terme. L’exposition peut intervenir par inhalation de particules contaminées, ingestion ou contact prolongé, des situations particulièrement plausibles dans des environnements d’exploitation minière artisanale.
Cette déclaration d’urgence s’inscrit dans une logique de gestion des risques conforme aux principes internationaux. Les cadres de référence en matière de sûreté radiologique, notamment ceux promus par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mettent l’accent sur la préparation, la détection et la réponse rapide aux incidents impliquant des substances radioactives.
Dans ce contexte, les autorités congolaises affirment leur engagement à mobiliser les ressources nécessaires, à agir avec transparence et à assurer une gestion coordonnée de la situation. Le gouvernement appelle enfin la population au respect strict des consignes de sécurité émises sur le terrain, dans un contexte où la présence de matières radioactives, bien que localisée, représente un risque potentiellement grave si elle n’est pas maîtrisée.
Boaz Kabeya