Pour la première fois de son histoire minière, les exportations de cuivre de la République Démocratique du Congo (RDC) ont atteint 3,1 millions de tonnes en 2024. C’est ce qui ressort du rapport de statistiques minières publié jeudi 6 mars par le ministère congolais des Mines.
Il s’agit d’une hausse d’environ 13 % en glissement annuel, portée notamment par les performances des plus grandes mines de cuivre du pays. Le groupe chinois CMOC, exploitant des sites miniers de Tenke Fungurume et Kisanfu, a annoncé une production totale en hausse à 650 161 tonnes, tandis qu’Ivanhoe Mines, opérateur de la mine de cuivre de Kamoa-Kakula, a atteint une production annuelle de 437 061 tonnes en 2024, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2023.
La RDC pourrait enregistrer une nouvelle hausse de ses exportations de cuivre en 2025, portée par une demande mondiale attendue en augmentation de 3,7 % cette année, selon les estimations de Commodity Insights. De même, la production congolaise de cuivre devrait progresser de 8 %, d’après le cabinet britannique d’analyse de prix CRU Group. Ces perspectives renforcent ainsi le statut de la RDC en tant que deuxième producteur mondial de cuivre. Un position ravi au Pérou en 2023. En 2024, les mines de ce pays ont livré 2,73 millions de tonnes, en baisse de 0,7 % en glissement annuel.
Cependant, des défis persistent. Les autorités congolaises estiment notamment que la production de la mine de Kamoa-Kakula serait vendue à des prix inférieurs à ceux du marché, privant ainsi l'État d'une partie des revenus miniers qui lui reviennent. Par ailleurs, la RDC doit rester vigilante face au ralentissement économique observé en Chine, premier acheteur de son cuivre, car cette situation pourrait impacter ses exportations. D’ailleurs au cours des deux premiers mois de 2025, les importations du métal rouge ont chuté de 7,2 %.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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Sur les deux premiers mois de l’année 2025, la mine de Kamoa-Kakula a produit 86 000 tonnes de cuivre, annonce Ivanhoe Mines, l’opérateur du site, dans une note publiée ce 3 mars. « En tenant compte de cette performance, la production totale en 2025 pourrait se situer dans la fourchette haute des prévisions annuelles, estimées entre 520 000 et 580 000 tonnes », estime la direction d’Ivanhoe Mines.
Toutefois, cette production cumulée sur 59 jours, bien que significative, correspond à une moyenne quotidienne de 1 463 tonnes qui, projetée sur l’ensemble de l’année, atteindrait effectivement environ 534 000 tonnes, soit dans la fourchette annoncée, mais sans atteindre encore sa borne supérieure.
Toutefois, Ivanhoe Mines précise que le rythme de production s’est accéléré lors de la dernière semaine de février, atteignant une moyenne quotidienne de 1 589 tonnes. Si ce rythme se maintient sur le reste de l’année, la production pourrait effectivement atteindre environ 572 563 tonnes et ainsi se rapprocher de la borne supérieure des prévisions établies pour 2025.
En 2024, la production d’Ivanhoe Mines à Kamoa-Kakula s’était établie à 437 061 tonnes de cuivre, légèrement en dessous des prévisions initiales comprises entre 440 000 et 490 000 tonnes. En octobre, l’entreprise avait d’ailleurs revu ses objectifs de production à la baisse évoquant des difficultés dans l’approvisionnement électrique.
Depuis le début de l’année, les nouvelles concernant l’approvisionnement énergétique du complexe de Kamoa-Kakula se veulent rassurantes. « Depuis le début de l’année, les opérations des phases 1, 2 et 3 du complexe Kamoa-Kakula sont alimentées par environ 100 MW d’électricité d’origine hydroélectrique, produite localement et importée. Cette capacité correspond aux besoins énergétiques actuels des trois phases du projet », indique Ivanhoe Mines, l’exploitant basé au Canada.
L’électricité importée provient principalement des barrages hydroélectriques de Cahora Bassa, au Mozambique, et de Kariba, en Zambie. Ces derniers bénéficient actuellement d’une amélioration progressive des niveaux d’eau, garantissant une meilleure disponibilité énergétique, précise l’entreprise. Cette situation favorable survient alors que s’intensifie la saison des pluies en Afrique australe.
Boaz Kabeya, stagiaire
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L’Africa-US Business Council, basé à New York, fait actuellement du lobbying auprès de l’administration américaine pour organiser une rencontre entre le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, et le président américain Donald Trump.
Dans une lettre adressée le 21 février 2025 à Marco Rubio, secrétaire d’État des États-Unis, l’organisation estime qu’un tel échange pourrait poser « la base d’une coopération à long terme, garantissant que les États-Unis jouent un rôle majeur dans l’accès aux minerais critiques nécessaires à leurs intérêts économiques et à leur sécurité nationale future ».
Cette initiative n’a, pour l’instant, suscité aucun commentaire officiel de la part des autorités congolaises. Toutefois, les responsables du lobbying affirment agir pour le compte du sénateur Pierre Kanda Kalambayi, président de la commission Défense, sécurité et protection des frontières au Sénat, et membre du parti du président Tshisekedi.
Selon la presse, le président congolais chercherait à conclure un accord minier avec les États-Unis afin d’obtenir leur soutien dans le conflit qui l’oppose aux rebelles du M23, soutenus par le Rwanda. Cette hypothèse a été avancée notamment à la suite d’une interview accordée par Félix Tshisekedi au New York Times en février.
Le Président Félix Tshisekedi invite plutôt les #USA dont les entreprises s'approvisionnent en matières premières stratégiques auprès du Rwanda qui les pillent en massacrant nos populations, de venir directement les acheter chez nous qui en sommes les véritables propriétaires pic.twitter.com/l8URuIOqcL
— Tina Salama (@TinaSalama2) February 23, 2025
En réaction, Tina Salama, porte-parole du chef de l’État, a déclaré sur X : « Le président Félix Tshisekedi invite plutôt les USA (États-Unis), dont les entreprises s’approvisionnent en matières premières stratégiques auprès du Rwanda qui les pillent en massacrant nos populations, à venir directement les acheter chez nous, qui en sommes les véritables propriétaires ».
La question de l’échange sécurité contre accès aux ressources minières est au cœur des stratégies américaines, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine, où l’approvisionnement en minerais critiques constitue un enjeu majeur. Néanmoins, il reste difficile de prévoir quelle réponse l’administration américaine apportera à cette proposition de coopération avancée avec la RDC.
Historiquement, la RDC a toujours occupé une place clé dans la diplomatie américaine en Afrique, particulièrement en matière d’aide et de coopération au développement. Le pays se distingue aussi par son système monétaire, où le dollar représente jusqu’à 92 % des dépôts bancaires, selon la Banque centrale du Congo.
Avant de quitter ses fonctions, le président Joe Biden avait effectué une visite sur le corridor ferroviaire de Lobito, un projet stratégique visant à faciliter l’exportation des minerais de la RDC vers les États-Unis. Ce corridor, qui relie la région minière du Katanga aux ports de l’Atlantique, est perçu comme un levier essentiel pour renforcer les liens économiques entre Washington et Kinshasa.
Proposition délicate
Un accord de principe existe déjà pour l’approvisionnement des États-Unis en minerais critiques, à l’instar de ceux conclus avec l’Union européenne et l’Arabie saoudite, des partenaires dotés de capacités financières conséquentes. Cependant, sur le terrain, la Chine domine la chaîne de valeur avec plus de 80 % de participations, ce qui complexifie toute tentative de rééquilibrage du marché.
Dans son courrier, l’Africa-US Business Council évoque la possibilité de remplacer les troupes onusiennes présentes en RDC par des forces américaines. Une proposition qui, si elle venait à être sérieusement envisagée, pourrait susciter un débat aux États-Unis, en RDC et au sein de la sous-région.
Face à l’escalade de la violence dans l’est du pays et à l’occupation de Goma et Bukavu par les rebelles du M23, la communauté internationale a multiplié les condamnations contre le Rwanda. Plusieurs pays occidentaux ont même pris des sanctions contre Kigali. Toutefois, aucune assistance militaire directe n’a, à ce jour, été officiellement proposée à Kinshasa.
Georges Auréole Bamba
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Dans la province du Kasaï-Oriental en République Démocratique du Congo (RDC), les médias signalent de nouvelles inquiétudes concernant l’exploitation de la Société Anhui-Congo pour l’investissement minier (SACIM). L’entreprise, détenue à parts égales par l’État congolais et la société chinoise Anhui foreign economic construction corporation Limited, peine à honorer ses charges et ses responsabilités sociales.
« Avec cette situation, nous ne pouvons plus nous acquitter de notre responsabilité sociétale, payer les agents, assurer la prise en charge alimentaire et médicale du personnel, renouveler l’outil de production, payer le carburant et autres intrants industriels », rapporte une source anonyme citée par Actualités.cd.
Ces difficultés ne sont pas nouvelles pour la principale entreprise de production et d’exportation de diamants en RDC. Au centre des préoccupations se trouve un arrêté signé le 22 février 2022 par le ministre des Mines, qui a désigné comme intermédiaire exclusif dans la vente de diamants congolais à l’international le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC).
Cette décision administrative suscite des critiques depuis sa publication. Elle est accusée de violer la loi minière de 2002 modifiée en 2018, qui garantit aux exploitants le droit de disposer librement de leurs ressources. Dans le cas du diamant, les producteurs doivent soumettre leurs pierres au CEEC, qui reçoit les offres de soumissionnaires désireux d’acquérir le produit. Une fois le prix déterminé, la valeur des exportations est reversée aux producteurs, dont la SACIM.
Toutefois, ce mécanisme ne semble pas fonctionner efficacement pour tous les acteurs. La SACIM a exploré diverses options dans le cadre d’initiatives récentes. En septembre 2023, elle a été soutenue par un député qui a interrogé l’ancienne ministre des Mines sur la pertinence et l’efficacité de cet arrêté. En décembre 2024, lors de la visite de Félix Tshisekedi au Kasaï-Oriental, le coordonnateur adjoint de l’entreprise, Jean-Marie Tshikuna, a plaidé pour l’abrogation du texte contesté.
Les chiffres d’exportation de diamants par la SACIM et le secteur artisanal avant et après l’instauration de cet arrêté permettent d’évaluer l’impact de cette mesure. Selon les statistiques officielles, la valeur totale des exportations de diamants était de 229,3 millions $ en 2016. Depuis ce record des neuf dernières années, la tendance a chuté, atteignant seulement 113 millions $ en 2020. En 2021 et 2022, les exportations se sont élevées à environ 140,3 millions $ et 146 millions $. En 2023, après l’entrée en vigueur du décret attribuant l’exclusivité au CEEC, elles ont chuté à 86 millions $, et la tendance pour 2024 reste similaire, même si chez SACIM on note une petite progression sur les 9 premiers mois de l’année 2024.
Toutefois, l’absence de transparence entourant les performances financières et opérationnelles de l’entreprise et de son partenaire chinois complique l’analyse de cette baisse : est-elle due aux fluctuations du marché du diamant ou à un dispositif de vente inefficace ?
Le contrôle de la vente des pierres précieuses par un gouvernement n’est pas une idée nouvelle. Il revêt des enjeux de traçabilité, de protection des populations vulnérables et d’assurance que l’État perçoit sa juste part des revenus.
L’accord ayant permis au partenaire chinois d’entrer au capital de la SACIM prévoyait la réalisation ou le financement de plusieurs projets d’infrastructure en énergie, agriculture et santé publique. Toutefois, selon un rapport récent du Southern Africa Resource Watch, ces engagements n’ont pas été respectés. L’État congolais pourrait ainsi chercher à renforcer son contrôle pour s’assurer que ces objectifs de développement soient tenus.
En Afrique, le Botswana illustre un modèle réussi d’équilibre entre le rôle de l’État dans la vente des diamants à l’international, l’intérêt des investisseurs et la mobilisation des ressources pour le développement national.
Georges Auréole Bamba et Ronsard Luabeya, stagiaire
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Sur le marché des métaux de Shanghai, en Chine, l’un des principaux acheteurs du secteur, le prix de la tonne d’oxyde de cobalt a atteint 16 640 euros hors taxes le 28 février 2025, enregistrant une hausse de 1,46 % sur cinq jours, selon les informations consultées par Bankable. Une tendance similaire a été observée sur la plateforme du London Metal Exchange, où les contrats d’achat d’oxyde de cobalt livrables en avril 2026 se négociaient à 22 246,19 dollars la tonne, contre 21 153 dollars actuellement, soit une hausse de 5 %.
Cette hausse a été déclenchée après l’annonce, le 22 février, de la suspension pour quatre mois des exportations de ce minerai stratégique par la République Démocratique du Congo (RDC). Certains acheteurs perçoivent cette décision comme un risque de réduction de l’offre mondiale, alors que la demande est susceptible de croître.
En décembre 2024, S&P Global anticipait déjà une réduction des excédents de stock de cobalt en 2025. Toutefois, la décision des autorités congolaises n’avait pas été prise en compte dans ces prévisions, accélérant ainsi la correction à la hausse des prix, qui était déjà amorcée. Les analystes de la Bourse des métaux de Shanghai attribuent cette accélération à la réaction des industries de transformation du cobalt. Après l’annonce de la suspension des exportations par la RDC, qui fournit 75 % de l’oxyde de cobalt mondial, ces acteurs ont temporairement suspendu leurs offres de cobalt raffiné afin d’évaluer l’évolution de la disponibilité du minerai brut.
Déficit de l’offre projeté à partir de 2030
L’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms), à l’origine de la suspension des exportations, prévoit d’évaluer la mesure dans trois mois afin de décider de son maintien, de son ajustement ou de sa levée. La réaction des producteurs reste attendue, notamment celle du chinois CMOC, dont les investissements à succès sur la mine de Kisanfu sont considérés comme l’une des principales causes de la surabondance de cobalt sur le marché international.
Pour la RDC, qui tire une part importante de ses revenus de la vente de minerais ainsi que des taxes et redevances du secteur extractif, la hausse des prix du cobalt est cruciale pour atteindre, voire dépasser, ses objectifs de mobilisation des recettes budgétaires et financer ses ambitions de développement. C’est dans cette optique que le pays cherche à influencer directement l’équilibre de l’offre et de la demande à l’échelle mondiale.
En fin d’année dernière, certains observateurs estimaient toutefois qu’il faudra patienter avant une remontée durable des prix. Selon ces experts, un déficit de l’offre ne devrait pas apparaître avant 2030. Joël Crane, expert cité par S&P Global en décembre, estime que la demande du secteur des véhicules électriques, principal consommateur de cobalt, augmentera de 11 % par an jusqu’en 2030, tandis que l’offre ne progresserait que de 4 % par an du fait notamment du ralentissement de l’expansion de la production en RDC dès 2025, en raison de la raréfaction des nouveaux projets d’exploration. « Bien que la RDC ait ajouté 60 000 tonnes de cobalt à l’offre mondiale depuis 2022, sa contribution devrait progressivement diminuer », a-t-il indiqué. Cette analyse est partagée par Nick Burroughs, directeur des ventes chez Benchmark Mineral Intelligence.
La carte EGC
Ces prévisions ne permettent toutefois pas d’anticiper avec certitude l’évolution des prix sur le marché des achats directs de cobalt, notamment dans le secteur artisanal, qui représente entre 15 % et 30 % de la production congolaise et pourrait être confronté à des défis liés à la chaîne d’approvisionnement. Dans une récente communication relayée par plusieurs médias, l’Arecoms a précisé que même après la levée de la suspension des exportations, le cobalt artisanal ne pourra être acheté que par l’Entreprise Générale de Cobalt (EGC), filiale de la société d’État Gécamines, excluant ainsi toute autre partie prenante.
Éric Kalala, directeur général de l’EGC, qui peine jusqu’ici à faire valoir ce monopole qui lui avait été concédé à sa création, a déclaré, selon des propos rapportés par Bloomberg, qu’il envisageait d’acheter le cobalt des artisans durant la suspension des exportations afin de les soutenir. Si cette initiative se concrétise, elle permettrait non seulement à l’EGC de renforcer son rôle d’acheteur exclusif, mais aussi d’améliorer ses relations avec les producteurs artisanaux, tout en mettant en place une chaîne d’approvisionnement plus équitable et en consolidant sa capacité à générer des revenus.
Toutefois, une question demeure : l’EGC disposera-t-elle des ressources et des capacités nécessaires pour mener à bien ces opérations dans un marché où l’immédiateté est essentielle ? En effet, de nombreux exploitants cherchent à vendre rapidement leur production ou sollicitent régulièrement des avances pour financer leurs activités.
Georges Auréole Bamba
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Selon des documents officiels consultés par Bankable, les actionnaires majoritaires du projet d’exploitation de cuivre de Kamoa-Kakula, situé au sud-est de la République Démocratique du Congo (RDC), ont alloué 200 millions de dollars pour financer des travaux de modernisation et de stabilisation du réseau électrique dans le sud du pays. Ces travaux ont débuté fin 2024.
L’initiative vise principalement à renforcer la capacité du réseau entre la centrale hydroélectrique d’Inga II et Kolwezi, la principale ville minière de la province du Lualaba. Parmi les actions prévues figurent l’installation d’un filtre harmonique à la station de conversion d’Inga et la mise en place d’un compensateur statique à la sous-station de conversion de Kolwezi.
« En outre, diverses initiatives de moindre envergure ont été identifiées pour renforcer la capacité de transmission et améliorer la stabilité à long terme du réseau sud. Cela inclut le remplacement des câbles électriques dans le réseau sud et la réparation de l’infrastructure en courant continu (DC). Par ailleurs, Ivanhoe Mines Energy DRC collabore avec SNEL (Société nationale d’électricité) pour mettre en place des contrats de maintenance afin de maintenir les principales capacités de production et les infrastructures de transmission », apprend-on.
Le financement est apporté par Kamoa Holding, l’entité juridique contrôlée par Ivanhoe Mines et Zijin Mining, pour des activités exécutées par Ivanhoe Mines Energy DRC, en collaboration avec la SNEL, principal opérateur du secteur électrique en RDC.
178 MW supplémentaires en perspective
Une énergie stable et efficace est un facteur clé de performance pour les sociétés minières. Dans le cadre du projet Kamoa-Kakula, les investissements dans le secteur de l’électricité répondent à plusieurs enjeux, mais visent avant tout à améliorer la rentabilité économique du projet. Dans sa phase 3 d’exploitation, Kamoa prévoit la mise en service d’une troisième fonderie, qui utilisera principalement des énergies renouvelables. Cette infrastructure contribuera à réduire les coûts de production et à augmenter la quantité de cuivre raffiné produit.
Cependant, les retombées de cet investissement restent conditionnées à la mise en service de la cinquième turbine du barrage d’Inga 2, d’une capacité de 178 MW installée en 2024. Avec cette mise en service, dont le début est prévu au second semestre 2025, Kamoa-Kakula devrait se voir attribuer initialement 70 MW supplémentaires d’hydroélectricité à partir du réseau, avec une augmentation progressive jusqu’à 178 MW. Les bénéfices attendus ne se feront donc pleinement ressentir qu’en 2026. Jusque-là, Kamoa Copper continuera d’importer de l’électricité et d’exploiter ses générateurs diesel, au moins jusqu’à mi-2025.
Kamoa Copper, dont la chaîne de valeur est majoritairement dominée par des acteurs chinois, n’est pas la seule société minière à investir dans le renforcement de l’offre énergétique en RDC. En 2024, le groupe chinois CMOC, opérateur des mines de Tenke Fungurume et Kinsfu Mining, a annoncé des accords pour la production d’au moins 600 mégawatts d’électricité solaire.
Georges Auréoles Bamba
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Ivanhoe Mines a annoncé, le 24 février 2025, un investissement de 50 millions de dollars dans les activités d’exploration de son projet cuprifère Western Forelands, en République démocratique du Congo (RDC). Ce montant représente les deux tiers du budget d’exploration de 75 millions de dollars alloué par le groupe pour l’année.
En 2025, Ivanhoe prévoit de réaliser à Western Forelands un programme ambitieux de 102 000 mètres de forage au diamant et 18 000 mètres de forage à circulation inverse. L’objectif est de capitaliser sur les avancées réalisées en 2024, qui ont permis d’étendre la zone minéralisée du gisement Makoko sur plus de 13 kilomètres, tout en menant à la découverte de Makoko West.
Ivanhoe vise également une mise à jour de l’estimation des ressources minérales de Makoko au deuxième trimestre 2025. Cette actualisation devrait inclure les premières estimations de ressources pour Makoko West et Kitoko, une zone cuprifère à haute teneur découverte en 2023.
La première estimation réalisée en 2023 pour les gisements constituant actuellement Western Forelands (Kiala et Makoko) a révélé que le projet abrite 21 millions de tonnes de ressources minérales indiquées, avec une teneur en cuivre supérieure à 3 %. Grâce aux résultats encourageants des forages, Ivanhoe Mines progresse ainsi dans le développement de ce qui pourrait devenir sa deuxième mine de cuivre en RDC. La compagnie exploite déjà, à quelques kilomètres de Western Forelands, la plus grande mine congolaise de cuivre, Kamoa-Kakula.
Si 2025 s’annonce comme une année charnière pour Western Forelands, la construction d’une mine demeure encore lointaine. Avant d’atteindre cette étape, Ivanhoe devra confirmer les ressources minérales du projet et mener des études approfondies pour évaluer sa viabilité économique. Ce n’est qu’après ces phases que l’entreprise pourra envisager la mobilisation du financement nécessaire à un éventuel développement minier.
Sur ce dernier point, les perspectives haussières pour la demande et les prix du cuivre constituent un facteur incitatif majeur pour les investisseurs potentiels.
Emiliano Tossou
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Le Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne a décidé, ce lundi 24 février, de réexaminer le protocole d’accord sur les minerais stratégiques signé avec le gouvernement rwandais en février 2024. L’annonce a été faite par la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas (photo). Cette décision s’inscrit dans une série de mesures visant, selon elle, à exiger du Rwanda le respect de l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo (RDC).
« Les consultations sur les questions de défense avec le Rwanda ont été suspendues. Il y a également une décision politique d’appliquer des sanctions, selon l’évolution de la situation sur le terrain. Nous avons demandé au Rwanda de retirer ses troupes du territoire de la RDC. Enfin, le protocole d’accord avec le Rwanda sur les matières premières critiques sera réexaminé », a déclaré celle qui est également vice-présidente de la Commission européenne.
Cette décision intervient dans un contexte de regain de violence à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis janvier, les rebelles du M23 et les troupes rwandaises ont lancé une offensive dans cette région. À ce jour, ils occupent plusieurs localités, dont Goma et Bukavu, les capitales provinciales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. S’exprimant ce même 24 février devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, a affirmé que les combats ont déjà fait plus de 7 000 morts depuis le début de l’année.
Contamination des chaînes d’approvisionnement
Le protocole d’accord entre l’UE et le Rwanda vise à « favoriser des chaînes de valeur durables et résilientes pour les matières premières critiques ». Son objectif est de sécuriser l’approvisionnement des 27 en minéraux stratégiques, tels que le coltan, essentiels au développement durable et à la transition énergétique. Il met également en avant l’engagement des deux parties à promouvoir des pratiques d’extraction responsables et à renforcer les capacités locales au Rwanda.
Sauf que, les experts de l’ONU révèlent que le Rwanda mélange des minerais issus de zones contrôlées par les rebelles du M23 avec ses propres ressources. Cette pratique a conduit à « la plus grande contamination jamais enregistrée des chaînes d’approvisionnement en minéraux dans la région des Grands Lacs », soutiennent-ils. Le gouvernement congolais dénonce d’ailleurs ce partenariat, estimant qu’il favorise le pillage des ressources naturelles congolaises par le Rwanda.
Le 12 février dernier, tous les sites miniers situés dans les territoires de Masisi et de Kalehe, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont été déclarés « rouges » (interdits d’exploitation). Cette mesure, prise par arrêté du ministre des Mines, Kizito Pakabomba, concerne 38 concessions minières, notamment dans les secteurs de Rubaya et Nyabibwe, riches en coltan et en cassitérite (minerai d’étain).
D’après les statistiques officielles compilées par l’Agence Ecofin, les exportations de coltan du Rwanda ont dépassé celles de la RDC en 2023. Le Rwanda a exporté 2 070 tonnes, en hausse de 50%, contre 1 918 tonnes pour la RDC sur la même période.
Ronsard Luabeya, stagiaire
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Les compagnies minières ont investi 130,7 millions de dollars dans l’exploration en République démocratique du Congo (RDC) en 2024, selon un rapport de S&P Global Market Intelligence publié le 21 février 2025. Ce montant représente 10 % des 1,3 milliard de dollars investis en Afrique la même année, faisant de la RDC le leader du continent.
Ces investissements sont répartis de manière inégale, avec une nette domination du cuivre, qui a absorbé 71,5 millions de dollars. Grâce à cette performance, la RDC se hisse au 9e rang mondial, devançant de justesse son dauphin africain, la Zambie, deuxième producteur africain de cuivre, qui a attiré 65,5 millions de dollars en 2024.
Dans le secteur du cobalt, les dépenses d’exploration en RDC ont atteint 8,3 millions de dollars, positionnant le pays au 2e rang mondial, juste derrière l’Australie, qui a capté 15,2 millions de dollars de financement.
Bien que la RDC dispose également d’un important potentiel aurifère, avec l’une des plus grandes mines d’or d’Afrique (Kibali), ainsi que de réserves de coltan, d’étain et de zinc, le rapport ne précise pas la part des financements consacrés à ces autres minéraux.
S&P Global Market Intelligence n’explique pas la prédominance du cuivre et du cobalt. Mais les immenses réserves dont dispose la RDC peuvent en être la raison. Le pays détient environ 50 % des réserves mondiales de cobalt et assure plus de 70 % de la production mondiale. Il est également le deuxième producteur mondial de cuivre et a concentré 65 % des nouvelles annonces de réserves de cuivre dans le monde en 2023. Ces deux métaux sont stratégiques pour la transition énergétique, notamment le cuivre, dont la demande mondiale pourrait atteindre 50 millions de tonnes d’ici 2050, contre 32 millions de tonnes actuellement.
Les entreprises chinoises dominent largement le secteur minier en RDC, en particulier dans l’exploitation du cuivre et du cobalt. Selon un officiel du ministère des Mines, elles contrôlent 80 % des mines du pays. Face à cette mainmise, Kinshasa cherche à diversifier ses partenariats, une stratégie qui pourrait attirer de nouveaux investisseurs, notamment saoudiens et américains, et accroître les investissements dans l’exploration minière.
Emiliano Tossou
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En RDC, 80 % des mines opérées avec des partenaires chinois (officiel)
Les réserves d’or prouvées de la mine de Kibali, située à 220 kilomètres d’Isiro, capitale de la province du Haut-Uele, en République Démocratique du Congo (RDC), sont estimées à 98,15 tonnes à fin 2024. Ces estimations, effectuées par le groupe minier Barrick Gold, exploitant de la mine, ont été révélées par son partenaire AngloGold Ashanti.
À ces réserves prouvées s’ajoutent des réserves probables, c’est-à-dire celles dont l’exploitation est envisagée mais non encore entièrement confirmée, représentant 217,7 tonnes d’or. Au total, les réserves prouvées et probables de Kibali atteignent environ 315 tonnes.
Ces nouvelles estimations de réserves offrent une perspective positive pour un site minier dont la performance en 2024 a été contrastée. Malgré une baisse de la production, aggravée par la hausse des coûts d’exploitation, la contribution de Kibali au chiffre d’affaires de Barrick Gold a progressé de 30,8 % entre 2023 et 2024, permettant ainsi de compenser en partie ce recul.
Selon diverses statistiques officielles, Kibali reste le principal site de production d’or destiné à l’exportation et le seul complexe industriel majeur exploitant ce minerai en RDC. Toutefois, la valeur effective de ces réserves dépend des acteurs économiques.
Valorisation contrastée des réserves d’or de Kibali
Pour Barrick Gold et AngloGold Ashanti, le prix moyen retenu pour l’once d’or dans leurs estimations est fixé à 1 400 dollars. Cette approche, couramment utilisée par les exploitants miniers, permet de refléter une valeur réaliste des actifs lors des négociations avec les investisseurs.
Cependant, sur les marchés internationaux, le prix de l’or fluctue sous l’effet des contrats d’achat et des mouvements spéculatifs des traders cherchant des profits à court terme. En 2024, le prix moyen annuel de l’or depuis l’an 2000 s’est établi à 1 500 dollars l’once, mais sur le marché des métaux précieux, il dépasse actuellement les 2 900 dollars.
Ainsi, en appliquant la valorisation prudente de Barrick Gold à 1 400 dollars l’once, les réserves de Kibali sont estimées à 10 milliards de dollars. En revanche, si l’on se base sur le cours actuel de l’or, leur valeur pourrait atteindre 21 milliards de dollars.
La mine de Kibali est un maillon clé de la chaîne de valeur minière en RDC, générant des revenus en devises et offrant des opportunités économiques à plusieurs acteurs. Pour les exploitants et actionnaires, elle représente une source de dividendes et de remboursements d’intérêts. En 2024, AngloGold Ashanti a perçu 88 millions de dollars en dividendes, soit une baisse de 51 % par rapport aux 180 millions de 2023. En parallèle, l’entreprise a encaissé 149 millions de dollars au titre du remboursement des prêts accordés pour financer les investissements liés à la mine.
Kibali constitue également une source majeure de revenus fiscaux pour l’État congolais et les administrations locales. Sur les six dernières années, avec la hausse du prix de l’or sur le marché international, les royalties perçues par l’État ont atteint plus de 375 millions de dollars.
Si les réserves actuelles sont confirmées et que les prix du marché restent stables, les royalties issues de l’exploitation de la mine pourraient atteindre 735 millions de dollars (3,5 % de la valeur de la mine). Ce montant pourrait même grimper à 2,1 milliards de dollars si l’or venait à être classé comme minerai stratégique. Le Code minier de 2018, actuellement en vigueur, prévoit en effet un taux de royalties de 10 % pour les minéraux stratégiques, contre 3,5 % pour les autres minerais.
Georges Auréole Bamba
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Les exportations congolaises de cuivre raffiné vers la Chine ont connu une hausse spectaculaire de 71 % en 2024, atteignant 1,48 million de tonnes, selon Reuters. Cette progression a porté la part de la RDC dans les importations chinoises de cuivre à 36,7 %, contre 10 % en 2020. Un potentiel de croissance supplémentaire demeure, avec la mise en service en 2025 de la fonderie d’Ivanhoe Mines qui exploite Kamoa-Kakula, la plus grande mine de cuivre de RDC.
D’une capacité de production annuelle de 500 000 tonnes d’anodes de cuivre, cette nouvelle infrastructure devrait renforcer les achats chinois. En effet, les groupes chinois Zijin Mining et CITIC Metal ont déjà signé des accords d’approvisionnement pour 80 % de la production, sur une période de trois ans.
Ce type d’accord joue un rôle central dans la croissance des exportations congolaises de cuivre vers la Chine. En 2023, la RDC est devenue le deuxième producteur mondial de cuivre raffiné, selon l’International Copper Study Group. Cette performance a été favorisée par les investissements massifs de la Chine, qui ont permis au pays de développer ses capacités de transformation.
À Kamoa-Kakula, l’un des principaux sites de production, Ivanhoe Mines détient 39,6 % des parts, tout comme Zijin Mining, qui est aussi l’un des principaux actionnaires d’Ivanhoe.
Face à la domination chinoise sur le secteur minier congolais, les autorités cherchent désormais à diversifier leurs partenaires. Ces derniers mois, le gouvernement congolais a intensifié les discussions avec des pays comme les États-Unis et l’Arabie saoudite.
« Aujourd’hui, 80 % de nos mines, c’est avec un seul partenaire [la Chine]. C’est donc un risque […]. On ne sait jamais ce qui peut arriver. C’est pourquoi nous essayons désormais de diversifier nos partenariats afin de ne pas dépendre d’un seul partenaire », a déclaré en janvier 2025 Marcellin Paluku, directeur de cabinet adjoint au ministère des Mines, en marge du Future Minerals Forum à Riyad.
Emiliano Tossou
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Dans la mise à jour 2024 de son rapport sur les réserves et ressources, Glencore, la multinationale suisse spécialisée dans l’extraction et la commercialisation de matières premières, a fourni des indications permettant d’estimer que la mine de Mutanda, située à 40 kilomètres de Kolwezi, en République Démocratique du Congo (RDC), possède des réserves mesurées en cuivre et en cobalt dont la valeur projetée atteint 72 milliards de dollars.
Dans le secteur minier, les rapports d’évaluation du potentiel des gisements classent les sites selon trois catégories : les réserves mesurées, qui offrent un haut degré de fiabilité ; les réserves indiquées, considérées comme fiables, mais nécessitant des confirmations supplémentaires ; et les réserves inférées, dont l’évaluation est moins certaine.
Concernant Mutanda, l’entreprise annonce dans son dernier rapport des réserves mesurées de 197 millions de tonnes de minerais, avec une teneur en cuivre de 1,94 %, soit un total de 3,8 millions de tonnes. Pour le cobalt, la teneur dans cette catégorie de ressources évaluées est de 0,61 %, soit 1,2 million de tonnes. En appliquant aux réserves mesurées la valeur de marché des contrats d’achat de minerais livrables dans un an (février 2026), on obtient une estimation de 41 milliards de dollars pour le cuivre et 31 milliards de dollars pour le cobalt, soit un total de 72 milliards de dollars.
Ces valeurs restent toutefois des projections susceptibles d’évoluer. Leur valorisation définitive dépendra de plusieurs facteurs, notamment l’exploitation effective de ces ressources, les mécanismes complexes de modélisation financière et les conditions des contrats de vente conclus au fil du temps.
Mutanda représente de ce fait un levier de croissance majeur pour Glencore en RDC. À Mutanda, le groupe détient 95 % des parts contre 70 % à Kamoto. Sur ce site, la multinationale a déjà sécurisé deux permis valides jusqu’en 2037, et la durée de vie de la mine pourrait atteindre 20 ans, sous réserve d’investissements supplémentaires.
À l’inverse, à Kamoto, le dernier rapport sur le potentiel minier ne mentionne aucune ressource mesurée. Toutefois, les ressources indiquées, nécessitant encore des études complémentaires, sont estimées à 10,4 millions de tonnes de cuivre et 1,5 million de tonnes de cobalt ; avec une exploitation potentielle sur 15 ans.
Ces données pourraient susciter l’intérêt de plusieurs parties prenantes locales, notamment l’administration congolaise, qui perçoit taxes et redevances sur l’activité minière industrielle, ainsi que de nombreux sous-traitants et fournisseurs des deux filiales locales de Glencore.
Georges Auréole Bamba
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Sollicité par Reuters, le groupe suisse Glencore, spécialisé dans la production et la commercialisation des matières premières, a démenti avoir l’intention de céder « tout ou partie » de ses activités en République Démocratique du Congo (RDC). Selon un porte-parole de l’entreprise, cité par l’agence de presse britannique, réputée pour sa proximité avec les marchés financiers internationaux, notamment la Bourse de Londres, aucune banque d’investissement ou société de conseil n’a été mandatée pour une telle opération.
Glencore a ainsi démenti les informations publiées plus tôt dans la journée du 14 février 2025, par le Financial Times, quotidien économique et financier britannique de référence. Toutefois, le groupe anglo-suisse a reconnu avoir reçu en 2024 une offre non sollicitée d’un potentiel investisseur du Moyen-Orient, tout en précisant qu’il l’avait rejetée.
Au moins un pays du Moyen-Orient cherche à établir des chaînes d’approvisionnement durables en minerais de la transition énergétique avec la RDC. En janvier 2024, l’Arabie Saoudite a signé un protocole d’accord avec Kinshasa, visant à améliorer la recherche, l’exploitation et la transformation des minéraux au niveau local, afin de soutenir la transition énergétique.
Des actifs entachés de soupçons
Il faut rappeler qu’en 2024, Glencore a accepté de payer 152 millions de dollars pour des actes de corruption en RDC. La même année, l’administration fiscale congolaise lui a exigé le paiement de 895 millions de dollars, correspondant au total des retenues à la source sur les sommes que le groupe aurait versées à Dan Gertler. Cet homme d’affaires israélien, associé à plusieurs scandales de corruption en RDC, est présenté comme un « partenaire commercial » de Glencore.
Baisse de la production
À l’inverse, les opérations de Glencore en RDC pourraient ne plus être stratégiques à l’horizon 2039. Malgré un solide quatrième trimestre (68 800 tonnes), la production de cuivre à Kamoto et Mutanda a reculé de 7 % en 2024 (224 500 tonnes), après une baisse de 5 % en 2023. Il s’agit de la troisième année consécutive de déclin, selon des données consultées par Bankable. La production de cobalt a également enregistré un recul de 10 % en 2024, atteignant 35 100 tonnes, soit sa plus forte baisse depuis 2022.
Les mines congolaises de Glencore arrivent progressivement en fin de cycle. Kamoto ne dispose plus que de quinze ans de durée de vie, soit exactement la période couverte par les permis récemment renouvelés jusqu’en 2039. À Mutanda, le permis expire en 2037, et une exploitation prolongée jusqu’en 2040 ne serait envisageable qu’à condition d’obtenir l’autorisation d’investissements complexes.
Toutefois, même si ces éléments peuvent inciter les actionnaires de Glencore à faire pression pour une cession des actifs congolais, la décision mérite réflexion. Les dernières évaluations du potentiel en ressources indiquent que les permis de Mutanda abriteraient encore 3,8 millions de tonnes de cuivre et 1,2 million de tonnes de cobalt, des réserves quasiment prouvées.
Georges Auréole Bamba
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Tous les sites miniers situés dans les territoires de Masisi et de Kalehe, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, sont désormais classés « rouge », selon un arrêté signé le 12 février 2025 par le ministre des Mines, Kizito Pakabomba. La mesure concerne 38 concessions minières, notamment dans les secteurs de Rubaya et Nyabibwe, où sont exploités du coltan et du minerai d’étain (cassitérite).
« L’exploitation et le commerce illicite des minerais organisés par les agresseurs (…) établissent une chaîne d’approvisionnement illégale (…). Considérant que ces chaînes d’approvisionnement illégales constituent la principale source du financement de cette guerre d’agression, il échet que le gouvernement de la République Démocratique du Congo reconsidère le statut de certains miniers », justifie Kizito Pakabomba dans sa décision.
Cette explication laisse entendre que le gouvernement congolais cherche, à travers cette interdiction, à tarir les sources de financement des rebelles du M23 et de leurs soutiens rwandais. En effet, selon un arrêté antérieur, les sites classés « rouge » sont interdits à toute activité minière. En conséquence, la commercialisation des minerais extraits de ces zones devient illégale, limitant ainsi leur accès aux marchés formels.
Selon l’arrêté, la qualification « rouge » est en place pour six mois. Les sites concernés peuvent faire l’objet d’audits indépendants à l’initiative du ministère des Mines, des organismes internationaux comme l’ONU ou l’OCDEC, ou de tout autre organisme public au privé concerné ou impliqué dans la mise en œuvre des normes d’approvisionnement responsable de minerais.
Cette décision survient alors que les rebelles du M23 et des troupes rwandaises occupent, depuis leur offensive du 23 janvier dernier, plusieurs localités, dont Goma, capitale du Nord-Kivu, et poursuivent leur progression vers Bukavu, capitale du Sud-Kivu. D’après le gouvernement congolais, les combats, du début de l’offensive jusqu’à l’entrée à Goma, auraient déjà fait plus de 3 000 morts et autant de blessés.
Elle intervient également après la publication, en décembre dernier, d’un rapport de l’ONU affirmant que les rebelles du M23 et leurs alliés contrôlent depuis fin avril 2024 Rubaya, qualifiée de « plus grande mine de coltan de la région des Grands Lacs ». Cette mine représenterait 15 % de la production mondiale de coltan.
« Au moins 150 tonnes de coltan ont été frauduleusement exportées par mois (depuis Rubaya, NDLR) vers le Rwanda et mélangées à la production rwandaise, donnant lieu à la plus grande contamination jamais enregistrée à ce jour des chaînes d’approvisionnement en minéraux dans la région des Grands Lacs », indique le Groupe d’experts onusien sur la RDC.
Emiliano Tossou
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