Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba (photo), a levé « partiellement et temporairement » la suspension des activités minières et commerciales des entités de traitement des minerais artisanaux de la filière cuivre-cobalt localisées dans le Lualaba, province qui abrite la plus importante activité artisanale de cette filière. L’annoncé est contenue dans un communiqué publié le 5 janvier 2026, à l’issue des travaux de contrôle de conformité menés à Kolwezi.
« À l’issue des travaux de la commission (instituée le 26 décembre), organisée en trois sous-commissions (administrative et juridique, technique, et traçabilité et conformité), il a été constaté une violation par toutes les entités de traitement du Code et du Règlement miniers », indique le communiqué.
La décision du ministre apparaît ainsi comme une mesure transitoire, le temps pour les acteurs concernés de régulariser leur situation. « Le maintien ou la levée définitive de la suspension restera conditionné par la régularisation effective de chaque entité de traitement », précise le document.
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— Ministère des Mines - RDC (@MinMinesRDC) January 5, 2026
Selon le communiqué, chaque entité de traitement recevra, dans un délai de 72 heures à compter de sa publication, une notification individuelle. Celle-ci détaillera, au cas par cas, les mesures d’accompagnement requises pour la réparation des griefs administratifs, techniques et de traçabilité reprochés et précisera également, le cas échéant, les pénalités financières à acquitter, conformément aux dispositions de la loi minière en vigueur.
Toutefois, la société Luilu Resources n’est pas concernée par cette levée partielle. Selon le ministère, l’entreprise n’a présenté aucun document probant relatif aux aspects techniques et à la traçabilité des minerais devant la commission de contrôle. Elle est sommée de se présenter à nouveau devant la commission à Lubumbashi, dans un délai de trois jours, avec les pièces requises, sous peine de sanctions proportionnelles à la gravité des manquements constatés.
Mesure transitoire pour le Haut-Katanga
Pour le Haut-Katanga, autre province à forte activité artisanale dans la filière cuivre-cobalt, une mesure transitoire a également été prise. En attendant les conclusions du contrôle, les entités de traitement sont autorisées, à titre provisoire, à recevoir les minerais déjà présents sur les sites artisanaux légaux ou tolérés.
Cette opération se fera sous l’encadrement des services provinciaux compétents, notamment la division provinciale des Mines, la direction provinciale du SAEMAPE, le ministère provincial des Mines, ainsi que les représentants des coopératives et des négociants.
Depuis le 19 décembre 2025, les activités de toutes les entités de traitement des minerais artisanaux de la filière cuivre-cobalt sont suspendues sur l’ensemble du territoire. Le ministre des Mines rappelle que cette mesure s’inscrit dans la mise en œuvre de la feuille de route de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière.
Elle vise à assainir la chaîne d’approvisionnement des minerais artisanaux, tout en assurant le respect des principes de diligence raisonnable de l’OCDE et du Manuel national de traçabilité.
Ronsard Luabeya
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Les quotas d’exportation accordés aux producteurs de cobalt en République démocratique du Congo (RDC) pour le dernier trimestre 2025 pourront être utilisés jusqu’au 31 mars 2026. C’est ce qu’a déclaré le régulateur congolais dans un communiqué daté du dimanche 28 décembre, cité notamment par Reuters.
Cette annonce vient lever des incertitudes créées par les goulots d’étranglement dans le nouveau processus d’exportation du cobalt congolais. Après avoir imposé un embargo sur les expéditions de ce métal stratégique pour l’industrie des batteries de véhicules électriques, Kinshasa l’a remplacé, en octobre, par un régime de quotas d’exportation.
Selon ce système, 18 125 tonnes de cobalt étaient prévues à l’exportation entre octobre et décembre 2025. Toutefois, plusieurs entreprises n’ont pas pu utiliser leurs quotas, alors que le cadre réglementaire n’autorise pas, en principe, le report des quotas d’une année sur l’autre.
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a affirmé il y a quelques jours que les exportations de cobalt avaient « repris » le 19 décembre, sans fournir de précisions sur les volumes exportés ni sur les compagnies concernées.
CMOC, l’un des principaux producteurs de cobalt en RDC et titulaire d’un quota d’exportation de 6 650 tonnes pour le quatrième trimestre 2025, a indiqué que les premières cargaisons ne devraient pas quitter le pays avant janvier. Le processus administratif s’est poursuivi durant les dernières semaines de 2025, avec notamment le prélèvement d’échantillons en vue des premières expéditions sous le nouveau régime.
Si l’incertitude liée aux quotas non utilisés en 2025 se dissipe, d’autres défis demeurent pour le gouvernement congolais, qui doit démontrer sa capacité à appliquer durablement ce nouveau cadre.
L’embargo imposé en février, dans un contexte de marché excédentaire pesant sur les prix, a coïncidé avec une envolée des cours du métal, qui ont progressé de plus de 100 % et ont clôturé l’année à plus de 53 355 dollars la tonne.
Si l’objectif d’amélioration des prix semble atteint, Kinshasa doit aussi gérer les risques de substitution du cobalt par d’autres métaux. Certains analystes avertissent que les restrictions sur l’offre congolaise pourraient pousser les industriels à accélérer leurs efforts pour se détourner du cobalt dans la fabrication des batteries électriques.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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Les prix du cuivre ont franchi un nouveau cap sur le London Metal Exchange (LME), s’approchant du seuil de 13 000 dollars la tonne, rapporte Bloomberg lundi 29 décembre. Selon l’agence, le métal a progressé jusqu’à 6,6 % pour atteindre 12 960 dollars la tonne à Londres, avant de se stabiliser autour de 12 920 dollars en cours de séance asiatique le 29 décembre.
Sur l’ensemble du mois de décembre, le cuivre affiche une hausse de plus de 15 %. Cette progression est attribuée à l’anticipation d’éventuels droits de douane américains sur le cuivre raffiné. En prévision de ces mesures, encore non actées, des négociants ont accru les expéditions de métal vers les États-Unis, contribuant à réduire les stocks disponibles dans le reste du monde. Sur le marché américain, les contrats à terme sur le Comex s’échangeaient par ailleurs à des niveaux supérieurs à ceux du LME.
Cette évolution intervient alors que les analystes du groupe financier américain Citigroup ont indiqué en début de mois que le prix du cuivre pourrait dépasser la barre des 13 000 dollars la tonne d’ici le deuxième trimestre 2026. « Nous sommes convaincus que le cuivre dispose d’un potentiel haussier jusqu’en 2026, soutenu par plusieurs facteurs favorables, notamment un environnement fondamental et macroéconomique progressivement plus porteur », avaient-ils déclaré, en prédisant une hausse de 2,5 % de la consommation mondiale finale l’an prochain.
Ces prévisions sont partagées par Gregory Shearer, responsable de la stratégie métaux de base et métaux précieux chez J.P. Morgan. « Dans l'ensemble, nous pensons que ces dynamiques uniques, mêlant inventaires disloqués et perturbations aiguës de l’offre minière, installent un cadre résolument haussier pour le cuivre et suffisent à propulser les prix au-delà de 12 000 dollars la tonne au premier semestre 2026 », a-t-il déclaré.
L’approvisionnement mondial en cuivre alimente les inquiétudes des observateurs depuis plusieurs incidents survenus cette année. À titre d’illustration, en mai, la compagnie Ivanhoe, active en RDC sur l’un des plus grands projets au monde, a rapporté un incident sismique qui l’a conduite à réduire ses objectifs de production pour 2025 et 2026. Alors que l’entreprise visait initialement au moins 500 000 tonnes de cuivre en 2025, elle n’en attend plus que 420 000 tonnes au maximum, un niveau également anticipé pour 2026.
De même, un glissement de terrain à Grasberg, en Indonésie, deuxième plus grande mine de cuivre au monde, a contraint Freeport-McMoRan à réduire de 35 % sa production prévue en 2026.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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Depuis le 19 décembre 2025, les activités de toutes les entités de traitement des minerais artisanaux de la filière cuivre-cobalt sont suspendues sur l’ensemble du territoire de la République démocratique du Congo (RDC). La décision est contenue dans un arrêté signé par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba.
Avec cette décision, l’État cible directement le maillon économique qui rend l’exploitation illégale rentable : l’aval. Une entité de traitement désigne une entreprise individuelle, une société commerciale ou une coopérative minière qui, par des procédés minéralogiques et/ou métallurgiques, obtient, à partir des minerais, un produit minier marchand sous forme de concentré ou de métal affiné ou raffiné. Elle est autorisée à s’approvisionner auprès des exploitants artisanaux, des négociants, des coopératives minières agréées et même des concessions minières en cours d’exploitation.
Selon le texte, il s’agit d’une mesure « conservatoire » destinée à permettre un audit généralisé. À cet effet, une commission ad hoc a été instituée. Elle est chargée de vérifier la conformité administrative, juridique et technique de toutes les entités de traitement, ainsi que la traçabilité et l’origine licite des minerais traités.
La composition, l’organisation et les modalités de fonctionnement de cette commission seront fixées par un autre arrêté. Mais l’arrêté prévoit déjà un calendrier serré : les entités suspendues disposent de dix jours francs à compter de la notification pour transmettre à la commission l’ensemble des éléments probants attestant leur conformité au cadre légal et réglementaire, ainsi que toute preuve relative à l’origine licite de leurs approvisionnements. La commission dispose ensuite de quinze jours, à compter de la réception du dossier complet, pour mener ses travaux. Elle est tenue de remettre son rapport au ministre dans un délai de sept jours ouvrables après la fin de l’audit. La reprise des activités dépendra de la capacité des opérateurs à démontrer leur conformité.
Pour justifier cette décision, le ministre des Mines affirme que plusieurs entités de traitement s’approvisionnaient en minerais issus de concessions industrielles sans autorisation des titulaires de droits miniers, alimentant l’envahissement des périmètres concédés et la fraude. Il estime également qu’elles ne respectent pas les exigences de diligence raisonnable prévues par le guide de l’OCDE, ce qui jetterait le discrédit sur les produits congolais.
Décision saluée par les industriels
La décision est soutenue par plusieurs opérateurs miniers industriels. « C’est une bonne décision. Trop d'entités de traitement violent les règles et enrichissent les réseaux criminels qui pillent les minerais », se réjouit un membre de la Chambre des mines de la Fédération des entreprises du Congo, contacté par Bankable. Selon la FEC, Eurasian Resources Group (ERG) aurait déjà perdu près de 3 milliards de dollars à cause de la spoliation de ses gisements.
Au-delà de la réduction de la pression sur les concessions industrielles et de la restauration de la crédibilité internationale des produits congolais, la mesure pourrait également renforcer le rôle de l’Entreprise générale du cobalt (EGC). Pour permettre à la filiale de la Gécamines d’exercer pleinement son monopole sur le négoce artisanal des minerais stratégiques comme le cobalt, le président Félix Tshisekedi avait demandé, lors d’un Conseil des ministres tenu le 13 juin 2025, l’application stricte de toutes les règles — y compris les sanctions — contre les usines et entités de traitement qui achètent illégalement du cobalt artisanal en contournant le monopole légal de l’EGC.
À court terme, la suspension des entités de traitement pourrait perturber l’écosystème artisanal et générer des tensions sociales, notamment pour les coopératives et les négociants locaux. L’arrêt des unités de traitement du cuivre et du cobalt artisanal devrait entraîner une perte immédiate de débouchés pour la filière. L’ampleur de l’impact dépendra toutefois de la capacité de l’État à faire respecter sa décision.
Bien que contribuant de manière marginale à la production du cuivre et du cobalt du pays, l’exploitation artisanale emploierait entre 1,5 et 2 millions de Congolais et ferait vivent indirectement plus de 10 millions de personnes, selon les estimations d’EGC.
Pierre Mukoko
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La société britannique Rome Resources évalue le potentiel économique d’une exploitation du cuivre sur le projet Bisie North, en République démocratique du Congo (RDC). Dans une mise à jour publiée le 23 décembre 2025, l’entreprise indique être en bonne voie pour finaliser les études engagées à cette fin, sur un projet où l’étain demeure, à ce stade, le principal produit d’exploration.
« Au cours de l'année, des travaux métallurgiques ont également été commandés afin d'évaluer les procédés de traitement permettant de récupérer économiquement les importantes ressources de cuivre situées au-dessus des zones d'étain de Mont Agoma. La première phase de ces travaux est presque terminée et les résultats sont attendus prochainement », peut-on lire dans la note publiée par la société.
Publiée fin octobre 2025, la première estimation de ressources de Rome Resources a mis en évidence un système polymétallique à Bisie North, faisant ressortir 10 600 tonnes d’étain et 46 900 tonnes de cuivre. C’est ce potentiel cuprifère que la société cherche désormais à mieux valoriser à travers les travaux métallurgiques en cours.
Ces travaux consistent en une série de tests destinés à évaluer les conditions dans lesquelles l’exploitation du cuivre pourrait être économiquement viable, notamment par l’identification du procédé de traitement le plus adapté et l’évaluation de la qualité du produit final.
En s’intéressant à la valorisation des ressources de cuivre de Bisie North, Rome Resources cherche également à se positionner sur un marché stratégique. Essentiel à des secteurs clés tels que l’électronique, les énergies renouvelables et la mobilité électrique, le cuivre s’impose aujourd’hui comme un métal critique. Dans ce contexte, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) alerte sur le risque d’un déficit d’approvisionnement à l’horizon 2035, sous l’effet d’une demande appelée à croître fortement.
La capacité de Rome Resources à tirer parti de ces opportunités dépendra toutefois de l’issue des travaux en cours, aucun élément ne permettant à ce stade d’en apprécier les chances de succès. En attendant, la société prévoit de poursuivre ses efforts d’exploration, avec le lancement d’une nouvelle campagne de forage au premier trimestre 2026.
Aurel Sèdjro Houenou, Agence Ecofin
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Le groupe chinois China Molybdenum Company (CMOC), opérateur des projets miniers Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu Mining (KFM) en République démocratique du Congo, envisage de porter le volume global de ses investissements dans le pays à 8 milliards de dollars américains. L’annonce a été faite le 16 décembre 2025 au ministre des Mines, Louis Kabamba Watum, lors d’une audience à Kinshasa, selon ses services de communications.
Mais ni la nature ni le calendrier des futurs projets envisagés dans le pays n’a été précisé. Il a juste été rapporté que CMOC a réaffirmé sa volonté d’accroître ses engagements au regard du potentiel minier congolais et de l’amélioration progressive du climat des affaires.
En octobre 2025, le groupe chinois a obtenu l’approbation de son conseil d’administration pour lancer un projet d’expansion de la mine de Kisanfu, d’un coût estimé à 1,08 milliard de dollars. Ce programme vise à augmenter la production annuelle du site d’environ 100 000 tonnes de cuivre, avec une durée des travaux prévue sur deux ans et une mise en service attendue autour de fin 2027.
CMOC a acquis 80 % de Tenke Fungurume Mining (TFM) à 2,65 milliards de dollars en 2016 et 95 % de Kisanfu Mining pour environ 550 millions de dollars en 2020. D’autres injections de capital ont déjà été effectuées sur ces sites, notamment pour augmenter les capacités opérationnelles, même si les montants cumulés antérieurs n’ont pas fait l’objet de communication. Mais selon les données tirées des rapports annuels du groupe chinois, ces investissements dépasseraient les 3 milliards de dollars.
Lors de cette rencontre, la délégation de CMOC a également présenté son rapport annuel de production, faisant état d’une production d’environ 700 000 tonnes de cuivre sur ses opérations en RDC pour l’exercice 2025, confirmant ainsi son rôle prépondérant sur le marché minier congolais.
Le groupe a évoqué plusieurs difficultés opérationnelles, parmi lesquelles le déficit d’approvisionnement en énergie électrique et l’envahissement de certaines concessions par des exploitants artisanaux, qui perturbent la production et créent des tensions locales.
En réponse, le ministre des Mines a assuré que des solutions concertées seraient mises en œuvre avec l’ensemble des parties prenantes, insistant sur l’implication des communautés locales dans la recherche de réponses durables aux envahissements des sites miniers. Louis Kabamba Watum a également encouragé CMOC à anticiper des investissements dans la production locale d’énergie électrique, afin de réduire la dépendance aux importations en provenance de pays voisins.
Les échanges ont aussi porté sur des accords de coopération récemment conclus entre la RDC et d’autres partenaires internationaux, notamment les États-Unis. Le ministre a tenu à rassurer les représentants de CMOC que ces partenariats ne constituent aucune menace pour les investisseurs étrangers, y compris ceux de la République populaire de Chine, ni pour le cadre de coopération sino-congolais existant.
Ronsard Luabeya
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A partir du 17 décembre 2025, le guichet du Cadastre minier (Cami) en République démocratique du Congo suspend temporairement la réception des nouvelles demandes de droits miniers et de carrières de recherches. Cette décision, annoncée dans un communiqué publié le 15 décembre 2025, restera en vigueur « jusqu’à nouvel ordre », aucun délai de réouverture n’ayant été communiqué.
Le Cami précise que cette suspension ne concerne pas les opérations liées aux droits déjà existants. Les demandes de transformation et de renouvellement de droits miniers, ainsi que l’enregistrement des cessions, amodiations, options et autres actes afférents, continueront à être traitées.
Selon l’institution, cette décision s’inscrit dans le cadre du lancement des travaux d’assainissement du fichier cadastral, dont l’objectif est d’améliorer la fiabilité et la gestion du système cadastral.
Ces travaux prolongent ceux menés en juillet dernier. Le rapport publié en août 2025 indiquait que ces interventions avaient permis à l’État congolais de reprendre 594 titres miniers et de carrières, représentant 37 253 carrés miniers, soit une superficie de 31 648 kilomètres carrés — supérieure à celle de la Belgique.
Le rapport mentionnait également la régularisation administrative de 210 droits miniers placés en situation prolongée de force majeure, représentant 18 709 carrés miniers. Ces titres ont été reclassés comme actifs, rétablissant ainsi les obligations fiscales, sociales et techniques des entreprises concernées.
Ronsard Luabeya
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Le gouvernement vient de rappeler à l’ordre les sociétés minières opérant dans le Haut-Katanga et le Lualaba, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), au sujet du respect des nouvelles règles encadrant les carburants destinés à la consommation du secteur. Une correspondance, signée le 10 décembre 2025 par les ministres des Hydrocarbures (Acacia Bandubola Mbongo) et des Mines (Louis Watum Kabamba-Photo), leur a été adressée dans ce sens.
Selon ce courrier, ce rappel à l’ordre fait suite au refus de plusieurs compagnies minières d’autoriser les agents de la Brigade de marquage des produits pétroliers à accéder à leurs sites pour contrôler leurs stocks de carburants. Ces inspections visent à vérifier que les produits pétroliers subventionnés par l’État — destinés aux ménages — n’ont pas été détournés pour un usage industriel dans les mines.
La loi de finances 2025 (article 22) exclut désormais les carburants terrestres et d’aviation (essence, kérosène, gasoil, fuel, pétrole lampant, GPL) destinés à l’activité minière ou cédés aux entreprises minières et à leurs sous-traitants de toute subvention publique, ainsi que de toute exonération de droits et taxes à l’importation, notamment les droits de douane et la TVA. Pour garantir l’application de cette mesure, les sociétés minières doivent désormais s’approvisionner sous douane, et utiliser des carburants faisant l’objet d’un marquage spécifique permettant de les distinguer des produits vendus en stations-service.
Depuis l’entrée en vigueur de cette disposition en août, la Direction générale des douanes et accises (DGDA) soupçonne certains opérateurs miniers de contourner le dispositif. Des contrôles inopinés menés par la Brigade de marquage ont ainsi été lancés. Mais entre le 7 et le 12 septembre, plusieurs agents se sont vu interdire l’accès aux stocks pétroliers de certaines entreprises dans la province du Lualaba. D’où le rappel à l’ordre des ministres, qui appellent les acteurs miniers à une « bonne collaboration ».
Dans leur courrier, les ministres précisent que les missions de la Brigade de marquage moléculaire seront désormais systématiquement combinées à des contrôles administratifs menés par l’administration des Hydrocarbures. Ces vérifications porteront notamment sur les capacités installées de stockage, les volumes de carburants importés et consommés mensuellement, la disponibilité des déclarations douanières, ainsi que la validité des autorisations d’importation, de transport et de stockage pour autoconsommation.
Selon le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, cette réforme a eu un impact immédiat sur les recettes publiques : les importations de carburants ont généré plus de 63 milliards de francs congolais (FC) en août 2025 — soit un peu plus de 22 millions de dollars — contre seulement 4 milliards de FC (1,5 million USD) le mois précédent, soit une hausse de plus de 1 500 %.
Boaz Kabeya
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A deux semaines de la fin de l’année 2025, la République démocratique du Congo (RDC) en est encore à tester la nouvelle procédure d’exportation du cobalt prévue dans le cadre du système de quotas. Pour de nombreuses entreprises minières, il apparaît désormais évident qu’elles ne pourront pas utiliser l’ensemble des volumes qui leur ont été attribués pour 2025. Elles s’interrogent dès lors sur le sort des quotas non utilisés.
Selon la décision du 10 octobre 2025 du conseil d’administration de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms), fixant les conditions d’obtention, de répartition et d’exécution des quotas d’exportation du cobalt, « les quotas de base par opérateur ne sont ni transférables, ni reportables dans le temps ». Autrement dit, « tout quota d’exportation mensuel non utilisé au dernier jour du mois en question sera considéré comme perdu et automatiquement réaffecté au quota stratégique annuel de l’Arecoms ».
Le texte prévoit toutefois une exception pour cette année : « Les quotas mensuels par opérateur seront cumulables de manière exceptionnelle jusqu’au 31 décembre 2025 ». En revanche, aucun report d’une année à l’autre n’est envisagé. Si cette règle devait être strictement appliquée, les compagnies incapables d’exporter la totalité de leurs quotas 2025 devraient donc les perdre. Une perspective que la filière juge injuste, estimant que les retards constatés ne sont pas imputables aux opérateurs.
Sollicitée par Bloomberg, l’Arecoms a affirmé : « Les quotas du dernier trimestre ne seront pas perdus par les sociétés minières. Nous examinons toutes les options de mise en œuvre pour limiter les impacts ». L’agence américaine indique également que les autorités auraient autorisé les producteurs à conserver leurs quotas 2025. Cependant, jusqu’à la fin de la semaine dernière, plusieurs acteurs du secteur affirmaient n’avoir reçu aucune notification officielle en ce sens.
Dialogue sollicité
Les exportations de cobalt auraient dû reprendre depuis le 16 octobre, mais elles sont restées bloquées plus d’un mois en raison de l’absence de texte codifiant la nouvelle procédure induite par les directives de l’Arecoms. La note circulaire interministérielle Mines/Finances fixant les dispositions pratiques de l’exportation du cobalt n’a été publiée que le 2 décembre. Selon la Chambre des mines de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), ce document « ne répond pas aux préoccupations soulevées par les exportateurs de cobalt ».
Les autorités ont donc lancé une phase de test, amorcée la semaine dernière, à partir d’« une petite cargaison » de cobalt appartenant à Glencore, propriétaire de Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining (MUMI) dans le Grand Katanga. « Tous les moyens sont déployés pour finaliser la phase de test dans les prochains jours, ce qui marquera la reprise des exportations de cobalt depuis la RDC », a indiqué l’Arecoms à Bloomberg.
Les opérateurs espèrent qu’à l’issue de cette phase, le régulateur acceptera enfin un dialogue pour clarifier les zones d’ombre du nouveau dispositif. Selon nos informations, à la fin de la semaine dernière, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, n’avait toujours pas répondu à la correspondance que la Chambre des mines lui a adressée le 4 décembre, sollicitant une séance de travail dans le cadre du mécanisme de concertation créé en octobre.
Pour le dernier trimestre 2025, l’Arecoms a autorisé l’exportation de 18 125 tonnes de cobalt. CMOC et Glencore concentrent 58 % de ces volumes, avec respectivement 6 500 tonnes et 3 925 tonnes. La production annuelle est attendue à près de 200 000 tonnes.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Dans un communiqué publié le 5 décembre 2025, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a annoncé avoir émis une lettre d’intention à Mota Engil, signalant sa disponibilité à financer « la réhabilitation, l’exploitation et le transfert de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania » en République démocratique du Congo (RDC). Cette démarche suggère que l’entreprise portugaise de construction et de génie civil est pressentie pour décrocher le contrat de concession de cette section du corridor de Lobito, qui relie les régions minières de la RDC au port atlantique de Lobito, en Angola.
Avec Trafigura et Vecturis, Mota-Engil forme le consortium Lobito Atlantic Railway (LAR), titulaire depuis juillet 2022 d’une concession de 30 ans pour l’exploitation et la modernisation de la section angolaise du corridor. Côté congolais, aucune décision d’adjudication n’a cependant encore été rendue publique.
« Ce que nous essayons de faire maintenant, c’est d'activer le début des travaux », a indiqué, le 26 novembre dernier, le vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, lors d’un panel consacré au secteur au Forum Makutano. Il a précisé que les travaux se poursuivent au sein du comité stratégique de suivi du projet, qui regroupe la RDC, les États-Unis et l’Union européenne (UE).
Avec un allié comme les États-Unis, Mota-Engil semble donc bien positionnée dans ce processus. La DFC s’est déclarée prête à mobiliser jusqu’à un milliard de dollars pour financer le projet. La ligne ferroviaire Dilolo–Sakania est appelée à devenir l’axe principal des exportations congolaises vers les États-Unis. L’accord stratégique signé le 4 décembre entre Kinshasa et Washington fixe des objectifs précis : 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises publiques devront transiter par ce corridor au cours des cinq prochaines années.
Retombées économiques
Selon les conclusions des études de faisabilité présentées en septembre par une délégation d’experts de l’Union européenne et des États-Unis, la réhabilitation de la ligne Dilolo–Sakania et son extension vers la frontière zambienne nécessitent un investissement d’environ 1,1 milliard de dollars. Les promesses de financement actuelles dépassent déjà ce montant : en plus du milliard de dollars envisagé par la DFC, la Banque européenne d’investissement est disposée à apporter 500 millions d’euros et la Banque mondiale 500 millions de dollars, a indiqué Jean-Pierre Bemba.
Selon les projections officielles, le corridor doit rendre le port de Lobito plus compétitif que ceux de Durban (Afrique du Sud), Dar es-Salaam (Tanzanie), Beira (Mozambique) ou Walvis Bay (Namibie). À titre de comparaison, il faudra 5 à 8 jours pour acheminer le fret des villes minières de Tenke ou Kolwezi jusqu’au port de Lobito, contre près de 25 jours pour Durban. Cette réduction des délais permettrait, selon le ministre des Transports, de diminuer les coûts logistiques jusqu’à 30 %. Dès la première année d’exploitation, il est prévu un volume d’1 million de tonnes à l’export et de 500 000 tonnes à l’import.
Jean-Pierre Bemba estime également que le corridor pourrait augmenter le PIB de la RDC de 2 à 3 %, grâce aux activités minières, industrielles, agricoles et logistiques qui se développeront le long de la voie ferrée. Il évoque par ailleurs la création d’environ 10 000 emplois directs liés à la réhabilitation et à la modernisation de la ligne côté congolais.
Pierre Mukoko
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Les besoins électriques du projet de manganèse d’Asia Minerals Limited à Luozi, dans le Kongo Central, sont projetés à plus de 300 MW. L’information a été donnée le 26 novembre dernier lors du Forum Makutano par Fely Samuna, directeur général de Kerith Resources, partenaire congolais de la multinationale japonaise.
Selon lui, ces besoins se répartissent en deux volets : environ 120 MW pour la phase d’exploitation minière et près de 200 MW pour la transformation locale du minerai, conformément à la demande du gouvernement visant à accroître la valeur ajoutée et l’emploi dans la région. Cette demande commencera à se matérialiser dans plus de trois ans : « L’exploration va prendre trois ans, le développement de la mine va commencer après », a-t-il précisé, avant d’interroger les autorités sur la capacité du pays à répondre à ces besoins.
Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, a indiqué que la zone concernée par le projet dispose de sites hydroélectriques susceptibles d’alimenter ces activités, notamment celui de Mpioka, sur la rivière Inkisi. Selon le coordonnateur de l’Unité de coordination et de management des projets du ministère de l’Énergie (UCM), Jean-Pierre Mukadi Kalombo, ce site présente un potentiel d’environ 6 000 MW, pouvant contribuer à l’approvisionnement énergétique de Kinshasa — y compris dans le cadre de son extension — ainsi qu’aux besoins croissants du secteur minier. Il a précisé que ce site fera l’objet d’études dès l’année prochaine afin de fournir au gouvernement les éléments techniques nécessaires pour la suite du projet.
Fely Samuna a également soulevé la question de la compétitivité énergétique du pays. Il a rappelé que le partenaire japonais exploite déjà une fonderie, Pertama Ferroalloys, mise en service en 2016 en Malaisie, où l’approvisionnement repose sur un contrat d’achat d’électricité (PPA) à un tarif d’environ 0,04 dollar/kWh. Il a demandé si un tarif inférieur pouvait être envisagé en RDC afin de garantir la compétitivité des opérations locales et déterminer Asia Minerals à transformer le minerai sur place.
En réponse, Bob Mabiala Mvumbi, directeur général de l’Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga (ADPI), s’est dit disposé à ouvrir des discussions en vue de la conclusion d’un futur PPA. « Vous fixerez un prix et on en parlera », a-t-il déclaré, précisant que l’ADPI travaille actuellement sur la question de la demande bancable pour Inga 3, dont la capacité installée devrait varier entre 3 000 et 11 000 MW.
Mais l’équation s’annonce difficile. La Société nationale d’électricité (SNEL), estimant que le tarif moyen de 0,17 dollar/kWh est inférieur au coût de revient, demande actuellement une hausse des prix. À titre de comparaison, les opérateurs de mini-réseaux appliquent actuellement des tarifs allant de 0,25 à 0,70 dollar/kWh.
Timothée Manoke
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Les analystes du groupe financier américain Citigroup prévoient un prix du cuivre supérieur à 13 000 dollars la tonne d’ici le deuxième trimestre 2026. Cette projection, annoncée la semaine dernière, intervient alors que le cours du métal rouge bat des records sur les marchés internationaux, atteignant 11 620 dollars le 5 décembre à la Bourse des métaux de Londres.
Le contrat pour livraison dans trois mois a progressé d’environ 30 % depuis le début de l’année, atteignant des niveaux historiques. Cette hausse est alimentée par des tensions sur l’offre minière, mais aussi par des anticipations liées aux orientations commerciales de l’administration Trump. Selon Citigroup, ces facteurs devraient continuer de soutenir les prix en 2026.
Dans la perspective de droits de douane plus élevés aux États-Unis sur le cuivre raffiné, les négociants accumulent des stocks dans les entrepôts américains. D’après Bloomberg, 60 % des stocks de cuivre détenus dans les entrepôts contrôlés par les bourses mondiales sont désormais concentrés aux États-Unis, principalement dans ceux du Comex. Cette situation pourrait contribuer à tendre davantage le marché, alors même que plusieurs grandes mines connaissent d’importantes perturbations.
Faible croissance de la production minière
En RDC, où Ivanhoe Mines et ses partenaires chinois exploitent l’une des plus grandes mines de cuivre au monde (Kamoa-Kakula), l’incident sismique de mai 2025 a affecté les prévisions de production. Alors que l’entreprise visait initialement au moins 500 000 tonnes de cuivre en 2025, elle n’en attend plus que 420 000 tonnes au maximum, un niveau également anticipé pour 2026. Une remontée à 540 000 tonnes est envisagée en 2027.
En Indonésie, un glissement de terrain survenu à Grasberg — deuxième plus grande mine mondiale — a contraint Freeport McMoRan à suspendre une partie des opérations, entraînant une réduction de 35 % de la production prévue en 2026. Au Chili, des difficultés opérationnelles à la mine de Quebrada Blanca ont également pesé sur les projections.
Fin novembre, J.P. Morgan a ainsi estimé que la croissance de l’offre mondiale resterait faible en 2025, avant de n’atteindre qu’environ 1,4 % en 2026, soit près de 500 000 tonnes de moins que ses prévisions initiales.
« Dans l'ensemble, nous pensons que ces dynamiques uniques, mêlant inventaires disloqués et perturbations aiguës de l’offre minière, installent un cadre résolument haussier pour le cuivre et suffisent à propulser les prix au-delà de 12 000 dollars la tonne au premier semestre 2026 », analyse Gregory Shearer, responsable de la stratégie métaux de base et métaux précieux chez J.P. Morgan.
Risques de pénurie contestés
L’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains n’est toutefois pas garantie. Un apaisement des tensions pourrait relâcher les pressions sur l’approvisionnement. Certains analystes, dont ceux de Benchmark Minerals, s’interrogent sur la réalité des risques de pénurie, jugeant qu’ils pourraient relever davantage de la spéculation.
Pour Goldman Sachs, une véritable pénurie n’est pas attendue avant 2029, et les prix ne devraient pas rester durablement au-dessus de 11 000 dollars la tonne. De son côté, BloombergNEF estime que le marché mondial du cuivre entre dès 2025 dans un déficit structurel, susceptible d’atteindre 19 millions de tonnes d’ici 2050.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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Le 5 décembre 2025, la société publique congolaise Gécamines et le groupe genevois Mercuria Energy Trading ont annoncé la création d’une coentreprise destinée à commercialiser le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques comme le germanium ou le gallium provenant du sous-sol de la République démocratique du Congo (RDC). Cette joint-venture est mise en œuvre avec « le soutien de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) », indique le communiqué conjoint.
Le même jour, l’agence américaine de financement du développement a dévoilé ses intentions : elle envisage d’entrer directement dans le capital de cette coentreprise. Dans cette perspective, la DFC dit avoir émis une lettre d’intention en vue d’un « investissement en actions » dans la joint-venture Gécamines–Mercuria. Objectif : « sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines en minéraux stratégiques », souligne l’institution.
« Dans le cadre de l’investissement envisagé par la lettre d’intention de la DFC, la coentreprise accordera aux utilisateurs finaux américains un droit de premier refus. Cette disposition garantit aux industries américaines — notamment dans l’énergie, les semi-conducteurs et la défense — un accès sécurisé à des minerais critiques essentiels à la compétitivité économique et à la sécurité nationale », précise le communiqué conjoint.
Intérêt national
Dans l’accord stratégique signé avec la RDC le 4 décembre 2025 à Washington, les États-Unis ont obtenu la priorité sur les ventes de minerais stratégiques congolais. Selon le texte, « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation liés à la participation et aux contrats pour fournir un accès à l’offtake aux personnes américaines et alliées ». Ce dispositif oblige Gécamines, ou toute autre entreprise publique, à proposer en premier lieu leurs volumes commercialisables aux sociétés américaines avant tout autre acheteur, sous réserve de « conditions commerciales comparables » afin de garantir une conformité aux prix internationaux.
Pour l’heure, peu d’informations sont disponibles sur la coentreprise. Mais, selon des sources proches du dossier, Gécamines devrait en détenir le contrôle. Certains la présentent déjà comme sa future filiale spécialisée dans le négoce de minerais, appelée à remplacer la défunte Société zaïroise de commercialisation des minerais (Sozacom), dissoute dans les années 1990.
L’idée de créer cette filiale découle de la volonté de contourner la pratique du prix de transfert utilisée par plusieurs opérateurs miniers dont Gécamines est actionnaire. Cette pratique consiste à vendre la production à bas prix à une société liée, réduisant d’autant les dividendes versés à Gécamines et les recettes minières reversées à l’État.
Selon le communiqué, la coentreprise visera à « sécuriser des prix compétitifs fondés sur des références internationales transparentes ». « Cette collaboration marque une étape charnière dans le parcours de Gécamines pour renforcer son rôle sur le marché mondial des métaux. Cette coentreprise vise à garantir que le cuivre et le cobalt congolais soient échangés avec transparence, équité et en plaçant l’intérêt national au premier plan », a déclaré le président du Conseil d’administration de Gécamines, Guy Robert Lukama.
Mercuria se renforce
Pour atteindre cet objectif, Mercuria apportera son réseau mondial, son expertise en négoce, en logistique, en financement ainsi qu’un soutien opérationnel. Elle assurera également la formation des équipes de Gécamines en gestion des risques, trading et procédures opérationnelles. Par ailleurs, Mercuria accordera à Gécamines des facilités de financement, notamment du préfinancement et des crédits adossés à des contrats d’off-take. Ce mécanisme permettra à Gécamines d’obtenir des liquidités immédiates et d’accélérer la commercialisation de son cuivre et de son cobalt.
Pour Mercuria, l’intérêt est stratégique : ces financements garantissent un accès prioritaire à des volumes de minerais critiques et sécurisent des flux commerciaux durables, renforçant sa présence dans la Copperbelt et son rôle dans la chaîne mondiale des métaux énergétiques. Le groupe genevois avait déjà signé un accord similaire le 30 octobre 2025 avec Eurasian Resources Group (ERG) pour sécuriser son approvisionnement en cuivre de la RDC.
Au-delà de la commercialisation, la collaboration explorera aussi des opportunités d’investissement dans des infrastructures logistiques en RDC, afin de faciliter l’exportation de matières premières stratégiques. Ces investissements visent à renforcer la position du pays sur les marchés mondiaux tout en offrant un potentiel de croissance additionnel à la coentreprise.
Dans le cadre de l’accord stratégique signé avec la RDC, Washington a également promis un appui à la modernisation du corridor Sakania–Lobito. Dans son communiqué, la DFC s’est dite disposée à apporter un financement pouvant atteindre un milliard de dollars pour la réhabilitation et l’exploitation de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania. Ce corridor est appelé à devenir l’axe principal des exportations vers les États-Unis. Des objectifs chiffrés ont été fixés : 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises publiques devront y transiter au cours des cinq prochaines années.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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Le 4 décembre 2025 à Washington, le cadre de coopération triangulaire République démocratique du Congo (RDC)–États-Unis–Rwanda sur les minerais stratégiques a été officiellement mis en place. Paraphé le 7 novembre, le Cadre d’intégration économique régionale (CIER), volet économique de l’accord de paix, a été signé entre Kinshasa et Kigali. Parallèlement, deux accords bilatéraux (Washington–Kinshasa et Washington–Kigali) ont été conclus. Ces deux derniers documents ont été signés en marge de la cérémonie organisée à l’Institut américain pour la paix, qui a réuni les chefs d’État Félix Tshisekedi (RDC), Paul Kagame (Rwanda) et Donald Trump (États-Unis).
Lors d’une conférence de presse donnée par la délégation congolaise à Washington, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a justifié la mise en place de ce cadre triangulaire : « en même temps que la relation entre la RDC et le Rwanda est censée prendre une forme plus paisible, de prospérité partagée, il est également important pour celui qui a été le parrain [de] sécuriser son accès aux métaux critiques ». Et d’ajouter : « le monde, tel qu’il évolue aujourd’hui, se détermine, pour les États qui aspirent à devenir puissance mondiale ou qui veulent demeurer puissance mondiale, par l’accès aux métaux critiques ».
Aujourd’hui gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso — qui a participé aux négociations avec le Rwanda et les États-Unis — indique que le CIER permet que l’accès aux ressources stratégiques dans l’est de la RDC soit désormais négocié directement avec les autorités nationales. Pour cet ancien conseiller économique de Félix Tshisekedi, la guerre qui ravage l’est du pays depuis 30 ans ne serait pas née d’un conflit RDC–Rwanda, mais d’une stratégie occidentale visant à accéder aux minerais du pays en contournant les autorités de l’époque, opposées à la privatisation du secteur.
Pacte minerais contre sécurité
Le CIER vise, selon les mots de Donald Trump, « une nouvelle ère d’harmonie et de coopération » entre Kinshasa et Kigali, en s’attaquant à ce qui alimente le conflit depuis des décennies : l’opacité des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Selon les autorités américaines, cette démarche « libère le vaste potentiel économique de la région des Grands Lacs et crée des opportunités pour le secteur privé américain ». « Il y a une richesse immense dans cette terre magnifique », a déclaré le président américain, promettant d’y envoyer « de grandes entreprises américaines ». « Nous allons extraire certaines des terres rares… et payer. Tout le monde va gagner beaucoup d’argent », a-t-il ajouté.
En discussion depuis plusieurs mois, le pacte « minerais contre sécurité » entre la RDC et les États-Unis a donc été mis en place. Selon les autorités congolaises, deux documents ont été signés : un accord de partenariat stratégique portant sur les questions commerciales et économiques, et un protocole d’accord sur les questions de sécurité et de défense.
« La relation entre le gouvernement américain et le gouvernement congolais a pris une autre dimension… Jusque-là, les relations économiques entre la RDC et les États-Unis étaient régies par un accord de promotion et de protection réciproque des investissements, conclu en 1984. Et aujourd’hui, on est des partenaires stratégiques sur les questions économiques et de commerce, sur les questions de défense et de sécurité, sur les questions de sciences et de technologie, et sur des questions institutionnelles et de gouvernance », résume Daniel Mukoko Samba.
Prémices
De leur côté, les États-Unis et le Rwanda ont signé « l’Accord-cadre pour une prospérité économique partagée ». Selon la presse, ce texte concerne également les minerais stratégiques. En octobre 2025, les États-Unis ont reçu leur première cargaison de concentré de tungstène en provenance du Rwanda, issue de la mine Nyakabingo et traitée en Pennsylvanie, dans le cadre d’un partenariat entre Trinity Metals, le raffineur américain Global Tungsten & Powders et le négociant Traxys.
Dans la perspective d’un renforcement des relations économiques entre Washington et Kinshasa, plusieurs entreprises américaines sont déjà actives en RDC, notamment Kobold Metals (secteur minier) et Starlink (Internet par satellite). Les États-Unis sont par ailleurs impliqués dans le développement du corridor de Lobito, qui ouvre les régions minières du sud-est de la RDC vers l’Atlantique.
Mais pour les autorités congolaises, le cadre de coopération triangulaire RDC–États-Unis–Rwanda ne pourra réellement entrer en vigueur qu’une fois la paix revenue dans l’est du pays. Or celle-ci reste pour l’instant incertaine, malgré la signature de l’accord de paix du 27 juin à Washington. Ces derniers jours encore, de violents affrontements ont été signalés dans le Sud-Kivu, provoquant de nouveaux déplacements de population.
Pierre Mukoko
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