La Belgique, la République démocratique du Congo (RDC) et la société américaine KoBold Metals s’opposent sur l’accès à des archives géologiques de l’époque coloniale conservées au Musée royal de l’Afrique centrale (AfricaMuseum), à Tervuren. Selon plusieurs médias belges, les autorités de Bruxelles refusent de permettre à KoBold de mener, dans les conditions prévues par Kinshasa, la numérisation de ce fonds documentaire, présenté comme stratégique pour l’exploration minière.
L’accord RDC–KoBold, signé à Kinshasa le 17 juillet 2025, fixe explicitement comme objectif de « fournir un accès public et gratuit aux données géoscientifiques historiques via le Service géologique national du Congo (SGNC) ». Le texte prévoit également que KoBold « déploiera une équipe aux archives géologiques de la RDC conservées au Musée royal de l’Afrique centrale pour commencer la numérisation des documents avant le 31 juillet 2025 ».
Mais sept mois plus tard, cette numérisation n’a toujours pas débuté. Et pour cause : les autorités belges s’opposent au déploiement de l’équipe de KoBold, estimant que des archives publiques fédérales ne peuvent être confiées à une entreprise privée étrangère sans relation contractuelle avec l’État belge. « Nous ne pouvons pas déléguer la gestion complète de l’archivage de nos documents à une entreprise privée », en dehors du cadre juridique belge et européen, explique le directeur de l’AfricaMuseum, Bart Ouvry.
Pour justifier sa position, la Belgique met également en avant un programme de numérisation déjà en cours, financé par l’Union européenne. Ce projet prévoit une digitalisation progressive des archives sur plusieurs années, avec transmission graduelle des copies aux autorités congolaises. Selon les responsables du musée, ce programme s’étalerait sur quatre à cinq ans, avec un aboutissement envisagé à l’horizon 2031. Les données seraient ensuite rendues accessibles selon un cadre convenu entre les institutions concernées, notamment le SGNC.
Contrôle des données géologiques
Les archives de Tervuren sont décrites comme un ensemble massif de cartes, rapports et relevés techniques couvrant près de 500 mètres linéaires de documents. Pour KoBold, spécialisée dans l’exploration assistée par intelligence artificielle, ces données constituent une matière première essentielle pour le lancement de son programme d’« exploration minérale à grande échelle » prévu dans l’accord avec la RDC. L’accès rapide aux données historiques permettrait, en effet, de réduire le risque géologique et d’orienter les investissements.
L’accord relie cette démarche à une stratégie plus large d’exploration et d’investissements américains en RDC. Il mentionne la volonté d’« attirer davantage d’investissements du secteur privé américain, notamment dans le secteur des minéraux critiques », et fait référence à des « chaînes d’approvisionnement sécurisées vers les États-Unis » dans le cadre d’initiatives régionales telles que le corridor de Lobito. Une démarche renforcée par le partenariat stratégique conclu entre Kinshasa et Washington en décembre dernier.
Officiellement, Bruxelles invoque le statut public des archives et l’absence de cadre contractuel direct avec l’État belge. Mais en promouvant un programme européen déjà engagé et en refusant une intervention directe de KoBold, la Belgique conserve de facto la maîtrise du rythme et des conditions de mise à disposition de données décrites comme stratégiques.
Dans un contexte de compétition internationale autour des minerais critiques, le différend sur les archives coloniales dépasse donc la simple question administrative. Il illustre une réalité: le contrôle des données géologiques est désormais au cœur des rapports de force autour des ressources critiques de la RDC.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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En l’espace de quelques jours, Gécamines et Glencore ont conclu deux accords qui permettront à l’entreprise publique d’augmenter significativement son offre de vente de cuivre et de cobalt. Les deux accords concernent Kamoto Copper Company (KCC), une mine détenue à 70 % par le géant anglo-suisse des matières premières, à 25 % par la Gécamines et 5% pour l'Etat.
Le premier document, signé en marge du Mining Indaba tenu du 9 au 12 février 2026 à Cape Town (Afrique du Sud), accorde à Gécamines le droit de vendre elle-même la production lui revenant, à concurrence de sa participation dans KCC. Le second accord, annoncé le 18 février, doit permettre d’augmenter la production de la mine et de prolonger sa durée de vie.
Selon le communiqué publié par Glencore, ce second accord — dont la finalisation est attendue dans les prochains mois, après l’enregistrement des contrats de bail des titres miniers au Cadastre minier — garantit à KCC un accès à des terres. Une nécessité pour « libérer pleinement le potentiel de KCC en améliorant l’efficacité de la mine, des installations et d’autres infrastructures clés », affirme Mark Davis, directeur des opérations de Glencore pour la région Cuivre Afrique.
Concrètement, précise Mark Davis, cet accès devrait aider KCC à atteindre un objectif de production de cuivre à long terme d’environ 300 000 tonnes par an, contre moins de 200 000 tonnes actuellement, et à prolonger la durée de vie de la mine jusqu’au milieu des années 2040. Une perspective qui garantirait à Gécamines environ 90 000 tonnes de cuivre par an, ainsi qu’une quantité significative de cobalt.
Disposant déjà de volumes suffisants pour satisfaire les quotas d’exportation qui lui ont été attribués pour 2026 et 2027, Glencore a indiqué privilégier la production de cuivre. Mais cette orientation ne devrait pas durer au-delà de deux ans. « Pour 2028 et les années suivantes, nous supposons des niveaux de prix et de paiement similaires à ceux du quatrième trimestre 2025, ainsi que la capacité de commercialiser la quasi-totalité de notre production de cobalt », indique l’entreprise dans son rapport 2025 sur les ressources et réserves. À KCC, cette production dépasse généralement les 30 000 tonnes et devrait également augmenter avec la montée en puissance de la mine.
Avec ces accords, Gécamines renforce davantage ses positions dans le trading de minerais, un segment où elle était jusqu’à récemment peu présente. Avant Glencore, l’entreprise publique a conclu, cette année, d’autres accords lui donnant le droit de commercialiser la part de production correspondant à sa participation dans plusieurs mines. C’est notamment le cas à Tenke Fungurume Mining (TFM). Contrôlée à 80 % par le groupe chinois CMOC et à 20 % par Gécamines, TFM produit plus de 400 000 tonnes de cuivre et autour de 25 000 tonnes de cobalt par an.
Gécamines est aussi en discussions avancées avec Ivanhoe Mines en vue de la conclusion d’un accord qui lui donnerait le droit de commercialiser jusqu’à 50 % de la production de la mine de zinc de Kipushi, alors qu’elle n’y détient qu’une participation de 38 %, contre 62 % pour l’entreprise canadienne. Pour l’année 2026, la production de la mine est attendue entre 240 000 et 290 000 tonnes de concentré de zinc, confirmant son positionnement parmi les sites majeurs du marché mondial.
Pierre Mukoko
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Dans un communiqué de presse publié le 16 février 2026, l’Institut de recherche en droits humains (IRDH) dévoile les sanctions infligées à la société chinoise Congo Dongfang Mining (CDM), à l’origine de la pollution observée le 4 novembre 2025 à Lubumbashi, capitale de la province du Haut-Katanga. Selon l’organisation congolaise de la société civile — qui cite une correspondance du ministre des Mines datée du 17 janvier 2026 — l’entreprise chinoise a été sanctionnée d’une amende de 6,63 millions de dollars, assortie d’une réparation collective de 6 millions de dollars.
L’IRDH juge l’amende faible, tout en estimant que ce montant correspond au barème prévu par les textes pour les infractions relevées. En revanche, l’Institut considère la réparation collective comme « largement dérisoire au regard de l’ampleur des dommages ».
Le 4 novembre 2025, d’importantes quantités d’eau issues du bassin de rétention de CDM se sont déversées dans plusieurs zones avoisinant les installations, notamment au marché Moïse, qui approvisionne une grande partie du nord de Lubumbashi. Un document publié par l’IRDH en janvier dernier estime à environ 2,5 millions de mètres cubes le volume de lixiviat acide répandu dans l’environnement.
Les analyses citées dans ce document révèlent des concentrations de métaux lourds dépassant de plusieurs milliers de fois les normes internationales, avec des impacts immédiats sur les populations. Le même document fait état de « 504 cas de troubles de santé documentés (cutanés, digestifs, respiratoires), 258 champs agricoles endommagés, 42 puits contaminés, 29 pertes de bétail ».
Plus de 100 millions de dollars réclamés
Selon l’IRDH, le montant total réclamé par les communautés pour la réparation s’élève à 106,84 millions de dollars, dont 100 millions au titre de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, dont les dommages irréversibles sur le système hormonal présenteraient des risques transgénérationnels majeurs. « Ce fonds est destiné à la création d’un centre de référence médicale spécialisé dans le diagnostic, le traitement et le suivi à long terme des pathologies minières. Ce centre intègrera des capacités de recherche et de surveillance épidémiologique », estime l’IRDH.
À la suite de l’incident, les activités de CDM sur son site de Lubumbashi avaient été suspendues par le ministre des Mines pour une période initiale de trois mois.
Dans un communiqué publié le 13 février 2026, le ministère des Mines précise que la reprise des activités sur le site CDM/Joli-Site est subordonnée à plusieurs conditions, parmi lesquelles figurent le respect effectif des obligations sociales envers les communautés riveraines et la consolidation de mécanismes durables de contrôle, de prévention et d’alerte afin d’éviter la récurrence de tels incidents.
Néanmoins, l’IRDH note que la société CDM ne respecterait pas pleinement son obligation de réparation. Selon l’Institut, l’entreprise se limiterait à des dons ou à l’exécution d’anciens projets prévus dans son cahier des charges, sans distinguer clairement ces engagements contractuels des mesures de réparation liées à l’incident environnemental.
Timothée Manoke
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Les 50 millions de dollars, promis en décembre 2024 par le président Félix Tshisekedi lors de sa visite au Kasaï Oriental pour la relance de la Société minière de Bakwanga (Miba), sont disponibles. L’information a été rapportée le 14 février 2026 par le directeur général de la Miba, André Kabanda, lors d’un échange avec la presse locale. Selon ce dernier, leur décaissement ne dépend plus que de la finalisation des discussions entre les actionnaires sur la recapitalisation de l’entreprise.
La Miba est une coentreprise détenue à 80 % par l’État et à 20 % par ASA Resource. Pour maintenir cette répartition du capital malgré l’injection des 50 millions de dollars, le partenaire privé devrait également apporter 12,5 millions de dollars, au regard de sa participation. Les discussions en cours visent donc à s’entendre, notamment, sur ce type de modalités.
Une assemblée générale des actionnaires s’est tenue il y a quelques semaines. Elle devrait être suivie d’un conseil d’administration cette semaine, a indiqué André Kabanda. Néanmoins, à l’en croire, l’apport de l’État aurait déjà été entériné.
Les fonds doivent servir à financer le plan minimum de relance, évalué à 70 millions de dollars et validé en août 2025 en Conseil des ministres. Ce plan vise une production de près de 2,5 millions de carats en 2026. Il s’articule autour de cinq axes prioritaires : la certification des réserves minières, la sécurisation des concessions, les investissements productifs, la prise en charge des charges du personnel et le dispositif de suivi-évaluation, ainsi que d’autres investissements stratégiques. Il est inspiré du plan du Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille de l’État (Copirep), chiffré à plus de 400 millions de dollars.
Le 8 avril 2025, le directeur général de la Miba a présenté quatre compagnies sud-africaines — Bond Equipment, Mining Services, Athur Mining et Consulmet — « intéressées » par une collaboration pour relancer les activités de la Miba. Ces entreprises devaient soumettre des offres pour la fourniture d’équipements modernes après la visite des infrastructures et des sites miniers. Depuis lors, il n’y a plus eu de communication sur l’état d’avancement de ce processus.
Ronsard Luabeya
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Annoncées en novembre 2025 par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, à la suite du drame survenu sur le site de Kalando, dans la province du Lualaba, les 64 zones d’exploitation artisanale (ZEA) ne sont toujours pas opérationnelles. Si le processus d’identification est officiellement engagé, la mise en œuvre s’annonce longue et progressive.
Le Cadastre minier, organe chargé de la gestion du domaine minier, a confirmé avoir lancé les travaux d’identification des ZEA en collaboration avec le Service géologique national du Congo (SGNC). Selon son directeur général, Popol Mabolia, une dizaine de zones ont déjà été identifiées dans une première phase. Celles-ci doivent encore être viabilisées avant leur attribution aux coopératives minières et aux exploitants artisanaux.
« C’est un processus qui est en marche et nous allons y arriver finalement. Mais on ne peut pas, du jour au lendemain, disposer de 64 zones prêtes. Au Cadastre minier, nous avons déjà identifié celles qui peuvent être avancées, pour que les creuseurs qui travaillent d’un côté puissent, le lendemain, travailler directement de l’autre côté », a-t-il expliqué, interrogé par la presse lors de la conférence Mining Indaba, qui s’est achevée le 12 février 2026 à Cape Town (Afrique du Sud).
En attendant leur mise en service effective, l’absence de ZEA disponibles continue d’alimenter les tensions sur le terrain. Plusieurs concessions industrielles restent exposées aux incursions d’exploitants artisanaux, alors que la réforme initiée par le ministère des Mines vise à réduire la pression exercée sur les sites industriels et à orienter les creuseurs vers des sites légalement encadrés.
Dans ce contexte, certaines entreprises minières accélèrent leurs propres initiatives d’encadrement. C’est le cas d’Eurasian Resources Group (ERG), qui a conclu un protocole d’accord avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC) en vue de formaliser et structurer l’exploitation artisanale dans le Lualaba. Selon la Fédération des entreprises du Congo, ERG aurait déjà enregistré près de 3 milliards de dollars de pertes liées aux perturbations sur ses sites.
Ronsard Luabeya
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L’investissement nécessaire pour développer le projet de lithium de Manono est estimé à près d’un milliard de dollars, a indiqué l’agence de presse Reuters, après un entretien avec le directeur financier de la Congolaise d’exploitation minière (Cominière), Alpha Monga Mwidia, en marge de la conférence Mining Indaba, qui s’est achevée le 12 février 2026 à Cape Town (Afrique du Sud).
Cominière est l’entreprise publique avec laquelle le groupe chinois Zijin Mining a formé la coentreprise Manono Lithium pour exploiter la partie nord-est du gisement de lithium de Manono, situé dans la province du Tanganyika, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC). Les promoteurs estiment les ressources à 6,47 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium, avec une teneur moyenne de 1,5 % en oxyde de lithium, inscrivant le projet parmi les plus grands à l’échelle mondiale.
Selon Alpha Monga, cité par Reuters, Zijin Mining supporte seul cet investissement. Pourtant, d’après les données actualisées, le groupe chinois détient désormais 54,9 % des parts du projet, contre 61 % initialement. Ces évolutions dans l’actionnariat n’ont pas été expliquées.
Entrée en production repoussée
Les charges couvertes par cet investissement n’ont pas été détaillées. Mais, sur son site, Zijin présente le projet comme un chantier à plusieurs composantes : construction de la mine, de l’unité de concentration, de l’usine de conversion — incluant notamment un four de calcination — et des installations logistiques. Il est conçu pour une capacité annuelle d’extraction et de traitement de 5 millions de tonnes de minerai, ainsi que la conversion de 500 000 tonnes de concentré de spodumène, afin de produire 95 170 tonnes de sulfate de lithium brut par an.
« Les projets miniers, de traitement et de conversion, ainsi que les installations logistiques et les travaux de déviation du cours d’eau progressent conformément au calendrier, avec une mise en service prévue pour le 30 juin 2026 », affirme le groupe chinois, qui précise que le camp d’hébergement ainsi que la centrale solaire de la phase I sont déjà mis en service. Zijin, qui projetait début 2025 le lancement de la production au premier trimestre de cette année, n’a pas expliqué ce décalage de trois mois.
La réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, qui doit aussi approvisionner le complexe minier en électricité, a finalement été achevée en novembre 2025. Les travaux menés par Katamba Mining — société détenue à 70 % par Zijin et à 30 % par Cominière — ont porté la capacité de la centrale à 40 MW. Une extension est en projet afin d’ajouter 108 MW supplémentaires.
Voie de l’export
Pour sortir de la RDC, le sulfate de lithium empruntera la route Manono–Kalemie (440 km) jusqu’au port industriel de Kalemie. À partir de là, il sera acheminé vers le port de Dar es Salaam, en Tanzanie, via le port de Kigoma.
Grâce à un partenariat public-privé (PPP) avec l’entreprise chinoise Phaepon Construction, la route est en construction depuis octobre 2024. Les travaux sont prévus pour durer cinq ans. La première phase doit permettre de disposer d’une route carrossable en terre battue avant l’asphaltage.
Cette phase « est presque fin prête et nous espérons l'exploitation du lithium d'ici juin 2026 », a indiqué le gouverneur du Tanganyika, Christian Kitungwa Muteba, dans une vidéo de promotion de la 11e édition d’Expobeton, salon dédié au développement des villes, des corridors et des zones économiques spéciales, qui se tiendra à Kalemie du 27 au 30 mai 2026.
Prix en chute
Le port industriel de Kalemie est également en chantier grâce à un PPP avec le consortium formé par Jintai Mining PTE Ltd et Tembo Majengo Company SARL. La mise en service de la première phase — pour un investissement estimé à 70 millions de dollars — est prévue d’ici fin 2026.
Selon le DG de Cominière, compte tenu de son investissement, Zijin aura le privilège de commercialiser toute la production et partagera les revenus proportionnellement à sa participation dans la coentreprise Manono Lithium, après déduction des coûts de production.
Le développement du projet ne semble donc pas perturbé par un marché mondial du lithium excédentaire, porté notamment par la Chine, une situation qui tire les prix vers le bas. Le prix du spodumène a chuté de plus de 80 % depuis son pic de 2022. Il est passé de plus de 80 000 dollars la tonne à environ 10 000 dollars en 2025.
Pierre Mukoko
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DRC Gold Trading S.A., entreprise publique spécialisée dans l’achat, la commercialisation et l’exportation de l’or artisanal, a annoncé, le 10 février 2026, son entrée dans la province du Haut-Katanga, avec l’ouverture d’une succursale à Lubumbashi, afin de canaliser l’or issu de l’exploitation artisanale locale.
Pour illustrer cette dynamique, l’entreprise indique que, quelques jours après l’ouverture de son bureau à Lubumbashi, un premier lot de plus de 20 kilogrammes d’or artisanal, issu du Haut-Katanga, a été collecté, tracé et exporté officiellement. Au prix moyen de l’or en 2025, ce lot représente une valeur de plus de 2 millions de dollars.
Dans cette province historiquement dominée par le cuivre et le cobalt, l’exploitation artisanale de l’or est signalée notamment dans la cité minière de Kilolo, dans le territoire de Kipushi, sans apparaître dans les statistiques officielles d’exportation, l’essentiel des volumes quittant le pays par des circuits frauduleux.
Selon un article publié par les Nations unies en 2024, l’exploitation artisanale de l’or dans cette partie du pays est décrite comme intense, confirmant l’existence d’un flux productif non négligeable en dehors des circuits formels. L’ouverture d’un bureau d’achat vise ainsi à intégrer ces volumes dans un dispositif officiel de traçabilité et de commercialisation.
#RDC Haut-Katanga : une première historique!
— DRC GOLD TRADING SA (@DrcGoldTrading) February 10, 2026
Pour la première fois, le Haut-Katanga exporte officiellement de l’or artisanal, grâce à l’ouverture à Lubumbashi d’une succursale de DRC GOLD Trading SA.
Objectif 2026 : 15 tonnes d’or exportées et +2,6 milliards USD rapatriés dans… pic.twitter.com/O4B64TuL1o
Dans la même communication, DRC Gold Trading S.A. indique avoir également ouvert un deuxième bureau d’achat dans la province du Haut-Uele, précisément dans la cité minière de Durba, après une première implantation intervenue au cours de l’année 2025. Au premier semestre 2025, l’entreprise annonce avoir exporté 12,511 kilogrammes d’or provenant de cette succursale.
Le bureau d’achat de Durba disposerait d’un potentiel important de collecte, au regard de l’ampleur documentée de l’exploitation aurifère artisanale dans cette zone. D’après un document de l’International Peace Information Service (IPIS), publié le 8 décembre 2025, les chercheurs de cette organisation estiment à près de 5 500 le nombre de creuseurs artisanaux actifs sur les 18 sites d’exploitation aurifère artisanale visités dans les environs de Durba.
L’expansion de cette entreprise publique dans le Haut-Katanga et le Haut-Uele s’inscrit dans la poursuite de l’objectif qu’elle s’est fixé : disposer de dix sièges opérationnels à travers le pays, afin d’atteindre un volume annuel compris entre 15 et 18 tonnes d’or artisanal et de générer plus de 2,6 milliards de dollars de recettes d’exportation. Dans cette dynamique, deux nouvelles succursales sont annoncées pour 2026, notamment à Kinshasa et à Mbuji-Mayi.
Selon le World Gold Council, le prix moyen annuel de l’or a augmenté de 44 % pour atteindre 110 280 dollars le kilogramme en 2025, porté par une demande élevée et un environnement géopolitique et financier favorable au métal jaune. Cette tendance haussière devrait d’ailleurs se poursuivre en 2026. Au cours du premier mois de l’année, le kilogramme s’est situé au-dessus de 160 000 dollars. Deutsche Bank, UBS et JP Morgan projettent notamment que le kilogramme pourrait atteindre plus de 190 000 dollars d’ici la fin de l’année.
Timothée Manoke
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Alors que ses concessions minières sont régulièrement confrontées à des intrusions d’exploitants artisanaux, Eurasian Resources Group (ERG) a signé avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC) un protocole d’accord visant à encadrer l’exploitation artisanale dans la province du Lualaba. L’accord a été paraphé le 10 février 2026, en marge du Mining Indaba, grand rendez-vous du secteur minier africain organisé à Cape Town (Afrique du Sud), lors d’une cérémonie présidée par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba.
Le protocole porte sur un projet pilote. Il prévoit la structuration de l’activité artisanale à travers un dispositif dédié, incluant l’organisation d’une zone d’exploitation encadrée sur une concession appartenant à ERG, l’amélioration des conditions de travail, ainsi que la mise en place de mécanismes de traçabilité conformes aux principes de diligence de l’OCDE. L’accord met aussi l’accent sur une meilleure cohabitation entre mines industrielles et artisanales, dans le respect des droits et des investissements de chaque acteur, ainsi que sur l’intégration de l’artisanat minier dans un cadre légal et socialement acceptable, au bénéfice des communautés locales.
ERG précise toutefois que cette initiative n’a pas vocation à alimenter sa production industrielle : le groupe indique qu’aucune production issue de ses opérations ne proviendra de l’exploitation artisanale. L’entreprise se présente plutôt comme un appui à la formalisation, dans un contexte où la pression de l’artisanat sur les concessions industrielles reste un sujet récurrent.
Le partenariat intervient alors que plusieurs acteurs du secteur alertent sur l’ampleur des intrusions sur les sites miniers. Selon la Fédération des entreprises du Congo (FEC), ces incursions auraient déjà entraîné des pertes estimées à près de 3 milliards de dollars pour ERG. En effet, depuis 2024, des cas d’envahissement ont été signalés sur les concessions de certaines filiales du groupe, notamment la Congolaise des mines et de développement (COMIDE) et Boss Mining. Dans une communication publiée en 2025, Boss Mining alertait notamment sur la présence quotidienne de plus de 200 camions sur ses sites, transportant des cargaisons de cuivre et de cobalt évaluées à environ 1,8 million de dollars.
Dans ce contexte, le ministère des Mines souligne que l’accord entre ERG et EGC s’inscrit « dans une démarche de responsabilité partagée visant à concilier les réalités économiques, sociales et environnementales du secteur minier congolais ».
Face à la pression croissante de l’exploitation artisanale au sein des concessions industrielles, le ministre des Mines avait annoncé, en novembre 2025, l’identification de 64 zones d’exploitation artisanale (ZEA). Il avait indiqué que les arrêtés portant création de ces ZEA étaient déjà signés et que leur mise en œuvre se ferait en collaboration avec l’EGC. Depuis lors, peu d’informations ont filtré sur l’état d’avancement de ce chantier.
Ronsard Luabeya
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Le projet cuprifère de Butembo, bien que situé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), en proie à l’insécurité, vient d’être intégré à African Discovery Group (AFDG). Cette société, dont les actions sont négociées aux États-Unis, a annoncé avoir signé un contrat définitif de vente et d’achat d’actions avec Grabin Mining SAS, présentée comme détentrice du permis lié au projet de Butembo.
L’entreprise américaine indique que l’opération a été réalisée via une prise de contrôle inversée, un mécanisme par lequel une société déjà cotée intègre dans son périmètre un actif non coté, souvent en rémunérant les détenteurs de l’actif par l’émission d’actions. Dans son communiqué, AFDG affirme d’ailleurs que « des actions ont été émises aux détenteurs de la licence » et que « la propriété de l’intérêt minier est désormais détenue par l’entité domiciliée aux États-Unis ».
Autrement dit, le projet de Butembo est désormais logé dans une structure relevant de l’émetteur coté aux États-Unis, qui compte désormais dans son actionnariat les détenteurs de cet actif. Mais la transaction doit encore être validée par les autorités de régulation, notamment en RDC.
Une société cotée sur un marché moins encadré
AFDG est présente sur le marché américain OTC, un compartiment boursier moins encadré que les grandes places comme le NYSE ou le Nasdaq. Les documents publics disponibles montrent que l’entreprise a déjà changé d’orientation par le passé, avant de se repositionner sur les métaux.
Dans son communiqué, AFDG annonce également un changement d’identité et se présente désormais sous le nom de Copper Intelligence. L’entreprise affirme devenir « la première société indépendante liée à la RDC cotée aux États-Unis » et se positionne comme un véhicule dédié à l’acquisition et à l’exploration d’actifs cuprifères dans le pays.
La nouvelle équipe dirigeante est menée par Andrew Groves, présenté comme le fondateur de plusieurs sociétés minières sur le continent (Camec, African Platinum et Central African Gold) et dont toutes auraient été cédées avec succès. L’équipe compte aussi Aldo Cesano, qui revendique 40 ans d’expérience dans le développement minier et logistique en RDC, au Zimbabwe et en Afrique australe.
Un actif présenté comme prometteur
Le projet de Butembo est décrit par Copper Intelligence comme une opportunité d’exploration proche de la surface et à faible décapage. Il est situé à environ 50 km de la frontière, à proximité de la mine ougandaise de Kilembe, dont les réserves vérifiées sont estimées à 4 millions de tonnes. La société met en avant des échantillons à forte teneur (18 % de cuivre) et un accès revendiqué au rail.
Toutefois, les informations publiques ne permettent pas de confirmer l’existence d’une ressource minérale évaluée selon des standards internationaux, ni d’une réserve minière prouvée. Les communiqués ne précisent pas non plus le programme technique détaillé (forages, calendrier, budget) nécessaire pour valider le potentiel à une échelle industrielle.
Le passage de Butembo dans le giron d’une société cotée aux États-Unis peut néanmoins offrir davantage de visibilité et, potentiellement, faciliter des levées de fonds pour financer l’exploration. Il implique aussi une exposition accrue aux obligations de communication et aux attentes des investisseurs, même si celles-ci restent, sur le marché OTC, moins lourdes que sur les grandes places boursières.
« Nous sommes ravis d’acquérir ce statut en tant qu’entreprise américaine dédiée opérant en Afrique, agrégeant des actifs situés dans les gisements de cuivre parmi les plus riches au monde en RDC », a commenté le président de Copper Intelligence, Andrew Groves. Le chantier désormais attendu sera surtout technique : transformer un actif présenté comme prometteur en projet démontré, documenté et finançable, avec des données indépendantes permettant d’en apprécier la réalité économique.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Le négociant de matières premières Mercuria a annoncé, le 9 février 2026, « la réalisation de sa première transaction de cuivre et de cobalt » avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC). Le communiqué ne précise pas s’il s’agit d’un achat direct, d’un contrat d’enlèvement ou d’un mandat de commercialisation.
Le texte indique simplement que cette transaction vise une « première exportation de cuivre et de cobalt », sans en dévoiler les quantités. « Les cathodes de cuivre sont destinées à être expédiées vers les États-Unis d’Amérique, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite », précise le communiqué, qui situe cette opération dans le prolongement de la joint-venture entre la Gécamines — actionnaire unique d’EGC — et Mercuria, annoncée fin 2025 et dédiée au négoce des minerais critiques.
En novembre 2019, EGC s’est vu confier la mission de développer une chaîne de valeur responsable du cobalt artisanal en République démocratique du Congo (RDC), en organisant et en encadrant l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. À ce titre, l’entreprise détient le monopole de l’achat, du traitement, de la transformation, de la vente et de l’exportation du cobalt extrait par des mineurs artisanaux ou des entreprises minières artisanales dans le pays.
Renforcé par les quotas d’exportation
Cette position a également été renforcée par la politique des quotas à l’exportation du cobalt, en vigueur en RDC depuis le 16 octobre dernier. Dans le cadre de cette politique, EGC dispose du cinquième volume le plus important à exporter : 1 775 tonnes pour 2025, et 5 640 tonnes pour 2026 et 2027, sous réserve d’ajustements possibles en fonction de l’évolution du marché mondial d’ici fin 2026 ou des perspectives de transformation locale de l’hydroxyde de cobalt en produits à plus forte valeur ajoutée. Les difficultés rencontrées par le nouveau système d’exportation en 2025 ont conduit au report, sur 2026, des quotas de cette année-là. Au total, EGC pourrait ainsi exporter jusqu’à 7 415 tonnes de cobalt en 2026.
EGC a présenté, le 13 novembre dernier à Kolwezi, sa première production de 1 000 tonnes de cobalt artisanal, qualifiée de « structurée, éthique et traçable ». Les cathodes de cuivre évoquées dans la transaction annoncée par Mercuria auraient, quant à elles, été produites à partir de résidus de cuivre récupérés après traitement du cobalt artisanal.
Toujours le 9 février 2026, EGC et Trafigura, autre négociant de matières premières, ont annoncé avoir convenu de « la première livraison de cuivre et de cobalt vers les marchés mondiaux via le Lobito Atlantic Railway (LAR) », sans préciser ni la quantité ni la date. Selon Franck Rogozin, responsable métaux et minéraux pour l’Afrique chez Trafigura, il s’agit de « collaborer avec EGC afin de faciliter l'acheminement de cuivre et de cobalt issus de sources responsables vers les marchés mondiaux via la voie de transport la plus efficace depuis la Copperbelt de la RDC ».
Mise en œuvre du partenariat avec les États-Unis
Aux côtés de Vecturis et Mota-Engil, Trafigura est membre du consortium LAR, titulaire depuis juillet 2022 d’une concession de 30 ans pour l’exploitation et la modernisation de la section angolaise du corridor de Lobito, soit 1 300 kilomètres entre le port en eau profonde de Lobito, sur la côte atlantique de l’Angola, et la frontière de la RDC à Luau. Cette voie est théoriquement la plus courte pour exporter les produits miniers depuis Kolwezi. Mais la ligne Kolwezi–Luau, longue d’environ 450 kilomètres, n’est pas en bon état.
Selon le directeur général d’EGC, Eric Kalala, la première cargaison de cuivre sera destinée à des clients basés aux États-Unis, marquant une étape concrète dans la mise en œuvre du partenariat stratégique signé le 4 décembre entre Washington et Kinshasa dans le secteur des minerais critiques.
Selon cet accord, les entreprises publiques congolaises doivent prioriser le marché américain pour la commercialisation de leurs produits miniers. L’accord prévoit également que, au cours des cinq prochaines années, 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par ces entreprises transiteront par le corridor de Lobito.
Depuis 2020, un accord commercial lie déjà EGC et Trafigura. Ce partenariat prévoit que Trafigura fournisse des financements à EGC pour assurer sa mission, en contrepartie d’une partie de sa production d’hydroxyde de cobalt. Les parties n’ont jamais révélé les détails de cet accord. Mais en juin 2022, dans une lettre ouverte au Premier ministre, un groupe d’organisations de la société civile a affirmé que ce partenariat portait sur un financement d’environ 80 millions de dollars pour 50 % de la production, sans plus de précisions.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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La mine d’or de Kibali, située au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), a enregistré un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de dollars en 2025, d’après les chiffres publiés par Barrick Mining, opérateur de la mine.
Dans son rapport financier annuel publié le 5 février 2026, le groupe canadien indique en effet que le revenu de Kibali Goldmines qui lui est attribuable, sur la base de sa participation de 45 %, a atteint 1,04 milliard de dollars l’an dernier. En le rapportant à 100 %, le chiffre d’affaires total ressort à environ 2,3 milliards de dollars.
Pour la première fois depuis le démarrage, en 2014, de l’exploitation industrielle à plein régime, l’entreprise dirigée par Cyrille Mutombo (photo) franchit le seuil des 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le revenu est en hausse de 40 % par rapport à 2024, qui constituait déjà un record.
Ce record intervient pourtant dans un contexte de baisse de la production. En 2025, Kibali a produit 673 333 onces, contre près de 687 000 onces en 2024, soit un recul de 2 %, après une baisse de 10 % enregistrée en 2024. Cette production est aussi inférieure à l’objectif annuel d’au moins 688 000 onces.
Barrick attribue cette contre-performance à une baisse des teneurs des minerais traités et à une réduction des volumes extraits dans les zones souterraines présentant les meilleures teneurs. Les opérations ont également été affectées au quatrième trimestre par un incident mortel, ayant entraîné un arrêt temporaire de certaines activités et pesé sur les volumes de fin d’exercice.
L’effet prix
La progression du chiffre d’affaires est donc essentiellement imputable à la hausse soutenue des prix de l’or. En 2025, le prix moyen réalisé par Barrick a fortement augmenté, atteignant 112 210 dollars le kilogramme, contre 77 300 dollars en 2024, soit une hausse de 45 %.
Cette évolution s’inscrit dans un marché haussier. Selon le World Gold Council, le prix moyen annuel de l’or a augmenté de 44 % pour atteindre 110 280 dollars le kilogramme en 2025, porté par une demande élevée et un environnement géopolitique et financier favorable au métal jaune.
La hausse des revenus s’est traduite par une amélioration de la contribution de Kibali aux résultats de Barrick. Malgré une hausse des charges de 13 %, la contribution de la mine aux résultats du groupe a atteint 527 millions de dollars, contre 316 millions en 2024, soit une hausse de 67 %.
Cette contribution était déjà en hausse de 30 % l’année précédente. Ces performances confirment le poids stratégique de Kibali dans le portefeuille de Barrick, et devraient également profiter aux autres actionnaires de la mine : AngloGold Ashanti (45 %) et l’entreprise publique Sokimo (10 %).
Pour 2026, Barrick anticipe une production comprise entre 600 000 et 688 888,8 onces pour Kibali, contre une fourchette de 688 000 à 755 000 onces l’an dernier. Cette projection suggère une nouvelle baisse possible, que le groupe conditionne aux paramètres géologiques ainsi qu’à la poursuite des investissements de maintien et de développement.
Kibali devrait toutefois continuer à générer des revenus significatifs, consolidant sa place de pilier des performances africaines de Barrick. En effet, le prix de l’or poursuit sa tendance haussière. Au cours du premier mois de l’année, l’once s’est maintenue au-dessus de 5 000 dollars (plus de 160 000 dollars le kilogramme). Deutsche Bank, UBS et JP Morgan projettent notamment que les cours pourraient atteindre 6 000 dollars l’once (plus de 190 000 dollars le kilogramme) d’ici la fin de l’année.
Pierre Mukoko
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Rio Tinto a officiellement mis fin, le 5 février 2026, aux discussions engagées avec Glencore autour d’une fusion ou d’une autre combinaison possible, faute d’être parvenu à un accord. Dans la foulée, le groupe anglo-suisse a confirmé l’information. Selon les deux parties, en vertu du Code britannique sur les offres publiques d’achat (OPA), Rio Tinto ne peut plus, à court terme, formuler une nouvelle offre, sauf exceptions.
Dans son communiqué, Glencore affirme désormais se concentrer sur la mise en œuvre de ses priorités pour 2026 : atteinte des objectifs opérationnels, dérisquage (réduction des risques) et croissance organique.
En République démocratique du Congo (RDC), où Glencore contrôle les mines de cuivre et de cobalt Mutanda Mining (Mumi) et Kamoto Copper Company (KCC), cette orientation confère un intérêt accru au partenariat envisagé avec le consortium Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC). D’après les informations communiquées jusqu’ici, ce deal en discussion est cohérence avec les priorités de 2026 de Glencore. Il ne prévoit ni changement de contrôle ni rupture opérationnelle, mais plutôt un apport de capitaux et un partage des risques, afin de développer les actifs existants et, éventuellement, d’acquérir de nouveaux actifs.
L’option Orion est, pour l’instant, structurée autour d’un protocole d’accord non contraignant annoncé le 3 février 2026. Il envisage l’acquisition, par ce consortium soutenu par les États-Unis, de 40 % des intérêts détenus par Glencore dans Mumi et KCC, pour une valeur d’entreprise combinée « d’environ 9 milliards de dollars », dette incluse.
La reconfiguration du capital qu’impliquerait l’opération maintiendrait Glencore en position d’actionnaire majoritaire, avec respectivement 57 % et 42 %, aux côtés d’Orion CMC (38 % et 28 %), de l’État (5 % de Mumi) et de Gécamines (30 % de KCC).
Conformément à cette répartition, le schéma prévoit qu’Orion CMC puisse nommer des administrateurs non exécutifs et diriger la vente de sa quote-part de production à des « acheteurs désignés », conformément au partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC, tout en laissant la gestion des mines au groupe anglo-suisse.
Plusieurs étapes restent néanmoins à franchir. Le communiqué Glencore–Orion précise que la transaction demeure conditionnée à la due diligence, à la signature d’une documentation juridiquement contraignante et à l’obtention des autorisations réglementaires applicables. Dans les faits, sa matérialisation dépendra aussi des équilibres de gouvernance et des validations des actionnaires congolais, Glencore et Orion indiquant vouloir travailler avec le gouvernement et Gécamines.
Pierre Mukoko
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Le 2 février 2026, les États-Unis ont lancé officiellement Project Vault, une initiative d’un montant total de 12 milliards de dollars visant à constituer un stock stratégique de minerais critiques afin de sécuriser leur chaîne d’approvisionnement pour les besoins industriels et civils. Le dispositif repose sur 1,67 milliard de dollars de capitaux privés et 10 milliards de dollars de prêts octroyés par l’Export-Import Bank of the United States.
Tous les détails du projet ne sont pas encore publics. On sait néanmoins qu’il vise à protéger l’industrie américaine contre les chocs d’approvisionnement, dans un contexte de tensions commerciales avec la Chine. Jusqu’en novembre 2025, Pékin avait en effet suspendu les exportations vers les États-Unis de minerais critiques tels que le germanium et le gallium, essentiels notamment aux industries des semi-conducteurs, des panneaux solaires, des lasers et des équipements de vision nocturne.
Ces minerais sont présents en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans la mine de Kipushi, codétenue par Ivanhoe Mines (62 %) et l’entreprise publique Gécamines (38 %). En annonçant la présence de son co-président exécutif, Robert Friedland, au lancement de Project Vault à la Maison Blanche aux côtés de Donald Trump, l’entreprise canadienne — contrôlée en partie par des capitaux chinois — a indiqué être en discussions avancées avec Gécamines et le négociant Mercuria afin que Gécamines Trading, filiale dédiée au trading des minerais, oriente vers les États-Unis une partie du concentré de zinc de Kipushi, qui contient également du germanium et du gallium.
Jusqu’ici, cette part revient à Mercuria en vertu d’un accord d’achat conclu en juillet 2025. Ce contrat, d’une durée de trois ans, porte sur le tiers de la production totale de la mine et intègre un prêt de 20 millions de dollars accordé à Kipushi, avec un taux d’intérêt de 6 %, destiné à financer les travaux de désengorgement et l’augmentation de la capacité du concentrateur.
Partenariat stratégique
Les deux tiers restants de la production sont déjà attribués à CITIC Metal et Trafigura, conformément à d’autres accords conclus en juillet 2024 et valables jusqu’en 2029. Mais dans son communiqué, Ivanhoe affirme que « Gécamines pourrait être responsable de la commercialisation de jusqu’à 50 % de la production de concentré de la mine de Kipushi », sans plus de détails.
Dans cette perspective, Gécamines Trading — joint-venture entre Gécamines et Mercuria — pourrait devenir un acteur central de l’exportation des minerais issus de Kipushi vers les États-Unis. Pour l’année 2026, la production de la mine est attendue entre 240 000 et 290 000 tonnes de concentré de zinc, confirmant son positionnement parmi les sites majeurs du marché mondial.
L’opportunité offerte à Gécamines par le Project Vault apparaît d’autant plus importante que, selon plusieurs analyses, la Chine contrôle une part significative des mines actives en RDC, poussant Washington à regarder de près les volumes adossés aux participations publiques. « La RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation liés à la participation et aux contrats pour fournir un accès à l’offtake aux personnes américaines et alliées », prévoit d’ailleurs l’accord stratégique signé le 4 décembre dernier entre Kinshasa et Washington.
Dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord, Gécamines Trading prévoit déjà d’orienter vers les États-Unis environ 100 000 tonnes de cuivre en 2026 provenant de la mine de Tenke Fungurume Mining (TFM). Ce volume correspond à la quote-part liée à sa participation de 20 % dans TFM, une mine contrôlée à 80 % par le groupe chinois CMOC.
Timothée Manoke
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Glencore et le consortium Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC), créé en octobre 2025 pour contribuer à l’approvisionnement des États-Unis et de leurs alliés en minerais critiques, laissent entrevoir une logique d’action coordonnée en République démocratique du Congo (RDC), au-delà de la seule opération capitalistique annoncée. Dans un communiqué conjoint publié le 3 février 2026, les deux parties indiquent qu’elles examineront également des « opportunités d’extension et de développement » pour les mines de cuivre et de cobalt de Mutanda Mining (Mumi) et Kamoto Copper Company (KCC), aujourd’hui valorisées à environ 9 milliards de dollars, dette comprise.
Les contours de ce qui est envisagé ne sont pas précisés à ce stade. Il pourrait s’agir d’investissements visant à accélérer la production ou prolonger la durée de la concession. Dans son rapport 2025 sur les ressources et réserves, publié le 29 janvier, le groupe anglo-suisse estime les réserves en minerai de MUMI et de KCC respectivement à 107 millions et 137 millions de tonnes. La durée de vie des mines est évaluée à 22 ans (jusqu’en 2047) pour MUMI et 18 ans (jusqu’en 2043) pour KCC, alors que les permis expirent respectivement en 2037 et 2039. Ces réflexions seraient menées conjointement avec le gouvernement congolais et la société publique Gécamines, qualifiée de « partenaire historique » au sein de KCC.
Le communiqué mentionne également l’étude d’éventuelles acquisitions de projets et d’actifs miniers supplémentaires, en RDC et plus largement dans la ceinture cuprifère africaine. La formulation suggère une logique de plateforme commune de développement, sans qu’aucun actif cible, calendrier ou enveloppe d’investissement ne soit précisé à ce stade.
Entrée envisagée au capital
L’annonce s’inscrit dans le cadre d’un protocole d’accord non contraignant portant sur l’entrée envisagée d’Orion CMC à hauteur de 40 % dans les intérêts détenus par Glencore au sein de MUMI et KCC. À ce jour, Glencore détient 95 % de MUMI (contre 5 % pour l’État) et 70 % de KCC (Gécamines détenant 25 % et l'Etat 5 %). Si l’opération aboutit, la nouvelle géographie du capital introduirait un troisième pôle : Orion CMC — consortium mené par Orion Resource Partners et soutenu par la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) — détiendrait 38 % de MUMI et 28 % de KCC, tandis que les participations de Glencore se réduiraient respectivement à 57 % et 42 %.
Le communiqué précise que, Glencore, actionnaire majoritaire des deux mines, conserverait leur gestion opérationnelle, tandis qu’Orion CMC disposerait de droits de gouvernance limités, notamment la nomination d’administrateurs non exécutifs. Le consortium serait en outre chargé de la commercialisation du volume de production correspondant à sa participation, auprès d’« acheteurs désignés », dans le cadre du partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC sur les minerais critiques, signé le 4 décembre dernier à Washington.
Cette articulation dessine une complémentarité fonctionnelle : Glencore demeure l’opérateur industriel en RDC, tandis qu’Orion CMC apporte capital, relais commerciaux et adossement institutionnel américain, notamment via la DFC. C’est sur cette base que les deux groupes évoquent une possible action en tandem, chacun intervenant sur un segment distinct — mais coordonné — de la chaîne de valeur.
Intérêt institutionnel
Selon le rapport de production 2025 de Glencore, les mines de Mutanda et KCC ont apporté au groupe 247,8 milliers de tonnes de cuivre métal et 33,5 milliers de tonnes de cobalt en 2025. Rapportée à une participation de 40 % dans les intérêts de Glencore, la quote-part maximale susceptible d’être commercialisée par Orion CMC s’établirait à environ 100 milliers de tonnes de cuivre et 13,4 milliers de tonnes de cobalt. Mais l’exportation de ce dernier produit reste limitée par les quotas à l’exportation instaurés par le gouvernement congolais depuis octobre 2025.
À la lumière de l’accord stratégique entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques, ce tandem présente aussi un intérêt institutionnel pour Glencore. Le groupe a opéré en RDC dans un environnement parfois tendu, marqué par des différends fiscaux et des controverses de gouvernance. L’entrée d’un partenaire soutenu par les États-Unis modifie le cadre de référence.
D’une part, elle introduit un adossement politique et institutionnel américain dans des actifs stratégiques, ce qui peut contribuer à rééquilibrer les relations avec l’État congolais. D’autre part, la présence de la DFC implique des exigences accrues en matière de conformité, de transparence et de traçabilité, susceptibles de renforcer la crédibilité du dispositif vis-à-vis des autorités fiscales et réglementaires.
Inconnues
La séparation des rôles — Glencore à l’exploitation, Orion CMC à la commercialisation de sa quote-part — peut également améliorer la lisibilité des flux commerciaux, dans un contexte où la question des prix de transfert et de la fiscalité minière demeure sensible en RDC.
Malgré cette feuille de route esquissée, le communiqué demeure prudent. Les termes employés — « examineront », « envisageront » — confirment que les parties se situent au stade de l’exploration stratégique. La transaction reste conditionnée aux audits, à la finalisation des accords contractuels et aux autorisations réglementaires.
Surtout, aucun élément public ne détaille encore d’engagements chiffrés sur l’emploi, la sous-traitance locale ou un programme d’investissements. De même, les conséquences éventuelles de cette coopération sur les discussions préliminaires entre Glencore et Rio Tinto ne sont pas documentées à ce stade.
Pierre Mukoko
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