Le gouvernement congolais demande à l’ensemble des sociétés minières opérant en République démocratique du Congo (RDC) de transmettre, au plus tard le 16 février 2026, les preuves de constitution des garanties financières destinées à la réhabilitation environnementale de leurs projets. Cette instruction, contenue dans une correspondance du ministère des Mines datée du 30 janvier 2026, vise l’ensemble des projets miniers et de carrières actifs, depuis l’octroi de leurs titres jusqu’au 31 décembre 2025.
Le courrier précise que les entreprises concernées sont tenues de produire les plans environnementaux approuvés ainsi que les justificatifs attestant de la constitution effective des sûretés financières, conformément aux exigences du Code minier et de son règlement d’application.
Le cadre légal congolais impose en effet à tout titulaire de droits miniers ou de carrières l’obligation de constituer, avant le début de l’exploitation, une garantie financière destinée à couvrir les coûts de réhabilitation et de fermeture du site. Cette garantie est calculée sur la base du plan de gestion environnementale du projet, tel qu’approuvé par l’administration, et doit être mobilisable par l’État en cas de défaillance de l’opérateur.
Le Code et le Règlement miniers prévoient que cette sûreté peut prendre la forme d’une garantie bancaire, d’un dépôt en numéraire, d’une police d’assurance ou de tout autre mécanisme jugé équivalent et acceptable par l’administration. Elle doit être maintenue pendant toute la durée de vie du projet et ajustée en fonction de l’évolution des travaux et des impacts environnementaux.
Faible niveau de conformité constaté
La démarche engagée par le ministère des Mines s’appuie sur des constats de faible conformité relevés tant par l’administration que par les partenaires techniques. Lors d’un atelier organisé en juillet 2025 à Lubumbashi, consacré à la sûreté financière de réhabilitation environnementale, les échanges avaient mis en évidence un écart significatif entre les obligations prévues par la loi et leur application effective par les opérateurs.
Sur un échantillon de 93 entreprises minières analysées, seules dix avaient fourni des informations relatives à la constitution de leur sûreté financière, illustrant un niveau de respect très limité de cette exigence pourtant centrale du dispositif de protection environnementale.
Les discussions tenues à Lubumbashi avaient également rappelé que l’absence de garanties financières effectives expose durablement l’environnement et les communautés locales. Jennyfer Imperator, cheffe de mission adjointe à l’ambassade des Pays-Bas, présente à cet atelier, avait souligné que la sûreté financière « assure que, même après le départ des exploitants, les dommages seront réparés, offrant ainsi une seconde chance aux populations affectées ».
La question de la réhabilitation environnementale s’inscrit dans un schéma plus large de manquements aux obligations sociales et financières des sociétés minières. Un rapport de la Cour des comptes publié en juin 2025 avait révélé qu’entre 2018 et 2023, les communautés locales avaient été privées de près de 198 millions de dollars en raison du non-paiement, du paiement partiel ou de la sous-déclaration de la dotation minimale obligatoire de 0,3 % du chiffre d’affaires, destinée au financement des projets communautaires.
Parmi les entreprises mises en cause figuraient notamment Kamoa Copper (Ivanhoe Mines et Zijin Mining), Kamoto Copper Company (Glencore), Sicomines (Crec-Sinohydro-Zhejiang) et Tenke Fungurume Mining (CMOC). La Cour des comptes avait recommandé des mesures de régularisation assorties de sanctions, pouvant aller jusqu’à la suspension des activités, tout en soulignant l’absence de réponses effectives des autorités de tutelle sur la période auditée.
Boaz Kabeya
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L’offre de Buenassa pour acquérir Chemaf, producteur de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo (RDC), est chiffrée à 1,5 milliard de dollars. L’entreprise la présente comme le pilier « amont » d’une feuille de route industrielle évaluée à 3,5 milliards de dollars, rendue publique le 29 janvier 2026, à quelques jours du sommet de Washington sur les minerais critiques du 4 février, organisé par le gouvernement américain.
Dans son communiqué, Buenassa explique que ces 1,5 milliard de dollars doivent servir à « stabiliser » l’actif et à « reprofilier la dette », avec un objectif affiché : finaliser des unités industrielles (Etoile II et Mutoshi) afin de « respecter les obligations existantes » et d’établir une source fiable d’alimentation en minerai pour sa raffinerie en projet.
L’autre volet de la feuille de route est centré sur la construction de la raffinerie : 700 millions de dollars pour la première phase, et désormais 1,3 milliard de dollars pour la deuxième, initialement évaluée à 2 milliards de dollars. L’entreprise n’en détaille pas les ressorts, mais maintient ses objectifs de production : 30 000 tonnes de cuivre (cathodes de qualité LME) et 5 000 tonnes de cobalt (sulfate et métal de haute pureté) par an pour la première phase, puis 120 000 tonnes de cuivre et 20 000 tonnes de cobalt pour la deuxième.
Le président-directeur général de Buenassa, Eddy Kioni, défend l’intégration verticale comme une réponse à l’instabilité des marchés : « L’intégration verticale est la meilleure voie pour neutraliser la volatilité de l’approvisionnement et des prix, qui a historiquement découragé l’investissement occidental », affirme-t-il, en ajoutant que l’architecture proposée vise à garantir « une transparence totale » permettant d’éviter « les conflits financiers ou liés aux risques entre les actifs ».
Emploi, sous-traitance…
Buenassa Resources, filiale qui porte le projet industriel, dit vouloir apporter de la visibilité à « plus de 3 000 employés directs de Chemaf » et à « des milliers de sous-traitants », selon les termes du président de son conseil d’administration, l’ancien Premier ministre Samy Badibanga. Ce dernier affirme en outre que le complexe de raffinage générerait environ 5 000 emplois. « En ancrant ce projet dans le tissu industriel de la RDC, nous assurons un avenir durable à nos travailleurs et à notre région », soutient-il.
Buenassa met en avant un montage censé améliorer la « bancabilité » du projet grâce au soutien de l’État congolais, actionnaire de Buenassa Resources à hauteur de 10 %, et de plusieurs partenaires. L’entreprise dit s’appuyer sur Roland Berger pour un audit d’acquisition et le travail sur le rééchelonnement de la dette.
Pour l’ingénierie, Buenassa indique qu’un consortium composé de Bara Consulting (Royaume-Uni) et MET63 (Afrique du Sud) interviendrait comme ingénieur-conseil du maître d’ouvrage de la raffinerie, tout en participant à la gestion des opérations amont.
Sur le volet financier et institutionnel, l’entreprise mentionne des échanges renforcés avec des institutions américaines, dont la US International Development Finance Corporation (DFC). Elle cite également comme soutiens bancaires Rawbank et le groupe nigérian United Bank for Africa (UBA). Buenassa évoque enfin un partenariat recherché avec un « grand groupe industriel du Golfe » et une « grande maison de négoce américaine » pour renforcer ses capacités commerciales.
Sommet de Washington
Dans son communiqué, Buenassa situe explicitement sa communication dans la perspective du sommet de Washington sur les minerais critiques où sont attendus le président Félix Tshisekedi et des membres de son gouvernement. Selon le Financial Times, qui cite des sources proches du dossier, la vente de Chemaf, présentée comme un premier test du partenariat stratégique RDC–États-Unis signé le 4 décembre dernier, pourrait connaître un tournant à l’occasion de ce rendez-vous.
Dans ce contexte, les prétendants au rachat intensifient leurs démarches. D’après Africa Intelligence, Virtus Minerals aurait signé ces derniers jours un contrat de cession d’actions avec Zedra Skye Trustees, présenté comme le représentant près de 95 % des actionnaires de Chemaf. L’entreprise américaine proposerait, selon le journal, de reprendre les dettes de Chemaf, qui dépasseraient 900 millions de dollars. Elle envisage aussi de confier l’exploitation à l’entreprise indienne Lloyds Metals and Energy, décrite comme « peu chevronnée sur les projets de cuivre-cobalt, en particulier sur le continent africain ».
L’enjeu porte aussi sur la capacité à sécuriser le financement. Sur cet aspect, Virtus Minerals se serait tournée vers le fonds d’investissement new-yorkais Orion Resource Partners et le géant anglo-suisse du négoce Glencore. Mais selon Africa Intelligence, comme pour Buenassa, aucun accord contraignant n’aurait été signé à date.
Avec un contrat de cession d’actions, il ne resterait plus qu’à Virtus Minerals d’obtenir l’agrément du gouvernement congolais pour conclure l’achat. Selon la presse internationale, l’entreprise fondée par des vétérans des services de sécurité américains bénéficierait du soutien de l’administration Trump. Mais à Kinshasa, son offre ne rassure pas : au-delà des questions de financement, elle est perçue comme accordant peu de place aux intérêts locaux.
Arbitrage délicat
De son côté, Buenassa affirme concilier les intérêts américains et congolais. En plus d’une promesse de préserver les emplois et les contrats des sous-traitants, l’entreprise congolaise présente son projet comme s’inscrivant dans la volonté du gouvernement de transformer localement ses minerais afin de créer davantage de valeur.
L’entreprise congolaise se positionne aussi comme le bras opérationnel du partenariat RDC–États-Unis sur les minerais critiques, en s’engageant à réserver sa production au marché américain afin de bâtir une chaîne d’approvisionnement sécurisée hors influence chinoise. Elle se dit en plus ouverte à l’idée d’un consortium RDC (Gécamines, Buenassa…)–États-Unis, présentée comme l’alternative la plus réaliste, compte tenu des défis financiers, opérationnels et de sécurité des sites.
L’accord stratégique du 4 décembre dernier accorde aux entreprises américaines un droit de première offre sur des gisements de minerais critiques. Le texte précise toutefois que si, au bout de neuf mois, aucune offre américaine n’est retenue, les projets peuvent être ouverts aux « alliés », dont les entreprises congolaises. Reste que Kinshasa doit arbitrer ce dossier sans fragiliser la relation avec Washington, sur laquelle le pouvoir congolais compte aussi dans le contexte sécuritaire à l’est du pays.
Pierre Mukoko
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Attendue depuis quelques mois, la signature du second contrat entre le ministère des Mines de la République démocratique du Congo (RDC) et le groupe Xcalibur, portant sur les travaux de cartographie géophysique aéroportée et géologique du territoire national, a eu lieu le 29 janvier 2026 à Kinshasa. Le document a été signé par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, et le directeur général de Xcalibur, Andres Blanco Grasa, basé en Espagne.
Après des allégations d’irrégularités ayant précédé la signature, le ministère des Mines a indiqué, en décembre dernier, qu’il ne s’agissait pas « d’une attribution discrétionnaire », mais de la « continuité du programme initial », d’où le choix du même fournisseur. Un choix également justifié par le fait que « la phase B prend en compte les résultats de la phase A ». Selon le même communiqué, l’option de signer un nouveau contrat, au lieu d’un avenant, a été privilégiée « pour respecter la loi sur les marchés publics et ses mesures d’application ».
En 2017, la RDC a signé avec Xcalibur un contrat relatif à la cartographie géophysique aéroportée et géologique nationale. Il a ensuite été ajusté par des avenants successifs en 2019 et 2022. Ces documents publiés par le ministère des Mines montrent que le programme est structuré autour de deux volets distincts : un volet A, dit « prioritaire », et un volet B, dit « optionnel ».
Un programme de près de 360 millions $
Selon l’article 19 de l’avenant n°2, le coût total du volet A — objet du premier contrat — est arrêté à 60 961 973 dollars américains, tandis que le coût du volet B est fixé à 297 873 516 dollars, soit une enveloppe globale de 358,8 millions de dollars. Cette seconde phase, de près de cinq fois la valeur du premier contrat, devait être exécutée ultérieurement sur la base d’un autre accord de financement et moyennant l’avis de non-objection de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP). Elle devrait être mise en œuvre « en tenant compte des résultats obtenus lors de la phase A ».
Selon le ministre des Mines, la première phase est terminée. « Ils ont déposé un rapport, il y a des données qu’ils ont pu récolter », avait-il indiqué en novembre dernier, lors de son passage au forum Makutano 2025, avant de préciser : « leur contrat ne leur demande pas de découvrir des gisements. Xcalibur définit plutôt certains districts géologiques et certaines formations géologiques. Et après, il y a le vrai travail d'exploration qui va commencer ».
Selon le contrat, la phase A du projet devait couvrir principalement les blocs Kasaï, Équateur et Katanga. Elle prévoyait notamment : la télédétection et l’interprétation d’images satellites ; des levés géophysiques aéroportés (magnétiques et radiométriques) réalisés à des résolutions permettant une lecture régionale du sous-sol ; des levés gravimétriques et électromagnétiques ciblés ; une première cartographie géologique et géochimique sur des zones identifiées comme prioritaires ; la structuration d’un système d’information géologique (SIG) ouvert ; ainsi que la formation initiale des cadres techniques nationaux.
La phase B prévoit une densification des levés géophysiques sur les zones identifiées par le volet A, ainsi que des investigations plus fines sur les anomalies détectées. Elle inclut également des levés magnétiques et radiométriques sur le reste du pays, des levés gravimétriques standards sur la cuvette centrale (gaz et pétrole), une cartographie géologique et géochimique détaillée à des échelles plus opérationnelles, un renforcement avancé des capacités nationales, et la mise en exploitation complète du SIG, notamment pour la valorisation économique et institutionnelle des données. Le programme comprend en outre la construction d’un laboratoire d’analyse chimique, pétrographique et métallogénique.
Levier pour relancer l’exploration
En RDC, l’exploration est en panne, estiment de nombreux acteurs du secteur. « Nos grandes mines actuelles reposent toutes — sans exception — sur des indices géologiques identifiés à l’époque coloniale », avait fait observer Landry Djimpe, associé gérant d’Innogence Consulting (cabinet de conseils actifs dans le secteur), lors du Makutano 2025.
Le programme de cartographie géophysique aéroportée et géologique du territoire national est donc présenté comme un début de réponse à cette problématique. Selon le ministère des Mines, son objectif est de doter la RDC de « données scientifiques fiables et certifiées sur l’ensemble du territoire », afin de mieux connaître le potentiel réel du sous-sol, renforcer la planification et la transparence du secteur minier, attirer des investissements responsables et garantir la souveraineté économique nationale.
Reste un enjeu central : assurer un suivi rigoureux de l’exécution, afin que cet investissement se traduise effectivement par une meilleure connaissance du sous-sol national et une valorisation durable des ressources minières du pays. Cet enjeu est d’autant plus souligné que Xcalibur ne détient aucune filiale en RDC : les entités ayant signé le contrat de base et les différents avenants sont basées à Maurice, en Afrique du Sud et en Espagne.
Pierre Mukoko
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A la suite du contrôle de conformité engagés par le ministère des Mines depuis fin décembre 2025, les unités de traitement des minerais artisanaux de la filière cuivre-cobalt se retrouvent en situation de sursis. La poursuite de leurs activités, après le moratoire obtenu, est désormais conditionnée à la correction effective des irrégularités constatées par la Commission ad hoc, notifiées à chaque structure, ainsi qu’au paiement des pénalités infligées.
Selon un communiqué du ministère des Mines daté du 28 janvier 2026, la Commission a recensé treize entités dans le Lualaba, dont une absente. Dans le Haut-Katanga, vingt-sept unités ont été identifiées : dix-neuf se sont présentées, quatre ne sont plus fonctionnelles, trois sont en cours de régularisation administrative avant le début de leurs activités et une ne s’est pas présentée aux travaux.
Plusieurs irrégularités et non-conformités ont été constatées. Le rapport cite notamment la non-conformité du capital social (participation congolaise en deçà de 50 %), le cumul non autorisé de certaines qualités ou titres (notamment titre minier d’exploitation et agrément en qualité d’entité de traitement), l’absence de contrats avec des coopératives agréées, l’absence de preuve de formation au profit des employés congolais, des insuffisances dans la transmission des rapports obligatoires, ainsi que de graves faiblesses en matière de traçabilité et de transparence.
Ce processus s’inscrit dans la décision de suspension générale des activités minières et commerciales des entités de traitement, prise le 19 décembre 2025 sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure vise à assainir une filière déjà identifiée comme largement non conforme au Code et au Règlement miniers, notamment sur la base des conclusions de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière.
Des contrôles internes annoncés
Afin d’évaluer la situation sur le terrain, une Commission ad hoc a été instituée le 26 décembre 2025 pour procéder au contrôle de la conformité administrative, juridique, technique et de la traçabilité des unités de traitement. Elle s’est concentrée sur les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, où s’exerce l’essentiel de l’activité.
À l’issue des missions de contrôle, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a annoncé, les 5 et 22 janvier 2026, une levée partielle et temporaire de la suspension pour les entités de traitement localisées respectivement dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, « sous réserve du respect strict des prescriptions administratives, techniques et de traçabilité qui leur ont été notifiées ». La mesure a été présentée comme transitoire, afin de permettre aux opérateurs concernés de régulariser leur situation.
Initialement exclue du bénéfice de cette levée partielle et temporaire, Luilu Resources, opérant dans la province du Lualaba, a finalement été déclarée éligible après s’être présentée devant la Commission.
Dans son communiqué du 28 janvier 2026, le ministère rappelle que le maintien ou la levée définitive de la suspension demeurera strictement conditionné à la régularisation effective de chaque unité. Toute persistance dans la violation des lois et règlements expose les opérateurs aux sanctions prévues par la législation minière en vigueur.
Cette administration annonce en outre des contrôles internes au sein de ses services à travers toute la République, « en vue d’établir les responsabilités et, le cas échéant, toute complicité directe ou indirecte liée au non-respect du moratoire et aux violations répétées constatées ».
Boaz Kabeya
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Les nouvelles demandes de droits miniers et de carrières de recherche en République démocratique du Congo seront de nouveau recevables à compter du 2 février 2026. L’information a été annoncée par le Cadastre minier à l’issue des travaux d’assainissement périodique du fichier cadastral, qui avaient conduit à la suspension temporaire de l’enregistrement de ces demandes.
Cette reprise met fin à une suspension en vigueur depuis le 17 décembre 2025. À cette date, les autorités avaient décidé d’interrompre, jusqu’à nouvel ordre, la réception des nouvelles demandes afin de procéder à l’assainissement du fichier cadastral minier, dans l’objectif d’en améliorer la fiabilité et la gestion.
La mesure de suspension n’avait toutefois pas concerné les droits déjà existants. Durant cette période, les demandes de transformation et de renouvellement de droits miniers, ainsi que l’enregistrement des cessions, amodiations, options et autres actes afférents, avaient continué à être traités par l’administration.
Selon le rapport publié en août 2025, des travaux similaires menés précédemment avaient permis à l’État congolais de reprendre 594 titres miniers et de carrières, représentant 37 253 carrés miniers, ainsi que de régulariser 210 droits miniers placés en situation prolongée de force majeure, entraînant leur reclassement comme droits actifs et le rétablissement des obligations fiscales, sociales et techniques correspondantes.
Boaz Kabeya
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Exploitée par Alphamin Resources, la mine d’étain de Bisie (Nord-Kivu) affiche une production de 18 576 tonnes d’étain pour l’exercice clos au 31 décembre 2025, soit une hausse de 7 % sur un an. Cette performance est globalement conforme à sa guidance révisée (18 000 à 18 500 tonnes), après une suspension temporaire des opérations en mars 2025 pour des raisons de sécurité.
Sur le plan financier, le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) est annoncé à 341,4 millions de dollars en 2025, en hausse de 25 % par rapport aux 274,0 millions de dollars enregistrés en 2024, grâce à l’augmentation des volumes, à l’effet des extensions (Mpama Sud) et à un prix moyen de vente en progression.
Alphamin estime que la combinaison du cours actuel de l’étain et de la stabilité de la production est « de bon augure » pour les flux de trésorerie et, potentiellement, pour la hausse des dividendes. En 2025, la société indique avoir versé 123 millions de dollars de dividendes, soit 0,11 dollar canadien par action (contre 0,09 en 2024). La prochaine décision sur les dividendes est attendue en avril 2026, après la publication des comptes audités.
Selon les données publiées par la compagnie, le prix moyen de l’étain a augmenté de 13% en 2025 à 34 388 dollars. Début 2026, l’étain a franchi un niveau historique autour de 53 460 dollars la tonne, le 14 janvier, selon des séries de marché largement reprises par les acteurs. Une partie du rallye s’explique par des inquiétudes sur l’offre, notamment en Indonésie et au Myanmar.
20 000 tonnes visées en 2026
En Indonésie, les autorités ont annoncé une opération visant à fermer environ 1 000 sites d’extraction illégale à Bangka Belitung, un élément susceptible de peser sur le flux d’approvisionnement informel. À l’échelle mondiale, l’Indonésie représente autour d’un sixième de la production minière d’étain.
Au Myanmar, la mine de Man Maw un pivot de l’offre régionale reste au cœur des anticipations : les autorités de la région Wa ont multiplié les signaux de reprise, mais les modalités administratives et les incertitudes opérationnelles entretiennent la volatilité.
Si la demande structurelle (électronique/soudure, emballage, chimie, et nouveaux usages liés à l’électrification) soutient le métal, plusieurs analyses insistent sur le rôle croissant des facteurs financiers. L’International Tin Association (ITA) souligne que le marché peut devenir vulnérable à des corrections lorsque le positionnement des fonds atteint des niveaux élevés, même en présence de chocs d’offre.
Pour 2026, Alphamin vise une production d’environ 20 000 tonnes, un niveau correspondant à son rythme annualisé ciblé. Mais l’atteinte de cet objectif dépendra de la continuité des opérations. La société affirme observer une recrudescence d’incidents sécuritaires dans la province du Nord-Kivu : la mine est éloignée des zones les plus touchées, mais le profil de risque reste élevé et une dégradation pourrait perturber l’activité.
PM avec l’Agence Ecofin
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Buenassa cherche « un appui financier pour l’acquisition d’un actif minier local stratégique dans la région du Katanga, actuellement en vente », a annoncé, le 12 janvier 2026, son président-directeur général, Eddy Kioni, à la suite d’une rencontre avec le nouveau directeur général de UBA en République démocratique du Congo (RDC), Michael Kayembe. Selon une source proche de l’entreprise congolaise, l’actif en question est la société minière Chemaf. Selon Bloomberg, Buenassa a formellement notifié, en novembre dernier, son intérêt pour ce producteur de cuivre et de cobalt, dont l’avenir est suivi de près en raison de ses actifs et de son positionnement dans la compétition autour des minerais critiques en RDC.
Pour le PDG de Buenassa, cette acquisition permettrait « d’accélérer l’intégration verticale : de l’extraction au raffinage, au négoce et au stockage stratégique », en sécurisant l’approvisionnement de la raffinerie pour « plus de 20 ans ». Le dirigeant affirme que ce schéma renforcerait la résilience opérationnelle et transformerait Buenassa « d’un projet industriel greenfield (à construire) en un acteur minier opérationnel majeur ». L’enjeu est clair : passer d’un projet industriel à construire à une entreprise disposant d’une production minière, capable d’alimenter une raffinerie et de structurer un modèle intégré sur la chaîne de valeur.
Cette logique distingue Buenassa de plusieurs offres concurrentes, davantage structurées autour d’un contrôle financier et commercial de Chemaf. À titre de comparaison, la Gécamines, autre prétendant congolais, propose d’acquérir la compagnie minière pour la revendre et ne conserver qu’une participation maximale de 25 %, rapporte Bloomberg. Et grâce à sa filiale Gécamines Trading, elle commercialiserait la production correspondant à sa participation aux États-Unis, conformément à l’engagement pris par la RDC dans le cadre de l’accord stratégique signé avec les États-Unis en décembre dernier.
Actif vital
À l’inverse, l’approche de Buenassa vise un objectif explicitement industriel : sécuriser une matière première pour un projet de raffinage en RDC, et non seulement capter un flux de production à exporter. Ce qui inscrit le projet dans la vision du gouvernement congolais, qui insiste désormais sur la transformation locale des minerais. Sauf que les détails de son offre restent inconnus. La Gécamines, pour sa part, prévoirait un ticket d’un peu moins d’un million de dollars, un audit de la compagnie, puis un plan de paiement de ses dettes, que des sources médiatiques chiffrent à 900 millions de dollars. Une partie serait détenue par Trafigura, qui a arrangé un prêt de 600 millions de dollars en 2022 pour financer le développement de la mine de Mutoshi à Kolwezi.
En réalité, l’acquisition d’un actif d’extraction apparaît comme vitale pour le projet Buenassa. Elle permettrait d’améliorer sa bancabilité en apportant un actif susceptible de garantir le remboursement des ressources nécessaires au financement de la construction de la raffinerie. Jusqu’ici, l’entreprise n’a pu sécuriser qu’une subvention publique de 3,5 millions de dollars auprès du Fonds de promotion de l’industrie (FPI). Cela a notamment permis de réaliser une étude de cadrage (scoping study).
Cette dernière évalue le coût de la première phase du projet à 700 millions de dollars, selon un document consulté par Bankable. À ce stade, l’usine devrait produire annuellement 30 000 tonnes de cathodes de cuivre et 5 000 tonnes de sulfate de cobalt. Le coût de la deuxième phase est estimé à 2 milliards de dollars. À ce stade, la production passerait à 120 000 tonnes de cuivre et 20 000 tonnes de cobalt par an. Ces données doivent encore être affinées.
Équation difficile
Le calendrier indicatif actualisé prévoit désormais une étude de préfaisabilité au début de 2026 et une étude de faisabilité au deuxième trimestre 2027, alors que le closing financier est projeté au troisième trimestre 2027 et que le début de la production n’est pas attendu avant 2029, contre 2027 auparavant.
Pour financer cette stratégie, Buenassa met en avant une approche « à plusieurs niveaux », combinant banques commerciales africaines, institutions régionales de financement du développement, institutions financières locales, partenaires internationaux stratégiques « menés par les États-Unis » et l’État congolais, qui détient depuis juin 2025 une participation de 10 % dans le capital de l’entreprise de projet Buenassa Ressources. De la réunion avec UBA, il ressort que l’objectif est de bâtir une architecture de financement capable de soutenir à la fois la construction de la raffinerie et l’opération d'acquisition de l’actif d’extraction.
Mais l’accès à Chemaf s’annonce difficile. « Nous ne donnerons pas de chance à quelqu’un d’autre que nous », avait déclaré, fin 2024, Guy-Robert Lukama, président du conseil d’administration de la Gécamines, cité par Reuters. Il faut dire que, sur ce dossier, l’entreprise publique est en position de force : elle détient le permis sur lequel Chemaf développe le projet Mutoshi. Mais l’État, unique actionnaire de la Gécamines — et actionnaire à 10 % de Buenassa ainsi qu’à 5 % de Chemaf — devra trancher en tenant compte des orientations de sa politique minière.
D’ailleurs, à bien y regarder, un rapprochement stratégique entre la Gécamines et Buenassa — qui se profilent comme deux véhicules souverains de la RDC pour la valorisation de son patrimoine minier dans les filières cuivre et cobalt — constitue une option. Les positionnements de l’entreprise publique et de sa compatriote privée paraissent même complémentaires sur la chaîne de valeur. Au regard de l’intérêt d’entreprises américaines pour Chemaf, l’idée d’un consortium RDC (Gécamines, Buenassa…)–États-Unis est présentée, par des acteurs proches du dossier, comme l’alternative la plus réaliste, compte tenu des défis financiers, opérationnels et de sécurité des sites. Une telle perspective s’inscrirait dans le prolongement du partenariat stratégique RDC–États-Unis.
Pierre Mukoko
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La République démocratique du Congo (RDC) prévoit de renforcer le contrôle de ses exportations minières afin d’améliorer la mobilisation des recettes. Dans un rapport publié en janvier 2026, le Fonds monétaire international (FMI) relaie l’objectif des autorités d’obtenir une évaluation plus fiable « des volumes, de la teneur minérale et de l’humidité des exportations », des paramètres déterminants pour la valorisation des produits et l’assiette des prélèvements.
Le document souligne le coût budgétaire de contrôles jugés insuffisants : « Des études montrent que notre pays perd près de la moitié de ses recettes minières potentielles en raison de contrôles insuffisants sur les volumes et la teneur en métaux de valeur ». Pour corriger ces faiblesses, les autorités indiquent vouloir accroître le recouvrement des recettes minières « sur la base du principe consistant à minimiser les contacts humains ».
L’une des mesures annoncées consiste à déployer, d’ici mars 2026, des outils techniques destinés à fiabiliser le contrôle physique des flux à l’exportation, « par la mise en place de bascules de pesage pour camions et de mécanismes de contrôle qualité informatisés et non intrusifs ».
Cette réforme s’accompagne du renforcement d’un dispositif d’analyse. Le FMI rapporte que les autorités entendent « obtenir l’approbation du ministère des Mines d’ici janvier 2026 » afin de « rendre opérationnel un laboratoire d’analyse minérale sous contrat avec l’administration fiscale (DGI) ».
L’objectif affiché est de disposer d’une capacité technique permettant d’appuyer les contrôles et, plus largement, de renforcer la conformité. Le rapport évoque ainsi un effort visant à améliorer l’évaluation des caractéristiques des exportations (dont l’humidité et la teneur), éléments essentiels pour apprécier la valeur déclarée et les obligations fiscales correspondantes.
Au-delà du seul segment minier, le document met en avant l’enjeu de modernisation des administrations financières et des contrôles. Il note que les audits fiscaux, à ce stade, « produisent moins de 15 % de leur rendement potentiel », dans un contexte où les autorités veulent renforcer le recoupement des données par l’automatisation et la numérisation.
Dans l’ensemble, la démarche présentée par le FMI combine donc un renforcement des contrôles physiques et analytiques des flux miniers à l’exportation, et une orientation vers des dispositifs davantage automatisés, avec pour finalité annoncée l’amélioration de la fiabilité des contrôles et la sécurisation des recettes.
Boaz Kabeya
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La compagnie australienne AVZ Minerals a annoncé, le 15 janvier 2026, la réception de la totalité des fonds promis l’année précédente par son partenaire Suzhou CATH Energy Technologies. Il s’agit d’une facilité de 20 millions de dollars que l’entreprise chinoise a accepté de mettre à la disposition de son partenaire australien, qui revendique des droits d’exploitation sur le gisement de lithium de Manono, dans la province du Tanganyika, en République démocratique du Congo (RDC).
Lors de l’annonce de cette facilité, un an plus tôt, AVZ indiquait que ces fonds devaient financer, sur les 12 mois suivants, ses besoins en fonds de roulement et ses activités, y compris celles liées au litige qui l’oppose à l’État congolais sur ce projet. En débloquant les fonds, CATH reste ainsi aux côtés d’AVZ.
L’accord signé en janvier 2025 accorde à CATH plusieurs avantages en cas de succès des revendications d’AVZ sur le gisement de Manono. L’entreprise chinoise aurait notamment le droit d’acquérir 100 % de la production de lithium pendant cinq ans, ou jusqu’au remboursement des dépenses d’AVZ qu’elle aura financées. CATH dispose par ailleurs du droit d’acheter une participation indirecte de 30,5 % dans le projet. Mais l’avenir du dossier reste incertain.
Manono est le plus grand gisement de lithium identifié à ce jour en RDC. AVZ Minerals y a mené des travaux d’exploration sur plusieurs années, dans le cadre d’une coentreprise avec la société publique congolaise Cominière. Cette dernière a ensuite mis fin au partenariat, avant de s’associer en 2023 avec le chinois Zijin Mining pour développer le même projet. AVZ a intenté plusieurs actions devant des tribunaux internationaux pour contester ces évolutions autour de la propriété du projet, mais aucune décision définitive n’a encore été rendue.
Dans ce contexte, un autre acteur est entré en scène : KoBold Metals. À la faveur du rapprochement entre Kinshasa et Washington autour de nouveaux investissements américains dans le secteur minier congolais, cette start-up californienne a signé, en juillet dernier, un « accord de principe » avec le gouvernement congolais pour l’exploration minière en RDC. Elle a par la suite obtenu sept permis de recherche minière, dont quatre situés sur le territoire de Manono.
Selon cet accord de principe, il revient à KoBold de trouver une issue au différend entre AVZ et l’État congolais. Deux mois auparavant, KoBold et AVZ avaient annoncé la conclusion d’un accord-cadre prévoyant la cession, par AVZ, de ses intérêts commerciaux dans le gisement de Manono à une « juste valeur ». Sauf que la compagnie australienne — qui avait gelé la procédure d’arbitrage engagée contre la RDC pour créer « un climat propice à des discussions » susceptibles de déboucher sur un règlement à l’amiable — a entre-temps annoncé sa reprise.
Zijin Mining, qui a obtenu en septembre 2024 un permis d’exploitation sur la zone revendiquée par AVZ, avait annoncé un début de production en 2026, mais n’a fourni que peu de mises à jour sur l’évolution des travaux de construction de la mine.
PM avec l’Agence Ecofin
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La mine de zinc de Kipushi, en République démocratique du Congo (RDC), codétenue par Ivanhoe Mines (62 %) et la Gécamines (38 %), a quadruplé sa production en 2025, à 203 168 tonnes de concentré, contre 50 307 tonnes en 2024. Ces chiffres ressortent des résultats opérationnels annuels publiés le 15 janvier 2026 par Ivanhoe Mines, opérateur du site. La performance est conforme aux objectifs du groupe, qui visait une production comprise entre 180 000 et 240 000 tonnes.
Cette montée en puissance s’explique par des travaux d’ingénierie lancés en septembre 2024 afin d’augmenter de 20 % le débit du concentrateur de Kipushi, chargé du traitement du minerai. Le programme d’optimisation s’est achevé début août 2025, permettant à la mine d’enregistrer une hausse significative de la production au second semestre.
Au troisième trimestre, la mine a livré 57 200 tonnes, puis 61 444 tonnes au dernier trimestre, nettement au-dessus des 42 736 tonnes et 41 788 tonnes enregistrées respectivement aux premier et deuxième trimestres 2025. Avec les niveaux atteints ces derniers mois, Kipushi se place au cinquième rang des plus grandes mines de zinc au monde, assure Ivanhoe.
Pour 2026, l’ambition est de porter la production à un volume compris entre 240 000 et 290 000 tonnes. Maintenir des opérations stables sera l’un des défis d’Ivanhoe, alors que le site reste affecté par l’instabilité du réseau électrique congolais. Pour s’en prémunir, la compagnie indique avoir renforcé les capacités des générateurs de secours au quatrième trimestre 2025.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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Comme promis en novembre dernier lors du Makutano 2025, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a dévoilé, lors de la 74ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres du 9 janvier 2026, les contours du projet d’exploitation du fer en République démocratique du Congo (RDC).
Selon le compte rendu de cette réunion, le projet, présenté comme « une inflexion stratégique majeure » dans le modèle extractif du pays — concentré depuis plus de 100 ans sur le cuivre et le cobalt — est dénommé Mines de fer de la grande Orientale (Mifor). Il repose sur les réserves de l’ancienne province Orientale, aujourd’hui divisée en Ituri, Haut-Uélé, Bas-Uélé et Tshopo. Elles sont estimées entre 15 et 20 milliards de tonnes, avec une teneur moyenne supérieure à 60 %, indique le document, sans préciser la méthodologie utilisée pour ces estimations.
Selon la présentation du ministre des Mines, le projet Mifor doit être développé en plusieurs phases. La première prévoit une capacité de production de 50 millions de tonnes par an, progressivement extensible jusqu’à 300 millions de tonnes par an. Le schéma présenté ne se limite pas à l’extraction : il inclut des unités de transformation locale ainsi qu’un corridor logistique dit « multimodal », combinant notamment un chemin de fer lourd, la voie fluviale et une connexion au port en eaux profondes de Banana.
D’après la même source, l’investissement initial de la première étape est évalué à 28,9 milliards de dollars américains. Sur une projection de 25 ans, le ministre avance un chiffre d’affaires cumulé de 679,3 milliards de dollars et un « cash-flow net » de 308,2 milliards de dollars, sur la base « d’hypothèses prudentes de marché ». Pour l’État, le document évoque des « retombées substantielles et diversifiées », sans en préciser le montant.
Actuellement, la tonne de fer s’échange autour de 105 dollars. Mais avec l’entrée en production, annoncée en novembre dernier, de la gigantesque mine de Simandou en Guinée, les cours pourraient être tirés vers le bas à moyen terme. Si le calendrier de ce projet est respecté, cette mine pourrait produire jusqu’à 120 millions de tonnes de minerai dès 2028 et peser sur le marché.
À ce stade, le projet Mifor n’est toutefois pas encore entré dans une phase d’engagement formel. Sans citer de noms, le compte rendu souligne l’intérêt d’investisseurs institutionnels internationaux disposant de capacités reconnues de structuration et de financement de projets macroéconomiques. Pour le gouvernement, cela constitue un « signal favorable de bancabilité et de crédibilité internationale », « sans préjuger des décisions souveraines à venir » et « sans créer d’engagement juridique à ce stade ». Autrement dit, les modalités exactes de financement, les partenaires retenus et le calendrier de mise en œuvre n’ont pas été officialisés.
Dans l’immédiat, l’exécutif a décidé la mise en place d’une gouvernance dédiée. Le Conseil des ministres a acté la création d’une commission interministérielle élargie chargée d’assurer le pilotage stratégique, la coordination et la structuration progressive du projet.
Boaz Kabeya
À travers Gécamines Trading, sa nouvelle filiale dédiée au trading des minerais, Gécamines veut orienter vers les États-Unis une partie de la production de cuivre de Tenke Fungurume Mining (TFM), contrôlée à 80 % par le groupe chinois CMOC. Pour ce faire, l’entreprise publique congolaise annonce avoir décidé d’utiliser, pour la première fois, son droit contractuel d’acheter la part de production correspondant à sa participation de 20 % dans cette mine afin de la revendre aux États-Unis. Elle chiffre ce volume à 100 000 tonnes pour l’année 2026.
«Cette première opération de commercialisation constitue le prolongement et le développement du dispositif d’offre compétitive des productions des partenariats de Gecamines, dispositif mis en place depuis 2023 et exécuté jusqu’à présent avec succès », a indiqué le président du Conseil d’administration de Gécamines, Guy-Robert Lukama, cité dans le communiqué de l’entreprise.
L’idée de commercialiser elle-même la part de production correspondant à sa participation dans les coentreprises minières découle, selon Gécamines, de la volonté de contourner la pratique des prix de transfert utilisée par plusieurs opérateurs. Cette pratique consiste à vendre la production à bas prix à une société liée, réduisant d’autant les dividendes versés à Gécamines et les recettes minières reversées à l’État. Avec cette démarche, l’entreprise espère une meilleure valorisation des produits congolais, une augmentation de la base taxable pour l’État et une diversification des acheteurs, renforçant l’indépendance commerciale du pays.
« Nous sommes heureux de cette première opération qui concrétise un travail mené depuis plus d’une année désormais pour renforcer la position de la République Démocratique du Congo sur l’échiquier mondial des matières premières et concrétiser la volonté de l’Etat congolais d’asseoir sa souveraineté sur son sous-sol », a précisé la directeur général de Gécamines, Placide Nkala Basadilua, repris dans le même communiqué. À terme, la compagnie publique ambitionne des droits de vente pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt, confirmant sa volonté de redevenir un acteur global du marché des matières premières critiques.
Accord stratégique
Avant de décider d’exercer son droit d’achat, Gécamines dit avoir réalisé, fin 2025, une consultation de marché. Selon nos informations, à l’issue de cette consultation, plusieurs acteurs américains se sont portés acquéreurs des 100 000 tonnes de cuivre, à des conditions jugées avantageuses pour Gécamines. Il faut dire que le cuivre a signé une année 2025 exceptionnelle, avec une hausse de prix de 44 % et un record à 12 960 dollars la tonne sur le London Metal Exchange (LME). Selon les analystes, la dynamique resterait favorable en 2026.
L’opération permet également à la RDC de mettre en œuvre les engagements pris dans l’accord stratégique signé le 4 décembre 2025 à Washington avec les États-Unis. Selon le texte, « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation liés à la participation et aux contrats pour fournir un accès à l’offtake aux personnes américaines et alliées ». Ce dispositif oblige Gécamines, ou toute autre entreprise publique, à proposer en premier lieu ses volumes commercialisables aux sociétés américaines avant tout autre acheteur, sous réserve de « conditions commerciales comparables », afin de garantir une conformité aux prix internationaux.
Gécamines Trading, qui porte l’opération, est une joint-venture mise en place en partenariat avec le groupe genevois Mercuria Energy Trading. Chargée de commercialiser le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques, comme le germanium ou le gallium, provenant du sous-sol congolais, elle est également soutenue par la US International Development Finance Corp (DFC). L’agence publique américaine, qui appuie le développement d’entreprises américaines sur les marchés émergents, dit même avoir émis une lettre d’intention en vue d’un « investissement en actions » dans cette joint-venture. Objectif : « sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines en minéraux stratégiques », souligne-t-elle.
Pierre Mukoko
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À l’issue de la réunion annuelle d’évaluation tenue le 9 janvier 2026, l’entreprise publique DRC Gold Trading a annoncé la poursuite de son expansion sur le territoire national, avec l’ouverture imminente d’une succursale à Mbujimayi et d’une autre à Kinshasa d’ici fin mars 2026. Cette stratégie vise à atteindre l’objectif fixé : disposer de dix sièges opérationnels à travers le pays, afin d’atteindre un volume compris entre 15 et 18 tonnes d’or artisanal et des recettes d’exportation de plus de 2 milliards de dollars.
À ce stade, l’entreprise compte cinq succursales pleinement opérationnelles, auxquelles s’ajoute celle de Bukavu, non fonctionnelle depuis l’occupation de la ville par les rebelles de l’AFC/M23 en mars 2025. L’atteinte de l’objectif haut de gamme, soit 18 tonnes, constitue un défi majeur, d’autant que depuis son entrée en service début 2023, DRC Gold Trading SA a exporté environ 10 tonnes d’or artisanal.
Une difficulté supplémentaire réside dans l’incertitude entourant la contribution de la succursale de Bukavu cette année, alors qu’elle représentait à elle seule plus de 90 % des exportations légales d’or artisanal entre 2023 et 2024, avec, en 2023, une moyenne mensuelle de plus de 420 kg en provenance du Sud-Kivu.
L’entreprise publique a toutefois ouvert une succursale à Kindu, dans le Maniema, qui compense partiellement le manque à gagner du Sud-Kivu. Avec une moyenne d’environ 114 kg d’or artisanal exporté chaque mois, cette province est devenue la première zone exportatrice du pays. À la fin du troisième trimestre 2025, elle représentait 34 % des exportations nationales d’or artisanal, pour un total de 683,67 kg, selon les données de la Cellule technique de coordination et de planification minière.
Timothée Manoke
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L’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) a formalisé une décision majeure touchant directement la chaîne d’approvisionnement des entreprises minières en République démocratique du Congo. Dans une décision officielle rendue publique le 7 janvier 2026, le régulateur réserve désormais la fourniture de l’acide sulfurique, des réactifs chimiques et d’intrants assimilés aux seules entreprises de sous-traitance agréées, conformément à la loi n°17/001 relative à la sous-traitance dans le secteur privé.
Dans ce document, l’ARSP précise que la fourniture d’acide sulfurique, de chaux, de réactifs de flottation, d’extractants et d’autres produits chimiques utilisés dans le traitement des minerais constitue une activité de sous-traitance à part entière. À ce titre, elle ne peut plus être exercée directement par les sociétés minières ni par des entreprises non enregistrées dans le répertoire de l’ARSP.
L’ARSP justifie sa décision par la persistance de mécanismes de contournement de la loi sur la sous-traitance, qui auraient permis à des opérateurs non éligibles de capter un segment stratégique du secteur minier. Le régulateur rappelle que ces pratiques portent atteinte à l’objectif de la loi : garantir une participation effective des entreprises congolaises aux marchés générés par l’activité minière.
Désormais, toute société minière est tenue de s’approvisionner en acide et en réactifs exclusivement auprès de sous-traitants agréés par l’ARSP, sous peine de sanctions administratives prévues par les textes en vigueur.
Le choix de l’ARSP de cibler spécifiquement le marché de l’acide et des réactifs s’explique par leur rôle central dans les procédés de traitement des minerais, notamment du cuivre et du cobalt. Ces produits sont utilisés dans les procédés de lixiviation, qui permettent d’extraire les métaux des minerais.
Jusqu’ici, ces intrants étaient majoritairement fournis par des acteurs étrangers ou intégrés aux grandes sociétés minières, ce qui limitait l’accès des fournisseurs locaux et justifie l’orientation de la régulation vers les sous-traitants éligibles.
Cette décision s’inscrit dans la stratégie nationale de promotion du contenu local et de renforcement des PME congolaises. Elle vise à intégrer davantage les entreprises nationales dans la chaîne de valeur du secteur minier et à créer des emplois locaux.
Boaz Kabeya
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