Du compte rendu du Conseil des ministres du 9 mai 2025, on apprend que la société japonaise Asia Minerals Limited (AML) lancera, le 21 mai prochain, la phase exploratoire d’un projet de production de manganèse dans le territoire de Luozi, situé dans la province du Kongo Central. Cette initiative a été présentée par le ministre des Mines lors de cette réunion.
Selon la même source, ce projet s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification du secteur minier, visant à élargir les partenariats, à diversifier les types de minerais exploités, les zones d’exploitation, ainsi que les produits finis ou semi-finis. Si les résultats de l’exploration sont concluants, AML prévoit un investissement pouvant soutenir une production annuelle de deux millions de tonnes de manganèse.
Le ministre des Mines a sollicité l’appui du gouvernement pour faciliter les démarches administratives, assurer l’accompagnement institutionnel et encourager les partenariats techniques nécessaires à la réussite de cette initiative. Il a souligné que ce projet à Luozi représente un levier potentiel de transformation territoriale, sectorielle et économique, en cohérence avec la nouvelle vision de la gouvernance minière en République démocratique du Congo.
Fondée en 1993 à Hong Kong, AML est une entreprise internationale spécialisée dans toute la chaîne de valeur du manganèse : extraction, transformation en ferroalliages, production de métaux et de produits chimiques. Elle possède des filiales en Asie, en Afrique, en Europe, dans la Communauté des États indépendants (CEI) et en Amérique du Nord.
AML détient également, avec une participation majoritaire, une fonderie de ferroalliages en Malaisie d’une capacité annuelle de 220 000 tonnes, ainsi qu’une mine de manganèse en Afrique du Sud capable de produire deux millions de tonnes par an.
Boaz Kabeya, stagiaire
La mine de Kibali, située dans la province du Haut-Uélé en République démocratique du Congo (RDC), a produit 141 000 onces (soit 4 384,6 kg) d’or au premier trimestre 2025, selon le rapport trimestriel publié le 7 mai par Barrick Mining, opérateur du site.
Cette production est en recul de 16 % par rapport à la même période en 2024, où elle avait atteint 168 000 onces, et de 20,3 % par rapport au dernier trimestre 2024, qui s’était soldé par 177 000 onces.
Pour l’ensemble de l’année, Barrick table sur une production comprise entre 688 000 et 755 000 onces. Or, les résultats du premier trimestre restent inférieurs à la moyenne trimestrielle nécessaire pour atteindre cet objectif, estimée entre 172 000 et 188 750 onces.
Le groupe minier annonce toutefois « des teneurs plus élevées pour plus tard dans l’année, principalement grâce à l’exploitation souterraine ». Il ne précise toutefois pas si cela suffira à redresser la trajectoire et à atteindre les objectifs annuels.
En 2024, la production de Kibali avait déjà reculé de 10 % en raison d’une baisse des teneurs en or, atteignant 688 000 onces. Malgré ce repli, la contribution de la mine au chiffre d’affaires de Barrick avait augmenté de 30 %, à 316 millions de dollars. En tenant compte de la part de 45 % détenue par Barrick, le chiffre d’affaires global de Kibali est estimé à 702,2 millions de dollars.
Cette hausse s’explique par l’envolée des cours de l’or, qui se poursuit. Le 22 avril, le prix de l’once au comptant a franchi pour la première fois la barre des 3 500 dollars, porté par les tensions commerciales sino-américaines et les différends entre le président Donald Trump et la Réserve fédérale (FED). Selon une note publiée fin avril par JP Morgan, le prix de l’or pourrait dépasser les 4 000 dollars l’once en 2026.
Pierre Mukoko
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L’entreprise américaine KoBold Metals, soutenue par des investisseurs comme Bill Gates et Jeff Bezos, passe à l’offensive pour faire accepter l’offre qu’elle a soumise, le 21 janvier 2025, aux autorités de la République démocratique du Congo (RDC) sur le gisement de lithium de Manono, considéré comme ayant « le potentiel de devenir une mine de lithium à grande échelle et de longue durée ». Selon une estimation publiée en janvier 2024, le gisement pourrait héberger 669 millions de tonnes de ressources minérales titrant 1,61 % de lithium.
KoBold a publié une déclaration commune avec l’Australien AVZ Minerals intitulée Développer Manono pour la paix et la prospérité. Dans ce document signé, le 6 mai 2025, par leurs directeurs généraux respectifs, Kurt House (photo) et Nigel Ferguson, les deux entreprises affirment être « parvenues à un consensus sur un cadre commercial permettant le développement rapide du gisement de Manono ».
« Ce cadre prévoit qu’AVZ cède ses intérêts commerciaux dans le gisement de lithium de Manono à KoBold, à une juste valeur », indique la déclaration. Toujours selon le même document, cet accord permettrait à KoBold de mobiliser « rapidement » plus d’un milliard de dollars « pour acheminer le lithium de Manono vers les marchés occidentaux ».
Merci à @SecRubio, @US_SrAdvisorAF & @Presidence_RDC d’avoir ouvert la voie à l’investissement 🇺🇸 @KoBold_Metals & @AvzMinerals ont convenu d’un cadre pour que KoBold achète les intérêts d’AVZ dans le gisement de lithium de Manono. 🇺🇸 & 🇨🇩 seront + sûres, + fortes & + prospères pic.twitter.com/Hj01eCv33w
— KoBold Metals (@KoBold_Metals) May 7, 2025
Sauf que, pour le gouvernement congolais, la compagnie minière australienne n’a plus de droits sur ce gisement. Pour Kinshasa, ces droits ont été perdus après que l’entreprise publique congolaise Cominière a mis fin à son partenariat avec AVZ en 2022. Une décision que conteste AVZ devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale, où elle a déjà obtenu la condamnation de Cominière à verser 39,1 millions d’euros de pénalités pour non-respect d’injonctions. Toutefois, le tribunal arbitral ne s’est pas encore prononcé sur le fond du dossier.
Dans son offre faite en janvier, KoBold propose de mettre fin au contentieux en accordant une « compensation appropriée » à AVZ, en échange de l’abandon de ses prétentions sur Manono à son profit. L’entreprise américaine se dit prête à développer la partie sud du gisement, tandis que la section nord resterait sous le contrôle du groupe chinois Zijin Mining.
Il faut rappeler que Manono Lithium SAS, une coentreprise détenue à 61 % par Zijin (via sa filiale Jinxiang Lithium) et à 39 % par Cominière, a obtenu un permis d’exploitation en septembre 2024 sur une partie du gisement. Manono Lithium SAS prévoit de lancer la production de lithium au premier trimestre 2026.
Une offre pour « la paix et la prospérité »
Jusqu’ici, les autorités congolaises ne se sont pas publiquement exprimées sur l’offre de KoBold. Mais la déclaration conjointe du 6 mai suggère qu’elles n’y ont pas encore donné une suite favorable. « AVZ s’est engagée à proposer au gouvernement congolais une suspension temporaire de la procédure d’arbitrage devant le CIRDI afin de faciliter les discussions », indique le document.
Cette déclaration a tout l’air d’un coup de pression sur Kinshasa. KoBold et AVZ semblent vouloir tirer parti du rapprochement actuel entre les États-Unis et la RDC. Le document mentionne d’ailleurs le gouvernement américain comme partie prenante : « AVZ et KoBold coopèrent avec toutes les parties prenantes, y compris le gouvernement des États-Unis, le gouvernement de la RDC, et le partenaire actuel de développement d’AVZ ».
Les deux entreprises positionnent aussi leur proposition comme une contribution à « la paix et la prospérité », promettant « des milliers d’emplois bien rémunérés pour les Congolais, sur plusieurs décennies ».
Avec la détérioration de la situation sécuritaire à l’est de la RDC, Kinshasa a proposé à l’administration Trump un accord minier en échange de son soutien. Depuis, ce dossier fait l’objet de discussions bilatérales et Washington s’implique activement dans la résolution du conflit.
« Une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo ouvrira la porte à des investissements citoyens américains et occidentaux plus importants, qui créeront un écosystème favorable à des chaînes d’approvisionnement responsables et fiables pour des choses comme les minerais critiques », a déclaré le secrétaire d’État, Marco Rubio, le 25 avril 2025 à Washington, lors de la signature de la « déclaration de principes » pour un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, soutien de la rébellion du M23 qui contrôle plusieurs pans du territoire congolais.
Pierre Mukoko
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Selon Reuters, les prix de la tantalite (principal minerai contenant du tantale) ont augmenté de 25 % depuis le début de l’année. L’agence de presse a rapporté, le 6 mai 2025, que le minerai se négocie actuellement entre 100 et 105 dollars la livre sur le marché spot européen, soit les niveaux les plus élevés depuis avril 2023.
Plus tôt, en février, le fournisseur de données Argus avait réévalué le prix de la tantalite, le situant entre 80 et 88 dollars la livre, soit une hausse d’environ 8 % par rapport à une précédente fourchette de 75 à 81 dollars.
Au cœur de cette dynamique : la réduction de l’offre en provenance de la République démocratique du Congo (RDC). Selon l’USGS (United States Geological Survey), la RDC a été le premier producteur mondial de tantale en 2023, avec plus de 41 % de parts de marché. Mais sa production reste irrégulière, en raison de l’instabilité persistante dans plusieurs zones minières, une situation qui s’est aggravée depuis janvier 2025 avec la progression des rebelles du M23 dans plusieurs villes productrices.
Cette instabilité affecte les chaînes d’approvisionnement, d’autant plus que les consommateurs recherchent désormais des flux traçables et vérifiés, exempts de tout lien avec des groupes armés. « Le conflit qui affecte l’est de la RDC rend difficile l’obtention de tantalite étiquetée légitime. […] Vous pouvez passer une commande de matériel dans une province qui n’est pas touchée par le conflit, et les rebelles prennent le contrôle de la zone dans les deux semaines suivant la signature d’un accord », a commenté un négociant anonyme, cité par Reuters.
L’évolution de la situation sera à surveiller dans les mois à venir. Une stabilisation des zones de production clés pourrait réduire la pression sur l’offre. Tout dépendra cependant de l’issue des négociations de paix entre Kinshasa, les rebelles du M23 et le Rwanda, principal soutien de la rébellion.
Aurel Sèdjro Houenou, Agence Ecofin
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En visite en République démocratique du Congo (RDC), le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot (photo), a affirmé que son pays disposait d’entreprises capables d’apporter leur expertise dans le secteur minier de son ancienne colonie.
« Nous avons une expertise reconnue mondialement à travers des acteurs comme Umicore et John Cockerill, qui ont la capacité de traiter l’ensemble de ces matériaux critiques rares. Et donc, si l’opportunité se fait jour de pouvoir aussi être un partenaire d’investissement, il n’y a pas de raison que nous l’évacuons », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse le 28 avril 2025, après des rencontres avec la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, et le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi.
Umicore met déjà son expertise au service de la Gécamine. En 2024, l’entreprise minière publique a signé un accord avec la société belge, spécialisée notamment dans le recyclage de métaux, pour raffiner les concentrés de germanium issus du site de résidus miniers dénommé Big Hill à Lubumbashi. La Gécamine a annoncé en octobre 2024 les premières exportations vers la Belgique, dans le cadre de son objectif de fournir jusqu’à 30 % de l’approvisionnement mondial en germanium.
Le Royaume de Belgique est aussi une destination privilégiée pour les diamants congolais, notamment grâce à la ville d’Anvers, un centre mondial du commerce du diamant. En 2024, les statistiques publiées par le ministère des Mines montrent que la RDC a exporté 4,1 millions de carats vers la Belgique, pour une valeur de 42,03 millions de dollars. Le royaume représente ainsi 44 % des exportations congolaises de diamants, devancé seulement par les Émirats arabes unis, qui ont importé 4,9 millions de carats pour 44,9 millions de dollars.
Face à la domination chinoise, la RDC souhaite attirer de nouveaux acteurs dans le secteur minier. Des discussions sont déjà en cours avec les États-Unis, à la suite d’une proposition d’échange « minerais contre sécurité » faite par Kinshasa. Depuis lors, Washington est fortement impliqué dans la résolution du conflit à l’est de la RDC.
« La Belgique n’a à aucun moment conçu sa mission, à travers ma présence, dans une démarche visant à vampiriser quelconque ressource de la RDC. Nous sommes évidemment en observation par rapport aux motivations d’autres acteurs internationaux qui peuvent parfois avoir une approche plus transactionnelle de leur diplomatie. Nous sommes ici d’abord et avant tout parce qu’il y a une population qui souffre et des principes de droit international à faire respecter », a commenté Maxime Prévot.
Au sein de l’Union européenne, Bruxelles apparaît aujourd’hui comme le principal allié de Kinshasa dans le cadre du conflit à l’est de la RDC. En représailles, le Rwanda a suspendu ses relations diplomatiques avec le royaume.
Pierre Mukoko
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Le marché du diamant traverse une crise majeure, marquée par une baisse prolongée de la demande, notamment en raison de la montée en puissance des diamants synthétiques. Cette évolution entraine une chute significative des prix. Selon plusieurs sources concordantes, les cours ont reculé de plus de 25 % depuis 2022.
La tendance se reflète dans le prix moyen des exportations de la République démocratique du Congo (RDC). Selon les données officielles, il est passé de 12,5 dollars le carat en 2022 à 9,6 dollars en 2024, soit une baisse de 23,2 %.
Cette conjoncture complique davantage la relance de la Société minière de Bakwanga (Miba), en difficulté depuis plus de vingt ans. La stratégie de redressement s’appuie sur le potentiel du polygone, la concession historique de la Miba, qui recèle encore d’importants gisements de diamants.
Le 8 avril dernier, le directeur général de la Miba, André Kabanda, a présenté quatre compagnies sud-africaines — Bond Equipment, Mining Services, Athur Mining et Consulmet — « intéressées » par une collaboration pour relancer l’activité. Ces entreprises doivent soumettre des offres pour la fourniture d’équipements modernes après avoir visité les infrastructures et les sites miniers. Cependant, la baisse continue des prix pourrait freiner l’enthousiasme des investisseurs.
Conditions d’une relance
Nommé président du conseil d’administration en novembre 2023, Jean-Charles Okoto avait entrepris une tournée en Europe fin 2024 pour attirer de nouveaux partenaires. À cette occasion, ASA Resource, actionnaire à 20 %, s’était engagé à investir 50 millions de dollars dans la relance. Mais à ce jour, il demeure incertain que cette contribution ait été effectivement versée.
Alors que la Miba ambitionnait de produire 12 millions de carats en 2025, ses activités restent suspendues.
La situation de la Miba reflète celle du secteur dans son ensemble. Depuis 2017, la production nationale comptabilisée a chuté de 17,9 millions à 9,2 millions de carats en 2024.
« La relance du secteur passe par des réformes structurelles visant à renforcer la transparence, soutenir l’exploitation artisanale, attirer les investissements industriels et garantir que les richesses diamantifères profitent réellement aux populations locales », estime l’IPIS, organisation de recherche basée à Anvers, dans un rapport publié le 23 avril 2025.
Selon l’USGS, la RDC détient environ 150 millions de carats, soit 9 % des réserves mondiales connues de diamants de qualité industrielle.
Pierre Mukoko
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La société Rome Resources a annoncé, le 24 avril 2025, la préparation de la reprise de ses activités d’exploration sur le projet Bisie North, situé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Ces opérations avaient été discrètement suspendues le 14 mars en raison de la dégradation de la situation sécuritaire.
La compagnie prévoit de lancer ses premiers forages dans les dix prochains jours, avec pour objectif l’identification de gisements d’étain à haute teneur en profondeur. Le coût estimé de cette phase est d’environ 1,6 million de dollars, financé par la trésorerie actuelle de l’entreprise, qui s’élève à 2,7 millions de dollars.
Rome Resources justifie cette décision par le retrait du groupe rebelle M23 de la région et par la reprise des activités d’Alphamin Resources sur la mine voisine de Bisie. Alphamin avait annoncé le 9 avril la relance progressive de sa production, après une suspension similaire intervenue le 13 mars.
#RMR Drilling Restart at Bisie North
— Rome_Resources (@Rome_Resources) April 24, 2025
🔹Mobilisation to site by 1 May, drilling to resume thereafter
🔹M23 rebel withdrawal enables operations restart across region
🎯Fully funded programme targets higher-grade #Tin at depth
🔹Results from MADD024/026 expected within 2 weeks
Le site de Bisie est situé à environ 280 km à l’ouest de Goma, à proximité de Walikale-centre, un important carrefour minier. Entre le 19 mars et le 3 avril 2025, les rebelles du M23 avaient occupé Walikale, avant d’en être délogés par l’armée congolaise. Selon Alphamin, les forces rebelles se seraient repliées vers Nyabiondo et Masisi, à plus de 130 km à l’est du site minier.
Sur le plan politique, les négociations entre le gouvernement congolais et le M23 semblent progresser. Dans un communiqué conjoint du 23 avril, les deux parties ont annoncé leur volonté de conclure une trêve en vue d’un cessez-le-feu effectif.
Par ailleurs, le Département d’État américain a révélé la signature, le 25 avril à Washington, d’une « déclaration de principes » entre les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda, sans en dévoiler les détails.
La perspective d’un apaisement sécuritaire ouvre la voie à une reprise durable des activités minières dans la région. Rome Resources prévoit de publier d’ici fin mai les premières estimations des ressources minérales de ses prospects Mont Agoma et Kalayi, des résultats certainement attendus par le marché.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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Le prix de l’or pourrait franchir la barre des 4000 dollars l’once en 2026, selon une note publiée par JP Morgan le 22 avril 2025. La banque américaine attribue cette prévision à l’augmentation des risques de récession aux États-Unis, dans un contexte de guerre commerciale persistante entre Washington et Pékin.
JP Morgan anticipe un cours moyen de 3675 dollars l’once d’ici le quatrième trimestre 2025, avant une progression au-delà des 4000 dollars au second trimestre 2026. La banque avertit toutefois qu’un dépassement plus rapide de ces seuils est possible si la demande dépasse ses attentes.
Cette envolée des prix intervient alors que la production d’or de la République démocratique du Congo (RDC) affiche une tendance inverse. En 2024, la mine industrielle de Kibali, principal site aurifère du pays, a produit 686 000 onces, soit une baisse de 10 % par rapport aux 763 000 onces de 2023. Il s’agit de son plus faible niveau depuis 2019, année où la production avait atteint le pic de 813 000 onces.
Du côté du secteur artisanal, la situation est encore plus préoccupante. Les exportations officielles ont chuté de 66 % en 2024, passant de 5,18 tonnes à seulement 1,75 tonne. Et 2025 a démarré sous de mauvais auspices. La société publique DRC Gold Trading SA peine à assurer ses opérations en raison des tensions sécuritaires persistantes dans l’est du pays, ce qui favorise la contrebande et réduit les flux légaux.
Demande en hausse
Si cette baisse de production se poursuit, la RDC pourrait ne pas tirer pleinement parti de la hausse des prix de l’or. La réduction de l’offre congolaise pourrait par ailleurs contribuer à soutenir la hausse des cours, le pays étant considérée comme un producteur important sur le marché mondial.
JP Morgan souligne que cette flambée est soutenue par une demande accrue des investisseurs et des banques centrales, estimée à 710 tonnes par trimestre en moyenne cette année.
Le 22 avril, le prix de l’or au comptant a franchi pour la première fois le seuil des 3500 dollars l’once, porté par les inquiétudes liées à la guerre commerciale sino-américaine et les tensions entre le président Donald Trump et la Réserve fédérale (FED). La pression exercée par le président américain pour obtenir une baisse des taux d’intérêt alimente la dynamique haussière du métal précieux.
Historiquement, la valeur de l’or évolue inversement aux taux d’intérêt. La baisse de ces derniers réduit l’attractivité des obligations, renforçant le statut de valeur refuge du métal jaune, surtout en période d’instabilité géopolitique.
Par ailleurs, la dépréciation du dollar face à l’euro, atteignant un plus bas de trois ans, accentue l’attrait de l’or comme actif de protection.
Début avril, Goldman Sachs avait déjà revu à la hausse ses prévisions, anticipant un prix de 3700 dollars l’once d’ici fin 2025, contre 3300 auparavant. La banque évoquait même la possibilité de voir l’or grimper jusqu’à 4500 dollars dans des scénarios extrêmes.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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Alphamin Resources vise désormais une production annuelle de 17 500 tonnes d’étain en 2025 sur sa mine de Bisie, en République démocratique du Congo (RDC), contre 20 000 tonnes initialement prévues. Cela représente une réduction de 14,2 %.
Cette révision est attribuée à une « interruption liée à la situation sécuritaire », a indiqué la société, le 17 avril 2025, dans une communication officielle.
Face à la progression du groupe rebelle M23 et de ses alliés rwandais dans la région, l’entreprise a jugé que la sécurité de ses employés et sous-traitants n’était plus assurée. Elle a donc suspendu temporairement ses opérations le 13 mars dernier.
Cette interruption a entraîné une baisse de 18,4 % de la production au premier trimestre 2025, par rapport au dernier trimestre 2024, passant de 5 237 à 4 270 tonnes.
Malgré un rapprochement des rebelles du site minier depuis la suspension de mars, Alphamin a relancé ses activités le 15 avril. L’entreprise a recommencé à traiter le minerai déjà stocké sur place. Les opérations d’extraction devraient reprendre dans le courant du mois, de manière progressive, avec le retour des employés sur le site. Les prestataires logistiques, notamment chargés du transport du matériel et de l’étain produit, ont également été remobilisés.
La réalisation des nouveaux objectifs de production reste toutefois conditionnée à l’évolution de la situation sécuritaire. Le conflit reste ouvert, bien que des pourparlers de paix aient été engagés à Doha, sous l’égide du Qatar, entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23. À ce stade, aucune avancée significative n’a été rapportée.
Pierre Mukoko
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La société Katamba Mining, filiale du chinois Zijin Mining (70 % des parts), a lancé, le 14 avril 2025, un appel d’offres pour recruter un sous-traitant chargé de la construction et de l’exploitation d’une centrale de concassage. L’objectif est de produire du gravier et du sable nécessaires aux travaux de la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga III, située à plus de 90 km au nord-est de Manono, dans la province du Tanganyika.
Les prestations attendues couvrent l’installation d’infrastructures provisoires, la construction d’un système de production, la mobilisation d’équipements et de personnel, la logistique du site, le transport de matériaux, l’évacuation des déchets, la maintenance, ainsi que la production des rapports techniques. Les entreprises intéressées ont jusqu’au 22 avril pour soumettre leurs candidatures.
Ce projet d’extension intervient quelques mois après la réhabilitation des deux premières phases de cette centrale hydroélectrique construite il y a 97 ans, à l’arrêt depuis 1998. Dans un communiqué publié le 15 décembre 2024, Katamba Mining annonçait avoir investi 80 millions de dollars pour restaurer les anciennes installations et porter leur capacité à 40 MW, soit une augmentation de 30 %.
Cependant, lors d’une visite du site en mars 2025, le président du caucus des députés nationaux du Tanganyika, John Banza Lunda, a déclaré à la presse que seul le premier groupe avait été mis en service, avec une production de 4 mégawatts.
Les détails sur le projet Mpiana Mwanga III restent encore limités. Mais le 13 janvier dernier, à l’issue d’un conseil d’administration de la Congolaise d’exploitation minière (Cominière), second actionnaire de Katamba Mining avec 30 % des parts, son directeur général, Célestin Kibeya Kabemba, a estimé que la nouvelle centrale devrait avoir une capacité avoisinant les 150 MW. À terme, l’ensemble du complexe pourrait donc disposer d’une puissance installée proche de 200 MW.
Approvisionnement énergétique de la mine de Manono
On peut aussi affirmer que les travaux devraient durées, au moins, jusqu’au 31 janvier 2027. En effet, les activités liées à la centrale de concassage devraient, selon l’appel d’offres, s’étendre du 1er mai 2025 au 31 janvier 2027.
« La remise en service de la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga en tant que source d’énergie renouvelable sur site garantit que la mine de Manono, ses installations de transformation et la communauté locale peuvent à nouveau être un centre d’investissement et de développement économique », déclarait James Wang, vice-président de Zijin Mining, lors de la fin des travaux de réhabilitation.
Ces investissements visent donc clairement à sécuriser l’approvisionnement en électricité du site minier de Manono, considéré comme l’un des plus importants gisements de lithium à haute teneur au monde. Zijin Mining prévoit d’y démarrer la production dès le premier trimestre 2026.
La réhabilitation de la Mpiana-Mwanga figurait aussi dans l’étude de faisabilité d’AVZ Minerals, partenaire jusqu’en 2022 de Cominière pour l’exploitation du gisement de Manono. Cette coentreprise, contrôlée par la compagnie australienne, était proche d’obtenir un permis d’exploitation lorsque des tensions sont survenues entre les deux parties. Écartée du projet, AVZ conteste cette décision devant la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya, stagiaire
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Au 16 avril 2025, la Société minière de Bakwanga (MIBA), absent de la liste des exporteurs de diamants en 2024, n’a toujours pas repris ses opérations minières, compromettant ainsi les objectifs de production annoncés par son président du conseil d’administration (PCA), Jean-Charles Okoto, en novembre 2024.
« Nous voulons produire un million de carats par mois en 2025 », déclarait-il alors au quotidien belge L’Écho. Ce qui représente un total annuel de 12 millions de carats. Un objectif particulièrement ambitieux, sachant que la production de la République démocratique du Congo (RDC) s’est élevée à 8,34 millions de carats en 2023, contre 10,78 millions en 2022.
Nommé en novembre 2023, Jean-Charles Okoto s’était rendu en Europe, un an plus tard, à la recherche de « nouveaux partenaires » pour relancer cette entreprise minière publique, en difficulté depuis plus de deux décennies. À cette occasion, ASA Resource, qui détient 20 % des parts de la MIBA, s’était engagée à investir 50 millions de dollars dans le processus de relance.
Fin août 2024, la République démocratique du Congo, actionnaire majoritaire avec 80 % du capital, avait pour sa part adopté un plan minimum de relance de 70 millions de dollars, lors d’un Conseil des ministres.
En visite à Mbuji-Mayi à la fin décembre 2024, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait annoncé qu’une enveloppe de 50 millions de dollars serait prochainement affectée à la relance de la MIBA.
Malgré ces engagements, les fonds semblent faire défaut. Selon un compte rendu publié le 8 avril 2025 par les services du gouvernorat du Kasaï Oriental, à l’issue d’une audience entre le directeur général de la MIBA, André Kabanda Kana, et le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo, les 50 millions de dollars promis par le chef de l’État n’avaient toujours pas été débloqués.
On ignore également si ASA Resource a effectivement versé sa contribution. Quant au plan minimum de relance, l’état d’avancement de sa mise en œuvre n’a pas fait l’objet de communication.
Des sociétés se positionnent
Ce plan, moins ambitieux que les annonces du PCA Jean-Charles Okoto, visait une production de près de 2,5 millions de carats en 2026. Il prévoyait des « mesures urgentes » notamment une restructuration de la dette, un allègement significatif du passif de la MIBA, ainsi que la convocation d’une assemblée générale extraordinaire des actionnaires.
Lors de la même audience, le directeur général de la MIBA a présenté quatre compagnies — installées en Afrique du sud — intéressées par une collaboration en vue de la relance. Il s’agit de Bond Equipment, Mining Services, Athur Mining et Consulmet. Après la visite des infrastructures et des sites miniers, ces entreprises sont appelées à soumettre des offres pour la fourniture d’équipements modernes nécessaires à la reprise des activités.
Outre l’équipement, la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Lubilanji est jugée cruciale pour relancer la production. Un an après la signature de son contrat, l’entreprise tchèque Seko a annoncé, le 24 mars dernier, que les travaux débuteront « sous peu ».
A l’observation, le chemin vers une reprise effective reste long, mais les attentes locales sont immenses. Selon les services de communication du gouvernorat du Kasaï Oriental, la relance de la MIBA est « le vœu de plus d’un Kasaïen ». Les autorités estiment que la reprise des activités de l’ancienne numéro un mondiale du diamant pourrait générer jusqu’à 2 500 emplois.
La MIBA prévoit par ailleurs de diversifier ses activités vers d’autres filières minières, notamment l’or, le nickel et le chrome, et d’étendre ses opérations dans d’autres provinces du Grand Kasaï.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya, stagiaire
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Lors du Conseil des ministres tenu le 11 avril 2025, le gouvernement congolais a adopté un projet de décret portant régime d’attribution des droits pétroliers à la Société nationale des hydrocarbures du Congo (Sonahydroc). Le texte définit les modalités d’attribution directe de ces droits à la société publique, ainsi que le régime juridique et fiscal applicable, dans le respect de la loi du 1er août 2015 régissant le secteur des hydrocarbures.
Ce projet de décret s’inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie de la République démocratique du Congo (RDC) visant à relancer les travaux d’exploration et à dynamiser la production pétrolière. L’objectif affiché est de mieux valoriser le domaine pétrolier national.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, cette stratégie prévoit, « dans l’immédiat », l’attribution à la Sonahydroc des droits pétroliers pour les blocs 1 et 2 du Graben Albertine. Cette attribution se fera sur la base d’un contrat de services.
Le contrat de services est présenté comme plus avantageux qu’un contrat de partage de production. Il offre un régime fiscal plus attrayant et permet d’éviter le versement d’un bonus à la signature.
Par cette démarche, les autorités congolaises espèrent attirer de nouveaux investisseurs étrangers dans le secteur pétrolier. Une fois les droits acquis, la Sonahydroc aura pour mission de valoriser ces blocs, en s’associant à des entreprises locales et internationales.
Depuis juillet 2022, la RDC cherche des partenaires pour exploiter 27 blocs pétroliers. Après un appel d’offres annulé en octobre 2024, le ministre des Hydrocarbures avait annoncé, un mois plus tard, la relance du processus d’attribution des blocs pour le premier trimestre 2025. Aimé Molendo Sakombi précisait cependant que le pays privilégierait désormais les « appels d’offres restreints pour certains blocs stratégiques ».
Mais c’est une tout autre stratégie qui semble mise en œuvre. Selon le compte rendu du Conseil des ministres du 11 avril, cette nouvelle orientation s’inscrit dans le cadre de la lettre de mission de la Première ministre, qui préconise une meilleure organisation de l’attribution des blocs pétroliers et un renforcement du rôle de l’État dans la chaîne de valeur.
Selon la présidence congolaise, les réserves pétrolières réparties sur les 27 blocs explorables du pays seraient estimées à 22 milliards de barils. D’autres sources, plus prudentes, ramènent cette estimation à environ 5 milliards de barils. De son côté, le CIA World Factbook, publication relevant du principal service de renseignement des États-Unis, évalue les réserves prouvées à seulement 180 millions de barils.
Ronsard Luabeya, stagiaire
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Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu Mining (KFM), les deux filiales en République démocratique du Congo (RDC) du groupe chinois China Molybdenum Corporation Limited (CMOC), ont généré en 2024 un chiffre d’affaires de 50,6 milliards de yuans renminbi, soit environ 7,05 milliards de dollars, sur la base du taux de change moyen de l’année. Cette performance représente une hausse de 80,71 % par rapport à 2023, et équivaut à près de 40 % du budget national de la RDC pour 2024.
Dans le détail, CMOC a vendu 689 521 tonnes de cuivre, générant plus de 41,8 milliards de yuans (soit 5,82 milliards de dollars), et 108 892 tonnes de cobalt, pour plus de 5,7 milliards de yuans (environ 1,22 milliard de dollars).
La RDC représente ainsi 77,5 % des minerais directement exploités et commercialisés par le groupe chinois dans le monde. Même si CMOC, via sa filiale suisse IXM, spécialisée dans le négoce de matières premières, commercialise aussi des ressources achetées auprès d'autres producteurs. Le pays a également généré la plus forte marge brute du groupe (47,1 %), malgré l’augmentation des coûts d’exploitation, notamment miniers.
« Au cours du premier semestre 2024, trois lignes de production du projet de minerai mixte de TFM ont atteint leurs objectifs et normes de production. En conséquence, TFM disposait de cinq lignes de production, avec une capacité annuelle de 450 000 tonnes de cuivre. Combinée à la capacité de KFM, estimée à 150 000 tonnes, l’entreprise exploitait six lignes de production en RDC, pour une capacité totale dépassant les 600 000 tonnes par an », expliquent les responsables du groupe.
Cette croissance des performances de la RDC dans les opérations de CMOC intervient dans un contexte de marché contrasté. Si les prix du cuivre sont restés relativement stables en 2024, ceux du cobalt ont enregistré un repli, passant de plus de 28 000 dollars la tonne en janvier 2024 à environ 24 000 dollars en fin d’année, soit une baisse de 26,57 %.
Dans ce contexte, les autorités congolaises ont suspendu temporairement les exportations de cobalt fin février 2025, pour une durée initiale de quatre mois, dans l’objectif de stabiliser les prix sur un marché en situation de surproduction.
Défis réglementaires
Malgré cette suspension, CMOC continue sa production à un rythme soutenu. Au premier trimestre 2025, le groupe a produit 30 414 tonnes de cobalt, soit une hausse de 20,7 % par rapport à la même période en 2024. Il maintient par ailleurs ses prévisions annuelles entre 100 000 et 120 000 tonnes.
Cette stratégie d’accumulation de stocks traduit la confiance du groupe dans une reprise prochaine des exportations et une potentielle remontée des prix. Depuis l’annonce de la suspension, le prix du cobalt a d’ailleurs augmenté de 57 %, selon les données disponibles sur les marchés.
Les filiales congolaises de CMOC représentent désormais plus de 70 % de la production mondiale de cobalt, confirmant le rôle stratégique de la RDC comme acteur clé de la chaîne d’approvisionnement mondiale en métaux critiques pour la transition énergétique. Selon les statistiques nationales, les exportations de TFM et KFM ont représenté environ 60 % des volumes totaux de cobalt exportés par la RDC en 2024, et près de 45 % des exportations de cuivre, générant d’importants revenus pour l’État congolais sous forme de redevances minières et de taxes diverses.
Les perspectives de CMOC en RDC restent favorables, malgré certains défis réglementaires. Le groupe devra toutefois évoluer dans un environnement complexe, marqué par les tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis, l’évolution de la demande mondiale de métaux pour batteries, et les exigences croissantes en matière de traçabilité des chaînes d’approvisionnement.
Sa stratégie de diversification et d’intégration verticale, combinée à des investissements dans des infrastructures durables, pourrait lui permettre de maintenir sa trajectoire de croissance, tout en répondant aux enjeux environnementaux et sociaux liés à l’exploitation minière en Afrique centrale.
Georges Auréole Bamba
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Alphamin Resources a annoncé, le 9 avril 2025, la reprise progressive de ses activités de production sur la mine d’étain de Bisie, située dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC). Dans un communiqué, l’entreprise indique que cette décision fait suite au retrait des « groupes armés » dans la zone.
Il y a quelques jours, les rebelles du M23 et leurs soutiens rwandais se sont déplacés de la cité de Walikale, située à 48 kilomètres de la mine, vers Nyabiondo et Masisi, soit à plus de 130 kilomètres à l’est du site minier.
Estimant que la sécurité de ses employés et sous-traitants n’était plus garantie, Alphamin avait décidé, un mois plus tôt, de suspendre temporairement ses opérations à Bisie. À l’époque, les rebelles se trouvaient à Kashebere, à 172 kilomètres du site.
La reprise des opérations intervient donc alors que les groupes armés sont plus proches de la mine, ce qui suggère que d’autres facteurs ont pu influencer la décision de l’entreprise.
Intérêts américains
On peut désormais affirmer que la relance des activités d’Alphamin à Bisie a été encouragée par le gouvernement américain. « C’était très triste de les voir suspendre leurs opérations… Nous les encourageons définitivement à reprendre leurs opérations », a déclaré Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique du président Donald Trump, lors d’une conférence de presse tenue le 9 avril à Kigali, au Rwanda.
Massad Boulos achevait alors une visite de plusieurs jours dans la région des Grands Lacs. Selon le département d’État américain, cette mission visait à « favoriser les efforts en vue d’une paix durable dans l’est de la RDC » et à « promouvoir les investissements du secteur privé américain dans la région ».
Dans le contexte mondial de compétition pour l’accès aux métaux critiques, la mine d’étain de Bisie, qui a fourni plus de 6 % de l’offre mondiale en 2024, représente un enjeu stratégique pour les intérêts américains. Alphamin Resources, qui exploite ce site, est détenue à 57 % par Denham Capital, un fonds d’investissement fondé en 2004 et basé dans le Massachusetts, aux États-Unis.
Par ailleurs, Gerald Metals, négociant de métaux et matières premières associé, reste jusqu’en 2028 l’acheteur exclusif de la production d’étain de Bisie, conformément à un accord initialement conclu en 2018 et renouvelé en janvier 2024. Fondée en 1962 aux États-Unis, cette entreprise commercialise l’intégralité de la production de Bisie, principalement destinée aux industries de haute technologie.
Marché sous tension
Durant la suspension temporaire de ses opérations en RDC, Alphamin Resources a continué d’alimenter le marché, grâce à une production de 4 270 tonnes enregistrée au premier trimestre 2025. Mais une interruption prolongée aurait risqué de réduire l’offre mondiale d’étain, surtout que les récents tremblements de terre au Myanmar — pays qui fournit environ 10 % de l’offre mondiale d’étain — ont également perturbé la production.
C’est pourquoi la reprise des activités a été saluée par l’Association internationale de l’étain (ITA), qui estime qu’elle devrait permettre d’éviter la forte tension redoutée au deuxième trimestre sur ce marché.
Avec l’annonce de la reprise des activités d’Alphamin Resources en RDC, le cours de la matière première a d’ailleurs reculé : la tonne d’étain s’échangeait à 33 650 dollars à la Bourse de Londres, contre 34 930 dollars lors de l’annonce de la fermeture de la mine de Bisie. La tonne est projetée à 29 550 dollars dans trois mois.
Malgré la suspension de ses activités en mars, l’action d’Alphamin a enregistré une hausse de plus de 27 % depuis le 13 mars, pour clôturer à 0,77 dollar canadien le 9 avril 2025 à la Bourse de Toronto.
Pierre Mukoko et Timothée Manoke, stagiaire
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