L’Union européenne a décidé, le 17 mars 2025, d’ajouter neuf personnes et une entité à la liste des sanctions visant les responsables de l’instabilité en République Démocratique du Congo (RDC). Parmi les nouvelles cibles figurent la raffinerie d’or Gasabo, basée à Kigali, ainsi que Francis Kamanzi, directeur général de l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz (RMB).
Ces sanctions incluent l’interdiction d’entrée et de transit sur le territoire des 27 pays membres de l’UE, l’interdiction de recevoir des fonds en provenance de l’UE ou d’entités qui y sont liées, ainsi que le gel des avoirs financiers et autres ressources économiques.
« Le transit de l’or par la seule raffinerie d’or du Rwanda, Gasabo Gold Refinery, contribue à l’exportation illicite via le Rwanda de l’or extrait illégalement. Gasabo Gold Refinery a donc exploité le conflit armé, l’instabilité ou l’insécurité en RDC, notamment par l’exploitation ou le commerce illicites de ressources naturelles », indique la décision signée par Kaja Kallas, vice-présidente de la Commission européenne.
Selon le même document, Francis Kamanzi « est responsable de l’exploitation du conflit armé, de l’instabilité ou de l’insécurité en RDC, notamment par l’exploitation ou le commerce illicite de ressources naturelles ».
Dans un communiqué publié le 17 mars au soir, le gouvernement congolais s’est félicité de ces nouvelles sanctions européennes, qui font suite à l’annonce du réexamen de l’accord sur les minéraux stratégiques signé en février 2024 entre Kigali et l’UE.
« Le gouvernement de la RDC salue les sanctions imposées par l’UE à l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz ainsi qu’à la raffinerie d’or de Gasabo. Ces sanctions constituent une première étape dans la lutte contre le pillage des ressources minières de la RDC par le Rwanda », indique le ministère de la Communication.
« Sanctions plus robustes »
Plusieurs rapports indépendants estiment que les exportations rwandaises de minéraux sont en réalité des réexportations de ressources extraites en RDC et introduites en contrebande au Rwanda. Alors que le conflit s’intensifie dans l’est de la RDC, Kinshasa appelle à des « sanctions plus robustes » et plaide pour la mise en place d’un embargo sur les minerais extraits illégalement du pays puis exportés par le Rwanda.
Le secteur minier rwandais est devenu un pilier de l’économie nationale ces dernières années. En 2023, les exportations de minéraux ont atteint un niveau record de 1,1 milliard de dollars, dont 883 millions provenant de l’or, représentant environ 70 % des exportations totales du pays. Le secteur contribue également à hauteur de 3 % au PIB national. Le Rwanda revendique même un potentiel minéral estimé à 150 milliards de dollars, que l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz (RMB) est chargé de valoriser.
Outre l’implantation de raffineries pour transformer les minéraux, le Rwanda a annoncé en juillet 2024 un partenariat avec Rio Tinto. Le deuxième plus grand groupe minier au monde en termes de capitalisation boursière chercherait ainsi à exploiter des gisements de minerais 3T (étain, tantale et tungstène) ainsi que de lithium.
Il est encore difficile d’évaluer l’impact de ces sanctions sur le secteur minier rwandais, notamment sur les exportations de 2025 et l’attractivité du pays pour les investisseurs. Toutes les raffineries opérant au Rwanda ne sont pas concernées par ces mesures, et les mécanismes internationaux de traçabilité en place n’ont jusqu’ici pas empêché l’infiltration de minéraux issus du pillage des rebelles en RDC dans la chaîne d’approvisionnement.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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