Plusieurs indicateurs laissent présager une dépréciation du dollar américain en 2025, une monnaie largement utilisée en République démocratique du Congo (RDC). Parmi ces signaux figurent l’évolution du taux de change face à l’euro, la flambée des prix de l’or et certains indicateurs économiques en provenance des États-Unis.
L’or, souvent considéré comme une valeur refuge, a récemment atteint des sommets historiques, frôlant les 3 000 dollars l’once. Cette hausse reflète généralement une perte de confiance des investisseurs envers les actifs libellés en dollars, qui cherchent ainsi à se prémunir contre une éventuelle dépréciation de la monnaie américaine.
Parallèlement, selon les plateformes de change, le dollar a perdu jusqu’à 3,5 % de sa valeur face à l’euro au cours des 30 derniers jours. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs, notamment la qualité de la dette américaine.
Selon le Bureau du budget du Congrès américain (CBO), le déficit public des États-Unis devrait atteindre 1 900 milliards de dollars en 2025, soit 6,2 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau presque deux fois supérieur à la moyenne annuelle des 50 dernières années (3,4 %). Cette situation alimente les interrogations sur la viabilité d’un investissement massif dans le dollar.
En plus, des investisseurs clés de la dette américaine, comme la Chine et le Japon, réduisent progressivement leurs positions. Pékin, engagé dans une guerre commerciale avec Washington, diminue ses achats d’obligations américaines, tandis que Tokyo, premier détenteur étranger de cette dette, en a vendu une partie afin de renforcer ses réserves de change et stabiliser le yen. L’Europe, confrontée à ses propres défis économiques, pourrait également réduire ses investissements en dollars.
91 % des dépôts bancaires de la RDC concernés
Un autre facteur de la baisse attendue du dollar est le recul de la valeur des actions américaines, en particulier dans le secteur technologique. Les attentes élevées autour de l’innovation et de l’intelligence artificielle ont été refroidies par l’émergence d’alternatives chinoises, proposant des outils d’IA à moindre coût. Cette dynamique a contribué à une baisse de 8,7 % de l’indice S&P 500 en un mois.
Enfin, la politique commerciale américaine privilégie une réduction des importations via l’imposition de tarifs douaniers, avec pour objectif de stimuler la réindustrialisation du pays. Stephan Miran, principal conseiller économique du président Donald Trump et partisan de cette approche, estime qu’une dépréciation du dollar rendrait les produits américains plus compétitifs à l’international, favorisant ainsi un excédent commercial.
Si ces tendances se confirment, la RDC pourrait être fortement impactée. Selon la dernière note de conjoncture hebdomadaire de la Banque centrale du Congo (BCC), le dollar représente 91 % des dépôts bancaires dans le pays, soit un total de 14,7 milliards de dollars à fin janvier 2025. Une dépréciation du billet vert pourrait ainsi réduire la valeur de cette épargne. En revanche, elle pourrait aussi entraîner une baisse du coût des importations, faciliter les investissements étrangers non américains et renforcer le rôle du franc congolais.
À ce stade, les autorités congolaises ne se sont pas encore exprimées sur cette évolution possible, qui comporte à la fois des risques et des opportunités pour le pays. L’attention reste pour l’instant tournée vers la crise sécuritaire dans l’est du territoire.
La dollarisation de l’économie congolaise est un phénomène ancien, et le franc congolais peine à retrouver son statut dominant. La BCC maintient ses taux directeurs à 25 % pour la monnaie locale, redoutant qu’une expansion du crédit en francs congolais ne génère une surliquidité et une nouvelle dépréciation de la devise nationale.
Idriss Linge
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