A deux semaines de la fin de l’année 2025, la République démocratique du Congo (RDC) en est encore à tester la nouvelle procédure d’exportation du cobalt prévue dans le cadre du système de quotas. Pour de nombreuses entreprises minières, il apparaît désormais évident qu’elles ne pourront pas utiliser l’ensemble des volumes qui leur ont été attribués pour 2025. Elles s’interrogent dès lors sur le sort des quotas non utilisés.
Selon la décision du 10 octobre 2025 du conseil d’administration de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms), fixant les conditions d’obtention, de répartition et d’exécution des quotas d’exportation du cobalt, « les quotas de base par opérateur ne sont ni transférables, ni reportables dans le temps ». Autrement dit, « tout quota d’exportation mensuel non utilisé au dernier jour du mois en question sera considéré comme perdu et automatiquement réaffecté au quota stratégique annuel de l’Arecoms ».
Le texte prévoit toutefois une exception pour cette année : « Les quotas mensuels par opérateur seront cumulables de manière exceptionnelle jusqu’au 31 décembre 2025 ». En revanche, aucun report d’une année à l’autre n’est envisagé. Si cette règle devait être strictement appliquée, les compagnies incapables d’exporter la totalité de leurs quotas 2025 devraient donc les perdre. Une perspective que la filière juge injuste, estimant que les retards constatés ne sont pas imputables aux opérateurs.
Sollicitée par Bloomberg, l’Arecoms a affirmé : « Les quotas du dernier trimestre ne seront pas perdus par les sociétés minières. Nous examinons toutes les options de mise en œuvre pour limiter les impacts ». L’agence américaine indique également que les autorités auraient autorisé les producteurs à conserver leurs quotas 2025. Cependant, jusqu’à la fin de la semaine dernière, plusieurs acteurs du secteur affirmaient n’avoir reçu aucune notification officielle en ce sens.
Dialogue sollicité
Les exportations de cobalt auraient dû reprendre depuis le 16 octobre, mais elles sont restées bloquées plus d’un mois en raison de l’absence de texte codifiant la nouvelle procédure induite par les directives de l’Arecoms. La note circulaire interministérielle Mines/Finances fixant les dispositions pratiques de l’exportation du cobalt n’a été publiée que le 2 décembre. Selon la Chambre des mines de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), ce document « ne répond pas aux préoccupations soulevées par les exportateurs de cobalt ».
Les autorités ont donc lancé une phase de test, amorcée la semaine dernière, à partir d’« une petite cargaison » de cobalt appartenant à Glencore, propriétaire de Kamoto Copper Company (KCC) et Mutanda Mining (MUMI) dans le Grand Katanga. « Tous les moyens sont déployés pour finaliser la phase de test dans les prochains jours, ce qui marquera la reprise des exportations de cobalt depuis la RDC », a indiqué l’Arecoms à Bloomberg.
Les opérateurs espèrent qu’à l’issue de cette phase, le régulateur acceptera enfin un dialogue pour clarifier les zones d’ombre du nouveau dispositif. Selon nos informations, à la fin de la semaine dernière, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, n’avait toujours pas répondu à la correspondance que la Chambre des mines lui a adressée le 4 décembre, sollicitant une séance de travail dans le cadre du mécanisme de concertation créé en octobre.
Pour le dernier trimestre 2025, l’Arecoms a autorisé l’exportation de 18 125 tonnes de cobalt. CMOC et Glencore concentrent 58 % de ces volumes, avec respectivement 6 500 tonnes et 3 925 tonnes. La production annuelle est attendue à près de 200 000 tonnes.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Dans un communiqué publié le 5 décembre 2025, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a annoncé avoir émis une lettre d’intention à Mota Engil, signalant sa disponibilité à financer « la réhabilitation, l’exploitation et le transfert de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania » en République démocratique du Congo (RDC). Cette démarche suggère que l’entreprise portugaise de construction et de génie civil est pressentie pour décrocher le contrat de concession de cette section du corridor de Lobito, qui relie les régions minières de la RDC au port atlantique de Lobito, en Angola.
Avec Trafigura et Vecturis, Mota-Engil forme le consortium Lobito Atlantic Railway (LAR), titulaire depuis juillet 2022 d’une concession de 30 ans pour l’exploitation et la modernisation de la section angolaise du corridor. Côté congolais, aucune décision d’adjudication n’a cependant encore été rendue publique.
« Ce que nous essayons de faire maintenant, c’est d'activer le début des travaux », a indiqué, le 26 novembre dernier, le vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, lors d’un panel consacré au secteur au Forum Makutano. Il a précisé que les travaux se poursuivent au sein du comité stratégique de suivi du projet, qui regroupe la RDC, les États-Unis et l’Union européenne (UE).
Avec un allié comme les États-Unis, Mota-Engil semble donc bien positionnée dans ce processus. La DFC s’est déclarée prête à mobiliser jusqu’à un milliard de dollars pour financer le projet. La ligne ferroviaire Dilolo–Sakania est appelée à devenir l’axe principal des exportations congolaises vers les États-Unis. L’accord stratégique signé le 4 décembre entre Kinshasa et Washington fixe des objectifs précis : 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises publiques devront transiter par ce corridor au cours des cinq prochaines années.
Retombées économiques
Selon les conclusions des études de faisabilité présentées en septembre par une délégation d’experts de l’Union européenne et des États-Unis, la réhabilitation de la ligne Dilolo–Sakania et son extension vers la frontière zambienne nécessitent un investissement d’environ 1,1 milliard de dollars. Les promesses de financement actuelles dépassent déjà ce montant : en plus du milliard de dollars envisagé par la DFC, la Banque européenne d’investissement est disposée à apporter 500 millions d’euros et la Banque mondiale 500 millions de dollars, a indiqué Jean-Pierre Bemba.
Selon les projections officielles, le corridor doit rendre le port de Lobito plus compétitif que ceux de Durban (Afrique du Sud), Dar es-Salaam (Tanzanie), Beira (Mozambique) ou Walvis Bay (Namibie). À titre de comparaison, il faudra 5 à 8 jours pour acheminer le fret des villes minières de Tenke ou Kolwezi jusqu’au port de Lobito, contre près de 25 jours pour Durban. Cette réduction des délais permettrait, selon le ministre des Transports, de diminuer les coûts logistiques jusqu’à 30 %. Dès la première année d’exploitation, il est prévu un volume d’1 million de tonnes à l’export et de 500 000 tonnes à l’import.
Jean-Pierre Bemba estime également que le corridor pourrait augmenter le PIB de la RDC de 2 à 3 %, grâce aux activités minières, industrielles, agricoles et logistiques qui se développeront le long de la voie ferrée. Il évoque par ailleurs la création d’environ 10 000 emplois directs liés à la réhabilitation et à la modernisation de la ligne côté congolais.
Pierre Mukoko
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Les besoins électriques du projet de manganèse d’Asia Minerals Limited à Luozi, dans le Kongo Central, sont projetés à plus de 300 MW. L’information a été donnée le 26 novembre dernier lors du Forum Makutano par Fely Samuna, directeur général de Kerith Resources, partenaire congolais de la multinationale japonaise.
Selon lui, ces besoins se répartissent en deux volets : environ 120 MW pour la phase d’exploitation minière et près de 200 MW pour la transformation locale du minerai, conformément à la demande du gouvernement visant à accroître la valeur ajoutée et l’emploi dans la région. Cette demande commencera à se matérialiser dans plus de trois ans : « L’exploration va prendre trois ans, le développement de la mine va commencer après », a-t-il précisé, avant d’interroger les autorités sur la capacité du pays à répondre à ces besoins.
Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, a indiqué que la zone concernée par le projet dispose de sites hydroélectriques susceptibles d’alimenter ces activités, notamment celui de Mpioka, sur la rivière Inkisi. Selon le coordonnateur de l’Unité de coordination et de management des projets du ministère de l’Énergie (UCM), Jean-Pierre Mukadi Kalombo, ce site présente un potentiel d’environ 6 000 MW, pouvant contribuer à l’approvisionnement énergétique de Kinshasa — y compris dans le cadre de son extension — ainsi qu’aux besoins croissants du secteur minier. Il a précisé que ce site fera l’objet d’études dès l’année prochaine afin de fournir au gouvernement les éléments techniques nécessaires pour la suite du projet.
Fely Samuna a également soulevé la question de la compétitivité énergétique du pays. Il a rappelé que le partenaire japonais exploite déjà une fonderie, Pertama Ferroalloys, mise en service en 2016 en Malaisie, où l’approvisionnement repose sur un contrat d’achat d’électricité (PPA) à un tarif d’environ 0,04 dollar/kWh. Il a demandé si un tarif inférieur pouvait être envisagé en RDC afin de garantir la compétitivité des opérations locales et déterminer Asia Minerals à transformer le minerai sur place.
En réponse, Bob Mabiala Mvumbi, directeur général de l’Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga (ADPI), s’est dit disposé à ouvrir des discussions en vue de la conclusion d’un futur PPA. « Vous fixerez un prix et on en parlera », a-t-il déclaré, précisant que l’ADPI travaille actuellement sur la question de la demande bancable pour Inga 3, dont la capacité installée devrait varier entre 3 000 et 11 000 MW.
Mais l’équation s’annonce difficile. La Société nationale d’électricité (SNEL), estimant que le tarif moyen de 0,17 dollar/kWh est inférieur au coût de revient, demande actuellement une hausse des prix. À titre de comparaison, les opérateurs de mini-réseaux appliquent actuellement des tarifs allant de 0,25 à 0,70 dollar/kWh.
Timothée Manoke
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Les analystes du groupe financier américain Citigroup prévoient un prix du cuivre supérieur à 13 000 dollars la tonne d’ici le deuxième trimestre 2026. Cette projection, annoncée la semaine dernière, intervient alors que le cours du métal rouge bat des records sur les marchés internationaux, atteignant 11 620 dollars le 5 décembre à la Bourse des métaux de Londres.
Le contrat pour livraison dans trois mois a progressé d’environ 30 % depuis le début de l’année, atteignant des niveaux historiques. Cette hausse est alimentée par des tensions sur l’offre minière, mais aussi par des anticipations liées aux orientations commerciales de l’administration Trump. Selon Citigroup, ces facteurs devraient continuer de soutenir les prix en 2026.
Dans la perspective de droits de douane plus élevés aux États-Unis sur le cuivre raffiné, les négociants accumulent des stocks dans les entrepôts américains. D’après Bloomberg, 60 % des stocks de cuivre détenus dans les entrepôts contrôlés par les bourses mondiales sont désormais concentrés aux États-Unis, principalement dans ceux du Comex. Cette situation pourrait contribuer à tendre davantage le marché, alors même que plusieurs grandes mines connaissent d’importantes perturbations.
Faible croissance de la production minière
En RDC, où Ivanhoe Mines et ses partenaires chinois exploitent l’une des plus grandes mines de cuivre au monde (Kamoa-Kakula), l’incident sismique de mai 2025 a affecté les prévisions de production. Alors que l’entreprise visait initialement au moins 500 000 tonnes de cuivre en 2025, elle n’en attend plus que 420 000 tonnes au maximum, un niveau également anticipé pour 2026. Une remontée à 540 000 tonnes est envisagée en 2027.
En Indonésie, un glissement de terrain survenu à Grasberg — deuxième plus grande mine mondiale — a contraint Freeport McMoRan à suspendre une partie des opérations, entraînant une réduction de 35 % de la production prévue en 2026. Au Chili, des difficultés opérationnelles à la mine de Quebrada Blanca ont également pesé sur les projections.
Fin novembre, J.P. Morgan a ainsi estimé que la croissance de l’offre mondiale resterait faible en 2025, avant de n’atteindre qu’environ 1,4 % en 2026, soit près de 500 000 tonnes de moins que ses prévisions initiales.
« Dans l'ensemble, nous pensons que ces dynamiques uniques, mêlant inventaires disloqués et perturbations aiguës de l’offre minière, installent un cadre résolument haussier pour le cuivre et suffisent à propulser les prix au-delà de 12 000 dollars la tonne au premier semestre 2026 », analyse Gregory Shearer, responsable de la stratégie métaux de base et métaux précieux chez J.P. Morgan.
Risques de pénurie contestés
L’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains n’est toutefois pas garantie. Un apaisement des tensions pourrait relâcher les pressions sur l’approvisionnement. Certains analystes, dont ceux de Benchmark Minerals, s’interrogent sur la réalité des risques de pénurie, jugeant qu’ils pourraient relever davantage de la spéculation.
Pour Goldman Sachs, une véritable pénurie n’est pas attendue avant 2029, et les prix ne devraient pas rester durablement au-dessus de 11 000 dollars la tonne. De son côté, BloombergNEF estime que le marché mondial du cuivre entre dès 2025 dans un déficit structurel, susceptible d’atteindre 19 millions de tonnes d’ici 2050.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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Le 5 décembre 2025, la société publique congolaise Gécamines et le groupe genevois Mercuria Energy Trading ont annoncé la création d’une coentreprise destinée à commercialiser le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques comme le germanium ou le gallium provenant du sous-sol de la République démocratique du Congo (RDC). Cette joint-venture est mise en œuvre avec « le soutien de la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) », indique le communiqué conjoint.
Le même jour, l’agence américaine de financement du développement a dévoilé ses intentions : elle envisage d’entrer directement dans le capital de cette coentreprise. Dans cette perspective, la DFC dit avoir émis une lettre d’intention en vue d’un « investissement en actions » dans la joint-venture Gécamines–Mercuria. Objectif : « sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines en minéraux stratégiques », souligne l’institution.
« Dans le cadre de l’investissement envisagé par la lettre d’intention de la DFC, la coentreprise accordera aux utilisateurs finaux américains un droit de premier refus. Cette disposition garantit aux industries américaines — notamment dans l’énergie, les semi-conducteurs et la défense — un accès sécurisé à des minerais critiques essentiels à la compétitivité économique et à la sécurité nationale », précise le communiqué conjoint.
Intérêt national
Dans l’accord stratégique signé avec la RDC le 4 décembre 2025 à Washington, les États-Unis ont obtenu la priorité sur les ventes de minerais stratégiques congolais. Selon le texte, « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation liés à la participation et aux contrats pour fournir un accès à l’offtake aux personnes américaines et alliées ». Ce dispositif oblige Gécamines, ou toute autre entreprise publique, à proposer en premier lieu leurs volumes commercialisables aux sociétés américaines avant tout autre acheteur, sous réserve de « conditions commerciales comparables » afin de garantir une conformité aux prix internationaux.
Pour l’heure, peu d’informations sont disponibles sur la coentreprise. Mais, selon des sources proches du dossier, Gécamines devrait en détenir le contrôle. Certains la présentent déjà comme sa future filiale spécialisée dans le négoce de minerais, appelée à remplacer la défunte Société zaïroise de commercialisation des minerais (Sozacom), dissoute dans les années 1990.
L’idée de créer cette filiale découle de la volonté de contourner la pratique du prix de transfert utilisée par plusieurs opérateurs miniers dont Gécamines est actionnaire. Cette pratique consiste à vendre la production à bas prix à une société liée, réduisant d’autant les dividendes versés à Gécamines et les recettes minières reversées à l’État.
Selon le communiqué, la coentreprise visera à « sécuriser des prix compétitifs fondés sur des références internationales transparentes ». « Cette collaboration marque une étape charnière dans le parcours de Gécamines pour renforcer son rôle sur le marché mondial des métaux. Cette coentreprise vise à garantir que le cuivre et le cobalt congolais soient échangés avec transparence, équité et en plaçant l’intérêt national au premier plan », a déclaré le président du Conseil d’administration de Gécamines, Guy Robert Lukama.
Mercuria se renforce
Pour atteindre cet objectif, Mercuria apportera son réseau mondial, son expertise en négoce, en logistique, en financement ainsi qu’un soutien opérationnel. Elle assurera également la formation des équipes de Gécamines en gestion des risques, trading et procédures opérationnelles. Par ailleurs, Mercuria accordera à Gécamines des facilités de financement, notamment du préfinancement et des crédits adossés à des contrats d’off-take. Ce mécanisme permettra à Gécamines d’obtenir des liquidités immédiates et d’accélérer la commercialisation de son cuivre et de son cobalt.
Pour Mercuria, l’intérêt est stratégique : ces financements garantissent un accès prioritaire à des volumes de minerais critiques et sécurisent des flux commerciaux durables, renforçant sa présence dans la Copperbelt et son rôle dans la chaîne mondiale des métaux énergétiques. Le groupe genevois avait déjà signé un accord similaire le 30 octobre 2025 avec Eurasian Resources Group (ERG) pour sécuriser son approvisionnement en cuivre de la RDC.
Au-delà de la commercialisation, la collaboration explorera aussi des opportunités d’investissement dans des infrastructures logistiques en RDC, afin de faciliter l’exportation de matières premières stratégiques. Ces investissements visent à renforcer la position du pays sur les marchés mondiaux tout en offrant un potentiel de croissance additionnel à la coentreprise.
Dans le cadre de l’accord stratégique signé avec la RDC, Washington a également promis un appui à la modernisation du corridor Sakania–Lobito. Dans son communiqué, la DFC s’est dite disposée à apporter un financement pouvant atteindre un milliard de dollars pour la réhabilitation et l’exploitation de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania. Ce corridor est appelé à devenir l’axe principal des exportations vers les États-Unis. Des objectifs chiffrés ont été fixés : 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises publiques devront y transiter au cours des cinq prochaines années.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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Le 4 décembre 2025 à Washington, le cadre de coopération triangulaire République démocratique du Congo (RDC)–États-Unis–Rwanda sur les minerais stratégiques a été officiellement mis en place. Paraphé le 7 novembre, le Cadre d’intégration économique régionale (CIER), volet économique de l’accord de paix, a été signé entre Kinshasa et Kigali. Parallèlement, deux accords bilatéraux (Washington–Kinshasa et Washington–Kigali) ont été conclus. Ces deux derniers documents ont été signés en marge de la cérémonie organisée à l’Institut américain pour la paix, qui a réuni les chefs d’État Félix Tshisekedi (RDC), Paul Kagame (Rwanda) et Donald Trump (États-Unis).
Lors d’une conférence de presse donnée par la délégation congolaise à Washington, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a justifié la mise en place de ce cadre triangulaire : « en même temps que la relation entre la RDC et le Rwanda est censée prendre une forme plus paisible, de prospérité partagée, il est également important pour celui qui a été le parrain [de] sécuriser son accès aux métaux critiques ». Et d’ajouter : « le monde, tel qu’il évolue aujourd’hui, se détermine, pour les États qui aspirent à devenir puissance mondiale ou qui veulent demeurer puissance mondiale, par l’accès aux métaux critiques ».
Aujourd’hui gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso — qui a participé aux négociations avec le Rwanda et les États-Unis — indique que le CIER permet que l’accès aux ressources stratégiques dans l’est de la RDC soit désormais négocié directement avec les autorités nationales. Pour cet ancien conseiller économique de Félix Tshisekedi, la guerre qui ravage l’est du pays depuis 30 ans ne serait pas née d’un conflit RDC–Rwanda, mais d’une stratégie occidentale visant à accéder aux minerais du pays en contournant les autorités de l’époque, opposées à la privatisation du secteur.
Pacte minerais contre sécurité
Le CIER vise, selon les mots de Donald Trump, « une nouvelle ère d’harmonie et de coopération » entre Kinshasa et Kigali, en s’attaquant à ce qui alimente le conflit depuis des décennies : l’opacité des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Selon les autorités américaines, cette démarche « libère le vaste potentiel économique de la région des Grands Lacs et crée des opportunités pour le secteur privé américain ». « Il y a une richesse immense dans cette terre magnifique », a déclaré le président américain, promettant d’y envoyer « de grandes entreprises américaines ». « Nous allons extraire certaines des terres rares… et payer. Tout le monde va gagner beaucoup d’argent », a-t-il ajouté.
En discussion depuis plusieurs mois, le pacte « minerais contre sécurité » entre la RDC et les États-Unis a donc été mis en place. Selon les autorités congolaises, deux documents ont été signés : un accord de partenariat stratégique portant sur les questions commerciales et économiques, et un protocole d’accord sur les questions de sécurité et de défense.
« La relation entre le gouvernement américain et le gouvernement congolais a pris une autre dimension… Jusque-là, les relations économiques entre la RDC et les États-Unis étaient régies par un accord de promotion et de protection réciproque des investissements, conclu en 1984. Et aujourd’hui, on est des partenaires stratégiques sur les questions économiques et de commerce, sur les questions de défense et de sécurité, sur les questions de sciences et de technologie, et sur des questions institutionnelles et de gouvernance », résume Daniel Mukoko Samba.
Prémices
De leur côté, les États-Unis et le Rwanda ont signé « l’Accord-cadre pour une prospérité économique partagée ». Selon la presse, ce texte concerne également les minerais stratégiques. En octobre 2025, les États-Unis ont reçu leur première cargaison de concentré de tungstène en provenance du Rwanda, issue de la mine Nyakabingo et traitée en Pennsylvanie, dans le cadre d’un partenariat entre Trinity Metals, le raffineur américain Global Tungsten & Powders et le négociant Traxys.
Dans la perspective d’un renforcement des relations économiques entre Washington et Kinshasa, plusieurs entreprises américaines sont déjà actives en RDC, notamment Kobold Metals (secteur minier) et Starlink (Internet par satellite). Les États-Unis sont par ailleurs impliqués dans le développement du corridor de Lobito, qui ouvre les régions minières du sud-est de la RDC vers l’Atlantique.
Mais pour les autorités congolaises, le cadre de coopération triangulaire RDC–États-Unis–Rwanda ne pourra réellement entrer en vigueur qu’une fois la paix revenue dans l’est du pays. Or celle-ci reste pour l’instant incertaine, malgré la signature de l’accord de paix du 27 juin à Washington. Ces derniers jours encore, de violents affrontements ont été signalés dans le Sud-Kivu, provoquant de nouveaux déplacements de population.
Pierre Mukoko
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L’entreprise américaine Minerals Mining Company (Miminco) a perdu ses deux permis d’exploitation dans le Kasaï pour non-paiement des droits superficiaires. L’information ressort d’une liste d’arrêtés ministériels de déchéance publiée par le Cadastre minier (CAMI) le 2 décembre 2025. Trois autres entreprises figurent également parmi les titulaires ayant perdu leurs droits miniers pour la même raison. Cette mesure s’inscrit dans la politique d’assainissement du domaine minier engagée par les autorités congolaises.
Miminco est connue pour avoir été à l’origine de la saisie, en 2015, d’un Airbus A320 de Congo Airways à Dublin, dans un litige l’opposant à la République démocratique du Congo (RDC). L’entreprise reprochait à l’État de ne pas avoir honoré un accord de compensation financière conclu après une procédure arbitrale. Le dossier trouve son origine dans les occupations de ses concessions diamantifères dans le Kasaï, d’abord à l’époque du Zaïre par des éléments de la Division spéciale présidentielle (DSP), puis par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila. Au terme de la procédure devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), l’État congolais devait verser à cette société, fondée par Dr Ilunga Jean Mukend, un médecin américain d’origine congolaise, près de 13 millions de dollars, en vertu d’un accord transactionnel conclu en 2007.
Selon le registre du Cadastre minier consulté par Bankable, les permis que Miminco vient de perdre avaient été octroyés le 21 novembre 2015, soit après l’épisode de la saisie de l’avion. Ils se situent dans la zone minière du territoire de Kamonia, au Kasaï. Les deux permis d’exploitation déchus couvrent un total de 61 carrés miniers.
Conformément au Code minier, les entreprises visées par les arrêtés de déchéance disposent d’un délai de trente jours, à compter de la notification et de l’affichage de la décision, pour introduire un recours devant les instances compétentes. À défaut, la déchéance est inscrite au registre du CAMI et publiée au Journal officiel, devenant ainsi définitive.
Le 12 septembre dernier, la province du Kasaï avait signé avec le Cadastre minier un protocole d’accord destiné à renforcer l’encadrement et la perception de l’impôt sur la superficie des concessions minières, afin d’accroître les recettes du secteur. Le directeur général du CAMI, Popol Mabolia Yenga, expliquait alors que cet accord prévoyait un accompagnement technique et institutionnel incluant la perception des taxes, le partage des bases de données cadastrales et la formation du personnel provincial.
Timothée Manoke
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Le complexe cuprifère Kamoa-Kakula, situé dans la province du Lualaba en République démocratique du Congo (RDC), ne devrait finalement atteindre le cap symbolique des 500 000 tonnes de cuivre qu’à l’horizon 2027. C’est ce qui ressort des prévisions de production annuelle dévoilées le 3 décembre 2025 par son développeur, Ivanhoe Mines, qui indique poursuivre les travaux de redressement du complexe minier après l’incident sismique survenu en mai.
Depuis sa mise en service en 2021, la production de Kamoa-Kakula connaît une montée en puissance continue, passant de 333 500 tonnes en 2022 — sa première année complète — à un record de 437 061 tonnes en 2024. Ivanhoe Mines espérait prolonger cette dynamique en 2025 grâce à la mise en service d’une troisième usine de traitement, censée porter la production entre 520 000 et 580 000 tonnes de concentrés.
Cet objectif a toutefois été revu à la baisse après l’incident sismique, qui a principalement affecté la mine souterraine de Kakula. La production de Kamoa-Kakula est désormais attendue à 420 000 tonnes au maximum en 2025, un plafond qu’Ivanhoe anticipe également pour 2026, contre une prévision précédente de 600 000 tonnes, avant une remontée à environ 540 000 tonnes en 2027.
Ces projections reposent sur une amélioration progressive des taux d’extraction et de traitement, à mesure de l’avancement des travaux de remise en état de la mine de Kakula. Une actualisation du plan global d’exploitation de Kamoa-Kakula est également en cours.
Plus grande mine de cuivre de la RDC et l’une des plus importantes au monde, Kamoa-Kakula est détenue à 20 % par l’État congolais, tandis qu’Ivanhoe Mines et le chinois Zijin Mining possèdent chacun 39,6 %, et Crystal River Global Limited 0,8 %.
Aurel Sèdjro Houenou, Agence Ecofin
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La demande d’électricité du complexe cuprifère Kamoa-Kakula, situé dans la province du Lualaba et opéré par Kamoa Copper SA, devrait augmenter de manière significative dans les prochaines années. Selon les projections publiées par son développeur Ivanhoe Mines, la demande totale atteindra 347 MW en décembre 2028, contre 208 MW en décembre 2025.
Ces chiffres proviennent d’un tableau de projection interne repris dans le communiqué du 25 novembre 2025 annonçant la mise en service de la turbine n°5 d’Inga II, réhabilitée par la Société nationale d’électricité (Snel) avec l’appui de Kamoa Copper. Ils diffèrent des prévisions qu’Ivanhoe Mines avait présentées en avril dernier.
Selon ce communiqué, le site a commencé à recevoir, le 10 novembre dernier un premier lot de 50 MW en provenance de cette infrastructure d’une capacité installée de 178 MW. Cette puissance doit progressivement augmenter pour atteindre 100 MW dès le premier trimestre 2026, puis environ 150 MW en 2027, à mesure que les optimisations du réseau Inga–Kolwezi seront finalisées.
Offre et demande énergétique du complexe Kamoa-Kakula (2025-2028)

Cet investissement — évalué à 450 millions de dollars — devrait porter à 210 MW la contribution nationale (Snel) à l’alimentation du complexe à fin 2027. Outre cette capacité, Kamoa Copper SA prévoit de maintenir 100 MW d’importations d’électricité, auxquels s’ajouteront 60 MW issus de deux projets solaires en développement sur le site. L’entreprise assure ainsi disposer d’une offre en énergie propre supérieure à ses besoins, consolidant son statut de producteur de cuivre aux émissions de gaz à effet de serre parmi les plus faibles de l’industrie.
Le communiqué n’explique pas en détail ces projections. Mais ces chiffres montrent que le site ne devrait pas atteindre son scénario de production élevé avant 2028. Selon la documentation d’Ivanhoe Mines, ce scénario correspond à une demande énergétique dépassant 300 MW, impliquant le fonctionnement simultané des trois concentrateurs, la montée en régime complète de la fonderie électrique et l’optimisation métallurgique du Projet 95 — soit une production annuelle proche de 550 000 à 600 000 tonnes de concentré de cuivre.
Mise en service de la fonderie
Cela implique que la fonderie électrique, mise en service le 21 novembre dernier après plusieurs reports, ne devrait fonctionner à sa capacité nominale de 500 000 tonnes de concentrés par an qu’à l’approche de 2028.
À la suite de l’activité sismique survenue dans la mine souterraine de Kakula, les prévisions de production et le calendrier de montée en puissance de la fonderie ont depuis été retirés dans l’attente d’une réévaluation. Kamoa Copper SA a depuis abaissé ses prévisions pour 2025 : la production est désormais attendue entre 370 000 et 420 000 tonnes, contre une fourchette initiale de 520 000 à 580 000 tonnes. Mais les prévisions pour les années à venir restent attendues, de même que le calendrier définitif de montée en régime de la fonderie.
La mise en service de la fonderie de Kamoa-Kakula — présentée comme la plus grande et la plus moderne d’Afrique — marque un tournant stratégique pour l’économie congolaise : elle permet au pays de passer de l’exportation du concentré à celle du cuivre métal, augmentant la valeur ajoutée captée localement, les recettes fiscales, le développement industriel et l’influence de la RDC dans la chaîne mondiale du cuivre.
Pierre Mukoko
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Lors d’une réunion de crise à Kolwezi, tenue deux jours après l’accident survenu le 15 novembre 2025 sur le site minier de Kalando, qui a coûté la vie à une quarantaine d’artisans miniers, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a fait une annonce inattendue : « Je peux vous dire officiellement aujourd’hui qu’il y a au moins 64 ZEA (zones d’exploitation artisanale) qui ont été dégagées pour vous ». L’identification de ces ZEA constitue le premier point du plan présenté par le président Félix Tshisekedi lors du Conseil des ministres du 13 juin 2025 pour endiguer, « dans les plus brefs délais », les « effets pervers dénoncés dans l’exploitation artisanale » notamment dans la province du Lualaba.
Parmi les problèmes identifiés par le chef de l’État figure l’envahissement des concessions minières industrielles par les exploitants artisanaux, générant des tensions de cohabitation. Le site de Kalando, où l’accident s’est produit, en est l’un des exemples. Situé à 42 kilomètres au sud-est de Kolwezi, il se trouve sur un permis (PE 2116) appartenant à la société Chemical of Africa (Chemaf), qui affirme l’avoir cédé le 21 juillet dernier à Pajeclem Congo Consulting Sarl. Les exploitants artisanaux n’y accèdent que le week-end, grâce à une autorisation « sociale », une situation propice aux tensions.
Le président Tshisekedi avait demandé que les ZEA identifiées soient « susceptibles de rencontrer les attentes du secteur ». On le saura lors de la divulgation des 64 zones. Selon le ministère, elles ont été déterminées à l’issue d’un travail conjoint avec les services spécialisés (SAEMAPE, Cadastre minier, CEEC) et validées après plusieurs missions techniques de terrain.
EGC au cœur du plan
Le ministre Louis Watum Kabamba a indiqué que les arrêtés instaurant ces ZEA ont déjà été signés. Mais, pour l’heure, on ignore quand ces sites seront effectivement mis à disposition ni quand l’exploitation pourra y démarrer. Celle-ci devrait se dérouler en collaboration avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC), filiale de la Gécamines, qui détient le monopole du négoce de la production artisanale des substances minérales stratégiques comme le cobalt, l’un des minerais les plus présents dans la région.
L’EGC affirme avoir mis en place un modèle permettant d’aligner le secteur artisanal sur les standards internationaux afin de faciliter la commercialisation de sa production. Ce modèle repose sur le déploiement de « zones minières contrôlées, équipées de dispositifs de pesée, de mécanismes de paiement direct et de systèmes numériques de suivi, garantissant que chaque tonne soit traçable du site artisanal jusqu’à l’usine de transformation ».
Pour permettre à l’EGC d’exercer pleinement son monopole sur le négoce artisanal des minerais stratégiques, le président Tshisekedi a demandé l’application stricte de toutes les règles — y compris les sanctions — contre les usines et entités de traitement qui achètent illégalement du cobalt artisanal en contournant le monopole légal de l’EGC. Il a également appelé la Gécamines et sa filiale à renforcer leur collaboration financière. L’EGC a en effet besoin de financements pour proposer aux mineurs artisanaux des prix compétitifs et des paiements au comptant — comme dans les circuits illégaux — afin de capter une part significative de la production.
Dans le but de séduire les investisseurs, l’EGC a présenté à Kolwezi une première production de 1 000 tonnes de cobalt artisanal, qualifiée de « structurée, éthique et traçable ». Un volume qui montre néanmoins que l’essentiel de la production artisanale demeure en dehors du circuit légal. D’ailleurs, malgré l’accident, l’activité artisanale se poursuit à Kalando « au nom de la paix sociale ».
Pierre Mokoko et Ronsard Luabeya
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Rome Resources a annoncé, le 19 novembre 2024, son intention de lever 1,9 million de livres sterling (2,4 millions USD) via un placement d’actions. Les fonds serviront à financer un nouveau programme de forage sur le projet d’étain Bisie North, que la société britannique explore en République démocratique du Congo.
Selon Rome Resources, la campagne visera à tester les cibles prioritaires du site, notamment les zones plus profondes des gisements Kalayi et Mont Agoma. La société estime que ces travaux présentent un potentiel de découverte compris entre 53 000 et 144 000 tonnes de ressources minérales, ce qui permettrait d’accroître ou d’affiner les 10 600 tonnes de ressources inférées déclarées le mois dernier à Bisie North.
« Le conseil d’administration est très encouragé par les fondements techniques établis par la première estimation des ressources minérales, qui met clairement en évidence le potentiel à haute teneur de Kalayi et de Mont Agoma. Nous sommes impatients de tester le potentiel à haute teneur en étain de Kalayi en profondeur, un atout majeur indiqué par la récente estimation des ressources », a déclaré Paul Barrett, directeur général de Rome Resources.
Dans l’attente du financement, la compagnie prévoit de démarrer les forages « dans environ deux semaines ». Les travaux devraient s’étendre sur 3 à 4 mois. Si les objectifs sont atteints, Bisie North pourrait renforcer la production congolaise d’étain, aujourd’hui portée à 99 % par la mine Bisie d’Alphamin Resources.
Aurel Sèdjro Houenou, Agence Ecofin
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Le 13 novembre 2025, l’Entreprise générale du cobalt (EGC), filiale de la Gécamines, a présenté à Kolwezi une production de 1 000 tonnes de cobalt artisanal, qualifiée de « structurée, éthique et traçable ». Pour l’entreprise, l’évènement, baptisé « 1 000 Tonnes d’Avenir », constitue un « signal fort » envoyé aux marchés et aux investisseurs, démontrant que « son cobalt peut être propre, rentable et aligné sur les standards ESG internationaux ».
L’objectif est d’attirer des investissements dans un secteur que l’EGC veut « transformer en une fierté nationale et un actif stratégique sous contrôle congolais », selon son directeur général, Eric Kalala.
La RDC détient environ 72 % des réserves mondiales connues de cobalt et fournit plus de 74 % de la production mondiale de ce minerai critique, essentiel aux batteries et aux véhicules électriques. Selon l’EGC, une part non négligeable de cette production provient de l’exploitation artisanale, un secteur employant entre 1,5 et 2 millions de Congolais, et dont vivent indirectement plus de 10 millions de personnes.
Malgré son importance socio-économique, ce segment reste largement informel, dominé par des intermédiaires souvent illégaux, avec des pratiques d’achat opaques, des prix injustes et des conditions de travail précaires. Fin 2024, le ministère américain du Travail a d’ailleurs inscrit le cobalt congolais sur sa « liste noire » des produits susceptibles d’être issus du travail des enfants.
Pour remédier à ces dérives, l’EGC a été créée en 2019 avec pour mission d’organiser, acheter et commercialiser les minerais stratégiques issus de la production artisanale, en assurant traçabilité, conformité et équité. Elle ambitionne également de renforcer la valeur locale grâce à la transformation semi-industrielle, de professionnaliser les coopératives minières et de garantir des revenus stables et équitables pour les creuseurs.
Besoin de plus de transparence
Pour remplir ce mandat, l’EGC a besoin de financements. Et pour attirer les investisseurs, elle doit aligner le secteur artisanal sur les standards internationaux afin de faciliter la commercialisation de sa production. EGC affirme avoir développé un modèle en ce sens : « L’entreprise déploie des zones minières contrôlées, équipées de dispositifs de pesée, de mécanismes de paiement direct et de systèmes numériques de suivi, garantissant que chaque tonne soit traçable du site artisanal jusqu’à l’usine de transformation », décrit-elle.
Cependant, l’EGC n’a pas précisé les sites exacts d’où proviennent les 1 000 tonnes présentées à Kolwezi. Ces informations sont pourtant essentielles pour rassurer les mineurs industriels susceptibles de racheter cette production, eux qui accusent régulièrement les exploitants artisanaux d’empiéter illégalement sur leurs concessions. Ces intrusions provoquent des tensions récurrentes entre creuseurs et sociétés minières. Selon la Fédération des entreprises du Congo, elles auraient déjà fait perdre près de 3 milliards de dollars à une société minière de la région.
Face à ces enjeux, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, avait annoncé, lors du 47ᵉ Conseil des ministres tenu à Kolwezi le 13 juin 2025, plusieurs mesures, dont l’identification rapide de zones légales dédiées à l’artisanat minier et l’ouverture de discussions avec les entreprises minières, notamment la Gécamines, pour libérer certaines parcelles.
En février 2024, la Gécamines avait déjà mis à disposition de l’EGC cinq sites pilotes autour de Kolwezi afin d’élaborer un schéma directeur visant à transformer progressivement l’ensemble du secteur artisanal. Un programme d’exploration y a été lancé, et en septembre 2024, l’entreprise avait annoncé le démarrage imminent d’un forage ciblé sur l’un de ces sites. Les résultats n’ont toutefois pas encore été rendus publics.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Les services de sécurité déployés à l’aéroport de Bipemba, dans la ville de Mbujimayi, ont intercepté, le 11 novembre 2025, une cargaison de 13 kilogrammes de diamants en partance pour Kinshasa. Selon les services provinciaux d’antifraude et la Division provinciale des mines, cette marchandise ne figurait sur aucun document officiel et n’avait pas été déclarée auprès des institutions compétentes, en violation des règles de traçabilité.
Après la saisie, les pierres ont été présentées au gouverneur intérimaire du Kasaï oriental, Daniel Kazadi Cilumbayi, qui a aussitôt convoqué une réunion de sécurité avec les différents services opérant à l’aéroport — police, Agence nationale de renseignements, Division des mines et services d’antifraude — afin de clarifier les circonstances de cette tentative d’exportation illicite et de renforcer la coordination entre structures de contrôle.
Le gouverneur a salué la vigilance des agents impliqués dans l’opération et réaffirmé la détermination du gouvernement provincial à lutter contre la fraude minière. « Il n’y aura aucune tolérance face à de telles pratiques. La loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur », a-t-il déclaré, estimant que ces actes fragilisent la transparence de la filière et privent la province de recettes importantes.
Pour prévenir de nouveaux cas, Daniel Kazadi a instruit les services concernés de renforcer les contrôles dans tous les points de sortie de la province et insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite entre toutes les institutions engagées dans la lutte contre la fraude.
Selon la cellule de communication du gouvernorat, les diamants interceptés ont été remis au Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC) ainsi qu’à la Division provinciale des mines pour des analyses techniques et une évaluation officielle. Les propriétaires de la cargaison ne se sont pas présentés, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête visant à établir les responsabilités.
Ronsard Luabeya
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La Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC) a annoncé, le mardi 11 novembre, avoir engagé des poursuites devant une cour fédérale contre AVZ Minerals, compagnie minière revendiquant des droits d’exploitation sur le gisement de lithium de Manono, en République démocratique du Congo (RDC).
Le régulateur boursier australien accuse la société et deux de ses dirigeants d’avoir manqué à leurs obligations d’information envers les investisseurs dans le cadre du litige portant sur ce projet minier. AVZ était cotée à la Bourse australienne (ASX) jusqu’en mai 2022, date de sa suspension de cotation, avant d’être radiée en mai 2024.
Par l’intermédiaire de sa filiale Dathcom Mining, la compagnie détenait 75 % d’un permis couvrant une partie du site de Manono — considéré comme le plus grand gisement congolais de lithium —, mais n’a jamais obtenu les droits d’exploitation. Son partenaire dans la coentreprise, la compagnie publique Cominière, a annoncé en octobre 2023 la signature d’un accord en vue d’exploiter une partie du gisement aux côtés du groupe chinois Zijin Mining. AVZ conteste ces développements et a engagé plusieurs procédures internationales pour faire valoir ses droits.
Selon l’ASIC, la compagnie a omis de divulguer des information sur ce conflit juridique pendant près d’un an. Le directeur général d’AVZ, Nigel Ferguson, et le directeur technique, Graeme Johnston, sont également accusés d’avoir manqué à leurs obligations d’administrateurs, en autorisant ou en permettant la publication d’annonces à l’ASX « fausses ou trompeuses ».
« Il était pratiquement impossible pour les investisseurs particuliers de se rendre en Afrique centrale, où la société exerce ses activités. Dans ces circonstances, les investisseurs comptent sur la société pour leur fournir des informations précises et opportunes. Nous alléguons que M. Ferguson et M. Johnston ont omis d’informer les investisseurs des problèmes en cours pendant près de 12 mois », a déclaré Sarah Court, vice-présidente de l’ASIC.
Dans un communiqué publié dans la foulée, AVZ et ses administrateurs ont nié « fermement toutes les allégations d’actes répréhensibles », affirmant qu’ils se défendront vigoureusement devant la justice australienne.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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