Le ministre congolais de l’Industrie et du Développement des PME, Louis Watum Kabamba, a lancé, le 26 mars 2025, les travaux d’aménagement de la Zone économique spéciale (ZES) de Musompo. Située dans la province du Lualaba, riche en cobalt, cette zone, prévue pour s’étendre sur plus de 900 hectares, est dédiée à la production de précurseurs de batteries, de batteries, et potentiellement à l’assemblage de véhicules électriques à partir des matières premières locales.
Kinshasa, Lusaka et plusieurs institutions partenaires ont signé, le 27 mars 2023, un accord-cadre pour la création de ZES destinée à la production de batteries et de véhicules électriques en RDC et en Zambie. Conformément à cet accord, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et Afreximbank devaient diriger la création d’une société chargée du développement et de l’exploitation des ZES, en consortium avec des investisseurs publics et privés des deux pays, ainsi que des partenaires internationaux tels que la plateforme d’investissement FEDA d’Afreximbank.
À ce jour, il n’est toutefois pas confirmé que cette société ait été officiellement créée. Dans le compte rendu publié par les services de communication du gouvernement du Lualaba, la société Arise IIP a été mentionnée comme l’un des partenaires du projet, sans plus de détails. Lors de la signature de l’accord-cadre, ce développeur d’infrastructures panafricain avait été désigné comme consultant technique chargé de mener l’étude de préfaisabilité pour l’établissement des ZES en RDC et en Zambie. Cette étude devait s’achever en août 2023, mais à ce jour, aucune information sur la publication de ses résultats n’est disponible.
Selon les autorités provinciales, les travaux d’aménagement de la ZES de Musompo sont évalués à plus de 200 millions de dollars. La durée du chantier, en revanche, n’a pas encore été communiquée.
Avec les ZES, le gouvernement accorde aux entreprises des facilités destinées à soutenir le développement de leurs activités, telles que des exonérations fiscales et douanières, afin d’attirer des investissements privés. À travers la ZES de Musompo, le ministère de l’Industrie et du Développement des PME espère mobiliser près de 2 milliards de dollars d’investissements dans la production de précurseurs de batteries, de batteries et, potentiellement, dans l’assemblage de véhicules électriques. Selon les projections du ministère, un tel niveau d’investissement pourrait générer environ 25 000 emplois directs et 60 000 emplois indirects.
Cependant, la concrétisation de cette ambition industrielle devra surmonter plusieurs défis, notamment en matière d’infrastructures et d’approvisionnement énergétique. Selon le rapport de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), en 2024, la province du Lualaba disposait d’une puissance installée de 847,2 MW, pour une puissance effectivement disponible non communiquée. En 2023, le taux de disponibilité était de 88,2 %. Le rapport 2023 de l’ARE recense toutefois 17 projets initiés cette année-là, témoignant ainsi des efforts entrepris pour renforcer l’approvisionnement en électricité dans la région.
Boaz Kabeya, stagiaire
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Le chef de division provinciale des Transports, Voies de communication et Désenclavement de la Tshopo, Jean-Marie Olinda Lituambela, a annoncé avoir informé, lors d’une réunion tenue le 24 mars 2025, le commissaire fluvial, les responsables des régies des voies fluviales, la police fluviale, les forces navales ainsi que le président de l’Association des armateurs de la décision de retirer de la circulation, dans les prochains jours à Kisangani, les embarcations en bois de plus de cinq ans, notamment les baleinières.
« La loi sur la navigation fluviale nous dit que lorsqu’une embarcation a duré plus de cinq ans, il faut la déclasser. Les équipes descendront incessamment sur le terrain pour identifier les embarcations, vérifier leur état technique, déterminer leur nombre réel », a précisé Jean-Marie Olinda Lituambela à l’Agence congolaise de presse. Il a ajouté que les propriétaires des embarcations concernées seront ensuite sensibilisés afin qu’ils puissent en construire de nouvelles.
En l’absence d’un tel remplacement, l’offre de transport fluvial, essentielle aux échanges vers ou depuis Kisangani, pourrait être fortement perturbée. Selon une étude de l’anthropologue Peter Lambertz, publiée en 2023, entre 2018 et 2019, le nombre de ces embarcations dans les ports privés de la ville est passé de 66 à 81, appartenant à 56 puis 69 armateurs différents. Ces bateaux, pouvant atteindre 50 mètres de long, relient Kisangani à des localités telles qu’Isangi, Lokutu, Basoko, Opala, et même Mbandaka. Ils transportent du riz, de l’huile de palme, du poisson, du charbon de bois et d’autres produits de première nécessité, assurant ainsi la sécurité alimentaire de la région. Sans eux, de nombreux marchés périodiques — Yafira, Yanonge, Yangambi, etc. — se retrouveraient isolés, privant les populations rurales de débouchés commerciaux.
Comme le souligne l’étude, les barges métalliques modernes, héritées de l’époque coloniale, sont trop coûteuses et mal adaptées aux besoins locaux. Elles servent principalement au transport de marchandises lourdes vers Kinshasa, avec des trajets limités à deux à quatre voyages par an. En outre, elles interdisent officiellement les passagers, contrairement aux baleinières qui leur réservent un étage supérieur.
Boaz Kabeya, stagiaire
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Matadi Gateway Terminal (MGT), filiale d’International Container Terminal Services (ICTSI), qui exploite l’un des deux terminaux à conteneurs du port de Matadi, en République Démocratique du Congo (RDC), a annoncé, le 18 mars dernier, avoir réceptionné un deuxième lot de quatre grues portiques hybrides et automatisées (RTG), portant ainsi à huit le nombre total de ces équipements.
« Avec ces grues supplémentaires, MGT améliorera les délais d’escale des navires et des camions, ce qui se traduira par des services plus rapides et des standards de sécurité renforcés », promet le directeur général de MGT, Timothée Jeannin. Selon lui, ces équipements modernes permettront aussi de réduire les risques de pannes techniques grâce à une répartition plus efficace de la charge de travail, assurant ainsi une exploitation plus fiable et continue.
L’entreprise n’a pas précisé l’ampleur attendue de la réduction des délais. Mais avec trois grues mobiles, elle affirmait déjà pouvoir traiter un porte-conteneurs de 2 500 EVP en moins de 12 heures d’opérations à quai. Selon l’indice international Container Port Performance Index (CPPI) de la Banque mondiale, le port de Matadi a été classé port le plus efficient d’Afrique subsaharienne en 2021 (171e rang mondial sur 370 ports évalués).
En 2023, MGT avait déjà introduit des grues RTG hybrides. Ces équipements, alimentés par une combinaison de batteries et de moteurs diesel, permettent de réduire les émissions de carbone tout en améliorant l’efficacité opérationnelle. L’entreprise prévoit par ailleurs d’élargir sa flotte avec de nouveaux équipements afin de renforcer sa compétitivité à l’échelle régionale.
Dans cette même dynamique, MGT a engagé des travaux d’aménagement visant à améliorer l’accès au port et à fluidifier le transport des marchandises. Il s’agit notamment de la construction d’une route de 2,65 kilomètres reliant le port de Matadi aux principaux axes de transport — un chantier aujourd’hui achevé à moitié —, de l’agrandissement de l’aire de stockage pour accueillir des volumes de fret plus importants, ainsi que de l’extension des parkings.
Le port de Matadi est engagé dans une transformation de ses deux terminaux à conteneurs. Depuis 2019, ICTSI met en œuvre un plan d’investissement de 100 millions de dollars. En janvier 2025, le groupe français Eiffage a décroché un contrat de plus de 100 millions d’euros pour la rénovation et l’extension du second terminal à conteneurs.
Prévu pour démarrer dès 2020, le projet de dragage du chenal du fleuve Congo reste en attente. Ces travaux sont pourtant jugés essentiels pour permettre au port d’accueillir des navires de plus grande capacité et de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des ports concurrents de la région.
Boaz Kabeya stagiaire
C’est désormais officiel : la République Démocratique du Congo (RDC) a décidé d’instaurer des quotas sur la production de cobalt et les stocks accumulés à l’issue des quatre mois de suspension des exportations, décidée en février 2025. L’annonce a été faite par la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, lors du Conseil des ministres du 14 mars 2025.
Selon le compte rendu de cette réunion, ces quotas seront de deux types : l’un appliqué aux exportations et l’autre à la transformation locale du cobalt. Le document ne donne cependant pas plus de détails. On ignore donc les volumes concernés, ainsi que les modalités de mise en œuvre. On sait seulement que « les responsables concernés par ces actions ont été appelés à les implémenter avec célérité et efficacité ».
Par ailleurs, la RDC entend « obtenir la collaboration de l’Indonésie, autre grand producteur de cobalt, afin de mieux contrôler l’offre sur le marché mondial et, par conséquent, son prix ». L’Indonésie, qui détient 9,66 % des parts de marché, est le deuxième producteur mondial de cobalt. À elles deux, la RDC et l’Indonésie contrôlent plus de 85 % de la production mondiale.
Depuis la suspension des exportations de cobalt, les prix ont bondi sur le marché international. La semaine dernière, l’hydroxyde de cobalt a par exemple atteint 10,5 dollars la livre, soit une hausse de 84 %. Cependant, plusieurs experts estiment que cette tendance pourrait s’inverser si la reprise des exportations entraîne un afflux massif de cobalt sur le marché. Le gouvernement congolais affirme d’ailleurs que les nouvelles mesures visent à assurer un « encadrement efficient » de la suspension des exportations.
La réaction du marché et des acteurs locaux du secteur face à ces nouvelles mesures reste attendue. Mais, selon Africa Intelligence, la Fédération des entreprises du Congo (FEC) serait opposée à la suspension des exportations de cobalt. D’après le média français, la Chambre des mines de la FEC a même adressé un courrier au ministre des Mines, Kizito Kapinga Mulume, le 7 mars, dans lequel elle exprime ses griefs.
L’organisation patronale estime notamment que cette décision va à l’encontre des dispositions du Code minier congolais. Selon la FEC, ce texte, qui a une valeur juridique supérieure, garantit aux opérateurs la liberté de commercialiser leurs produits. Elle propose alors la création d’une commission ad hoc public-privé afin de résoudre les problèmes engendrés par cette décision.
Pierre Mukoko
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Pour renforcer la sécurité juridique des investissements et améliorer le climat des affaires en République démocratique du Congo (RDC), l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada) prévoit d’ouvrir un centre d’arbitrage à Kinshasa. L’annonce a été faite le 17 mars 2025 par le secrétaire permanent de l’Ohada, Mayata Ndiaye, lors d’une rencontre avec le vice-Premier ministre en charge du Plan, Guylain Nyembo.
« En ce qui concerne le climat d’investissement, l’échange a porté sur le projet de mise en place d’un bureau du centre d’arbitrage ici à Kinshasa. Nous sommes très heureux d’annoncer son appui pour la réalisation immédiate et urgente de ce projet, qui peut nous être utile non seulement pour les contrats d’investissement, mais aussi pour la gestion des contentieux liés à l’exploitation des ressources naturelles de la RDC », a-t-il déclaré.
L’ouverture de ce centre d’arbitrage a été décidée lors du 57 ᵉ conseil des ministres de l’Ohada, tenu à Dakar en août 2024, en réponse à une sollicitation du président de la RDC lors de la 56 ᵉ réunion.
En RDC, ce centre d’arbitrage devrait offrir aux opérateurs économiques une alternative efficace aux tribunaux étatiques pour la résolution des litiges commerciaux, dans un pays où la sécurité juridique demeure un véritable défi. Pour y remédier, les états généraux de la justice se sont tenus en novembre dernier. À cette occasion, le président de la République, Félix Tshisekedi, s’est engagé à « purger » la justice de tous ses « fléaux ». La mise en œuvre des recommandations issues de ce conclave de dix jours reste toutefois attendue.
En 2021, la RDC a été classée 183 ᵉ sur 190 dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale. Ce classement mesurait la facilité de faire des affaires à travers plusieurs indicateurs, notamment la création d’entreprise, l’accès au crédit, le paiement des taxes et la protection des investisseurs.
Ronsard Luabeya, stagiaire
L’occupation des principales villes du Kivu par les rebelles du M23 et leurs soutiens des forces armées rwandaises a bouleversé le marché brassicole dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), selon des témoignages concordants. Les pénuries et la hausse des prix des bières congolaises favorisent l’essor des produits importés du Rwanda et du Burundi.
À Bukavu, le prix d’une bouteille de bière Brasimba est passé de 3 500 à 8 000 francs congolais (FC), tandis qu’à Kiwanja, une Primus grand format se négocie entre 6 000 et 7 000 FC. À l’inverse, les bières rwandaises et burundaises, notamment Primus Rwanda et Amstel, restent plus abordables, oscillant entre 3 000 et 4 000 FC dans certaines buvettes de la commune de Karisimbi, à Goma.
Face à cette situation, les tenanciers de bars et terrasses s’approvisionnent de plus en plus dans les pays voisins pour maintenir leurs activités. Cette dynamique favorise les brasseries rwandaises et burundaises au détriment de la production locale, dont les capacités ont été fortement réduites par les pillages.
En février 2025, lors de l’entrée des rebelles du M23 à Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, les entrepôts de la Bralima, l’une des principales entreprises brassicoles en RDC, ont été pillés. Ce saccage menace directement l’emploi de plus de 1 000 personnes, incluant les contractants et sous-traitants, qui risquent de perdre leur source de revenus et de se retrouver en difficulté pour subvenir aux besoins de leurs familles.
Ronsard Luabeya, stagiaire
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Le gouvernement envisage la création d’un programme d’accompagnement destiné aux exportateurs et producteurs congolais, a annoncé le 12 mars 2025 le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, sur le réseau social X (anciennement Twitter). Selon lui, ce programme vise à permettre aux exportateurs de mieux tirer parti des accords commerciaux, notamment l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) avec les États-Unis et l’accord commercial récemment signé avec la Chine.
« Nos producteurs et exportateurs congolais ont besoin de financements innovants pour renforcer leur capacité à conquérir ces marchés et ainsi améliorer notre balance commerciale », a déclaré le ministre du Commerce extérieur.
Le gouvernement souhaite associer la banque Equity BCDC, dont il détient 12,17 % des parts, à la mise en œuvre de cette initiative. À cet effet, Julien Paluku a échangé avec Hugues Efole, directeur groupe d’Equity en charge des paiements, des envois de fonds transfrontaliers et de la diaspora.. Il en est ressorti la création d’une commission technique réunissant des experts du ministère du Commerce extérieur et d’Equity BCDC pour concrétiser le projet.
Déjà engagée dans le soutien aux exportateurs, Equity BCDC propose des financements relais et accompagne les coopératives agricoles en finançant la collecte, la transformation et l’exportation, facilitant ainsi leur accès aux marchés internationaux.
En septembre 2024, le gouvernement congolais a adopté une stratégie nationale visant à dynamiser les exportations vers les États-Unis dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Cette stratégie ambitionne de relancer 21 filières hors mines et 5 filières minières, avec pour objectif de faire passer le volume des échanges de 600 millions de dollars en 2021 à une fourchette comprise entre 3 et 5 milliards de dollars d’ici 2030.
Ronsard Luabeya, Stagiaire
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Plusieurs indicateurs laissent présager une dépréciation du dollar américain en 2025, une monnaie largement utilisée en République démocratique du Congo (RDC). Parmi ces signaux figurent l’évolution du taux de change face à l’euro, la flambée des prix de l’or et certains indicateurs économiques en provenance des États-Unis.
L’or, souvent considéré comme une valeur refuge, a récemment atteint des sommets historiques, frôlant les 3 000 dollars l’once. Cette hausse reflète généralement une perte de confiance des investisseurs envers les actifs libellés en dollars, qui cherchent ainsi à se prémunir contre une éventuelle dépréciation de la monnaie américaine.
Parallèlement, selon les plateformes de change, le dollar a perdu jusqu’à 3,5 % de sa valeur face à l’euro au cours des 30 derniers jours. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs, notamment la qualité de la dette américaine.
Selon le Bureau du budget du Congrès américain (CBO), le déficit public des États-Unis devrait atteindre 1 900 milliards de dollars en 2025, soit 6,2 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau presque deux fois supérieur à la moyenne annuelle des 50 dernières années (3,4 %). Cette situation alimente les interrogations sur la viabilité d’un investissement massif dans le dollar.
En plus, des investisseurs clés de la dette américaine, comme la Chine et le Japon, réduisent progressivement leurs positions. Pékin, engagé dans une guerre commerciale avec Washington, diminue ses achats d’obligations américaines, tandis que Tokyo, premier détenteur étranger de cette dette, en a vendu une partie afin de renforcer ses réserves de change et stabiliser le yen. L’Europe, confrontée à ses propres défis économiques, pourrait également réduire ses investissements en dollars.
91 % des dépôts bancaires de la RDC concernés
Un autre facteur de la baisse attendue du dollar est le recul de la valeur des actions américaines, en particulier dans le secteur technologique. Les attentes élevées autour de l’innovation et de l’intelligence artificielle ont été refroidies par l’émergence d’alternatives chinoises, proposant des outils d’IA à moindre coût. Cette dynamique a contribué à une baisse de 8,7 % de l’indice S&P 500 en un mois.
Enfin, la politique commerciale américaine privilégie une réduction des importations via l’imposition de tarifs douaniers, avec pour objectif de stimuler la réindustrialisation du pays. Stephan Miran, principal conseiller économique du président Donald Trump et partisan de cette approche, estime qu’une dépréciation du dollar rendrait les produits américains plus compétitifs à l’international, favorisant ainsi un excédent commercial.
Si ces tendances se confirment, la RDC pourrait être fortement impactée. Selon la dernière note de conjoncture hebdomadaire de la Banque centrale du Congo (BCC), le dollar représente 91 % des dépôts bancaires dans le pays, soit un total de 14,7 milliards de dollars à fin janvier 2025. Une dépréciation du billet vert pourrait ainsi réduire la valeur de cette épargne. En revanche, elle pourrait aussi entraîner une baisse du coût des importations, faciliter les investissements étrangers non américains et renforcer le rôle du franc congolais.
À ce stade, les autorités congolaises ne se sont pas encore exprimées sur cette évolution possible, qui comporte à la fois des risques et des opportunités pour le pays. L’attention reste pour l’instant tournée vers la crise sécuritaire dans l’est du territoire.
La dollarisation de l’économie congolaise est un phénomène ancien, et le franc congolais peine à retrouver son statut dominant. La BCC maintient ses taux directeurs à 25 % pour la monnaie locale, redoutant qu’une expansion du crédit en francs congolais ne génère une surliquidité et une nouvelle dépréciation de la devise nationale.
Idriss Linge
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La République Démocratique du Congo (RDC) et la Chine discutent d’un accord de coopération visant à permettre au pays de produire annuellement 5 millions de poussins de poules à plumes blanches. Cette initiative a été évoquée le 11 mars 2025, lors de la visite d’une délégation chinoise au ministère de la Pêche et de l’Élevage. Concrètement, il est question d’importer de la Chine chaque année de 50 000 couples de reproducteurs parentaux, capables de fournir ces 5 millions de poussins, afin de garantir un approvisionnement en volailles de qualité.
Plus largement, l’objectif est de moderniser la chaîne de valeur avicole en RDC. La coopération sino-congolaise en gestation devrait donc également comprendre un transfert de technologies et une formation des éleveurs congolais. La Chine se dit prête à fournir des manuels techniques, des solutions de gestion intelligente et un appui en sélection génétique pour améliorer la résistance des volailles aux maladies. Chaque année, des experts chinois devraient aussi dispenser deux formations sur site, bénéficiant à 100 éleveurs locaux, afin de moderniser la filière et de renforcer l’autosuffisance alimentaire en RDC.
À ce stade, les discussions portent sur l’élaboration d’un mémorandum d’entente entre les opérateurs chinois et les autorités congolaises. Conduite par le vice-ministre chinois du Commerce extérieur, Zhang Qingwei, la délégation comprenait des représentants de Shandong Guangming Biotech et de Luchuan International Trade, laissant ainsi penser que ces deux entreprises jouent un rôle central dans la mise en place de cet accord de coopération en cours de négociation.
Shandong Guangming Biotech est une entreprise chinoise spécialisée dans l’élevage de poulets de chair. Elle a récemment conclu un partenariat avec Yike Food, un transformateur avicole chinois, en vue de collaborer sur des projets de développement du secteur, notamment à travers la co-application et la mise en œuvre de programmes nationaux et provinciaux de reproduction avicole.
Filière locale non compétitive
De son côté, Shanghai Lusheng International Trade est une société commerciale chinoise spécialisée dans la fabrication et l’exportation de divers produits industriels, notamment des vannes, des tuyaux en acier inoxydable et des accessoires conformes aux normes GB, ASTM, BS, JIS et DIN.
Le 18 octobre 2024, le Conseil des ministres a approuvé un projet pilote visant à relancer la production avicole en RDC. Ce programme, qui devrait être déployé sur huit pôles à travers le pays, ambitionne de structurer les filières avicoles et de renforcer les interactions entre l’aviculture moderne et paysanne afin de garantir la sécurité et la souveraineté alimentaire en matière de produits avicoles, incluant la viande, les œufs et leurs dérivés. On ignore pour l’instant si le projet de coopération s’inscrit dans la perspective de la mise en œuvre de ce programme.
Une chose est sûre, ces discussions interviennent dans un contexte marqué par une hausse des importations de poulet en RDC, notamment en provenance de l’Union européenne (UE). Selon le Département américain de l’Agriculture (USDA), ces importations pourraient atteindre jusqu’à 140 000 tonnes en 2024.
L’attractivité des importations repose sur des prix particulièrement bas. En 2024, le prix FOB de la tonne de viande de poulet européenne destinée à la RDC était inférieur à 1 000 dollars, contre près de 4 000 dollars pour la Guinée et 2 250 dollars pour le Bénin. Cette forte compétitivité des importations met en difficulté les producteurs locaux, d’autant que le coût de production d’un poulet à Kinshasa dépasse souvent 2,3 dollars, soit un niveau supérieur au prix d’importation.
Boaz Kabeya, stagiaire
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Le bouclage du financement de la centrale hydroélectrique Ruzizi III, initialement prévu pour le troisième trimestre 2025, est désormais incertain, selon plusieurs bailleurs de fonds du projet cités par Reuters dans une dépêche publiée le 13 mars.
« Avec la progression du M23 au Sud-Kivu, le site du projet Ruzizi III se retrouve dans la zone de conflit (…) Nous adoptons une approche attentiste pour déterminer la suite du projet (…) Nous coordonnons également étroitement avec nos co-financiers », a déclaré un responsable de la Banque européenne d’investissement (BEI), principal arrangeur du financement.
« Le calendrier de la clôture financière dépendra de l’évolution de la situation », a précisé un porte-parole de l’Agence française de développement (AFD), l’un des bailleurs du projet. Du côté de la banque publique allemande de développement KfW, un autre financeur, on affirme que tout nouvel engagement financier est suspendu, conformément à la décision du gouvernement allemand annoncée le 4 mars dernier.
En maturation depuis au moins 2015, le projet Ruzizi III prévoit une capacité installée de 206 MW, pour un coût estimé à 760 millions de dollars. Ce budget inclut la construction d’une ligne d’évacuation d’énergie de 220 kV jusqu’au poste de dispatching régional de Kamanyola. L’infrastructure doit être développée sur la rivière Ruzizi III, un cours d’eau reliant le lac Kivu au lac Tanganyika, qui matérialise une partie de la frontière entre le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo (RDC).
Cette incertitude repousse indéfiniment le début des travaux de construction de cette infrastructure, initialement prévus pour le quatrième trimestre 2025. L’électricité produite devait être répartie équitablement entre le Rwanda, le Burundi et la RDC, bénéficiant à environ 30 millions de personnes.
Une participation de 30 % est d’ailleurs réservée à ces trois pays dans la société de projet Ruzizi III Energy Ltd, aux côtés des partenaires privés, dont SN Power, désormais filiale de TotalEnergies, et Industrial Promotion Services (IPS), basé à Nairobi. Le montage financier prévoit que les bailleurs de fonds (AFD, BAD, BEI, BM, KfW et UE) accordent aux États contractants des dons et prêts concessionnels, qui sont ensuite rétrocédés à la société de projet pour financer la construction de la centrale et de ses infrastructures associées.
Le Burundi, la RDC et le Rwanda font encore face à d’importants défis énergétiques. Selon la Banque mondiale, leurs taux d’accès à l’électricité sont estimés respectivement à 10 %, 21,5 % et 50,6 %. La centrale Ruzizi III permettrait de presque doubler la capacité actuelle du Burundi, d’augmenter de 30 % la capacité installée du Rwanda et d’améliorer l’accès à une énergie fiable pour l’est de la RDC.
Pierre Mukoko
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Après plusieurs jours de tractations, la société égyptienne Safrimex, chargée de la réhabilitation des voiries urbaines dans plusieurs provinces de la République Démocratique du Congo (RDC), a obtenu des assurances quant au règlement de ses factures. Le ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP) a saisi son collègue du Budget pour faciliter le paiement des sommes dues, a indiqué, le 12 mars 2025, le directeur général adjoint de l’Office de voirie et drainage (OVD), Venant Burume Muhigirwa, lors d’une rencontre avec le gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbuebua Kapo. Ce dernier s’est rendu à Mbujimayi pour inspecter les travaux en cours, notamment ceux liés à la modernisation de la voirie et à la lutte contre l’érosion.
Cette avancée fait suite aux discussions engagées entre Safrimex et l’OVD à Kinshasa, visant à trouver une solution aux difficultés financières ayant entraîné des menaces d’interruption des travaux.
Le 8 mars, le directeur provincial de Safrimex, Rida Mroue, avait confié au gouverneur du Kasaï-Oriental que les tensions de trésorerie empêchaient l’entreprise de poursuivre ses chantiers à Mbujimayi. « Effectivement, l’entreprise rencontre quelques difficultés de trésorerie en cette période de guerre. Elle a sollicité certains paiements auprès du ministère des Finances afin d’alléger sa situation et de pouvoir poursuivre les travaux », a déclaré le directeur provincial de l’OVD, Trésor Kashala, à l’issue de la réunion.
Cette situation a également suscité l’intervention du député national Tobi Kayumbi, qui a adressé, le 11 mars, une question écrite au ministre des Finances sur le taux d’exécution financière des travaux de voirie et de lutte antiérosive à Mbujimayi.
Présente en RDC depuis 2022, Safrimex, filiale du groupe Socimex, mène plusieurs projets d’infrastructures routières dans le cadre du programme « Tshilejelu », doté d’un budget de 138 millions USD pour la construction de 142 km de routes.
À Mbujimayi, l’entreprise est engagée sur 25,32 km de voirie, en complément d’autres chantiers situés à Kinshasa (72 km), Kabinda (10,5 km), Lusambo (10 km), Kananga (35 km), Mwene-Ditu (5,5 km) et Tshikapa (15,39 km). En novembre 2024, l’OVD estimait que le taux d’exécution des travaux au Kasaï-Oriental atteignait 30 %.
Ronsard Luabeya, stagiaire
Dans la Zone économique spéciale (ZES) de Maluku, située à environ 70 km au nord-est de Kinshasa, en République Démocratique du Congo (RDC), Saphire Ceramics devient la première entreprise à exporter ses produits. Spécialisée dans la production de carreaux et de faïences, cette société à capitaux chinois a expédié plus de 300 000 m² de marchandises vers le Congo-Brazzaville début mars 2025, a annoncé, le 7 mars dernier, le ministère de l’Industrie et du Développement des PME.
Première usine de ce type en RDC, Saphire Ceramics a lancé sa production en 2023 et affiche une capacité de 70 000 m² par jour.
En octobre 2024, une dizaine d’entreprises avaient signé des conventions d’occupation avec l’Agence des zones économiques spéciales (AZES) pour s’installer dans la ZES de Maluku. Parmi elles figure Varun Beverages RDC, qui a inauguré son usine la même année et lancé la production de boissons destinées au marché de Kinshasa.
Parmi les entreprises ayant signé des conventions d’occupation avec l’Agence des zones économiques spéciales (AZES) figurent aussi Sopaco, une société à capitaux libanais spécialisée dans la transformation de produits agricoles ; K Timber, active dans le secteur du bois ; Eben Ezer International, impliquée dans diverses activités industrielles, dont la production de papier ; Hema Beverage, opérant dans le secteur des boissons, ainsi que Refriango, une entreprise évoluant dans les domaines des boissons et de l’agroalimentaire.
En octobre 2024, trois entreprises suisses Seprinto, Ineos et Jtix ont également manifesté leur intérêt pour s’implanter dans la ZES de Maluku. Leurs projets portent principalement sur des innovations technologiques, notamment la sécurisation des documents, la gestion des bases de données et le développement de logiciels spécialisés. À ce jour, aucune information n’a été communiquée sur l’état d’avancement de leur implantation.
Le gouvernement encourage les investissements dans la ZES de Maluku en accordant aux entreprises des exonérations fiscales et douanières sur une période de 5 à 10 ans. Ce dispositif vise à réduire les coûts d’exploitation et à améliorer le climat des affaires, dans l’optique d’accélérer la transformation économique du pays.
Projet pilote, la ZES de Maluku sert de modèle pour la création d’autres zones économiques spéciales à travers le pays. Toutefois, ces initiatives doivent faire face à un défi majeur : le déficit d’électricité, qui reste un frein au développement industriel en RDC.
Ronsard Luabeya, stagiaire
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Le secteur privé congolais a capté plus de 2,044 milliards de dollars de contrats en sous-traitance en 2024, selon le rapport partiel que vient de publier l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) en République Démocratique du Congo. Ce document recense 1 282 contrats signés avec 797 sous-traitants.
Le secteur minier se taille la part du lion, avec plus de 2,016 milliards de dollars, soit 98 % du montant global. Parmi les principaux donneurs d’ordre figurent les entreprises minières telles que Tenke Fungurume Mining, Kipushi Corporation (KICO), CMOC Kisanfu, Kamoto Copper Compagnie (KCC), Metalkol, Sicomines ou Ruashi Mining.
En dehors du secteur minier, les autres domaines d’activité en RDC peinent à tirer leur épingle du jeu dans la sous-traitance. Les télécommunications arrivent loin derrière en deuxième position, avec environ 19 millions de dollars de contrats attribués par quatre sociétés (Huawei, Orange RDC, Helios Towers Congo et Liquid Intelligence Technologies).
Encore loin des objectifs
La cimenterie suit avec 6,8 millions de marchés attribué par Carrière du Lualaba (Carrilu), PPC Barnet et la Grande Cimenterie du Katanga (GCK). Enfin, l’agroalimentaire, pourtant essentiel à la consommation locale, reste marginal avec seulement 1,4 million de dollars de contrats signés par Brasimba, Marsavco, ELS et Biso Na Biso.
Selon les conclusions d’une mission de l’ARSP réalisée en 2023, la RDC perd près de 8 milliards de dollars chaque année en raison de pratiques irrégulières dans la sous-traitance. Face à ce constat, le gouvernement avait fixé un objectif ambitieux : atteindre entre 50 000 et 60 000 sociétés de sous-traitance à capitaux majoritairement congolais d’ici fin 2023.
Mais selon le rapport partiel des contrats de sous-traitance pour 2024, la réalité est bien différente, avec seulement 797 sociétés répertoriées à ce jour. L’écart entre l’objectif initial et les résultats actuels met en évidence les défis que le pays doit encore relever pour développer efficacement la sous-traitance locale.
Ronsard Luabeya, stagiaire
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Dans un communiqué publié le 6 mars 2025, la Fédération des entreprises du Congo (FEC), par la voix de son président national, Robert Malumba Kalombo, alerte sur les « pertes considérables » subies par les opérateurs économiques dans le Nord et Sud-Kivu depuis l’offensive des rebelles du M23, appuyés par des troupes rwandaises. Ces pertes, bien que non encore quantifiées, affectent l’activité économique à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).
L’organisation patronale dénonce « de nombreux actes de destruction, de pillage et de violence subis par ses membres ». Selon les rapports transmis par ses adhérents, ces exactions ont engendré des conséquences majeures sur les entreprises locales. « Elles se traduisent par la dégradation des infrastructures, la disparition de documents et d’équipements, ainsi que des atteintes aux biens et aux personnes, y compris aux employés », précise le communiqué.
L’organisation patronale cite notamment les cas de Bralima S.A. et CJX Minerals Sarl, deux entreprises victimes d’actes de vandalisme à Bukavu. Le 20 février dernier, plus de dix tonnes de minerais 3T ont été pillées dans les installations de CJX Minerals, selon les organisations du groupe thématique Mines et Hydrocarbures de la société civile du Sud-Kivu. Dans une mise au point, ces organisations ont alerté les acheteurs régionaux et internationaux afin d’empêcher la commercialisation de ces minerais issus du pillage.
Par ailleurs, la FEC souligne que plusieurs entreprises font face à des entraves à la libre circulation de leur personnel, de leurs biens et de leurs services. Elle met en garde contre des restrictions qui, selon elle, « perturbent gravement les activités économiques à différentes échelles : locale, provinciale, interprovinciale, nationale et même régionale ».
Ronsard Luabeya, stagiaire
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