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En 2025, le développement du complexe cuprifère de Kamoa-Kakula, le plus grand de la République démocratique du Congo (RDC), a été marqué par deux événements majeurs : l’incident sismique et l’entrée en service de sa nouvelle fonderie, d’une capacité nominale de 500 000 tonnes de concentrés par an. Dans cet entretien exclusif, le président du conseil d’administration de Kamoa Copper, coentreprise propriétaire du complexe, revient sur leurs conséquences pour le projet, le secteur minier, l’économie du pays et la dynamique mondiale de l’offre de cuivre. À la tête d’une société qui compte parmi ses actionnaires le groupe chinois Zijin Mining (39,6% des parts), Olivier Binyingo se prononce également sur le partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, visant notamment à favoriser l’investissement américain dans le secteur minier congolais. Par ailleurs vice-président chargé des affaires publiques chez Ivanhoe Mines, opérateur de Kamoa-Kakula, il évoque aussi les besoins du projet en électricité, le corridor de Lobito ou encore les relations avec les communautés riveraines.

Bankable : Les premières anodes de cuivre ont commencé à sortir de la nouvelle fonderie de Kamoa Copper, mise en service en novembre 2025. Cette fonderie est présentée comme la plus grande et la plus verte du continent. Pourquoi ?

Olivier Binyingo : Parce que c’est factuel (sourire…). C’est la plus grande fonderie de cuivre en Afrique, et la plus grande en son genre dans le monde. Il n’y a que quatre fonderies de ce type dans le monde. Celle-ci est la dernière, et la plus grande. C’est un investissement très important pour la RDC et pour l’Afrique : on parle de plus ou moins 1,3 milliard de dollars.

Et elle est plus verte pour plusieurs raisons. D’abord, la technologie. Comme c’est la plus récente, on a pu bénéficier des dernières avancées, notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette technologie permet de capter plus de 99 % des émissions de dioxyde de soufre qui seraient sinon émises dans l’atmosphère.

Ensuite, l’énergie. Une fonderie consomme beaucoup d’électricité, même si elle en autogénère une partie. La chaleur générée produit environ 8 MW, réutilisés pour le fonctionnement. Mais la fonderie consomme autour de 70 MW : le reste est alimenté par de l’énergie verte grâce aux travail réalisé avec la SNEL (Société nationale d’électricité) permet d’alimenter la fonderie en hydroélectricité.

Dernier point, plus indirect : la mise en service de la fonderie— surtout avec une montée en puissance plus rapide que ce qu’on avait nous-mêmes espéré — réduit fortement les volumes transportés. Avant, on exportait du concentré ; aujourd’hui, on est sur des anodes. Les volumes sont plus ou moins divisés par deux : moins de camions, donc moins d’émissions dans la chaîne logistique. Voilà pourquoi elle est verte : par la technologie, par l’énergie, et aussi par les effets sur la logistique.

Bankable : Cet investissement permet de passer d’une production de cuivre en concentré à grande échelle à une production d’anodes de cuivre. Très concrètement, qu’est-ce que cela change pour Kamoa Copper, pour l’État et pour les populations locales ?

OB : Au-delà des effets environnementaux, transporter la moitié des volumes, c’est aussi un gain sur les coûts logistiques, qui pèsent dans les coûts opérationnels. Si on utilisait les mêmes modes de transport qu’avant — en mettant de côté l’impact de Lobito — ces coûts seraient plus ou moins divisés par deux.

La politique d’industrialisation de la RDC est confrontée à des défis, mais on a démontré qu’il est, malgré tout, possible de réaliser une infrastructure de cette envergure. En quelque sorte, la fonderie est devenue un ambassadeur de cette politique.

Sur le plan social, la fonderie crée environ 1 000 emplois, dédiés à cette unité. Ce sont des emplois spécialisés, parce qu’on est sur une technologie de pointe. Il a fallu former les employés : certains ont été formés à l’étranger, en Chine et y compris en Zambie, où l’une des fonderies utilisant la même technologie est basée. Il y a donc création d’emplois, mais aussi montée en compétences.

Et pour le pays, la fonderie s’inscrit dans la logique de créer plus de valeur ajoutée localement, plutôt que d’exporter des produits à moindre valeur. La politique d’industrialisation de la RDC est confrontée à des défis, mais on a démontré qu’il est, malgré tout, possible de réaliser une infrastructure de cette envergure. En quelque sorte, la fonderie est devenue un ambassadeur de cette politique.

Bankable : Comme vous le dites, avec cette fonderie, vous répondez à la volonté de l’État d’accroître la transformation locale. Mais l’intégralité de la production de ce four est déjà couverte, pour une certaine durée, par des accords d’achat conclus pour l’essentiel avec des entités liées. Pourquoi ce choix ? Est-ce que cela a été fait aux conditions les plus compétitives et dans la plus grande transparence, comme le souhaite l’État ?

OB : Avoir des contrats d’achat bien établis, sur une durée plus ou moins longue, est une pratique standard pour un projet de l’envergure de Kamoa-Kakula. Ces contrats contribuent au financement, non seulement de la fonderie, mais aussi des développements futurs.

Dans la sélection des acheteurs, il y a un processus d’appels d’offres pour identifier ceux qui sont intéressés et capables d’absorber des volumes importants. La mise en concurrence permet d’obtenir des prix compétitifs au bénéfice du projet.

Le gouvernement est actionnaire à 20 % de Kamoa Copper et a été associé au processus de sélection des acheteurs, du début à la fin. Ses intérêts sont alignés avec ceux de Kamoa Copper : obtenir les meilleurs prix et les meilleures conditions, avec une garantie supplémentaire de transparence.

Bankable : L’État souhaite par ailleurs un engagement plus important en matière de contenu local, notamment de sous-traitance. Quelle est, à ce jour, la contribution de Kamoa Copper en la matière, et pensez-vous pouvoir aller plus loin ?

OB : Il faut toujours avoir l’ambition d’aller plus loin. Il y a plusieurs volets. Le premier, c’est la conformité : la loi sur la sous-traitance oblige les sociétés minières à recourir à des entreprises dont au moins 51 % du capital est congolais. Kamoa Copper s’y conforme et travaille avec des sociétés enregistrées et certifiées par l’ARSP (Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé).

Depuis le début des opérations de production, on a dépensé plus ou moins 8,3 milliards de dollars auprès des fournisseurs locaux.

Ensuite, quand on passe de la fourniture de services à la fourniture de biens, aujourd’hui, plus ou moins 70 % des biens achetés par le projet Kamoa-Kakula le sont auprès de sociétés congolaises. Mais, comme il faut toujours aller plus loin (sourire…) et parce que certaines PME ont besoin d’accompagnement pour accéder aux marchés, se structurer et grandir avec les projets miniers, nous offrons un appui, par exemple pour l’obtention de financements, et du mentorat pour aider ces entreprises à répondre aux besoins du projet. Il y a aussi une facilitation pour créer des coentreprises : des sociétés internationales sont mises en relation avec des PME locales, afin de transférer de l’expertise et renforcer leurs capacités.

Enfin, sur l’impact communautaire, Kamoa a investi, même avant le début de la production en 2021, dans des entreprises détenues à 100 % par des membres des communautés voisines, avec un apport en financement et en savoir-faire. Kamoa a été leur premier client. Certaines existent depuis bientôt dix ans : elles ont grandi et diversifié leurs clients. C’est ce tissu économique qu’on veut renforcer autour du projet.

Bankable : Alors, l’enveloppe consentie à la sous-traitance est de quel ordre de grandeur ?

OB : Depuis le début des opérations de production, on a dépensé plus ou moins 8,3 milliards de dollars auprès des fournisseurs locaux.

Bankable : Malgré votre engagement social, les défis ne manquent pas. Une manifestation des populations locales sur l’une des routes menant à vos installations a perturbé l’activité le 21 avril 2025. Comment éviter ce type d’incident ?

OB : Des défis, il y en aura toujours. Les marches d’avril de l’année passée s’inscrivent dans un contexte spécifique, mais il est vrai que tout projet industriel qui s’installe dans une zone sans tradition de développement industriel peut générer des perturbations. Il faut donc un dialogue continu avec les communautés qui sont affectées, positivement ou négativement, en amont et tout au long de la vie du projet.

1 artisanat

Outre les enjeux liés à l’artisanat minier, l’écosystème entourant les sites d’exploitation est sujet à des stratégies d’acteurs variés. Ces derniers, parfois extérieurs à la zone d'influence directe, cherchent à s'intégrer dans les circuits de bénéfices générés par l'activité minière.

Nous avons développé de très bonnes relations avec les communautés voisines, mais il peut y avoir des moments de tension à gérer. Avril 2025 a été l’un de ces moments. Depuis, on a répondu aux questions principales soulevés par les communautés et les autorités provinciales. Le dialogue a été rétabli, et la situation est plus apaisée.

Bankable : Si nos informations sont exactes, pour financer cette fonderie qui a nécessité un investissement de 1,1 milliard de dollars, vous auriez eu en partie recours au financement bancaire. Quelle a été la contribution du secteur bancaire local, et singulièrement d’une institution comme Rawbank, qui a souvent accompagné le projet Kamoa-Kakula ?

OB : Il n’y a pas eu de financement spécifiquement dédié à la fonderie. Mais le projet, dans son ensemble, a bénéficié de financements externes. Une partie a été couverte par les flux de trésorerie internes, les apports des actionnaires et certains contrats d’achat. C’était l’objectif en décidant de construire le projet en plusieurs phases.

Sur les institutions financières nationales, il y en a plusieurs. Rawbank a été parmi les premières à accompagner le projet, mais depuis, la plupart des banques d’envergure en RDC ont été impliquées d’une manière ou d’une autre.

Nous avons un partenariat de longue date avec la SNEL (…). Au total, cela fait 256 MW injectés grâce à notre financement.

Des projets de cette taille permettent aussi au secteur bancaire local de s’épanouir et de se professionnaliser. Il y a un mouvement dans les deux sens : nous avons besoin de financements, et ces projets permettent aux banques de grandir.

Bankable : Avec le développement du projet, vos besoins en électricité ne cessent de croître et sont projetés à 347 MW d’ici fin 2028. Selon vos projections, vous disposez d’une offre suffisante pour les couvrir avec de l’énergie propre, notamment grâce à un investissement de 450 millions de dollars dans la réhabilitation de la 5ᵉ turbine d’Inga II et des réseaux associés. D’autres projets similaires avec la SNEL sont-ils prévus ?

OB : Nos besoins en électricité sont très importants, et ils vont encore augmenter avec les prochaines phases.

Nous avons un partenariat de longue date avec la SNEL, commencé avec la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Mwadingusha en 2021, qui a permis une injection de 78 MW sur le réseau national. L’étape la plus récente, c’est le G5 à Inga II, mis en service au dernier trimestre de l’année passée, pour une capacité de 178 MW. Au total, cela fait 256 MW injectés grâce à notre financement.

Mais le projet n’est pas totalement achevé, parce que la capacité de transmission entre Inga et le Grand Katanga ne permet pas encore de transférer toute la production vers le Katanga. Nous continuons donc à travailler sur la transmission.

D’autres projets à venir ? C’est tout à fait possible. La SNEL a un patrimoine immense et d'énormes besoins d'investissements, et comme notre partenariat se passe très bien, la porte reste ouverte. Mais pour l'instant, on se concentre vraiment sur la finalisation du volet transmission du G5 avant de concrétiser quoi que ce soit d’autre.

Bankable : Vous envisagez également d’installer une capacité solaire de 120 MW en continu. Deux projets de 30 MW chacun sont déjà en cours. À quelle échéance espérez-vous atteindre cet objectif ? Et sera-t-il réalisé selon le même modèle que les projets en cours ?

OB : Les deux projets de 30 MW avec des producteurs indépendants devraient être mis en service au deuxième trimestre de cette année. Pour la suite, on peut répliquer le même modèle : il est maintenant rodé, et cela devrait permettre d’aller plus vite.

La deuxième phase est en cours : les fournisseurs ont été identifiés et les négociations ont débuté. Si tout va bien, en 2027, on devrait atteindre les 120 MW. Dès que les préalables seront finalisés, on annoncera un calendrier plus précis.

Bankable : En mai dernier, une activité sismique s’est produite sur le complexe, vous obligeant à interrompre les opérations dans une partie de la mine. Sait-on aujourd’hui exactement quelle en a été l’origine ? Peut-on déterminer si un tel événement est susceptible de se reproduire ?

OB : Cela a rappelé à tout le monde que, malgré les avancées techniques, l’activité minière reste dangereuse. Heureusement, contrairement à d’autres incidents survenus l’année passée dans d’autres opérations importantes, nous n’avons eu à déplorer ni mort d’homme ni blessé, grâce à des décisions responsables : les équipes ont privilégié la vie humaine dès qu’une instabilité a été constatée dans la mine.

Nous avons amélioré nos méthodes pour détecter plus rapidement certains mouvements sismiques et adapter les infrastructures afin de mieux absorber ces pressions si elles se reproduisaient.

Après l’évacuation des personnes, nous avons suspendu les opérations et évacué la plupart des engins. Sur le plan économique, il n’y a pas eu de perte importante. Nous avons ensuite fait venir des experts externes qui ont analysé les infrastructures. Ils ont conclu que l’activité sismique était due à une redistribution de pression souterraine entre différents piliers de la mine à Kakula. Cela a provoqué des chutes de roche et affecté la capacité de pompage, ce qui a conduit à l’inondation d’une partie de la mine de Kakula. Ce type de pression est assez commun dans des opérations souterraines profondes.

À la suite de ces conclusions, nous avons amélioré nos méthodes pour détecter plus rapidement certains mouvements sismiques et adapter les infrastructures afin de mieux absorber ces pressions si elles se reproduisaient.

Bankable : Cet événement a ralenti votre dynamique de production. Vous avez revu à la baisse vos objectifs de production. Et c’est désormais en 2027 que vous espérez dépasser la barre de 500 000 tonnes. Comment voyez-vous l’avenir ?

OB : On se focalise souvent sur les prévisions revues à la baisse, mais malgré tout, Kamoa-Kakula a produit plus de 388 000 tonnes de cuivre en 2025. On espérait faire mieux en début d’année passée, mais cela reste une opération majeure, et avec ces chiffres, on reste dans le top 10 mondial. Nous continuons à contribuer fortement à l’économie nationale, d’autant que la hausse des cours du cuivre a atténué l’impact d’une production plus faible.

Il faut aussi rappeler que Kamoa-Kakula, ce sont plusieurs mines. Kakula a été affectée, mais Kamoa et Kansoko ne l’ont pas été, et leurs performances ont même dépassé les projections.

Notre fondateur l’explique depuis des années : l’offre ne pourra pas répondre à la demande, parce que découvrir des gisements et construire des mines prend du temps. Nous allons vers une pénurie structurelle de cuivre.

Pour remonter la production, un point clé, c’est l’exhaure de Kakula. Elle est quasiment finalisée, hormis la partie la plus profonde à l’est. Nous retrouvons l’accès à des zones à haute teneur, et nous créons des accès supplémentaires vers d’autres zones de même teneur. Progressivement, la production va repartir à la hausse.

Cette année, nos projections sont entre 370 000 et 420 000 tonnes. L’année prochaine, on envisage déjà d’aller au-delà de 500 000 tonnes. À moyen terme, on pense se stabiliser autour de 550 000 tonnes par an. Donc, après une période de ralentissement d’environ deux ans, on visera à nouveau au-delà de 500 000 tonnes.

Bankable : Comme vous l’avez indiqué, grâce à la hausse des prix du cuivre, vous avez pu minorer l’impact de la baisse de la production. Votre chiffre d’affaires a même augmenté de 5 % pour atteindre 3,3 milliards de dollars. Quelles sont vos projections des prix pour les prochaines années ?

OB : L’année passée, deux facteurs ont joué. D’une part, des incidents ont touché plusieurs mines productrices de cuivre, y compris Kamoa-Kakula : côté offre, cela a eu un impact.

Côté demande, les besoins en minerais critiques — et en cuivre en particulier — sont devenus évidents : électrification, véhicules électriques, intelligence artificielle. Il y a une tendance, et il est très improbable qu’elle s’inverse.

Notre fondateur l’explique depuis des années : l’offre ne pourra pas répondre à la demande, parce que découvrir des gisements et construire des mines prend du temps. Nous allons vers une pénurie structurelle de cuivre. Donc, la tendance à la hausse des prix devrait se confirmer et s’accélérer.

Bankable : Au début de cette interview, vous laissiez entendre que le corridor de Lobito a un impact sur vos coûts logistiques. Le ministre des Transports, Jean-Pierre Mbemba, évoque une réduction pouvant atteindre 30 %. Alors, à ce jour, quelles sont les quantités que vous faites passer par Lobito ? Toute la production d’anodes de cuivre a-t-elle vocation à être expédiée uniquement par cette voie ?

OB : Pas forcément. D’autres corridors restent pertinents. Il faut diversifier le risque en utilisant plusieurs routes, et cela crée aussi une concurrence qui peut réduire les coûts.

Lobito reste important parce que la distance entre nos opérations et le port de Lobito est environ la moitié de celle vers Durban, par exemple. Cela joue sur le temps et sur les coûts, avec aussi un effet environnemental.

Pour cette année, on prévoit expédier entre 50 000 et 70 000 tonnes via Lobito, mais ce ne sont pas des chiffres figés : cela dépendra de sa montée en puissance et de la compétitivité des autres corridors.

Nous avons été les premiers à mettre des volumes sur Lobito, d’abord pour le concentré. Le premier lot d’anodes sera bientôt sur le rail : il a déjà quitté le site pour Kolwezi.

Lobito est encore en montée en puissance. Pour cette année, on prévoit expédier entre 50 000 et 70 000 tonnes via Lobito, mais ce ne sont pas des chiffres figés : cela dépendra de sa montée en puissance et de la compétitivité des autres corridors.

Bankable : Les États-Unis ont conclu, en décembre dernier, un accord stratégique avec la RDC visant notamment à favoriser l’investissement américain dans le secteur minier congolais. Comment le PCA de Kamoa Copper, qui compte des intérêts chinois, perçoit-il cette évolution ? S’agit-il d’un risque ou d’une opportunité, et pourquoi ?

OB : Il le perçoit de façon très sereine. Où que l’on se situe, le besoin en minerais critiques sera là. Et si l’on veut atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés en tant que communauté mondiale, cette dynamique est irréversible.

En tant que PCA d’une opération cuprifère d’envergure, on ne peut que s’en réjouir. Les besoins en cuivre et en minerais critiques dépassent les divisions géopolitiques. Cela devrait soutenir les prix, et c’est une opportunité importante pour la RDC de contribuer, avec son secteur minier, au développement de son économie et de sa population.

Interview réalisée par Aboudi Ottou

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La compagnie aérienne nationale Air Congo a annoncé, via ses canaux officiels le 25 février 2026, l’ouverture de cinq premières lignes africaines à partir du mois de mars 2026.

Cette annonce intervient près d’une semaine après la réception d’un nouvel appareil de type Boeing 737-800, portant la flotte à trois avions du même modèle. Le ministère des Transports avait déjà indiqué que cet appareil s’inscrivait dans une stratégie d’ouverture vers de nouvelles destinations régionales.

Les nouvelles dessertes concernent Entebbe et Johannesburg dès le 22 mars, Cotonou et Douala à partir du 28 mars, ainsi que Dar es Salaam dès le 4 avril 2026. La compagnie, détenue à 51 % par l’État congolais et à 49 % par Ethiopian Airlines, marque ainsi sa présence en Afrique centrale, orientale et australe.

Concurrence sur l’axe Kinshasa–Entebbe

Avec l’ouverture de la ligne Kinshasa–Entebbe, Air Congo se positionne sur un axe déjà exploité par Uganda Airlines, qui y opère six rotations hebdomadaires. La compagnie ougandaise traverse toutefois une période marquée par des difficultés opérationnelles, notamment des annulations de vols et des retards de bagages signalés ces derniers mois.

À ces contraintes s’ajoute l’immobilisation, depuis le 20 février, de deux aéronefs de type Airbus A330-800neo pour des problèmes de maintenance, réduisant temporairement la capacité long-courrier du transporteur et accentuant les tensions sur la planification des vols. Cette situation intervient alors que la flotte demeure limitée et que la demande régionale reste soutenue.

Dans une correspondance datée du 13 février 2026, le président ougandais Yoweri Museveni a instruit son ministre des Transports de confier l’intérim de la direction générale à Girma Wake, ancien directeur général d’Ethiopian Airlines. Cette décision vise à corriger les faiblesses de gestion identifiées au sein du transporteur public ougandais.

Sur la liaison Kinshasa–Dar es Salaam, Air Congo rejoint Air Tanzania, qui opère quatre fréquences hebdomadaires depuis avril 2025. La compagnie s’était d’abord implantée en RDC via Lubumbashi avant d’étendre ses opérations vers la capitale congolaise.

Monopole sur l’axe Kinshasa–Douala

En revanche, pour rejoindre Douala (Cameroun) ou Cotonou (Bénin), les voyageurs doivent actuellement transiter par Addis-Abeba (Éthiopie), Lomé (Togo) ou Abidjan (Côte d’Ivoire). L’instauration de lignes directes depuis la RDC serait donc favorablement accueillie par une clientèle en quête de gains de temps.

Ce monopole pourrait toutefois être de courte durée, notamment sur la liaison Kinshasa–Douala. La compagnie publique camerounaise Camair-Co prépare en effet l’ouverture d’une ligne vers Kinshasa, initialement annoncée pour la fin de l’année 2025.

Fondée en 2024, Air Congo desservait jusqu’ici des destinations domestiques, notamment Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Mbuji-Mayi, Kananga, Kindu et Kolwezi, avec deux Boeing 737-800. Lors du forum Makutano l’an dernier, le ministre Jean-Pierre Bemba indiquait que la compagnie enregistrait des taux de remplissage compris entre 80 % et 100 %, un niveau qui aurait conforté la direction dans sa décision d’élargir son réseau régional.

La compagnie a également annoncé l’arrivée, dès le mois prochain, d’un appareil de type ATR 72-600 destiné au renforcement du réseau intérieur. Cet avion permettra de desservir Beni, Bunia, Isiro, Gbadolite, Mbandaka et Kalemie.

Timothée Manoke  

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Prime Minister Judith Suminwa Tuluka received officials from the Congolese Battery Council (CCB) and the International Trade Centre (ITC) on Feb. 24, 2026. The meeting focused on a strategic partnership to develop local value chains for battery minerals, according to an official statement issued afterward.

The initiative seeks technical support from the ITC and access to its international network to advance local processing by identifying public-private partnerships and target markets. Officials describe the project as cross-cutting, mobilizing the energy, mining, industry, infrastructure and trade sectors.

Against that backdrop, Kinshasa is seeking to narrow the gap between its mineral resources and end markets. The involvement of the ITC, a U.N. agency specializing in trade support and the integration of developing countries into global value chains, suggests an approach focused on market access, standards and international partnerships, at a time when the battery strategy has yet to translate into finalized industrial investments.

Interministerial Coordination Challenges

In March 2025, then-Industry and SME Development Minister Louis Watum Kabamba launched construction at the Musompo Special Economic Zone (SEZ) in Lualaba province. The zone is intended to host activities ranging from precursor materials to battery production, with a possible extension into assembly. It covers more than 900 hectares. Construction costs are estimated at over $200 million, and roughly $2 billion in private investment has been targeted, with projections of 25,000 direct jobs and 60,000 indirect jobs.

Progress has been slow. In November 2025, at the Makutano forum, the chief executive of Arise IIP, a developer involved in several SEZs in the Democratic Republic of Congo including Musompo, expressed concern about a slowdown in the project. “The project seems to have slowed following the minister’s departure from the Industry Ministry in August,” said Romain Deniel.

Deniel noted that establishing a special economic zone “requires the involvement of four, five, sometimes six ministries” and therefore demands “significant coordination.” He added that beyond the administrative framework, the battery value chain is a “very strategic” segment that also requires the buy-in of existing operators, given the project’s potential to affect the structure of the value chain.

The ITC Lever

Taken together, these developments highlight a central issue: local processing depends not only on political will or technical studies, but on the state’s ability to sustain stable interministerial coordination across mining, energy, industry, finance and infrastructure, while navigating a mining sector already structured around export chains and dominant players. The trade-offs extend beyond tax incentives to energy and infrastructure access, local content requirements, supply conditions and the role of incumbent operators in the future industrial model.

In that context, the announced cooperation with the ITC represents a complementary lever. While industrial projects are still building momentum, Kinshasa is seeking to secure another critical link, namely market access and partnerships. The ITC could help clarify export channels, standards and traceability requirements, identify industrial or financial partners, and structure value chains aligned with international market expectations. The challenge for the DRC is to prevent the battery strategy from remaining limited to industrial zone announcements and to translate it into concrete commercial and industrial projects.

One major question remains unanswered: the operational substance of the partnership. The official statement refers to technical support and access to the ITC’s international network, but provides no timeline, deliverables, volumes or target industrial segments, whether refining, precursors, components or assembly.

Pierre Mukoko & Boaz Kabeya

Le 24 février 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a reçu les responsables du Conseil congolais de la batterie (CCB), chef d’orchestre de la stratégie nationale « batteries », et du Centre du commerce international (ITC). Au centre de l’audience : « un partenariat stratégique visant à développer des chaînes locales de transformation des minerais destinés aux batteries ».

Selon la communication officielle diffusée à l’issue de la rencontre, l’initiative prévoit un appui technique de l’ITC et l’accès à son réseau international pour accompagner la transformation locale, en identifiant des partenariats public-privé et des marchés cibles. Le projet est présenté comme transversal, mobilisant l’énergie, les mines, l’industrie, les infrastructures et le commerce.

Derrière ce cadrage, Kinshasa cherche à réduire la distance entre ses minerais et les marchés. Le recours à l’ITC — agence onusienne spécialisée dans l’appui au commerce et l’intégration des pays en développement dans les chaînes de valeur — suggère une approche centrée sur l’accès aux débouchés, aux standards et aux réseaux de partenaires, alors que la stratégie « batteries » peine encore à se traduire en investissements industriels finalisés.

Défis de pilotage interministériel

En mars 2025, le ministre de l’Industrie et du Développement des PME de l’époque, Louis Watum Kabamba, avait lancé les travaux d’aménagement de la Zone économique spéciale (ZES) de Musompo (Lualaba), destinée à accueillir des activités allant des précurseurs aux batteries, avec une possible extension vers l’assemblage. La zone couvre plus de 900 hectares. Les travaux sont évalués à plus de 200 millions de dollars, et un objectif d’environ 2 milliards de dollars d’investissements privés est avancé, avec 25 000 emplois directs et 60 000 indirects attendus.

Mais la dynamique d’exécution reste lente. En novembre 2025, lors d’un échange avec le ministre des Mines actuel — Louis Watum Kabamba — à l’occasion du forum Makutano, le directeur général d’Arise IIP, développeur impliqué dans plusieurs ZES en RDC dont Musompo, a regretté un ralentissement du dossier. « Après le départ du ministre (de la tête du ministère de l’Industrie en août dernier), on a l’impression que les choses se sont un petit peu effritées », avait affirmé Romain Deniel.

Ce dernier a rappelé que la mise en place d’une zone économique spéciale « nécessite l’intervention de quatre, cinq, parfois six ministères » et suppose donc « une coordination importante ». Il a ajouté qu’au-delà du montage administratif, la chaîne de valeur des batteries est un segment « très stratégique » qui requiert aussi « l’assentiment des opérateurs qui sont présents », car le projet est susceptible d’« avoir un impact sur la chaîne de valeur ».

Levier ITC

Cette séquence résume un point central : la transformation locale ne dépend pas seulement de la volonté politique ou des études techniques, mais de la capacité de l’État à maintenir un pilotage interministériel stable — mines, énergie, industrie, finances, infrastructures — et à composer avec les équilibres d’un secteur minier déjà structuré autour de chaînes d’exportation et d’acteurs dominants. Les arbitrages portent autant sur l’accès à l’énergie et aux infrastructures que sur les incitations fiscales, les exigences de contenu local, les conditions d’approvisionnement et la place des opérateurs existants dans le futur modèle industriel.

Dans ce contexte, la coopération annoncée avec l’ITC apparaît comme un levier complémentaire : pendant que les projets industriels cherchent encore leur vitesse de croisière, Kinshasa tente de sécuriser un autre maillon critique — l’accès aux marchés et aux partenaires. L’ITC pourrait contribuer à clarifier les débouchés, les normes et les exigences de traçabilité, à identifier des partenaires industriels ou financiers, et à structurer des chaînes de valeur compatibles avec les attentes des marchés internationaux. L’enjeu, pour la RDC, est d’éviter que la stratégie « batteries » reste cantonnée à des annonces de zones industrielles et de l’arrimer à des opportunités commerciales et industrielles concrètes.

Reste une inconnue majeure : le contenu opérationnel de ce partenariat. La communication officielle évoque un appui technique et un accès au réseau international de l’ITC, mais ne précise ni calendrier, ni livrables, ni volumes, ni segments industriels visés (raffinage, précurseurs, composants, assemblage).

Pierre Mukoko et Boaz Kabeya

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The Democratic Republic of Congo’s Ministry of Fisheries and Livestock has suspended imports of cattle and other cloven-hoofed animals from South Africa, along with certain related products, citing a resurgence of foot-and-mouth disease, according to a post on its Facebook page.

Foot-and-mouth disease is a highly contagious transboundary animal disease that can severely disrupt livestock production and trade in animals and animal products. In southern Africa, Zambia also announced biosecurity measures, closing its border in mid-February 2026 to livestock imports from South Africa.

The ministry said all import permits for cattle, other cloven-hoofed animals and related products, including meat, milk, hides and animal feed, have been canceled. Existing permits have been suspended until further notice.

Veterinary services have been instructed to strictly enforce the measures, with reinforced checks at border crossings. The ministry also announced an awareness campaign targeting livestock farmers along the border between the Democratic Republic of Congo and Zambia.

It said it is closely monitoring the outbreak in South Africa, where several cases have been reported in recent weeks.

In South Africa, authorities have stepped up vaccination campaigns among cattle. Local vaccine production is set to begin in March 2026, with an initial target of 20,000 doses per week, rising to 200,000 doses per week in 2027, to reduce reliance on imports and strengthen the country’s animal health response.

Ronsard Luabeya

Le ministère congolais de la Pêche et de l’Élevage indique, dans une publication sur sa page Facebook, avoir suspendu, jusqu’à nouvel ordre, les importations de bovins et d’autres ongulés domestiques, ainsi que de certains produits dérivés, en provenance d’Afrique du Sud, en raison de la recrudescence de la fièvre aphteuse.

Maladie animale transfrontalière très contagieuse, la fièvre aphteuse perturbe fortement la production et le commerce des animaux et de leurs produits. En Afrique australe, des mesures de biosécurité ont également été annoncées par la Zambie, qui a fermé sa frontière au bétail en provenance d’Afrique du Sud à la mi-février 2026.

Selon le ministère, tous les permis d’importation de bovins, d’autres ongulés domestiques ainsi que de leurs produits dérivés (viande, lait, peaux, aliments pour bétail) sont annulés, et les autorisations en cours suspendues jusqu’à nouvel ordre.

Les services vétérinaires ont été instruits de veiller à l’application stricte de ces dispositions, tandis que des contrôles renforcés seront déployés aux postes frontaliers. Une campagne de sensibilisation est également annoncée auprès des éleveurs installés le long des frontières entre la RDC et la Zambie.

Le ministère indique suivre de près l’évolution de l’épizootie en Afrique du Sud, où plusieurs foyers auraient été signalés ces dernières semaines.

En Afrique du Sud, les autorités ont intensifié les campagnes de vaccination au sein du cheptel bovin. Une production locale de vaccins est annoncée, avec un objectif initial de 20 000 doses par semaine à partir de mars 2026, avant une montée en capacité à 200 000 doses hebdomadaires en 2027, afin de réduire la dépendance aux importations et de renforcer la riposte sanitaire nationale.

Ronsard Luabeya

The Democratic Republic of Congo's Ministry of Rural Development has announced a drinking water project targeting the provinces of Mongala, Nord-Ubangi and Sud-Ubangi.

State Minister Grégoire Mutshail Mutomb said the program includes the construction of modern water supply networks and public standpipes designed to serve communities within a five- to 10-kilometer radius, according to the Congolese Press Agency (ACP).

The ACP reported that the minister also identified infrastructure gaps in Gbadolite and announced plans to extend water systems to nearby areas. Additional studies will be conducted, while the national water utility Regideso is expected to undergo modernization to support sustainable service delivery.

Regional context: PREDIRE program and PDL-145

The announcement comes as authorities promote the regional PREDIRE program, which supports infrastructure development and transboundary water resource management in the Ubangi River basin. The African Development Bank (AfDB) says the program covers Nord-Ubangi, Sud-Ubangi and Mongala in the DRC, as well as the Greater Bangui area in the Central African Republic, targeting direct beneficiaries across the region. The ACP said both initiatives fall under the PDL-145 Territories program, which aims to expand access to basic services.

Neither the ACP nor official communications specify the project’s budget, financing sources or implementation timeline, including its start date, duration or phases. Authorities have not disclosed the list of targeted communities by province or the number of planned facilities, such as standpipes, network length, pumping stations or reservoirs.

Operational details also remain unclear, including Regideso’s role in ownership, maintenance and tariff setting, as well as expected service standards and oversight mechanisms. The relationship between the announced project and PREDIRE, including their respective geographic scopes, coordination framework and whether financing is shared or separate, has not been explained.

Boaz Kabeya

The Democratic Republic of Congo is seeking to regain control over gold flows that are escaping official oversight. Confronted with widespread smuggling and significant revenue losses, the government plans to restructure the sector to channel a larger share of artisanal and semi-industrial production through formal systems.

One of the four main pillars of the strategy presented by President Félix-Antoine Tshisekedi at the Feb. 20, 2026 Cabinet meeting is the creation of a national gold traceability and centralized transaction system. The platform would link licensed trading houses to the Central Bank of Congo (BCC) and the mining administration, with the aim of securing transactions, centralizing payments within the formal banking system, and providing real-time visibility into traded volumes.

Connecting trading houses to the BCC could also allow authorities to better assess the volumes actually handled by these entities. In Tshopo province in June 2025, Governor Paulin Lendongolia Lebabonga questioned declarations by certain trading houses reporting monthly purchases of around 10 grams — volumes unlikely to cover their operating costs. “If you tell us you bought 10 grams a month, how do you pay your rent?” he said in Kisangani, according to remarks reported by the Agence congolaise de presse (ACP).

According to the presidency, a significant share of gold production bypasses official channels due to the dominance of artisanal mining and the country’s porous borders, which facilitate cross-border smuggling.

Uganda’s Export Puzzle

Uganda’s gold export data has drawn sustained attention in Congolese media in recent weeks. According to Bank of Uganda figures, gold export revenues rose from roughly $1.25 billion in 2019 to nearly $6.4 billion in 2025, making gold the country’s leading export earner. Commenting on those figures in an interview with East African outlet CEO, Bank of Uganda Deputy Governor Augustus Nuwagaba said: “It may not be ours,” referring to the origin of the exported gold.

Uganda, whose domestic gold mining sector remains relatively limited, is frequently cited in regional smuggling networks. The Daily Monitor, drawing in part on a 2017 report by Uganda’s Financial Intelligence Authority on gold and timber fraud, reported that gold originating in the DRC is repackaged and exported as Ugandan. In a separate 2021 article, the same outlet noted that Uganda produced about 2.9 tonnes of gold while exporting more than 30 tonnes, underscoring a substantial gap between declared production and export volumes.

On the Congolese side, the state-owned company responsible for channeling and exporting artisanal gold estimates that more than 50 tonnes per year escapes state oversight, highlighting the scale of the challenge.

Building Official Gold Reserves

Traders often cite higher prices available in Uganda as a reason for selling across the border. To address this, the second pillar of the presidential strategy proposes economic incentives to make official channels more attractive than the parallel market. Measures under consideration include targeted tax adjustments, a pricing mechanism indexed to international benchmarks, and prompt, transparent payments to producers.

The remaining pillars focus on tighter controls at key exit points and stronger regional cooperation, particularly through enhanced customs information sharing.

If effectively implemented, the strategy could also support the BCC’s objective of incorporating gold into its official reserves.

Timothée Manoke

La République démocratique du Congo (RDC) veut capter le flux de l’or qui lui échappe. Face à l’ampleur de la contrebande et aux pertes de recettes qui en découlent, le gouvernement entend réorganiser la filière aurifère afin d’intégrer une part plus importante de la production artisanale et semi-industrielle dans le circuit officiel.

Parmi les quatre axes principaux de la stratégie présentée par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, lors du Conseil des ministres du 20 février 2026, figure la mise en place d’un système national de traçabilité et de centralisation des flux. Celui-ci interconnectera les comptoirs agréés à la Banque centrale du Congo (BCC) ainsi qu’à l’administration minière, avec pour objectif de sécuriser les transactions, de centraliser les paiements dans le circuit bancaire officiel et de disposer d’une visibilité en temps réel sur les volumes commercialisés.

L’interconnexion des comptoirs avec la BCC pourrait également permettre à l’État de mieux apprécier les quantités réellement traitées par ces structures. Dans la province de la Tshopo, en juin 2025, le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga s’était étonné que certains comptoirs déclarent des volumes mensuels de l’ordre de 10 grammes, des niveaux jugés peu cohérents au regard des coûts de fonctionnement. « Si vous nous dites que vous avez acheté 10 grammes par mois, comment payez-vous vos loyers ? », avait-il déclaré à Kisangani, selon des propos rapportés par l’Agence congolaise de presse (ACP).

Pour le chef de l’État, une part importante de la production échappe aux circuits officiels en raison de la prédominance de l’exploitation artisanale et de la porosité des frontières du pays, qui facilitent les sorties frauduleuses du métal jaune.

Révélateur ougandais

Il y a quelques semaines, les statistiques d’exportation d’or de l’Ouganda voisin ont animé la sphère médiatique congolaise. Selon les données de la Bank of Uganda, les revenus d’exportation d’or sont passés d’environ 1,25 milliard de dollars en 2019 à près de 6,4 milliards de dollars en 2025, faisant de l’or la première source de recettes d’exportation du pays. Commentant ces chiffres lors d’un entretien accordé au média est-africain CEO, le vice-gouverneur de la Bank of Uganda, Augustus Nuwagaba, déclarait : « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », en référence à l’origine de l’or exporté.

L’Ouganda, dont l’exploitation aurifère n’est pas considérée comme particulièrement développée, est souvent cité dans les circuits régionaux de contrebande d’or. Selon le média ougandais Daily Monitor, s’appuyant notamment sur un rapport de 2017 de la Financial Intelligence Authority of Uganda (FIA) sur la fraude à l’or et au bois, de l’or en provenance de la RDC serait reconditionné puis exporté comme d’origine ougandaise. Un autre article publié en 2021 par le même média indiquait que l’Ouganda aurait produit environ 2,9 tonnes d’or tout en exportant plus de 30 tonnes, mettant en évidence un écart significatif entre production déclarée et volumes exportés.

Du côté congolais, l’entreprise publique chargée de la canalisation et de l’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale estime à plus de 50 tonnes par an la quantité d’or qui échapperait au contrôle de l’État, ce qui illustre l’ampleur du phénomène.

Levier pour la réserve d’or

Parmi les raisons avancées par certains commerçants pour justifier la vente de leur or en Ouganda figure l’attractivité des prix proposés de l’autre côté de la frontière. Pour y répondre, le deuxième axe de la stratégie présidentielle prévoit l’instauration d’incitations économiques rendant le circuit officiel plus attractif que le marché parallèle, à travers un ajustement ciblé de la fiscalité, un mécanisme de prix indexé sur le cours international et des paiements rapides et transparents aux producteurs.

Les deux autres axes portent, d’une part, sur le renforcement ciblé des contrôles aux points de sortie stratégiques et, d’autre part, sur la consolidation de la coopération régionale, notamment par l’échange d’informations douanières.

Si cette stratégie est mise en œuvre avec succès, elle pourrait aussi constituer un levier pour la BCC, qui veut désormais intégrer l’or dans ses réserves officielles.

Timothée Manoke

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Un projet d’adduction d’eau potable visant les provinces de la Mongala, du Nord-Ubangi et du Sud-Ubangi a été annoncé par le ministère du Développement rural. Selon l’Agence congolaise de presse (ACP), le ministre d’État Grégoire Mutshail Mutomb a indiqué que le programme prévoit des réseaux modernes d’approvisionnement et l’implantation de fontaines publiques, avec une capacité de desserte de localités situées dans un rayon de 5 à 10 kilomètres.

L’ACP rapporte également que le ministre a évoqué des « insuffisances » à Gbadolite et annoncé l’extension des infrastructures aux territoires environnants. Des études complémentaires doivent être réalisées, tandis que la Regideso est appelée à être modernisée pour assurer un service durable.

Cette annonce s’inscrit dans un contexte où les autorités mettent en avant, en parallèle, le programme régional PREDIRE (appui aux infrastructures et valorisation des ressources en eau transfrontalières) dans le bassin de l’Oubangui. La Banque africaine de développement (BAD) présente ce programme comme couvrant notamment le Nord-Ubangi, le Sud-Ubangi et la Mongala côté RDC, ainsi que le Grand Bangui côté République centrafricaine, avec un objectif de bénéficiaires directs chiffré à l’échelle régionale. L’ACP rappelle enfin que ces initiatives s’inscrivent dans l’esprit du PDL-145 territoires, destiné à améliorer l’accès aux services de base.

Ce qui reste à clarifier à ce stade : ni l’ACP ni les communications disponibles ne détaillent le budget du projet annoncé, ses sources de financement, son calendrier (démarrage effectif, durée, phasage), la liste précise des localités ciblées par province, ni la quantification des ouvrages (nombre de fontaines, kilomètres de réseau, stations, réservoirs).

Les modalités d’exploitation doivent aussi être précisées : rôle exact de la Regideso (maîtrise d’ouvrage, maintenance, tarification), niveau de service attendu et mécanisme de suivi. Enfin, l’articulation opérationnelle entre le projet annoncé et PREDIRE (périmètres respectifs, coordination, financement commun ou non) mérite d’être explicitée pour éviter de confondre deux volets potentiellement distincts.

Boaz Kabeya

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