À l’occasion de l’atelier animé du 21 au 22 avril 2026 par Visa sur le thème « La conformité autrement », la présidente de la Commission conformité de l’Association congolaise des banques (ACB) s’est confiée à Bankable. Dans un contexte marqué par le maintien de la RDC sur la liste grise du GAFI, Jolie Mbala revient sur les priorités du secteur bancaire. La directrice de la conformité d’Ecobank RDC plaide pour une approche fondée sur les risques, soutenue par la digitalisation, afin de renforcer la crédibilité, la résilience et l’inclusion financière.
Bankable : Kinshasa a accueilli du 21 au 22 avril 2026 un atelier consacré à la conformité financière, réunissant régulateurs, banques et acteurs internationaux autour d’un objectif commun : repositionner la conformité comme un levier stratégique pour le secteur financier congolais. Quels résultats tangibles peut-on attendre à l’issue de ces deux jours de travaux ?
Jolie Mbala : Cet atelier est avant tout un moment de convergence stratégique. Les résultats attendus sont très concrets.
D’abord, une meilleure harmonisation des attentes entre les régulateurs, les banques et les partenaires. Ces attentes portent notamment sur les standards de conformité et leur application pratique dans le contexte congolais.
Ensuite, le partage d’expériences et de bonnes pratiques permet de renforcer les capacités des parties prenantes, en repositionnant la conformité non plus comme une contrainte réglementaire et un frein au développement commercial, mais comme un levier de résilience, de crédibilité et de compétitivité pour nos banques.
Enfin, ce forum devrait aboutir à des axes d’actions communs, notamment en matière de partage de connaissances, de digitalisation des paiements, de gestion des risques et de coopération entre institutions. La présence de Visa, en collaboration avec l’Association congolaise des banques (ABC) et la Banque centrale du Congo (BCC), illustre clairement cette dynamique tournée vers l’avenir.
Bankable : Depuis octobre 2022, la RDC figure sur la liste grise du GAFI, ce qui montre que la conformité demeure un défi majeur pour le pays. Quelle est, selon vous, la priorité la plus urgente pour renforcer durablement le dispositif de conformité du secteur bancaire congolais ?
JM : La priorité absolue me semble être le renforcement durable du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT/FP), dans une approche coordonnée entre les autorités publiques, la Banque Centrale du Congo, les banques commerciales et les autres parties prenantes.
La digitalisation transforme les risques à travers notamment, l’augmentation des volumes et de la vitesse des transactions, la diminution du contact physique avec le client, les nouveaux canaux et acteurs ainsi que la fragmentation des données. En ce sens, la digitalisation complexifie le risque BC/FT/FT et exige des approches plus sophistiquées.
Des avancées importantes ont déjà été réalisées : la révision du cadre légal et réglementaire en matière de LBC/FT/FP, la mise en place et la restructuration des institutions chargées de la LBC/FT/FP, ou encore l’adhésion récente de la RDC à l’ESAAMLG témoignent d’une volonté politique forte.
À présent, l’enjeu est d’accélérer la mise en œuvre effective des normes avec le renforcement des poursuites en matière de BC/FT/FP, l’amélioration de la qualité des données, la montée des compétences, l’optimisation des contrôles et une meilleure coopération entre le secteur public et le secteur privé. C’est cette cohérence globale qui permettra à la RDC de sortir durablement de la liste grise du GAFI.
Bankable : Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés rencontrées par les banques en RDC dans la mise en œuvre des exigences de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme ?
JM : Les banques commerciales congolaises évoluent dans un environnement complexe, marqué par : la prédominance des opérations en numéraires (cash) et du secteur informel ; des défis liés à la disponibilité et à la fiabilité des données clients avec, entre autres, l’absence d’une carte d’identité nationale ou document assimilé ainsi que d’une base de données centralisée de la population ; et parfois un décalage entre normes internationales et réalités locales.
Cela dit, il est important de souligner la résilience du secteur bancaire congolais. Malgré ces contraintes, les banques commerciales investissent fortement dans les systèmes de conformité, la formation des équipes et la modernisation des processus. Les défis existent, mais ils sont clairement identifiés et activement adressés.
Bankable : Avec la montée des paiements digitaux, de nouveaux risques émergent, notamment les fraudes numériques, les money mules ou encore les crypto-actifs. Comment les banques congolaises s’adaptent-elles concrètement à ces nouvelles menaces ?
JM : La digitalisation transforme les risques à travers notamment, l’augmentation des volumes et de la vitesse des transactions, la diminution du contact physique avec le client, les nouveaux canaux et acteurs ainsi que la fragmentation des données. En ce sens, la digitalisation complexifie le risque BC/FT/FT et exige des approches plus sophistiquées.
Il convient toutefois de souligner que la digitalisation offre aussi des outils robustes pour maîtriser les risques susmentionnés : l’automatisation du monitoring, la traçabilité des données avec des pistes d’audit, le recours à des outils intégrant les capacités de l’intelligence artificielle et l’accès rapide à l’information.
Une banque conforme est plus stable, mieux protégée contre les risques juridiques et réputationnels, et plus crédible auprès des clients, des investisseurs ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.
Avec l’impulsion de l’ACB, les banques congolaises renforcent leurs dispositifs de surveillance des transactions, investissent dans des solutions de détection de BC/FT/FP en temps réel, et développent des mécanismes spécifiques contre les risques émergents tels que les money mules ou l’utilisation abusive des crypto-actifs.
Le partenariat avec des acteurs technologiques tels que Visa, conjugué au cadre réglementaire défini par la BCC et aux actions de sensibilisation menées par l’ACB, permet une évolution structurée, sécurisée et alignée sur les standards internationaux.
Bankable : Avec l’arrivée d’acteurs technologiques comme Visa et le développement de solutions basées sur la data (analytics, scoring, détection de fraude), dans quelle mesure les banques congolaises sont-elles prêtes à intégrer ces outils, et quels défis restent à lever pour exploiter pleinement le potentiel des données dans la gestion de la conformité ?
JM : Oui, absolument. Les banques congolaises ont pris le virage technologique. Elles disposent déjà de solutions d’analytics, de scoring et de dispositifs de monitoring automatisé, et nombre d’entre elles ont recours à des outils intégrant l’intelligence artificielle.
Les principaux défis aujourd’hui ne résident donc plus dans la technologie elle-même, mais dans le cadre réglementaire, la qualité des données, l’interopérabilité des systèmes et le développement des compétences nécessaires pour exploiter pleinement ces outils.
L’Association Congolaise des Banques (ACB), à travers sa participation active à ces deux jours de forum, démontre l’engagement des banques commerciales en faveur de l’adoption des technologies notamment dans le domaine de la LBC/FT/FP.
Bankable : Dans quelle mesure les exigences de conformité pèsent-elles sur les coûts des banques, et comment concilier ces contraintes avec les objectifs d’inclusion financière et de croissance du secteur ?
JM : La conformité représente un coût réel pour les banques, en raison des exigences réglementaires croissantes, des investissements technologiques et des ressources spécialisées nécessaires. Toutefois, elle ne doit pas être perçue comme une charge, mais comme un investissement stratégique. Une banque conforme est plus stable, mieux protégée contre les risques juridiques et réputationnels, et plus crédible auprès des clients, des investisseurs ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.
Grâce à la digitalisation et aux approches fondées sur le risque, les banques peuvent réduire les coûts unitaires de conformité tout en améliorant l’efficacité des contrôles. Ces innovations permettent aussi de faciliter l’inclusion financière en élargissant l’accès aux services bancaires de manière sécurisée.
En définitive, conformité, inclusion financière et croissance du secteur bancaire ne s’opposent pas : bien intégrées, elles se renforcent mutuellement et contribuent au développement durable du système financier.
Propos recueillis par Aboudi Ottou
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L’Inspection générale des mines (IGM) a annoncé, le 27 avril 2026, la création d’une unité paramilitaire dénommée « Garde minière », dédiée à la sécurisation de l’ensemble de la chaîne d’exploitation des minerais en République démocratique du Congo (RDC). Selon son communiqué, cette unité aura pour principales missions la sécurisation des sites miniers, l’escorte des minerais depuis les zones d’extraction jusqu’aux unités de traitement et aux points de sortie, ainsi que le renforcement de la traçabilité le long de la chaîne de valeur.
Le programme est présenté comme étant financé à hauteur de 100 millions de dollars et inscrit dans le cadre de partenariats stratégiques, notamment avec les États-Unis et les Émirats arabes unis. Le calendrier évoqué prévoit le lancement du recrutement dès mai 2026, suivi d’une formation de six mois en collaboration avec la Maison militaire, avant un déploiement progressif. À terme, les effectifs pourraient atteindre plus de 20 000 agents, répartis dans les 22 provinces minières sous supervision de l’IGM d’ici à 2028.
Cette annonce a suscité des réactions critiques. Plusieurs Congolais rappellent notamment qu’il existe déjà une Police des mines intégrée à la Police nationale, chargée de missions de sécurisation et de contrôle dans le secteur. Ils soulèvent des interrogations d’ordre juridique, budgétaire et institutionnel, estimant que la création d’une nouvelle force pourrait entraîner un chevauchement avec les dispositifs existants.
En décembre 2015, la RDC a créé la Police des mines pour répondre aux besoins de sécurisation des opérations jusqu’ici assurées par des éléments des Forces armées de la RDC (FARDC), et interdire officiellement leur présence sur les sites. Mais plusieurs rapports ont continué à documenter des cas d’interférences persistantes, ainsi que des allégations de violations des droits humains, incluant des arrestations arbitraires, des extorsions ou des occupations illégales de sites.
Réformes du dispositif de lutte contre la fraude
Selon Africa Intelligence, le groupe minier Eurasian Resources Group (ERG) aurait même déposé une plainte contre des hauts gradés des FARDC pour des faits présumés d’exploitation illégale à échelle quasi industrielle sur certaines de ses concessions dans l’ex-Katanga. Ces activités auraient engendré des pertes estimées à près de 2 milliards de dollars par an pour l’entreprise et pour le Trésor public, selon cette source.
Dans ce contexte, l’IGM indique que la Garde minière vise à remplacer progressivement les éléments des forces de défense actuellement déployés dans les zones minières. Mais le communiqué reste muet sur son articulation avec la Police des mines. Le texte portant création, organisation et fonctionnement de la Garde minière devrait permettre d’y voir plus clair et d’en savoir davantage sur la chaîne de commandement, ainsi que sur les pouvoirs de cette unité en matière d’intervention, d’arrestation ou de contrôle.
Par ailleurs, cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de réformes du dispositif de lutte contre la fraude et la contrebande minières. En 2025, les autorités ont procédé à une réorganisation de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière, dans un contexte de critiques liées à son efficacité et à sa couverture opérationnelle.
Sur le terrain, les difficultés de sécurisation de la chaîne logistique restent visibles. Dans le Haut-Katanga, des mesures telles que l’instauration d’escortes sécuritaires pour les camions transportant des cathodes de cuivre sur certains axes routiers ont récemment été mises en place afin de limiter les risques de pillage.
Enfin, la création de la Garde minière pourrait s’inscrire dans une logique de renforcement des capacités techniques, en lien avec des appuis extérieurs. Des informations relayées par la presse internationale font état du recours à des services de conseil en sécurité, notamment via des acteurs privés spécialisés, dans le but d’améliorer le contrôle des flux miniers et la sécurisation des recettes.
Timothée Manoke
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Democratic Republic of Congo President Félix Tshisekedi has instructed the government to set up an enforcement mechanism to combat illegal mining in Maniema, Ituri and Bas-Uélé provinces, following a Cabinet meeting on April 24.
The plan includes the systematic seizure of equipment used at illegal mining sites, which would then be redistributed under a transparent legal process. The equipment would be reassigned to licensed Congolese operators that meet environmental and social standards.
Authorities will also introduce measures to improve production tracking and site security, and pursue those involved in illegal mining, including their support networks.
The initiative will rely on a joint commission comprising provincial authorities, the mining administration, and defense and security forces. The body, launched by the Minister of Mines after his visit to the affected areas, is tasked with establishing accountability and recommending corrective measures.
Tshisekedi also instructed the ministers of Interior, Defense, Justice and Environment to support the mining ministry to ensure a response proportionate to the scale of the problem.
The Minister of Mines has been asked to submit proposals promptly to strengthen the human, technical and financial capacity of the General Inspectorate of Mines, with the aim of improving oversight of the sector over the long term.
Tshisekedi described illegal mining as an “organized plunder” of the country’s natural resources. According to the Cabinet readout, the activities involve the use of heavy machinery to extract gold and other strategic minerals worth billions of dollars each year, with no revenue reaching the state or local communities.
Ronsard Luabeya
Le président Félix Tshisekedi a instruit le gouvernement de mettre en place un dispositif opérationnel et coercitif pour lutter contre l’exploitation minière illicite dans les provinces du Maniema, de l’Ituri et du Bas-Uélé. Cette orientation a été annoncée à l’issue du Conseil des ministres du 24 avril 2026.
Au cœur de cette stratégie figure un mécanisme de saisie et de réaffectation des actifs issus des activités illégales. Celui-ci prévoit la saisie systématique des engins utilisés sur les sites clandestins, suivie de leur redistribution dans un cadre légal et transparent. Les équipements récupérés seraient ainsi réaffectés à des structures congolaises qualifiées, engagées dans une exploitation conforme aux normes environnementales et sociales.
Le dispositif intègre également des mesures de traçabilité et de sécurisation des sites, ainsi que l’identification, la poursuite judiciaire et la sanction, sans complaisance, de l’ensemble des acteurs impliqués, y compris leurs réseaux de soutien.
Cette dynamique devrait s’appuyer notamment sur une commission mixte associant les autorités provinciales, l’administration minière ainsi que les forces de défense et de sécurité. Déjà initiée par le ministre des Mines à l’issue de sa mission dans les zones concernées, cette structure est appelée à identifier les responsabilités et à proposer des mesures correctives.
Dans ce cadre, le chef de l’État a demandé aux ministres en charge de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice et de l’Environnement d’appuyer les efforts du ministre des Mines afin de garantir une réponse à la hauteur des enjeux.
Par ailleurs, le ministre des Mines a été chargé de formuler, dans les meilleurs délais, des propositions visant à renforcer les capacités humaines, techniques et financières de l’Inspection générale des Mines, en vue d’améliorer durablement le contrôle et la régulation du secteur.
Pour Félix Tshisekedi, l’exploitation minière illicite constitue une « spoliation organisée » des ressources naturelles du pays. Selon le compte rendu du Conseil des ministres, ces activités mobilisent des engins lourds pour l’extraction de l’or et d’autres minerais stratégiques, pour des valeurs se chiffrant en milliards de dollars par an, sans bénéfice pour le Trésor public ni pour les communautés locales.
Ronsard Luabeya
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The Democratic Republic of Congo will launch an audit within 30 days to track mining export revenues from shipment through to foreign currency repatriation and government revenue collection. President Felix Tshisekedi issued the instruction at the April 24, 2026 cabinet meeting.
The decision comes as exports from the sector remain at elevated levels. According to the cabinet meeting minutes, the DRC exported 3,100,234 tons of copper and approximately 220,000 tons of cobalt in 2024. Copper exports rose further in 2025, reaching 3,403,006.63 tons.
For the government, the issue does not lie on the production side but in the state’s ability to capture revenues. The cabinet minutes point to weaknesses in the process from export through to revenue collection, as well as the failure to repatriate part of mining export earnings.
Repatriation requirements are already governed by existing rules. The Central Bank of Congo’s foreign exchange regulations require foreign exchange transactions to be registered and monitored through licensed banks, with relevant public agencies involved in the reporting framework. The revised Mining Code also requires mining title holders to repatriate their export revenues. During the investment recovery phase, operators may retain 40% abroad but must repatriate 60% into an account opened in the DRC. Once the investment is fully recovered, all revenues must be repatriated.
In 2025, the central bank tightened sanctions against mining and petroleum operators failing to meet their foreign exchange obligations. According to an analysis by AKILI Consulting, fines for non-declaration of foreign accounts were raised by more than 1,000%, while new penalties were introduced for certain practices, including false declarations and the use of shell companies.
Strengthening the traceability chain
The new audit will cover two areas: compliance with export revenue repatriation obligations, and the governance of joint ventures and state-owned mining assets. It will identify shortcomings, assess uncollected revenues and recommend corrective measures.
The president also called for the mandatory interconnection of agencies involved in the mining sector to be finalized. These include OGEFREM, the OCC, the DGDA, the Central Bank of Congo and commercial banks. The objective is to ensure that no export or import transaction escapes an integrated traceability system.
Ultimately, the authorities aim to track a single flow from the logistics document through to duty payments, foreign currency repatriation and effective public revenue collection. The first findings from this work are expected no later than June 15, 2026.
The reform aims to align the mining sector’s performance with stronger public revenue mobilization and increased foreign exchange reserves, which the government has described as a lever of monetary sovereignty.
Boaz Kabeya
La République démocratique du Congo veut renforcer le suivi des exportations minières, depuis la sortie physique des cargaisons jusqu’au rapatriement des devises et à l’encaissement des recettes publiques. Lors du Conseil des ministres du 24 avril 2026, le président de la République, Félix Tshisekedi, a instruit le lancement, dans un délai de 30 jours, d’un audit sur la chaîne de captation des revenus miniers.
Cette décision intervient alors que les exportations du secteur restent à des niveaux élevés. Selon le compte rendu du Conseil, la RDC a exporté 3 100 234 tonnes de cuivre et environ 220 000 tonnes de cobalt en 2024. En 2025, les exportations de cuivre ont encore progressé pour atteindre 3 403 006,63 tonnes.
Pour l’exécutif, le problème ne se situe donc pas du côté de la production, mais dans la capacité de l’État à capter effectivement les revenus générés. Le compte rendu évoque une faiblesse dans la chaîne allant de l’exportation jusqu’à l’encaissement public, ainsi que le non-rapatriement d’une partie des devises minières.
Le rapatriement des recettes d’exportation est pourtant déjà encadré. La réglementation de change de la Banque centrale du Congo impose la domiciliation et le suivi des opérations de change via les banques agréées, avec l’intervention des services publics concernés dans le circuit d’information. Le Code minier révisé impose aussi aux titulaires miniers de rapatrier leurs recettes d’exportation : pendant la phase d’amortissement, les opérateurs peuvent conserver 40 % à l’étranger, mais doivent rapatrier 60 % dans un compte ouvert en RDC ; une fois l’investissement amorti, l’intégralité des recettes doit être rapatriée.
En 2025, la Banque centrale a durci les sanctions contre les opérateurs miniers et pétroliers ne respectant pas leurs obligations de change. Selon une analyse d’AKILI Consulting, les amendes pour non-déclaration de comptes à l’étranger ont été relevées de plus de 1 000 %, tandis que de nouvelles pénalités ont été introduites pour certaines pratiques, notamment les fausses déclarations ou le recours à des sociétés-écrans.
Renforcement de la chaîne de traçabilité
Le nouvel audit devra porter sur deux volets : le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation et la gouvernance des joint-ventures ainsi que des actifs miniers de l’État. Il devra identifier les manquements, évaluer les recettes non perçues et proposer des mesures de redressement.
Le président a également demandé de finaliser l’interconnexion obligatoire entre les administrations et services intervenant dans la chaîne minière, notamment l’OGEFREM, l’OCC, la DGDA, la Banque centrale du Congo et les banques commerciales. L’objectif est qu’aucune opération d’exportation ou d’importation n’échappe à une chaîne intégrée de traçabilité.
À terme, les autorités veulent pouvoir suivre un même flux depuis le bordereau logistique jusqu’au paiement des droits, au rapatriement des devises et à l’encaissement effectif des recettes publiques. Les premières conclusions de ces travaux sont attendues au plus tard le 15 juin 2026.
Cette réforme vise à faire correspondre les performances du secteur minier avec une meilleure mobilisation des recettes publiques et une consolidation des réserves de change, présentées par l’exécutif comme un levier de souveraineté monétaire.
Boaz Kabeya
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Fonds de garantie de l'entrepreneuriat (FOGEC) has strengthened its partnership with Bisou Bisou microfinance institution through a $1 million guarantee to expand access to credit for women and young entrepreneurs.
According to a FOGEC statement published on April 24, 2026, the funds come from a private donation raised to support youth and women entrepreneurs. The amount has been placed in a fixed-term account with Bisou Bisou to serve as collateral for new loans.
Two financial products
Two financial products are covered under the arrangement. The first, called "Elubu ya mamans," targets women working in the informal catering sector, particularly those running small roadside eateries commonly known as "mamans malewa." It provides credit tailored to their business needs.
The second product, "Bilenge ya motuya," is aimed at young entrepreneurs aged 18 to 35, as well as micro, small and medium-sized enterprises. It provides financing to help them stabilize or grow their businesses.
For FOGEC and Bisou Bisou, the arrangement is meant to address the financing needs of small entrepreneurs, who are often excluded from conventional credit markets due to insufficient collateral.
The initiative follows a first phase launched several months earlier in support of rural women, particularly those organized within the Réseau national des femmes rurales (RENAFER). A $2 million guarantee was announced at the time, with individual loans of up to $5,000.
Ronsard Luabeya
Le Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo (FOGEC) renforce son partenariat avec la microfinance Bisou Bisou à travers la mise en place d’une garantie de 1 million de dollars destinée à soutenir l’accès au crédit des femmes et des jeunes entrepreneurs.
Selon une communication du FOGEC publiée le 24 avril 2026, cette enveloppe provient d’une donation privée mobilisée pour appuyer l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Le montant a été placé sous forme de dépôt à terme (DAT) auprès de Bisou Bisou afin de servir de garantie pour de nouveaux crédits.
Deux produits financiers sont concernés. Le premier, dénommé « Elubu ya mamans », cible les femmes actives dans la restauration populaire, notamment les tenancières de gargotes communément appelées « mamans malewa ». Il doit leur permettre d’accéder à des crédits adaptés à leurs besoins d’exploitation.
Le second produit, « Bilenge ya motuya », s’adresse aux jeunes entrepreneurs âgés de 18 à 35 ans, ainsi qu’aux micros, petites et moyennes entreprises. Il vise à leur offrir un levier financier pour stabiliser ou développer leurs activités.
Pour le FOGEC et Bisou Bisou, ce dispositif doit permettre de répondre plus directement aux besoins de financement des petits entrepreneurs, souvent exclus du crédit classique faute de garanties suffisantes.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’une première phase lancée quelques mois plus tôt en faveur des femmes rurales, notamment celles regroupées au sein du Réseau national des femmes rurales (RENAFER). À cette occasion, une garantie de 2 millions de dollars avait été annoncée, avec des crédits individuels pouvant atteindre 5 000 dollars.
Ronsard Luabeya
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A Congolese civil society organization is calling for a broad judicial investigation into public procurement contracts at a fund created to compensate victims of Ugandan military operations in the Democratic Republic of Congo.
The Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) issued the call after the Justice Ministry ordered the prosecutor-general at the Court of Cassation on April 17, 2026, to open an investigation into a contract awarded to a company called DIVO SARL.
In a statement published April 23, CREFDL urged authorities to broaden the investigation beyond that single contract to cover all public procurement by the Fonds de réparation et d'indemnisation des victimes des activités illicites de l'Ouganda en RDC (FRIVAO). The organization estimated the total value of contracts it considers irregular at $34.6 million for the period 2022 to 2025. Those payments, CREFDL said, were made in violation of public procurement law and should be examined by the courts.
CREFDL's call came as Chançard Bolukola, who served as FRIVAO's national coordinator between August 2024 and July 2025, remains detained. Bolukola was arrested on July 25, 2025, and faces charges including the alleged embezzlement of funds intended for victims and breaches of public procurement rules. CREFDL said the ongoing judicial proceedings align with the recommendations set out in its civil society investigation report published in September 2025.
$195 million received, 2% paid to victims
According to that report, FRIVAO received nearly $195 million between 2022 and 2024, part of which was designated to compensate victims of the Kisangani war. CREFDL said, however, that only $2.08 million had actually been paid to victims as of October 8, 2024, representing less than 2% of the $105.1 million allocated for that purpose.
The April 23 statement listed several contested payments: $14.9 million to Congo Energy for the rehabilitation of the Tshopo power plant, $9 million to SNEL for Kisangani's electrical grid, $4 million to the ICCN for Kisangani's zoological and botanical garden, and $1.75 million to OVDA Tshopo for a peace stabilization project.
The DIVO SARL contract, which prompted the Justice Ministry's original order, also appears on CREFDL's list. It involves an advance payment of $512,000 for the production of a documentary on the GENOCOST. In its April 17 statement, the Justice Ministry cited strong indications of irregularities, including the disbursement of more than $1 million, the absence of deliverables meeting contractual standards, and alleged violations of public financial management rules.
From his cell at Makala central prison, Bolukola disputes the account that the documentary cost $1.6 million and runs only six minutes. In a handwritten letter dated April 19, 2026, and relayed by Actualite.cd, he said the contract was instead worth $640,000 before taxes and that the film runs approximately one hour and 14 minutes. He also rejected the accusations against his management of the fund.
That dispute sharpens the stakes of the judicial investigation, which will need to establish the actual amount committed, the payments made, whether deliverables meet contractual standards, and who is responsible for managing the funds intended for victims.
Boaz Kabeya
Après l’injonction donnée, le 17 avril 2026, par le ministère de la Justice au Procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir des investigations sur un contrat conclu avec la société DIVO SARL, le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) appelle à élargir l’examen judiciaire à l’ensemble des marchés publics passés par le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO).
Dans un communiqué publié le 23 avril, l’organisation estime à 34,6 millions de dollars le volume des marchés publics qu’elle juge irréguliers entre 2022 et 2025. Ces paiements, selon le CREFDL, auraient été effectués sans respect de la législation sur les marchés publics et devraient faire l’objet d’un examen par la justice.
L’appel du CREFDL intervient alors que le coordonnateur national du FRIVAO entre août 2024 et juillet 2025, Chançard Bolukola, arrêté depuis le 25 juillet 2025, est poursuivi notamment pour détournement présumé de fonds destinés à l’indemnisation des victimes et violation de la loi relative aux marchés publics. L’organisation affirme que la procédure judiciaire en cours rejoint les recommandations formulées dans son rapport d’enquête citoyenne publié en septembre 2025.
Selon ce rapport, le FRIVAO a reçu près de 195 millions dollars entre 2022 et 2024, dont une partie devait servir à l’indemnisation des victimes de la guerre de Kisangani. Le CREFDL affirme toutefois que seulement 2,08 millions de dollars auraient été effectivement versés aux victimes jusqu’au 8 octobre 2024, soit moins de 2 % des 105,1 millions dollars affectés à cette indemnisation.
Dans le détail, le communiqué du 23 avril cite plusieurs paiements contestés, dont 14,9 millions dollars à Congo Energy pour la réhabilitation de la centrale de la Tshopo, 9 millions dollars à la SNEL pour le système électrique de Kisangani, 4 millions dollars à l’ICCN pour le jardin zoologique et botanique de Kisangani, ainsi que 1,75 million dollars à l’OVDA Tshopo pour un projet de stabilisation de la paix.
Le contrat DIVO SARL, à l’origine de l’injonction du ministère de la Justice, figure également dans la liste du CREFDL, avec un acompte de 512 000 dollars versé pour la production d’un documentaire sur le GENOCOST. Dans son communiqué du 17 avril, le ministère de la Justice avait évoqué de fortes présomptions d’irrégularités, notamment le décaissement de plus d’un million de dollars, l’absence de livrables conformes et des violations présumées des règles de gestion des finances publiques.
Depuis sa cellule à la prison centrale de Makala, l’ancien coordonnateur national a.i. du FRIVAO, Chançard Bolukola, conteste toutefois la version selon laquelle ce documentaire aurait coûté 1,6 million dollars pour une durée de six minutes. Dans une lettre manuscrite datée du 19 avril 2026 et relayée par Actualite.cd, il affirme que le contrat portait plutôt sur 640 000 dollars hors taxes et que le film aurait une durée d’environ 1 h 14, tout en rejetant les accusations portées contre sa gestion.
Cette contestation renforce l’enjeu des investigations judiciaires, qui devront établir le montant réellement engagé, les paiements effectivement exécutés, la conformité des livrables et les responsabilités éventuelles dans la gestion des fonds destinés aux victimes.
Boaz Kabeya