D’ici 2050, 111 millions de personnes devraient résider en milieu urbain en RDC, contre 43,3 millions estimés en 2020. C’est ce qu’indique le rapport Dynamiques de l’urbanisation africaine 2025, publié le 6 mars par l’OCDE, en partenariat avec la BAD, Cities Alliance et l’organisation Gouvernements Locaux Unis pour l’Afrique (CGLU Afrique).
Avec cet effectif, la RDC afficherait la troisième plus grande population urbaine d’Afrique, derrière le Nigeria (250 millions) et l’Égypte (147 millions), représentant près de 64 % de sa population totale en 2050. En 2020, 47 % des Congolais vivaient en ville, un taux qui devrait atteindre 50 % d’ici fin 2025, selon le rapport.
Face à cette croissance, Kinshasa ne sera pas seule à absorber les nouveaux citadins. L’OCDE estime que la RDC, plus vaste pays d’Afrique subsaharienne, devrait compter 17 grandes agglomérations urbaines d’ici 2050, se classant ainsi deuxième derrière le Nigeria (30).
« L’augmentation de la superficie des grandes agglomérations urbaines devrait être particulièrement rapide en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, la plupart des grandes agglomérations à la croissance la plus rapide se trouvant en République démocratique du Congo et au Burkina Faso », indiquent les auteurs.
De manière plus globale, l’explosion démographique urbaine annoncée par l’OCDE s’accompagnera de nombreux défis pour les autorités, notamment en matière d’accès aux services publics de base (eau, électricité, éducation, santé). En plus, il faudra réaliser les infrastructures essentielles comme les voiries et planifier l’expansion des villes pour faciliter la mobilité urbaine et la gestion des déchets.
Parallèlement, cette dynamique offrira d’importantes opportunités d’investissement pour le secteur privé, notamment dans le logement, l’alimentation et le transport, qui constituent des postes de dépenses majeurs pour les citadins.
Espoir Olodo
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La République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à expérimenter l’asphaltage des routes avec des déchets plastiques recyclés. Un protocole d’entente a été signé entre le gouvernement congolais et le Collège d’ingénierie Thiagarajar de l’Inde. C’était le 13 mars 2025, lors de la cérémonie d’ouverture de l’atelier consacré à la présentation du projet.
Situé à Madurai, en Inde, le Collège d’ingénierie Thiagarajar est une institution qui promeut la recherche et l’innovation et développe des solutions technologiques durables en collaboration avec des partenaires académiques et industriels.
La ministre d’État en charge de l’Environnement et du Développement durable, Ève Bazaiba Masudi, a souligné que cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme d’actions quinquennal (2024-2028) du gouvernement, notamment dans son pilier 6 dédié à la gestion durable des écosystèmes face au changement climatique. Elle vise non seulement à améliorer l’état des infrastructures routières du pays, mais aussi à répondre aux enjeux environnementaux liés à la gestion des déchets.
L’idée est en effet de lutter contre la pollution plastique tout en renforçant la durabilité des routes en intégrant les déchets plastiques dans la fabrication de l’asphalte destiné à la construction des infrastructures routières. Ce procédé, utilisé en Inde depuis une dizaine d’années, se répand progressivement dans d’autres pays. Selon les termes du protocole d’entente, la RDC bénéficiera d’une licence définitive pour l’exploitation et la commercialisation de cette technologie de chaussées souples à base de déchets plastiques.
L’Office des routes (OR), l’Office des voiries et drainage (OVD) ainsi que l’Institut national du bâtiment et des travaux publics seront impliqués dans l’expérimentation et la mise en œuvre du projet. « L’objectif est d’assurer un transfert effectif des compétences et de doter le pays d’une expertise locale en matière de routes intelligentes et durables », a précisé la ministre.
La gestion des déchets plastiques constitue un défi majeur, notamment à Kinshasa, où les bouteilles en plastique envahissent les cours d’eau et obstruent les drains, provoquant des inondations à la moindre pluie. Malgré de nombreuses initiatives, les solutions mises en place ont eu un impact limité.
En 2015, des investissements ont été engagés pour améliorer la gestion des déchets dans la ville avec le soutien de l’Union européenne. Cela a permis la mise en place d’une usine de traitement des déchets plastiques et de 61 stations de collecte des ordures.
En 2022, la société américaine Clean-Seas a signé un accord pour une période de cinq ans renouvelables, incluant le recyclage et le traitement des déchets plastiques. À cette occasion, l’entreprise annonçait un investissement de 30 millions de dollars pour la construction d’une centrale thermique à Kinshasa, visant à convertir quotidiennement 200 tonnes de déchets plastiques en produits énergétiques, notamment des lubrifiants industriels, du diesel et du charbon solide. Ce projet prévoyait également la production annuelle de 96 MWh d’électricité, destinée à être intégrée au réseau national via la Société Nationale d’Électricité (SNEL).
Ronsard Luabeya, stagiaire
Le recul des exportations d’or artisanal de la République Démocratique du Congo (RDC) pourrait se poursuivre en 2025, après une chute de 66 % l’an dernier. La société publique DRC Gold Trading SA, qui a pris la relève de Primera Gold, peine à stabiliser ses opérations en raison des tensions sécuritaires persistantes dans l’est du pays. Ce qui pourrait développer la contrebande et réduire les exportations légales.
En janvier 2025, DRC Gold Trading SA a exporté 200 kg d’or depuis ses succursales de Kalemie (Tanganyika) et Bukavu (Sud-Kivu). Toutefois, dans un communiqué publié le 11 mars, l’entreprise a annoncé la suspension de ses achats auprès des mineurs artisanaux à Bukavu. Cette décision fait suite à l’avancée des groupes rebelles dans la région, poussant le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, à interdire l’exploitation dans plusieurs sites miniers.
Le Sud-Kivu a représenté plus de 90 % des exportations d’or artisanal en 2023 et 2024. En revanche, les provinces du Tanganyika et de l’Ituri, où DRC Gold Trading SA envisage d’intensifier ses activités pour compenser la suspension des opérations au Sud-Kivu, ne pèsent actuellement que 5 % des exportations officielles. Si l’entreprise ne parvient pas à redéployer ses opérations efficacement, 2025 pourrait enregistrer une deuxième année consécutive de repli des exportations d’or artisanal.
En 2023, la RDC a exporté 5,18 tonnes d’or artisanal, marquant une progression spectaculaire de 12 000 % par rapport à l’année précédente. Cette performance exceptionnelle était en grande partie due à Primera Gold, une coentreprise entre l’État congolais et le groupe émirati Primera Group, chargé de ramener dans le circuit officiel l’or extrait de manière artisanale. Cependant, l’arrêt de ses activités à la mi-2024, invoquant des difficultés logistiques et sécuritaires, a fortement impacté le procéssus. En 2024, les exportations ont chuté à 1,75 tonne, soit une baisse de 66 %, selon les statistiques du ministère des Mines publiées en mars.
À moyen terme, l’évolution des exportations d’or artisanal en RDC dépend d’une amélioration de la situation sécuritaire. Les pourparlers de paix prévus en Angola le 18 mars pourraient donner des indications sur un éventuel apaisement. Toutefois, en l’absence de signaux concrets, les perspectives restent incertaines.
Dans ce contexte, l’objectif de DRC Gold Trading SA d’exporter 150 tonnes d’or en cinq ans paraît de plus en plus compromis.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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La République Démocratique du Congo (RDC) et la Chine discutent d’un accord de coopération visant à permettre au pays de produire annuellement 5 millions de poussins de poules à plumes blanches. Cette initiative a été évoquée le 11 mars 2025, lors de la visite d’une délégation chinoise au ministère de la Pêche et de l’Élevage. Concrètement, il est question d’importer de la Chine chaque année de 50 000 couples de reproducteurs parentaux, capables de fournir ces 5 millions de poussins, afin de garantir un approvisionnement en volailles de qualité.
Plus largement, l’objectif est de moderniser la chaîne de valeur avicole en RDC. La coopération sino-congolaise en gestation devrait donc également comprendre un transfert de technologies et une formation des éleveurs congolais. La Chine se dit prête à fournir des manuels techniques, des solutions de gestion intelligente et un appui en sélection génétique pour améliorer la résistance des volailles aux maladies. Chaque année, des experts chinois devraient aussi dispenser deux formations sur site, bénéficiant à 100 éleveurs locaux, afin de moderniser la filière et de renforcer l’autosuffisance alimentaire en RDC.
À ce stade, les discussions portent sur l’élaboration d’un mémorandum d’entente entre les opérateurs chinois et les autorités congolaises. Conduite par le vice-ministre chinois du Commerce extérieur, Zhang Qingwei, la délégation comprenait des représentants de Shandong Guangming Biotech et de Luchuan International Trade, laissant ainsi penser que ces deux entreprises jouent un rôle central dans la mise en place de cet accord de coopération en cours de négociation.
Shandong Guangming Biotech est une entreprise chinoise spécialisée dans l’élevage de poulets de chair. Elle a récemment conclu un partenariat avec Yike Food, un transformateur avicole chinois, en vue de collaborer sur des projets de développement du secteur, notamment à travers la co-application et la mise en œuvre de programmes nationaux et provinciaux de reproduction avicole.
Filière locale non compétitive
De son côté, Shanghai Lusheng International Trade est une société commerciale chinoise spécialisée dans la fabrication et l’exportation de divers produits industriels, notamment des vannes, des tuyaux en acier inoxydable et des accessoires conformes aux normes GB, ASTM, BS, JIS et DIN.
Le 18 octobre 2024, le Conseil des ministres a approuvé un projet pilote visant à relancer la production avicole en RDC. Ce programme, qui devrait être déployé sur huit pôles à travers le pays, ambitionne de structurer les filières avicoles et de renforcer les interactions entre l’aviculture moderne et paysanne afin de garantir la sécurité et la souveraineté alimentaire en matière de produits avicoles, incluant la viande, les œufs et leurs dérivés. On ignore pour l’instant si le projet de coopération s’inscrit dans la perspective de la mise en œuvre de ce programme.
Une chose est sûre, ces discussions interviennent dans un contexte marqué par une hausse des importations de poulet en RDC, notamment en provenance de l’Union européenne (UE). Selon le Département américain de l’Agriculture (USDA), ces importations pourraient atteindre jusqu’à 140 000 tonnes en 2024.
L’attractivité des importations repose sur des prix particulièrement bas. En 2024, le prix FOB de la tonne de viande de poulet européenne destinée à la RDC était inférieur à 1 000 dollars, contre près de 4 000 dollars pour la Guinée et 2 250 dollars pour le Bénin. Cette forte compétitivité des importations met en difficulté les producteurs locaux, d’autant que le coût de production d’un poulet à Kinshasa dépasse souvent 2,3 dollars, soit un niveau supérieur au prix d’importation.
Boaz Kabeya, stagiaire
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Au cours de la première semaine de mars 2025, une délégation du Fonds monétaire international (FMI) en provenance de Washington a séjourné à Kinshasa. En l’absence d’un communiqué de fin de mission, Bankable s’est rapproché du représentant résident du FMI en République Démocratique du Congo (RDC) afin d’en comprendre les enjeux.
En poste depuis octobre 2024, après six années passées au même poste au Mali, René Tapsoba a accepté de répondre à nos questions. L’économiste, passé également par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), évoque l’impact de la crise sécuritaire sur la mise en œuvre du nouveau programme de la RDC avec le Fonds, ainsi que l’aide que l’institution de Bretton Woods est en mesure d’apporter à un pays qui, face à l’escalade du conflit à l’est, pourrait avoir un besoin accru de ressources en devises pour financer ses dépenses militaires.
Bankable : Au début du mois de mars, une mission du FMI s’est rendue en RDC. Depuis la validation du programme le 15 janvier, le pays a connu un choc interne marqué par l’intensification du conflit au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Dans ce contexte, quel état d’esprit avez-vous trouvé au sein de l’administration congolaise ?
René Tapsoba : Comme vous le soulignez, à peine deux semaines après l’approbation des deux programmes soutenus par le FMI, la RDC s’est retrouvée confrontée à une escalade des hostilités dans l’est du pays. Nous regrettons vivement cette détérioration de la situation sécuritaire, qui s’accompagne d’un drame humanitaire.
A la suite de notre directrice générale, qui a exprimé sa solidarité au ministre des Finances lors d’une récente rencontre à Washington, je tiens ici à réitérer notre compassion et notre soutien à toutes les populations durement éprouvées par cette violence. Nous espérons un retour rapide à la paix et à la sécurité, afin que la RDC puisse se concentrer sur l’essentiel : mobiliser ses ressources et son énergie à l’exploitation de son immense potentiel en vue de parvenir à un développement socio-économique plus harmonieux, mieux partagé et plus durable.
Cela dit, nous avons été très encouragés par la volonté réaffirmée du gouvernement de poursuivre la mise en œuvre des deux programmes, malgré un contexte plus difficile. Le ministre des Finances l’avait déjà assuré à la directrice générale à Washington et, au cours de la mission de la semaine dernière, notre équipe a pu constater cet esprit de résilience chez ses différents interlocuteurs dans les services techniques.
« Au cours de la mission de la semaine dernière, notre équipe a pu constater cet esprit de résilience chez ses différents interlocuteurs dans les services techniques. »
Nous avons perçu un intérêt renouvelé pour consolider les efforts de stabilisation macroéconomique et approfondir les réformes, malgré les défis croissants. Bien entendu, nos interlocuteurs ont également témoigné leur solidarité envers leurs compatriotes de l’Est.
Bankable : Les autorités se sont engagées à fournir une quarantaine d’indicateurs dans le cadre de la Facilité élargie de crédit, ainsi qu’une douzaine dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Avez-vous obtenu toutes ces informations nécessaires pour la première revue ?
René Tapsoba : Avant tout, il convient de préciser que si les discussions dans le cadre de la mission formelle consacrée à la première revue du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit sont provisoirement prévues pour avril, elles devront être suivies d’un processus de revue interne au FMI, avant la soumission du dossier au Conseil d’administration, probablement en fin juin ou plus tôt. Ce n’est donc qu’après l’approbation par le Conseil d’administration qu’un second décaissement au titre de la Facilité élargie de crédit pourrait intervenir, ce qui ne saurait se faire avant fin juin 2025.
Pour la Facilité pour la résilience et la durabilité, la première échéance est prévue pour octobre-novembre 2025. Si les réformes sont mises en œuvre dans les délais, cela pourra ouvrir la voie à un décaissement de deux tranches après approbation par le Conseil d’administration, prévu pour la fin décembre ou le début de janvier 2026.
Bankable : Ces précisions étant faites, pouvez-vous nous dire si vous avez reçu les informations attendues ?
René Tapsoba : Nos différents interlocuteurs au sein des services techniques ont fourni tous les efforts nécessaires pour les mettre à disposition les données et informations demandées. Les premières mesures ont déjà été mises en place pour garantir l’atteinte des réformes attendues dans les délais impartis.
« Les premières mesures ont déjà été mises en place pour garantir l’atteinte des réformes attendues dans les délais impartis. »
Pour la Facilité pour la résilience et la durabilité, les échéances sont relativement plus éloignées, ce qui laisse une certaine marge de manœuvre. S’agissant de la Facilité élargie de crédit, nous avons bien reçu les données initialement requises. Toutefois, compte tenu des implications macroéconomiques et budgétaires potentielles de l’escalade de la crise sécuritaire et de ses conséquences humanitaires, il sera nécessaire de collecter des données supplémentaires afin de réévaluer le cadrage macroéconomique en fonction de ces nouveaux développements.
Ce travail sera essentiel pour préparer, dans les meilleurs délais, la mission formelle dédiée à la première revue du programme prévue autour du mois d’avril. En résumé, toutes les données initialement demandées ont été obtenues, mais le nouveau contexte exige un complément d’information pour affiner l’analyse des implications macroéconomiques et budgétaires.
Bankable : Faut-il en conclure qu’un réexamen du programme aura lieu avant la première revue ?
René Tapsoba : Non, il ne s’agit pas d’un réexamen du programme, mais d’une réévaluation des implications macroéconomiques potentielles, car nous faisons face à un choc. Lorsqu’un tel événement survient, il est essentiel d’analyser ses répercussions sur plusieurs aspects : le secteur réel (croissance, inflation), la balance des paiements et la gestion des finances publiques.
« Non, il ne s’agit pas d’un réexamen du programme, mais d’une réévaluation des implications macroéconomiques potentielles, car nous faisons face à un choc. »
Nous devons également examiner les mesures prises par les autorités pour atténuer l’impact du choc et identifier la part des répercussions échappant à leur contrôle. En effet, malgré les actions internes mises en place, certaines conséquences ne peuvent être absorbées par des mesures de compensation. Il est donc crucial de procéder à une analyse rigoureuse de la situation. Pour cela, nous poursuivons nos discussions avec les autorités et avons demandé des données et informations supplémentaires.
Bankable : Est-ce la crise à l’est qui a provoqué un glissement du calendrier, repoussant à juin le deuxième décaissement qu’on croyait attendu en mai ?
René Tapsoba : Je tiens tout d’abord à préciser que le fait que le décaissement n’interviendra qu’après fin juin n’est pas lié à la crise sécuritaire. Il s’agit du calendrier normal. La mission se tient généralement à la fin avril ou au début mai. Une fois les discussions conclues, si elles sont satisfaisantes, un accord préliminaire au niveau des services est généralement annoncé à la mi-mai. Mais cette annonce ne donne pas immédiatement droit au décaissement. Il faut ensuite passer par le circuit interne de revue avant la soumission au Conseil d’administration, ce qui intervient généralement à la fin juin, voire parfois début juillet. Il est donc important de noter que ce processus est indépendant de l’escalade de la crise sécuritaire.
Bankable : De nombreuses personnes s’interrogent sur le processus d’évaluation du FMI et la manière dont ses conclusions sont établies. Pourriez-vous expliquer comment le FMI détermine, à l’issue d’une revue, si un décaissement peut être effectué ou, au contraire, s’il doit être suspendu ?
René Tapsoba : L’évaluation de la performance repose sur plusieurs critères. D’un côté, il y a l’observance des critères quantitatifs. Dans le cas de la RDC, cela inclut, par exemple, le respect des engagements de la Banque centrale et le plafond d’endettement extérieur contracté par le gouvernement.
D’un autre côté, nous évaluons les progrès dans la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment celles liées à la modernisation de la gestion des finances publiques. Pour le programme actuel, cela comprend, par exemple, l’adhésion à la chaîne de la dépense, la réduction des dépenses exécutées en procédure d’urgence et l’opérationnalisation de la Direction générale du Trésor, entre autres mesures.
Nous prenons également en compte les objectifs indicatifs. Bien qu’ils aient un poids juridique moindre que les critères quantitatifs ou les repères structurels, ils restent essentiels. Par exemple, en RDC, nous examinons le niveau minimal prévu pour certaines dépenses budgétaires prioritaires, notamment dans les secteurs sociaux tels que la santé, la protection sociale et l’humanitaire. L’objectif est de s’assurer que le programme soutenu par le FMI garantit une protection adéquate des segments les plus vulnérables de la population.
Bankable : Les chocs, comme la guerre à l’est, sont-ils pris en considération dans cette évaluation ?
René Tapsoba : Je tiens à souligner que nous ne sommes pas des robots au FMI. Nous évaluons attentivement les écarts de performance imputables à des chocs extérieurs qui échappent totalement au contrôle des autorités.
« Je tiens à souligner que nous ne sommes pas des robots au FMI. Nous évaluons attentivement les écarts de performance imputables à des chocs extérieurs qui échappent totalement au contrôle des autorités. »
Nous veillons à différencier ce qui peut être compensé par des mesures correctives et ce qui dépasse leur capacité d’intervention. C’est pourquoi nous demandons des données et des informations supplémentaires pour affiner notre analyse de la situation.
Bankable : Les ressources apportées par le FMI servent généralement à financer les déséquilibres liés à la capacité du pays à régler ses factures à l’international. Comment ces ressources sont-elles prises en compte dans le budget et dans l’économie du pays ?
René Tapsoba : Dans le programme précédent soutenu par la Facilité élargie de crédit, les ressources décaissées étaient exclusivement destinées à l’appui de la balance des paiements. Comme vous l’indiquez, elles servaient à renforcer les réserves internationales de la Banque centrale, afin d’assurer la capacité du pays à honorer ses obligations financières à l’international et à accroître sa résilience face aux chocs externes.
En revanche, dans le cadre du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, approuvé par le Conseil d’administration en janvier, il a été convenu, à la demande des autorités congolaises, qu’une partie des décaissements puisse être allouée au budget de l’État.
Cependant, cette allocation budgétaire est conditionnée à des progrès tangibles dans la modernisation de la gestion des finances publiques.
« Cependant, cette allocation budgétaire est conditionnée à des progrès tangibles dans la modernisation de la gestion des finances publiques. »
Si ces avancées sont constatées dans les mois à venir, alors, en plus du renforcement des réserves internationales, une partie des décaissements pourrait être orientée vers le budget de l’État.
Bankable : Le prochain décaissement est estimé à 190,4 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), soit un peu plus de 266,6 millions de dollars. Au regard de la dégradation de la situation sécuritaire à l’est du pays, qui entraîne une hausse des dépenses militaires en devises, peut-on s’attendre à ce qu’un décaissement plus important soit réalisé après la première revue ?
René Tapsoba : Nous continuons d’évaluer les conséquences budgétaires de la crise sécuritaire. Une fois cette analyse suffisamment avancée, les implications éventuelles en matière de paramétrage du programme, y compris les hypothèses de financement, pourront être discutées en interne au FMI.
L’appréciation de ces implications dépendra des mesures de compensation envisagées par les autorités ainsi que des appuis financiers mobilisables auprès des autres partenaires de développement. Dans ce genre de situation, nous privilégions ce que nous appelons un partage équitable de la charge financière. Cela signifie que, lorsqu’un besoin de financement additionnel se présente en raison d’un choc externe, le FMI ne peut pas être le seul à apporter son soutien.
Les autres partenaires, comme la Banque mondiale et les bailleurs bilatéraux, sont également appelés à contribuer, tandis que les autorités sont invitées à prendre des mesures d’ajustement en interne. Ce n’est qu’après avoir fait le point sur ces financements additionnels et les efforts internes que le FMI pourra discuter d’une éventuelle réévaluation de son soutien financier. Voilà ce que je peux dire à ce stade.
Bankable : Lors d’un Conseil des ministres, le gouvernement a indiqué qu’il prévoyait de discuter avec le FMI de la possibilité d’allouer une partie des ressources mises à sa disposition au financement des dépenses sociales des militaires engagés sur le front à l’est du pays. Avez-vous reçu une telle requête de la part des autorités ? Et si cette demande a été formulée, pensez-vous que le FMI pourrait y donner une suite favorable ?
René Tapsoba : Dans tous les pays, notre approche ne se focalise pas sur l’affectation spécifique des ressources à une ligne de dépenses particulière. Nos discussions portent sur le cadre macroéconomique global, l’équilibre budgétaire et les modalités de financement des éventuels déficits.
Lors de la mission de la semaine dernière, les autorités ne sont pas venues pour aborder spécifiquement la question du financement du soutien social aux forces de sécurité. Toutefois, elles ont évoqué certaines mesures budgétaires qu’elles envisagent, y compris celles que vous mentionnez.
Au FMI, nous n’accordons pas de financements dédiés à des projets spécifiques, contrairement à d’autres partenaires de développement. Nos interventions prennent la forme d’un soutien budgétaire général ou d’un appui aux réserves internationales. Les ressources allouées sont intégrées au budget de l’État, ce qui laisse au gouvernement une certaine flexibilité dans leur utilisation.
C’est pourquoi, lors de nos échanges avec les autorités, nous analysons les répercussions budgétaires globales et veillons à ce que l’exécution du budget 2025 tienne compte de ces nouveaux défis.
Bankable : M. Tapsoba, doit-on comprendre qu’une fois que le FMI accorde un appui budgétaire, les autorités congolaises disposent librement de ces fonds et peuvent les utiliser selon leurs propres priorités ?
René Tapsoba : Justement, c’est ce que j’ai tenté d’expliquer tantôt. Lors de nos missions, nous analysons les besoins de financement. Si un accord est conclu pour qu’une partie du soutien du FMI soit allouée au budget, alors ces ressources deviennent effectivement fongibles au sein du Trésor public. Cela signifie que le gouvernement peut les utiliser dans l’exécution de son budget, en fonction des priorités qu’il aura définies en amont. Ces priorités auront toutefois été discutées avec le FMI dans le cadre du programme.
Bankable : C’est ce qui s’est passé dans le cadre du Programme de développement local des 145 territoires (PDL 145) ?
René Tapsoba : Ce ne sont pas les décaissements au titre de la Facilité élargie de crédit qui ont servi à financer le PDL 145. Si vous vous souvenez, en 2021, le FMI avait alloué des DTS de manière exceptionnelle à tous les pays membres pour les aider à faire face aux répercussions de la Covid-19. Dans ce cadre, la RDC avait reçu 1,5 milliard de dollars en DTS. Il avait été convenu que la moitié de cette allocation serait utilisée pour renforcer les réserves internationales de la Banque centrale, tandis que l’autre moitié serait allouée au budget, en raison des difficultés financières du pays à cette période.
« Ce ne sont pas les décaissements au titre de la Facilité élargie de crédit qui ont servi à financer le PDL 145. »
C’est le gouvernement, en toute souveraineté, qui a décidé d’affecter 511 millions de dollars, issus de cette deuxième tranche, au financement du PDL 145. Ainsi, pour être clair : les ressources issues du programme précédent soutenu par la Facilité élargie de crédit n’ont pas servi à financer le PDL 145. La confusion vient probablement du fait que le montant du programme précédent était similaire à celui de l’allocation exceptionnelle des DTS.
Bankable : Plus de 90 % des dépôts bancaires en RDC sont constitués en dollars américains, malgré les efforts de la Banque centrale et des autorités pour dédollariser l’économie. Comment le programme avec le FMI prend-il en compte cette situation ?
René Tapsoba : La dédollarisation est un processus qui ne se décrète pas, mais qui se construit progressivement. La clé du succès réside dans la restauration de la confiance des agents économiques dans la monnaie nationale.
L’expérience internationale montre qu’il s’agit d’un processus de long terme, dont l’épine dorsale repose sur l’ancrage durable de la crédibilité des politiques économiques. Les programmes soutenus par le FMI, qu’il s’agisse du programme précédent ou de l’actuel programme avec la Facilité élargie de crédit, visent à jeter des bases solides pour renforcer la stabilité macroéconomique. Cela passe par l’amélioration de la crédibilité des politiques monétaires et budgétaires, un meilleur alignement entre la politique monétaire et la politique budgétaire, ainsi que la diversification de l’économie.
« La dédollarisation est un processus qui ne se décrète pas, mais qui se construit progressivement. La clé du succès réside dans la restauration de la confiance des agents économiques dans la monnaie nationale. »
La coordination entre ces différentes politiques est essentielle pour restaurer la confiance dans la monnaie nationale. La stratégie des autorités congolaises s’inscrit dans cette logique. Cependant, comme dans tout processus de dédollarisation, il faut du temps, de la patience et une mise en œuvre cohérente des réformes. Une fois ces prérequis bien ancrés, la dollarisation pourra être progressivement réduite, à mesure que la crédibilité retrouvée de la monnaie nationale s’affirme.
Les maîtres mots ici sont : crédibilité, confiance, patience et persévérance. Sans cela, toute tentative de dédollarisation risque d’être contre-productive. Avec les réformes en cours et le soutien du FMI, les autorités congolaises avancent dans la bonne direction pour poser les fondations solides nécessaires à la réduction durable de la dollarisation.
Interview réalisée par Idriss Linge et Aboudi Ottou
La finalisation du rachat de la National Bank of Kenya (NBK) par Access Bank serait conditionnée au départ du groupe nigérian de la République Démocratique du Congo (RDC), affirment plusieurs médias kényans, citant Paul Russo, directeur général de la Kenya Commercial Bank (KCB). Ce dernier dirige le groupe bancaire qui détient 100 % des parts de NBK, qu’Access Bank souhaite acquérir.
Les deux parties ont conclu un accord en mars 2024, mais la finalisation de l’opération, initialement prévue pour septembre de la même année, tarde à se concrétiser. Selon Paul Russo, ce retard serait dû au fait que la Banque centrale du Nigéria (CBN) aurait conditionné la conclusion de l’opération au retrait d’Access Bank de la RDC.
Toujours selon Paul Russo, la banque nigériane serait déjà à un stade avancé du processus lui permettant de se conformer à cette exigence. Interrogé à ce sujet, un responsable du groupe financier nigérian n’avait toujours pas répondu ce 14 mars 2025.
Une telle perspective place Access Bank face à un choix délicat. En effet, sa filiale congolaise affiche une rentabilité constante, avec un bénéfice net d’environ 7 millions USD en 2022 et 2023, témoignant d’une solidité notable sur un marché financier réputé difficile.
Cependant, plusieurs indicateurs financiers expliquent l’intérêt d’Access Bank pour la NBK. En mars 2024, au moment de l’annonce de l’opération, le prix d’acquisition était estimé à 96 millions de dollars. Ce montant apparaît aujourd’hui attractif en comparaison avec la valeur actuelle de la NBK. Après une année 2023 difficile, la banque kényane prévoit un bénéfice net record de plus de 8 millions de dollars en 2024.
L’autre inconnue reste l’identité du ou des potentiels repreneurs de la filiale congolaise d’Access Bank. Ce flou soulève davantage de questions sur les motivations exactes de la Banque centrale du Nigéria. Par ailleurs, deux autres banques nigérianes, FirstBank of Nigeria et United Bank for Africa (UBA), poursuivent leurs activités en RDC sans restriction apparente.
Georges Auréole Bamba
Kamoa-Kakula copper mine in the Democratic Republic of Congo (DRC) earned $3.11 billion last year. Ivanhoe Mines, which runs the mine, disclosed the figure in a note released on February 18, 2025.
This performance was attributed to a 5% increase in net copper sales volumes and a 6% rise in the average realized price per tonne compared to the previous year. Despite higher operating costs, the mine generated $1.4 billion in added value, $1.8 billion in operating income, and $777 million in net income in 2024.
Over the same period, the mine sold 397,976 tonnes of payable copper concentrates at an average price of $4.09 per tonne. However, a discrepancy of $470 million exists between calculated sales figures and those reported by the company. Despite inquiries, Kamoa-Kakula has yet to clarify this inconsistency.
In its memo, Ivanhoe highlighted the sales structure for 2025, revealing that buyers CITIC Metal and Gold Mountains have already provided a $500 million sales advance at a fixed annual interest rate of 3.75%, plus the average one-month SOFR rate at the time of finalization. Additionally, sales may be subject to adjustments based on international market conditions.
For the DRC government, transparency in these operations is critical since declared revenues form the basis for calculating taxes and royalties. In 2024, Kamoa-Kakula reported $307.1 million in royalties, production taxes, and other levies. Income taxes for the year are expected to exceed $345 million, while the government’s 20% stake in the project will yield $155.4 million in attributable net income.
Ivanhoe Mines is an indirect shareholder of the Kamoa-Kakula mine, through Kamoa Holding which owns 80% of the project.
This article was initially published in French by Georges Auréole Bamba
Edited in English by Ola Schad Akinocho
The Nsele municipality, located 9km from Kinshasa’s Ndjili airport, should house a major housing project in the next four years. Acacia Bandubola, the Land Affairs Minister of the Democratic Republic of Congo (DRC), announced the project on March 7, 2025, in an exclusive interview.
According to sources close to the matter, the project, known as Cité-Jardin, will comprise 5,800 homes and span 33 hectares. The same sources added that construction works began two weeks ago. However, the first stone is yet to be laid.
The project will be developed via a public-private partnership with Modern Construction, a subsidiary of the HJ Group of Companies, which has been involved in several notable projects in the DRC, including the Galerie La Fontaine and the Hilton Hotel.
While further details have not been disclosed, yet, various sources in the government and Modern Construction indicated that the government provides the land, and Modern Construction takes care of building and marketing the project.
Affordable, or not ?
On the related reservation platform, two- and three-bedroom units are priced at $59,900 and $79,900, respectively. Buyers can opt for financing through a bank or direct payment to Modern Construction, with a 20% initial deposit and the balance spread over five years.
Though the Land Affairs Minister claims that the houses aim to be “accessible to all Congolese”, these prices are out of reach for many Congolese. According to the World Bank, 73.5% of the population lived on less than $2.15 a day in 2024. Meanwhile, the country had a housing deficit of 4 million units in 2023, according to UN-Habitat. Kinshasa alone accounted for 54.4% of the demand. To meet this need, the government aims to build 143,092 housing units annually in the capital and 265,000 nationwide.
Cité-Jardin is presented as a pilot project to be replicated nationwide, to gradually reduce the DRC’s housing deficit. While lauding the project, concerned stakeholders recommend tackling various issues that impede real estate investments in the country. These issues, according to Malick Fall, Resident Representative of the International Finance Corporation, include land tenure problems, difficulties in establishing property titles, and an underdeveloped mortgage market.
If completed, the Cité-Jardin project will be a significant step forward in addressing the country's housing shortage, which has been largely unaddressed since the construction of Cité Mama Mobutu in the 1980s.
This article was initially published in French by Timothée Manoke (intern)
Edited in English by Ola Schad Akinocho
La Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale a rendu, le 10 mars 2025, une nouvelle décision en faveur d’AVZ Minerals dans le contentieux qui l’oppose à la société publique Cominière en République Démocratique du Congo (RDC). L’entreprise australienne a annoncé cette décision le vendredi 14 mars, précisant qu’elle confirme des injonctions antérieures et condamne Cominière à une pénalité de 39,1 millions d’euros (42,4 millions de dollars à la valeur actuelle) pour non-respect des décisions du tribunal.
Le litige remonte à la rupture contestée par AVZ du partenariat autour du projet de lithium de Manono. En 2023, AVZ avait obtenu des injonctions interdisant à Cominière de prendre des décisions jusqu’à ce qu’un jugement soit rendu sur le fond. Cependant, la société publique congolaise n’a pas respecté ces ordres. Le tribunal a estimé que Cominière avait violé ces injonctions en obtenant une extension du permis litigieux, en sollicitant et obtenant sa scission, qui a ensuite été attribuée à Manono Lithium SAS, une coentreprise entre Cominière et une filiale du géant minier chinois Zijin Mining.
Si cette décision renforce la position d’AVZ, elle ne règle toutefois pas la question de fond du litige. De plus, la manière dont AVZ compte récupérer la somme imposée à Cominière reste floue. Par ailleurs, la Cour a rejeté la demande de Cominière visant à annuler les injonctions précédentes, mais ne s’est pas encore prononcée sur l’éviction d’AVZ du projet.
Dans l’attente d’un règlement définitif, il reste à voir l’impact de ces nouveaux développements sur le calendrier annoncé par Zijin Mining, qui prévoit le début de la production de lithium à Manono en 2026. Jusqu’à présent, la procédure judiciaire n’a pas empêché Cominière et son partenaire de coentreprise de poursuivre leurs avancées sur ce projet stratégique, qui pourrait permettre à la RDC de rejoindre le cercle des producteurs africains de lithium.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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Le bouclage du financement de la centrale hydroélectrique Ruzizi III, initialement prévu pour le troisième trimestre 2025, est désormais incertain, selon plusieurs bailleurs de fonds du projet cités par Reuters dans une dépêche publiée le 13 mars.
« Avec la progression du M23 au Sud-Kivu, le site du projet Ruzizi III se retrouve dans la zone de conflit (…) Nous adoptons une approche attentiste pour déterminer la suite du projet (…) Nous coordonnons également étroitement avec nos co-financiers », a déclaré un responsable de la Banque européenne d’investissement (BEI), principal arrangeur du financement.
« Le calendrier de la clôture financière dépendra de l’évolution de la situation », a précisé un porte-parole de l’Agence française de développement (AFD), l’un des bailleurs du projet. Du côté de la banque publique allemande de développement KfW, un autre financeur, on affirme que tout nouvel engagement financier est suspendu, conformément à la décision du gouvernement allemand annoncée le 4 mars dernier.
En maturation depuis au moins 2015, le projet Ruzizi III prévoit une capacité installée de 206 MW, pour un coût estimé à 760 millions de dollars. Ce budget inclut la construction d’une ligne d’évacuation d’énergie de 220 kV jusqu’au poste de dispatching régional de Kamanyola. L’infrastructure doit être développée sur la rivière Ruzizi III, un cours d’eau reliant le lac Kivu au lac Tanganyika, qui matérialise une partie de la frontière entre le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo (RDC).
Cette incertitude repousse indéfiniment le début des travaux de construction de cette infrastructure, initialement prévus pour le quatrième trimestre 2025. L’électricité produite devait être répartie équitablement entre le Rwanda, le Burundi et la RDC, bénéficiant à environ 30 millions de personnes.
Une participation de 30 % est d’ailleurs réservée à ces trois pays dans la société de projet Ruzizi III Energy Ltd, aux côtés des partenaires privés, dont SN Power, désormais filiale de TotalEnergies, et Industrial Promotion Services (IPS), basé à Nairobi. Le montage financier prévoit que les bailleurs de fonds (AFD, BAD, BEI, BM, KfW et UE) accordent aux États contractants des dons et prêts concessionnels, qui sont ensuite rétrocédés à la société de projet pour financer la construction de la centrale et de ses infrastructures associées.
Le Burundi, la RDC et le Rwanda font encore face à d’importants défis énergétiques. Selon la Banque mondiale, leurs taux d’accès à l’électricité sont estimés respectivement à 10 %, 21,5 % et 50,6 %. La centrale Ruzizi III permettrait de presque doubler la capacité actuelle du Burundi, d’augmenter de 30 % la capacité installée du Rwanda et d’améliorer l’accès à une énergie fiable pour l’est de la RDC.
Pierre Mukoko
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