Nommé par ordonnance présidentielle lue le 3 juin 2026, Godard Motemona Gibolum a officiellement pris ses fonctions le 12 juin à la tête du Fonds minier pour les générations futures (FOMIN). La remise et reprise s’est tenue à Kinshasa avec son prédécesseur, Faustin Biringanine Mbashamulume.
Son arrivée intervient dans un contexte sensible pour cet établissement public chargé de préserver une partie des revenus issus de l’exploitation minière au profit de l’après-mine et des générations futures.
Depuis plusieurs mois, la gouvernance du FOMIN fait l’objet de critiques de la société civile et de la délégation syndicale, qui réclament davantage de transparence sur l’utilisation des ressources du fonds.
En mars 2026, la délégation syndicale a mis en cause la gestion de l’ancienne direction, évoquant un détournement présumé de plus de 100 millions de dollars. Selon elle, environ 102 millions de dollars auraient été orientés vers une société dénommée Fast Réseau de Service au Congo.
Les syndicalistes ont également dénoncé des soupçons de surfacturation, d’abus de pouvoir et certaines opérations jugées contestables. Parmi les dossiers cités figurent un financement de plus de 18 millions de dollars accordé à Babil Mining, ainsi que l’acquisition d’un immeuble à Kinshasa, dans la commune de la Gombe, pour environ 15,07 millions de dollars.
Ressources peu utilisées
Dès septembre 2025, Afrewatch avait saisi la Cour des comptes pour demander un audit de la gestion du FOMIN depuis 2018, estimant que la gouvernance du fonds demeurait opaque. Ces critiques rejoignent les préoccupations plus larges sur la traçabilité des ressources issues de la redevance minière.
Le FOMIN est principalement alimenté par une quotité de la redevance minière. Celle-ci est historiquement fixée à 10 % dans le cadre issu du Code minier, même si une clé de répartition plus récente, liée notamment à l’introduction du FONAREV, évoque désormais une part de 8 %. Cette évolution est contestée par certains acteurs.
Selon une étude du Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), le FOMIN aurait enregistré, entre 2020 et 2025, des encaissements estimés à 857 millions de dollars, contre une prévision de 639 millions, soit un taux de réalisation de 134,10 %.
Sur la même période, seulement 441 millions de dollars auraient été engagés ou dépensés, soit 51,52 % des ressources disponibles. Près de 415 millions de dollars seraient ainsi restés non utilisés dans les comptes du fonds.
Pour le CREFDL, cette situation interroge la capacité d’absorption du FOMIN, la cohérence de sa stratégie d’investissement et la traçabilité de certaines affectations.
Parcours
La nouvelle direction hérite donc d’un double défi : restaurer la confiance autour de la gestion du fonds et améliorer l’utilisation des ressources issues du secteur minier. L’enjeu sera de faire du FOMIN un véritable outil de capitalisation à long terme, capable de financer des investissements structurants tout en répondant aux exigences de transparence, de redevabilité et de contrôle public.
Lors de sa prise de fonctions, Godard Motemona a reconnu l’ampleur des défis à relever. Il a appelé le personnel à une mobilisation collective afin de renforcer la performance de l’institution et de mieux orienter ses ressources vers les objectifs pour lesquels elle a été créée.
« Nous devons capitaliser réellement l’héritage acquis au profit des générations futures et transformer celui-ci en opportunité de développement pour garantir la paix », a-t-il déclaré.
Godard Motemona arrive à la tête du FOMIN avec une expérience politique et institutionnelle dans le secteur minier. Ancien député national élu de la circonscription de Mont-Amba, à Kinshasa, il a également occupé les fonctions de vice-ministre des Mines dans les gouvernements dirigés par Jean-Michel Sama Lukonde puis Judith Suminwa.
Ce parcours lui donne une connaissance des enjeux liés à la gouvernance minière, à la mobilisation des recettes extractives et au rôle des établissements publics dans la gestion des ressources naturelles. Mais sa capacité à imprimer une nouvelle orientation au FOMIN sera surtout jugée sur la transparence de la gestion, la clarification des investissements et l’utilisation effective des ressources disponibles.
Ronsard Luabeya
Les représentants d’un consortium composé de Mida Advisors, Standard Bank et Bank of America ont été reçus, le 11 juin 2026 à Kinshasa, par la Première ministre Judith Suminwa. Selon Aymeric Saha (photo), directeur général de Mida Advisors, le consortium est venu présenter « une structure innovante » destinée à mobiliser des financements à des taux d’intérêt attractifs et sur de longues maturités.
Ce dernier évoque des financements pouvant aller jusqu’à 15 ou 20 ans, un horizon mieux adapté aux projets d’énergie, de transport, de chemins de fer, de ports et de transformation industrielle du secteur minier.
Le dispositif proposé repose sur l’utilisation d’instruments de garantie et d’assurance. Ces outils doivent permettre de réduire le risque perçu par les investisseurs et, en conséquence, d’améliorer les conditions financières offertes à la RDC.
« Lorsqu’on regarde le coût du financement des projets d’infrastructures en Afrique, il reste très élevé », a souligné Aymeric Saha.
En avril 2026, la RDC a levé 1,25 milliard de dollars lors de son premier eurobond souverain. L’opération a confirmé l’appétit des investisseurs pour la signature congolaise, mais à un coût encore élevé : les deux tranches de l’émission ont été placées à des rendements de 8,75 % et 9 %, pour des maturités moyennes de 5 et 10 ans.
Investisseurs institutionnels
L’autre apport mis en avant concerne l’accès à une nouvelle base d’investisseurs. Le consortium dit vouloir attirer vers la RDC des investisseurs institutionnels américains, notamment des fonds de pension et des fonds d’assurance, généralement prudents à l’égard des marchés émergents.
Ces investisseurs pourraient, selon Aymeric Saha, s’intéresser aux projets congolais si ceux-ci sont correctement structurés, sécurisés et adossés à des mécanismes de réduction du risque.
Dans cette architecture, Mida Advisors se présente comme arrangeur principal, avec l’appui de Standard Bank et de Bank of America. Mida Advisors est une société américaine de conseil financier et de développement de projets spécialisée dans la mobilisation de capitaux pour les marchés émergents, notamment en Afrique.
Elle affirme avoir déjà contribué à mobiliser plus de 2,8 milliards de dollars sur les marchés émergents et à soutenir plus de 75 000 emplois grâce à un réseau de plus de 80 investisseurs institutionnels.
Projets stratégiques
Cette démarche vise à tirer profit de l’accord de partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, signé le 4 décembre dernier. « Cet accord ouvre des portes pour le financement de projets structurants », a déclaré le directeur général de Mida Advisors.
Cet accord identifie plusieurs catégories de projets appelés à structurer la coopération économique entre les deux pays. Au cœur du dispositif figurent d’abord les minéraux critiques, avec la mise en place d’une Réserve d’actifs stratégiques destinée à accueillir des projets d’exploration, de développement ou d’extraction.
Le partenariat vise également les projets de transformation locale des minerais, notamment le raffinage, la fusion, l’hydrométallurgie, la valorisation en aval et le retraitement des résidus miniers.
Les deux parties se sont aussi engagées à travailler à la mobilisation des financements pour la réalisation des « projets stratégiques désignés de la RDC ». Il s’agit d’initiatives identifiées par Kinshasa comme centrales pour sa vision de développement à long terme et cohérentes avec les objectifs du partenariat.
Une première liste de 52 projets a été transmise au Comité de pilotage conjoint. Le gouvernement congolais travaille en ce moment à la sélection des 15 premiers projets prioritaires. L’accord cite déjà plusieurs priorités structurantes, dont le corridor Sakania-Lobito et le projet hydroélectrique Grand Inga.
L’enjeu sera désormais de transformer l’intérêt affiché par ce consortium en financements effectivement mobilisables. Pour Kinshasa, la capacité à structurer des projets bancables, à sécuriser les garanties et à rassurer les investisseurs déterminera la portée réelle de ce nouveau canal de financement.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
Lire aussi :
Minerais critiques, sécurité, fiscalité… : ce que prévoit l’accord RDC–États-Unis
Cuivre-cobalt : le projet Glencore–Orion parmi les priorités américaines en RDC
Corridor de Lobito : l’option Mota-Engil érigée en priorité du partenariat RDC-Etats-Unis
Corridor de Lobito : début des travaux sur la section Tenke–Kolwezi–Dilolo attendu fin 2026
La Minière de Bakwanga (MIBA) pourrait devenir l’un des premiers sites miniers appelés à tester la solution énergétique proposée par ONYO-BT SARL, une technologie encore peu documentée en République démocratique du Congo.
Le ministre des Mines, Louis Watum, et Bryan Tshibanda, directeur général de cette société, ont signé, le 12 juin 2026, un protocole d’accord visant à encadrer une phase pilote d’alimentation électrique destinée à l’usine et à la cité MIBA, à partir d’une production annoncée sur le site de Lupatapata, dans la province du Kasaï-Oriental.
Cette phase pilote devrait permettre d’évaluer, sur le terrain, la capacité de cette solution à répondre aux besoins énergétiques d’un site minier, avant toute éventuelle extension à d’autres sites du Grand Kasaï.
Depuis plusieurs mois, ONYO-BT affirme développer à Lupatapata une solution de production électrique autonome ne recourant pas aux sources conventionnelles et ne générant pas d’émissions de fumée.
« Nous avons neuf minerais stratégiques que la société exploite en dehors du pays. Nous avons installé des laboratoires pour pouvoir transformer ces minerais sous forme de composants semi-électroniques et ce sont ces composants-là qui rentrent ici au pays. Et au niveau de nos ateliers à Kinshasa et ailleurs, on arrive à produire un noyau énergétique et ce noyau énergétique produit effectivement une puissance de manière illimitée… », explique un technicien de l’entreprise cité par l’Agence congolaise de presse.
Appui institutionnel
En février 2026, ONYO-BT avait annoncé la réception d’équipements destinés à la phase de production et de distribution de son installation énergétique. L’entreprise évoquait alors une capacité totale de 610 MW, répartie en plusieurs unités de production.
À ce stade, les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir de manière indépendante la nature exacte du procédé, sa capacité réellement disponible, son niveau de raccordement ni son coût de production.
Les contacts entre ONYO-BT et le ministère des Mines avaient débuté avant la signature du protocole. Fin mai 2026, les responsables de l’entreprise avaient présenté leur technologie au ministre des Mines en mettant notamment en avant son potentiel pour les sites miniers éloignés des grands réseaux électriques.
Cette rencontre avait déjà évoqué la possibilité d’une collaboration avec des opérateurs miniers du pays. À travers ce protocole, le ministère des Mines entend apporter un appui institutionnel à ONYO-BT SARL, notamment dans les démarches nécessaires à l’obtention des autorisations requises auprès des instances compétentes.
Le partenariat s’inscrit dans la volonté affichée du gouvernement de diversifier les infrastructures énergétiques en appui au secteur minier. Mais plusieurs inconnues demeurent. Ni le calendrier précis de mise en œuvre, ni les modalités de financement, ni la capacité effectivement mobilisable pour la MIBA n’ont encore été dévoilés.
Boaz Kabeya
Lire aussi :
Relance de la MIBA : les actionnaires exigent un audit avant l’utilisation des fonds
For years, Kinshasa has warned that minerals sourced from conflict zones were being incorporated into global supply chains, but it has often struggled to document exactly how those resources moved from the mines into finished products sold on international markets. A new report by the British NGO Global Witness, published in June 2026, sheds further light on this trade. Based on a year-long investigation drawing on customs records, trade-flow analysis, and witness testimony, the report traces the path of coltan extracted from mines controlled by the AFC/M23 to smelters and component suppliers connected to the supply chains of major technology companies.
The story begins in Rubaya, a mining area in the Masisi territory of North Kivu, in eastern Democratic Republic of Congo. The coltan-rich hills there have become, since 2024, one of the key financial lifelines for the AFC/M23 armed group.
According to Global Witness, the Rubaya mines account for roughly 15% of global demand for tantalum, a metal derived from coltan that is used in capacitors found in smartphones, laptops, servers, telecommunications equipment and modern vehicles.
After seizing control of the main roads around Rubaya in late 2023 and then the mines themselves in April 2024, the AFC/M23 allegedly established an illegal coltan smuggling route into Rwanda. Those findings echo conclusions previously reached by United Nations experts.
The Rubaya Route
The smuggling network between Rubaya and Rwanda is said to revolve around Bahati Erasto, whom the AFC/M23 appointed governor of North Kivu under its de facto administration. Global Witness also names Augustin Baribugwira Bizimana, Mutombo "Safari" Cimana, Charles Munyaneza and Manizabayo Semafuko as key figures in the network.
According to Global Witness, the Rubaya mines account for roughly 15% of global demand for tantalum, a metal derived from coltan that is used in capacitors
The NGO describes a system of taxes imposed at multiple stages of the trading chain. Traders reportedly pay the AFC/M23 $4 per kilogram, while $3 per kilogram goes to Rwandan public officials. According to U.N. experts, the scheme has generated approximately $800,000 per month for the AFC/M23.
Global Witness says at least 1,400 tonnes of coltan were smuggled illegally from the DRC into Rwanda during the first year of the Rubaya mines' occupation. The organization also cites more than 2,000 tonnes of smuggled coltan whose final destination remains difficult to determine precisely.
The route now frequently passes through Goma, which is controlled by the AFC/M23, before crossing the Goma-Gisenyi border. Some of the coltan reportedly moves past Rwandan border officials before being transported to Kigali.
Once in Rwanda, the mineral is said to be blended with local production before being exported as Rwandan coltan. This practice raises questions about the effectiveness of traceability mechanisms, particularly the ITSCI system used in the Great Lakes region to certify so-called 3T minerals: tin, tungsten and tantalum.
Once in Rwanda, the mineral is said to be blended with local production before being exported as Rwandan coltan. This practice raises questions about the effectiveness of traceability mechanisms
Traffickers interviewed by the NGO said coltan from AFC/M23-controlled areas had received traceability tags, giving it the appearance of compliance. Global Witness also notes that ITSCI-certified coltan exports have risen sharply, mirroring the increase in Rwanda's overall coltan exports since the capture of Rubaya.
Kigali as the Exit Point
According to the investigation, seven companies handled the bulk of Rwanda's coltan exports between January 2023 and September 2025. Global Witness says it has evidence showing that at least five of them sourced coltan linked to the Rubaya mines: Kanzamin, African Panther Resources, Sunrise Metal Company, Boss Mining Solution and Philbert Trading Minerals.
Kanzamin, formerly known as Trading Services Logistics, is described as one of the major players in Rwanda's coltan trade. Global Witness says several traders sold coltan originating from Rubaya and that a company employee confirmed purchasing minerals from the area. The NGO also says Kanzamin established a small laboratory in Rubaya to measure tantalum content.
Global Witness says Sunrise Metal Company sold coltan to several Chinese smelters, including Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals, Jiujiang Tanbre and Ningxia Orient Tantalum Industry. The NGO says it also contacted Sunrise while posing as a Rubaya trader. According to the report, Sunrise expressed interest in purchasing the coltan and offered assistance with border crossings.
The two other major exporters identified are East Group Minerals and Tawotin. The latter is described as being linked to Swiss businessman Chris Huber. Global Witness says Tawotin sells to East Rise Corporation, a Hong Kong-based company run by John Crawley. The NGO also cites Star Dragon Corporation, TMC Minerals and Metals Holding Company and Trend Minerals Corporation SDN as entities connected to that trading network.
The two other major exporters identified are East Group Minerals and Tawotin. The latter is described as being linked to Swiss businessman Chris Huber. Global Witness says Tawotin sells to East Rise Corporation, a Hong Kong-based company run by John Crawley
After leaving Rwanda, the coltan is said to travel primarily through East African logistics corridors. Shipments reportedly pass through the ports of Dar es Salaam in Tanzania and Mombasa in Kenya before being shipped to Asia or sold to international traders.
From African Ports to Asian Smelters
According to Global Witness, eight buyers directly purchased nearly 85% of the coltan exported from Rwanda since early 2023. The names cited include Minterra, Halcyon, Traxys, East Rise Corporation, Novocore, Ningxia Orient Tantalum Industry and Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals.
These buyers are based primarily in the United Arab Emirates, China, Hong Kong and Luxembourg. With the exception of China, these locations serve mainly as trading and transit hubs before the mineral is resold to smelters and refiners elsewhere.
Global Witness says it identified eight smelters that processed most of the coltan exported from Rwanda between 2023 and September 2025. Six are based in China: Ningxia Orient Tantalum Industry Co., Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals Co., Jiujiang Tanbre Co., Jiujiang Zhongao Tantalum & Niobium Co., Ximei Resources (Guangdong) and Hengyang King Xing Lifeng New Materials Co. Two others are also named: Ulba Metallurgical Plant in Kazakhstan and Taniobis in Thailand.
According to the NGO, at least four of those smelters probably processed coltan linked to the Rubaya mines.
The report details several specific trade flows. Halcyon reportedly shipped part of its coltan from Dar es Salaam to Taniobis in 2023 and also sent coltan from Rwanda to China. Specialty Metals Resources reportedly sent at least one shipment from Dar es Salaam to Ximei Resources in 2024. Sunrise Metal Company is said to have sold large volumes of coltan to Jiujiang Jinxin, Jiujiang Tanbre and Ningxia Orient Tantalum Industry, and to have sent at least one shipment to Hengyang King Xing Lifeng New Materials.
It notes that the United States, El Salvador, Israel and the Philippines are among the leading importers of tantalum from China, where most of the coltan exported from Rwanda is said to have been processed.
East Group Minerals reportedly sent most of its coltan to China through Minterra while also shipping coltan to Jiujiang Zhongao. Minterra is also said to have delivered Rwandan coltan to Ulba and to Ningxia Orient Tantalum Industry.
Global Witness also mentions East Rise Corporation, which reportedly shipped coltan in 2023 and 2024, including material of Congolese or ambiguous origin, to Ulba. In 2024 and 2025, East Rise Corporation also allegedly sent coltan from Rwanda and the DRC to its Malaysian subsidiary, Trend Minerals Corporation, which had previously shipped coltan to China.
Where Origin Becomes Difficult to Trace
It is at the smelting stage that tracing the geographic origin of the material becomes significantly more difficult. Once coltan is processed into tantalum, distinguishing metal sourced from a certified mine from that originating in a conflict zone becomes a complex undertaking.
The tantalum produced then enters component manufacturing, particularly capacitors. Global Witness notes that the global tantalum capacitor market is dominated by a handful of major players, including Kemet, Kyocera AVX, Vishay, Panasonic and Hongda Electronics Corp.
The NGO then draws links between the cited smelters and the supply chains of major international groups. It notes that the United States, El Salvador, Israel and the Philippines are among the leading importers of tantalum from China, where most of the coltan exported from Rwanda is said to have been processed.
In the United States, Global Witness names capacitor producers such as Vishay, Kyocera AVX, Global Advanced Metals and Kemet. The NGO also says Kyocera AVX may be one of the primary beneficiaries of tantalum exports from China to El Salvador, where the company operates a major production facility.
The report also challenges industry safeguards […] The NGO argues that those audits do not always verify the true origin of minerals because of a lack of reliable mine-by-mine production data and independent geochemical identification tools.
Trade flows also linked Ningxia Orient Tantalum Industry to Samsung subsidiaries in the Philippines, where Samsung operates a capacitor plant, and to a Panasonic subsidiary. Tantalum shipments destined for Israel, where Vishay has a major production site, have in recent years originated from China's Ningxia province, which Global Witness says suggests a possible connection to Ningxia Orient Tantalum Industry.
It is through these supply-chain pathways that Global Witness concludes Rubaya coltan may have entered the supply chains of international groups including Amazon, Microsoft, Vodafone, Toyota, Sony, Nvidia, Honda, LG Display, Ericsson and Apple.
The NGO does not claim that any specific product from those brands contains coltan directly mined at Rubaya. Instead, it identifies supply-chain links between certain smelters, component suppliers and major international companies.
Contested Safeguards
The report also challenges industry safeguards. According to Global Witness, some of the cited smelters were found compliant under the Responsible Minerals Assurance Process even as they allegedly processed conflict-linked coltan. The NGO argues that those audits do not always verify the true origin of minerals because of a lack of reliable mine-by-mine production data and independent geochemical identification tools.
The Responsible Minerals Initiative disputes that assessment. According to Global Witness, the RMI argues that RMAP audits do allow for monitoring of conflict-financing risks and points to limitations in the commercial data used by the NGO, including possible discrepancies between extraction, storage, shipment and receipt by smelters.
Samsung told Global Witness it had reviewed the concerns raised and found no cause for alarm regarding its transactions with certain smelters. Ulba pointed to its inclusion on the list of RMAP-compliant smelters. Several other companies named did not respond to the NGO's requests for comment.
For Apple, the findings come amid an already sensitive backdrop. In 2024, the DRC filed complaints in France and Belgium against Apple subsidiaries, accusing them of receiving conflict minerals and engaging in deceptive commercial practices related to the company's responsible sourcing commitments.
Samsung told Global Witness it had reviewed the concerns raised and found no cause for alarm regarding its transactions with certain smelters. Ulba pointed to its inclusion on the list of RMAP-compliant smelters. Several other companies named did not respond to the NGO's requests for comment.
Apple rejected those allegations and said it had asked its suppliers to suspend purchases of tin, tantalum and tungsten from the DRC and Rwanda. The complaint filed in France was dismissed in 2025 for lack of sufficiently established offenses. In Belgium, however, proceedings were opened and an investigating judge was appointed.
For Kinshasa, the Global Witness report provides new material to maintain pressure on global critical-mineral supply chains. Beyond the Apple case, it raises a broader question: how can tantalum used in the world's electronics be guaranteed not to finance armed groups operating in eastern DRC?
The stakes extend beyond the responsibility of technology companies alone. They also implicate traceability systems, smelter audits, transit-country authorities, international regulators and sanctions frameworks targeting those who profit from conflict minerals.
Pierre Mukoko & Boaz Kabeya
DR Congo's microcredit institution SMICO closed 2025 with a net loss, even as its core operations remained profitable. Surging loan-loss provisions tied to the security crisis in eastern Democratic Republic of Congo overwhelmed an otherwise positive operating result, according to the institution's Pillar III report.
Provisions reached 29.87 billion Congolese francs in 2025, up from 8.47 billion the previous year, a rise of roughly 253%. The increase reflected a sharp deterioration in the loan portfolio at its branches in Goma, Bukavu and Uvira, three cities affected by the ongoing conflict. Beyond standard provisions, SMICO also set aside an exceptional reserve to cover anticipated future risks arising from the situation.
Operating profit held at 8.99 billion francs, but was insufficient to absorb the credit-risk charges. The institution recorded a net loss of 6.53 billion francs for 2025, reversing a net profit of 6.01 billion francs in 2024. SMICO said it chose to strengthen its balance sheet to lay the groundwork for a return to profitability in 2026.
Business activity contracts
The crisis also drove a sharp contraction in the balance sheet. Total assets fell 40%, to 93.12 billion francs from 154.19 billion in 2024. The gross loan portfolio declined 31%, to 69.96 billion francs from 101.78 billion.
Customer deposits dropped to 64.62 billion francs from 110.49 billion, a contraction of 42%. SMICO attributed the decline to mass withdrawals in conflict-affected areas and transfers to commercial banks in other cities.
The share of the Goma, Bukavu and Uvira branches in total lending fell sharply. Those three branches accounted for 44% of SMICO's loan portfolio at end-2024. By end-2025, their share had dropped to 22%, with the remaining 78% held by branches outside the directly affected zones.
That shift reflects a deliberate strategy to reduce exposure to conflict areas, but it came alongside a severe deterioration in loan quality at the three branches. The share of loans more than 30 days past due there rose to 32.4% in 2025 from 3.8% in 2024.
Across the full network, loans more than 30 days overdue stood at 10.43% of the portfolio at end-2025, up from 3.69% a year earlier, well above the prudential threshold of 5%. Branches not directly exposed to conflict-related disruptions posted a rate of 3.9%, which SMICO said was within prudential limits.
Adaptation measures
To limit the impact of the crisis, SMICO cut certain costs. General operating expenses fell to 7.36 billion francs from 9.72 billion in 2024, and staff costs declined to 6.60 billion from 7.76 billion.
The crisis also forced organizational changes. SMICO said it relocated its head office to Lubumbashi in February 2025. The report also noted that 21 staff members were placed on temporary leave because normal operations in Goma, Bukavu and Uvira had become impossible.
Despite those pressures, SMICO maintained a network of 10 branches and reported 92,081 clients at end-2025, up from 82,003 a year earlier. The institution's solvency ratio stood at 11.9%, above the regulatory minimum of 10%, though equity shrank as a result of the year's losses.
Looking ahead, SMICO said it intends to focus on financial resilience, disciplined geographic expansion, revenue diversification and digital transformation. The priority will be restoring profitability while reducing dependence on areas most exposed to insecurity.
The 2025 results highlight the vulnerability of microfinance institutions with significant activity concentrated in crisis zones. In SMICO's case, the war in the east did not simply weigh on commercial activity; it caused credit-risk charges to surge to the point of wiping out the year's positive operating result.
Pierre Mukoko & Timothée Manoke
The Democratic Republic of Congo and Angola are working to strengthen the traceability of goods moving between the two countries. A memorandum of understanding on enhanced cargo tracking is being finalized between the DRC's multimodal freight management office, OGEFREM, and Angola's national land transport agency.
A working session was held on June 8, 2026, in Luanda between experts from OGEFREM, CEPCOR and their Angolan counterparts. The meeting aimed to align draft agreements already prepared and finalize the elements needed to sign a cooperation accord.
According to OGEFREM, the future agreement is designed to improve oversight of freight entering the DRC via Angola. The agency justified the initiative by citing the significant volumes of imports and exports transiting through the corridor linking the two countries.
The two sides examined the technical, operational and regulatory aspects of implementing the future mechanism. Discussions also covered the division of responsibilities, the rollout of the agreement and the consolidation of its final version.
Data Sharing
Among the recommendations put forward at the meeting was the digital sharing of information on transport movements between the two countries. The data would cover vehicle registration, driver identity and the nature of goods transported to the DRC via Angola.
According to OGEFREM, the Angolan side committed to identifying truckers traveling from Angola to the DRC, verifying their documentation and sharing that information with the Congolese authorities.
The two institutions also plan to hold periodic working sessions to standardize the data exchanged. Those meetings are expected to help improve the structuring of technical information, the identification of logistics operators and the classification of vehicles crossing the border in both directions.
The initiative falls within OGEFREM's mandate to expand oversight of import and export flows through its traceability instruments, which include the electronic import information form, the electronic export information form and the regional cargo tracking certificate.
Logistics and Revenue Implications
For OGEFREM, the initiative also carries financial implications. Better tracking of freight moving through the DRC-Angola corridor could improve revenue collection and, more broadly, contribute to Congolese public finances.
The initiative comes as formal trade between the DRC and Angola remains modest relative to the two economies' potential. At the third DRC-Angola Economic Forum held in Kinshasa, formal trade between the two countries was estimated at around $600 million per year, equivalent to roughly 0.3% of their combined GDP.
More effective use of logistics corridors, including the Lobito Corridor, could help stimulate trade. For now, however, the memorandum under preparation is focused on strengthening cargo tracking, information sharing and freight traceability for goods transiting through Angola to the DRC.
The next step will be the formal signing of the agreement, followed by the establishment of an operational framework between the two institutions. Its effectiveness will depend on the quality of data sharing, the interoperability of systems and the capacity of both countries to enforce cargo-tracking requirements on the ground.
Ronsard Luabeya
Pendant des années, Kinshasa a dénoncé l’intégration de minerais issus des zones de conflit dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, sans toujours parvenir à documenter précisément le parcours de ces ressources jusqu’aux produits finis vendus sur les marchés internationaux. Un nouveau rapport de l’ONG britannique Global Witness, publié en juin 2026, apporte de nouveaux éléments sur ce circuit. Fruit d’une année d’enquête fondée notamment sur des données douanières, l’analyse des flux commerciaux et des témoignages, le document retrace le parcours du coltan provenant de mines contrôlées par l’AFC/M23 jusqu’à des fonderies et fournisseurs de composants liés aux chaînes d’approvisionnement de grands groupes technologiques.
Tout commence à Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Dans cette zone minière de l’Est de la République démocratique du Congo, les collines riches en coltan sont devenues, depuis 2024, l’un des points névralgiques du financement de l’AFC/M23.
Selon Global Witness, les mines de Rubaya représenteraient environ 15 % de la demande mondiale en tantale, métal dérivé du coltan et utilisé notamment dans les condensateurs présents dans les smartphones, ordinateurs portables, serveurs, équipements de télécommunication et véhicules modernes.
Après avoir pris le contrôle des principales routes autour de Rubaya fin 2023, puis des mines en avril 2024, l’AFC/M23 aurait organisé un circuit d’évacuation illégale du coltan vers le Rwanda. Ces constats rejoignent ceux déjà formulés par les experts des Nations unies.
La route de Rubaya
Le réseau de contrebande entre Rubaya et le Rwanda serait structuré autour de Bahati Erasto, nommé gouverneur du Nord-Kivu par l’AFC/M23 dans son administration parallèle. Global Witness cite également Augustin Baribugwira Bizimana, Mutombo « Safari » Cimana, Charles Munyaneza et Manizabayo Semafuko parmi les acteurs importants de ce circuit.
L’ONG décrit un système de taxation prélevé à différentes étapes de la chaîne commerciale. Les négociants paieraient notamment 4 dollars par kilogramme à l’AFC/M23, tandis que 3 dollars par kilogramme reviendraient à des acteurs publics rwandais. Selon les experts de l’ONU, cette taxation aurait généré environ 800 000 dollars par mois pour l’AFC/M23.
Global Witness affirme qu’au moins 1 400 tonnes de coltan seraient passées illégalement de RDC vers le Rwanda au cours de la première année d’occupation des mines de Rubaya. L’organisation évoque aussi plus de 2 000 tonnes de coltan de contrebande dont la destination finale reste difficile à établir avec précision.

Le circuit décrit passe désormais souvent par Goma, contrôlée par l’AFC/M23, puis par la frontière Goma-Gisenyi. Une partie du coltan transiterait sous les yeux de responsables frontaliers rwandais avant d’être acheminée vers Kigali.
Une fois au Rwanda, le minerai serait mélangé à la production locale avant d’être exporté comme coltan rwandais. Cette étape met en cause l’efficacité des mécanismes de traçabilité, en particulier le système ITSCI, utilisé dans la région des Grands Lacs pour certifier les minerais dits « 3T » : étain, tungstène et tantale.
Des trafiquants interrogés par l’ONG affirment que du coltan provenant de zones contrôlées par l’AFC/M23 aurait reçu des étiquettes de traçabilité, lui donnant une apparence de conformité. Global Witness observe d’ailleurs que les exportations de coltan certifiées par ITSCI ont fortement augmenté, suivant la même tendance que les exportations rwandaises depuis la prise de Rubaya.
Kigali comme point de sortie
Selon l’enquête, sept entreprises ont assuré l’essentiel des exportations de coltan du Rwanda entre janvier 2023 et septembre 2025. Global Witness affirme disposer d’éléments montrant qu’au moins cinq d’entre elles se sont approvisionnées en coltan lié aux mines de Rubaya : Kanzamin, African Panther Resources, Sunrise Metal Company, Boss Mining Solution et Philbert Trading Minerals.
Kanzamin, anciennement Trading Services Logistics, est présentée comme l’un des acteurs importants du commerce de coltan au Rwanda. Global Witness affirme que plusieurs négociants lui ont vendu du coltan provenant de Rubaya et qu’une personne employée par l’entreprise aurait confirmé l’achat de minerais issus de cette zone. L’ONG indique aussi que Kanzamin aurait installé un petit laboratoire à Rubaya pour mesurer la teneur en tantale.
Après son exportation du Rwanda, le coltan emprunterait principalement les corridors logistiques d’Afrique de l’Est. Les cargaisons transiteraient notamment par les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, et de Mombasa, au Kenya, avant d’être expédiées vers l’Asie ou revendues à des négociants internationaux.
Global Witness affirme que Sunrise Metal Company a vendu du coltan à plusieurs fonderies chinoises, dont Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals, Jiujiang Tanbre et Ningxia Orient Tantalum Industry. L’ONG indique aussi avoir contacté l’entreprise en se présentant comme un négociant de Rubaya. Selon le rapport, Sunrise se serait dite intéressée par l’achat de coltan, tout en proposant une aide pour le passage de la frontière.
Les deux autres grands exportateurs identifiés sont East Group Minerals et Tawotin. Cette dernière est présentée comme liée à l’homme d’affaires suisse Chris Huber. Global Witness indique que Tawotin vend à East Rise Corporation, société basée à Hong Kong et dirigée par John Crawley. L’ONG cite aussi Star Dragon Corporation, TMC Minerals and Metals Holding Company et Trend Minerals Corporation SDN comme entités liées à ce réseau commercial.
Après son exportation du Rwanda, le coltan emprunterait principalement les corridors logistiques d’Afrique de l’Est. Les cargaisons transiteraient notamment par les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, et de Mombasa, au Kenya, avant d’être expédiées vers l’Asie ou revendues à des négociants internationaux.
Des ports africains aux fonderies asiatiques
Selon Global Witness, huit acheteurs ont acquis directement près de 85 % du coltan exporté du Rwanda depuis début 2023. Parmi les noms cités figurent Minterra, Halcyon, Traxys, East Rise Corporation, Novocore, Ningxia Orient Tantalum Industry et Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals.
Ces acheteurs sont principalement basés aux Émirats arabes unis, en Chine, à Hong Kong et au Luxembourg. À l’exception de la Chine, ces places joueraient surtout un rôle de transit ou de négoce, avant la revente du minerai à des fonderies et affineries situées ailleurs.
Global Witness affirme avoir identifié huit fonderies ayant transformé l’essentiel du coltan exporté du Rwanda entre 2023 et septembre 2025. Six se trouvent en Chine : Ningxia Orient Tantalum Industry Co., Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals Co., Jiujiang Tanbre Co., Jiujiang Zhongao Tantalum & Niobium Co., Ximei Resources (Guangdong) et Hengyang King Xing Lifeng New Materials Co. Deux autres fonderies sont également citées : Ulba Metallurgical Plant, au Kazakhstan, et Taniobis, en Thaïlande.

Selon l’ONG, au moins quatre de ces fonderies auraient probablement traité du coltan lié aux mines de Rubaya.
Le rapport détaille plusieurs flux. Halcyon aurait expédié une partie de son coltan de Dar es Salaam vers Taniobis en 2023 et envoyé du coltan du Rwanda vers la Chine. Specialty Metals Resources aurait envoyé au moins une cargaison de Dar es Salaam vers Ximei Resources en 2024. Sunrise Metal Company aurait vendu d’importantes quantités de coltan à Jiujiang Jinxin, Jiujiang Tanbre et Ningxia Orient Tantalum Industry, et expédié au moins une cargaison à Hengyang King Xing Lifeng New Materials.
East Group Minerals aurait, de son côté, envoyé la majeure partie de son coltan en Chine via Minterra, tout en expédiant du coltan à Jiujiang Zhongao. Minterra aurait également fait parvenir du coltan rwandais à Ulba et à Ningxia Orient Tantalum Industry.
Global Witness mentionne aussi East Rise Corporation, qui aurait expédié en 2023 et 2024 des cargaisons de coltan, dont certaines d’origine congolaise ou ambiguë, vers Ulba. En 2024 et 2025, East Rise Corporation aurait également envoyé du coltan du Rwanda et de RDC vers sa filiale malaisienne Trend Minerals Corporation, laquelle aurait auparavant expédié du coltan vers la Chine.
Le moment où l’origine s’efface
C’est à l’étape de la fonderie que l’identification de l’origine géographique devient beaucoup plus difficile. Une fois le coltan transformé en tantale, il devient complexe de distinguer le métal issu d’une mine certifiée de celui provenant d’une zone de conflit.
Le tantale ainsi produit entre ensuite dans la fabrication de composants, en particulier les condensateurs. Global Witness rappelle que le marché mondial des condensateurs en tantale est dominé par quelques grands acteurs, dont Kemet, Kyocera AVX, Vishay, Panasonic et Hongda Electronics Corp.
L’ONG établit ensuite des liens entre les fonderies citées et les chaînes d’approvisionnement de grands groupes internationaux. Elle relève notamment que les États-Unis, le Salvador, Israël et les Philippines figurent parmi les principaux importateurs de tantale en provenance de Chine, où la plupart du coltan exporté du Rwanda aurait été transformé.
L’ONG ne dit toutefois pas qu’un produit spécifique de ces marques contient directement du coltan extrait à Rubaya. Elle établit plutôt des liens de chaîne d’approvisionnement entre certaines fonderies, des fournisseurs de composants et de grandes entreprises internationales.
Aux États-Unis, Global Witness cite des producteurs de condensateurs comme Vishay, Kyocera AVX, Global Advanced Metals et Kemet. L’ONG indique aussi que Kyocera AVX pourrait être l’un des principaux bénéficiaires des exportations de tantale de Chine vers le Salvador, où l’entreprise dispose d’un important site de production.
Des flux auraient également relié Ningxia Orient Tantalum Industry aux filiales de Samsung aux Philippines, où Samsung possède une usine de condensateurs, ainsi qu’à une filiale de Panasonic. Les cargaisons de tantale à destination d’Israël, où Vishay dispose d’un site de production important, proviendraient ces dernières années de la province chinoise du Ningxia, ce qui suggère, selon Global Witness, un lien possible avec Ningxia Orient Tantalum Industry.
C’est à travers ces circuits que Global Witness estime que le coltan de Rubaya pourrait avoir exposé les chaînes d’approvisionnement de groupes internationaux comme Amazon, Microsoft, Vodafone, Toyota, Sony, Nvidia, Honda, LG Display, Ericsson et Apple.
L’ONG ne dit toutefois pas qu’un produit spécifique de ces marques contient directement du coltan extrait à Rubaya. Elle établit plutôt des liens de chaîne d’approvisionnement entre certaines fonderies, des fournisseurs de composants et de grandes entreprises internationales.
Des garde-fous contestés
Le rapport met aussi en cause les garde-fous de l’industrie. Selon Global Witness, certaines fonderies citées ont été jugées conformes dans le cadre du Responsible Minerals Assurance Process, alors même qu’elles auraient transformé du coltan lié au conflit. L’ONG estime que ces audits ne permettent pas toujours de vérifier l’origine réelle des minerais, faute de données fiables sur la production par mine et d’outils indépendants d’identification géochimique.
La Responsible Minerals Initiative conteste cette lecture. Selon Global Witness, la RMI affirme que les audits RMAP permettent bien de surveiller les risques de contribution aux conflits et souligne les limites des données commerciales utilisées par l’ONG, notamment les décalages possibles entre extraction, stockage, expédition et réception par les fonderies.
Samsung a indiqué à Global Witness avoir examiné les éléments soulevés et ne pas avoir identifié d’inquiétude concernant ses transactions avec certaines fonderies. Ulba a, pour sa part, mis en avant sa présence sur la liste des fonderies conformes au RMAP. Plusieurs autres entreprises citées n’ont pas répondu aux sollicitations de l’ONG.
Pour Kinshasa, le rapport de Global Witness fournit de nouveaux éléments pour maintenir la pression sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques. Au-delà du dossier Apple, il pose une question plus large : comment garantir que le tantale utilisé dans l’électronique mondiale ne finance pas les groupes armés actifs dans l’Est de la RDC ?
Pour Apple, ces éléments interviennent dans un contexte déjà sensible. En 2024, la RDC avait déposé des plaintes en France et en Belgique contre des filiales du groupe, les accusant notamment de recel de minerais de conflit et de pratiques commerciales trompeuses liées à ses engagements en matière d’approvisionnement responsable.
Apple avait alors rejeté les accusations et indiqué avoir demandé à ses fournisseurs de suspendre leurs achats d’étain, de tantale et de tungstène en provenance de RDC et du Rwanda. La plainte déposée en France a été classée sans suite en 2025, faute d’infractions suffisamment caractérisées. En Belgique, une procédure a en revanche été ouverte avec la désignation d’un juge d’instruction.
Pour Kinshasa, le rapport de Global Witness fournit de nouveaux éléments pour maintenir la pression sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques. Au-delà du dossier Apple, il pose une question plus large : comment garantir que le tantale utilisé dans l’électronique mondiale ne finance pas les groupes armés actifs dans l’Est de la RDC ?
L’enjeu dépasse la seule responsabilité des entreprises technologiques. Il concerne aussi les mécanismes de traçabilité, les audits de fonderies, les autorités des pays de transit, les régulateurs internationaux et les dispositifs de sanctions contre les acteurs qui tirent profit des minerais de conflit.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
Lire aussi :
Conflit à l’est de la RDC : l’Union européenne sanctionne l’industrie minière rwandaise
Trafic de coltan en RDC : un rapport de l’ONU met en cause le Rwanda
Minerais de conflit : la RDC attaque Apple au pénal en France et en Belgique
RDC–États-Unis: l’industrialisation de la mine de Rubaya à l’épreuve de multiples défis
La Société de microcrédits congolais (SMICO) a terminé l’exercice 2025 dans le rouge, malgré une activité courante restée bénéficiaire. Selon son rapport Pilier III, l’institution a dû passer de lourdes charges pour couvrir les crédits devenus difficiles à recouvrer, principalement dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Ces charges ont atteint 29,87 milliards de francs congolais en 2025, contre 8,47 milliards une année plus tôt, soit une hausse d’environ 253 %. Cette forte progression est liée à la dégradation du portefeuille de crédits à Goma, Bukavu et Uvira, trois villes affectées par la crise sécuritaire.
En plus des provisions habituelles, SMICO a constitué une réserve exceptionnelle pour anticiper les risques futurs liés à cette situation. Cette décision de prudence a lourdement pesé sur les comptes. Le résultat d’exploitation est resté positif, à 8,99 milliards de francs congolais, mais il n’a pas suffi à absorber les charges liées aux crédits à risque.
L’institution a ainsi enregistré une perte nette de 6,53 milliards de francs congolais en 2025, contre un bénéfice net de 6,01 milliards en 2024. Dans son rapport, SMICO explique avoir choisi d’assainir sa situation financière afin de créer les conditions d’un retour à la rentabilité en 2026.
Activité en recul
La crise a aussi entraîné une forte contraction du bilan. Le total des actifs est passé de 154,19 milliards de francs congolais en 2024 à 93,12 milliards en 2025, soit une baisse de 40 %. Le portefeuille brut de crédits a reculé de 31 %, à 69,96 milliards de francs congolais, contre 101,78 milliards un an plus tôt.
Les dépôts de la clientèle ont également diminué. Ils sont passés de 110,49 milliards de francs congolais en 2024 à 64,62 milliards en 2025, soit une contraction de 42 %. SMICO attribue cette évolution aux retraits massifs observés dans les zones affectées par le conflit, ainsi qu’aux transferts de fonds vers des banques commerciales situées dans d’autres villes.
Le poids des agences de Goma, Bukavu et Uvira dans l’activité de crédit s’est fortement réduit. À fin 2024, ces trois agences concentraient 44 % du portefeuille de crédits de SMICO. À fin 2025, leur part est tombée à 22 %, contre 78 % pour les agences situées hors des zones directement touchées par la guerre.
Cette évolution traduit une stratégie de réduction de l’exposition aux zones en conflit. Mais elle s’est accompagnée d’une forte détérioration de la qualité des crédits dans les trois agences concernées. La part des prêts en retard de plus de 30 jours y est passée de 3,8 % en 2024 à 32,4 % en 2025.
À l’échelle de l’ensemble du réseau, les crédits en retard de plus de 30 jours représentaient 10,43 % du portefeuille à fin 2025, contre 3,69 % un an plus tôt. Ce niveau dépasse largement le seuil prudentiel de 5 %. En revanche, les agences non directement exposées à l’insécurité affichent un taux de 3,9 %, présenté par SMICO comme conforme aux standards prudentiels.
Mesures d’adaptation
Pour contenir l’impact de la crise, SMICO a réduit certaines charges. Les charges générales d’exploitation sont passées de 9,72 milliards de francs congolais en 2024 à 7,36 milliards en 2025. Les charges du personnel ont aussi reculé, de 7,76 milliards à 6,60 milliards.
La crise a également affecté l’organisation interne de l’institution. SMICO indique avoir délocalisé sa direction générale à Lubumbashi depuis février 2025. Le rapport précise aussi que 21 membres du personnel ont été mis en congé technique en raison de l’impossibilité de fonctionner normalement dans les zones de Goma, Bukavu et Uvira.
Malgré ces difficultés, SMICO conserve un réseau de 10 agences et revendique 92 081 clients à fin 2025, contre 82 003 en 2024. L’institution affiche également un ratio de solvabilité de 11,9 %, au-dessus du minimum réglementaire de 10 %, même si ses fonds propres ont reculé sous l’effet de la perte enregistrée sur l’exercice.
Pour les prochaines années, SMICO dit vouloir miser sur la résilience financière, une croissance géographique plus maîtrisée, la diversification de ses revenus et la transformation digitale. L’enjeu sera de restaurer la rentabilité tout en réduisant sa dépendance aux zones les plus exposées à l’insécurité.
L’exercice 2025 montre ainsi la vulnérabilité des institutions de microfinance dont une part importante de l’activité est concentrée dans les zones de crise. Dans le cas de SMICO, la guerre à l’Est n’a pas seulement pesé sur l’activité commerciale : elle a surtout fait bondir les charges liées aux crédits risqués, au point d’effacer le résultat opérationnel positif de l’année.
Pierre Mukoko et Timothée Manoke
Lire aussi :
SMICO obtient 5 millions $ de BIO pour s’étendre au-delà des zones en crise du Kivu
Face à la crise à l’est, SMICO accélère sa diversification dans l’assurance
Conflit à l’est de la RDC : SMICO et FINCA basculent dans le rouge
La République démocratique du Congo et l’Angola veulent renforcer la traçabilité des marchandises transitant entre les deux pays. Un mémorandum d’entente portant sur le suivi élargi du fret est en cours de finalisation entre l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) et l’Agence nationale des transports terrestres d’Angola.
Une rencontre de travail s’est tenue le 8 juin 2026 à Luanda entre les experts de l’OGEFREM, de la CEPCOR et ceux de l’agence angolaise. Objectif : harmoniser les textes déjà préparés et finaliser les éléments devant conduire à la signature d’un accord de collaboration.
Selon l’OGEFREM, ce futur accord vise à assurer un suivi plus large du fret entrant en RDC via l’Angola. L’institution justifie cette démarche par l’importance des volumes d’importations et d’exportations qui transitent par le corridor reliant les deux pays.
Les deux parties ont examiné les aspects techniques, opérationnels et réglementaires liés à la mise en œuvre du futur mécanisme. Les discussions ont également porté sur la répartition des responsabilités, l’implémentation de l’accord et la consolidation de sa version finale.
Partage des données
Parmi les recommandations formulées lors de la rencontre figure le partage digitalisé des informations relatives aux mouvements de transport entre les deux pays. Ces données devraient notamment concerner l’enregistrement des véhicules, l’identité des conducteurs et la nature des marchandises transportées vers la RDC via l’Angola.
Selon l’OGEFREM, la partie angolaise s’est engagée à identifier les camionneurs circulant de l’Angola vers la RDC, à vérifier les documents en leur possession et à partager ces informations avec la partie congolaise.
Les deux institutions envisagent aussi la tenue périodique de sessions de travail afin d’uniformiser les données échangées. Ces réunions devraient permettre de mieux encadrer les informations techniques, les identités des intervenants dans la chaîne logistique et les types de véhicules entrant et sortant de part et d’autre de la frontière.
Ce dispositif s’inscrit dans la mission de l’OGEFREM, qui cherche à étendre la couverture des flux d’importation et d’exportation grâce à ses instruments de traçabilité. L’institution cite notamment la Fiche électronique des renseignements à l’importation, la Fiche électronique des renseignements à l’exportation et l’Attestation régionale de suivi des cargaisons.
Enjeu logistique
Pour l’OGEFREM, l’enjeu est également financier. Un meilleur suivi du fret passant par le corridor RDC-Angola pourrait améliorer la mobilisation de ses recettes et contribuer, plus largement, aux revenus publics congolais.
Cette initiative intervient dans un contexte où les échanges commerciaux formels entre la RDC et l’Angola restent encore modestes au regard du potentiel des deux économies. Lors du troisième Forum économique RDC-Angola tenu à Kinshasa, le commerce formel entre les deux pays avait été estimé à environ 600 millions de dollars par an, soit près de 0,3 % de leur PIB combiné.
L’exploitation plus efficace des corridors logistiques, dont celui de Lobito, pourrait contribuer à stimuler ces échanges. Mais à ce stade, le mémorandum en préparation porte d’abord sur l’amélioration du suivi, du partage d’informations et de la traçabilité du fret transitant par l’Angola vers la RDC.
La prochaine étape sera donc la signature effective de l’accord, puis la mise en place d’un dispositif opérationnel entre les deux institutions. Son efficacité dépendra de la qualité du partage des données, de l’interconnexion des systèmes et de la capacité des deux pays à faire appliquer les obligations de suivi sur le terrain.
Ronsard Luabeya
Lire aussi :
Corridor RDC-Angola : démarrage du bitumage du tronçon Kananga–Kakangayi
Corridor d’exportation de la RDC : Zijin et CMOC sur un projet concurrent à Lobito
The Democratic Republic of Congo and Egypt signed a memorandum of understanding on urban development during Congolese President Félix Tshisekedi's official visit to Cairo on June 10, 2026, adding momentum to a series of Egyptian-backed infrastructure and city-building projects in the DRC.
The agreement was one of four signed following talks between Tshisekedi and Egyptian President Abdel Fattah Al-Sissi. The two leaders identified urban development as a priority area for cooperation, alongside transport, the environment, health, tourism, investment and infrastructure.
The deal comes as the DRC looks for partners to support major urban development projects amid rapid population growth and mounting pressure on cities such as Kinshasa.
A day before Tshisekedi's arrival in Cairo, the Strategic Committee for the Supervision of the Kinshasa Expansion Project signed two agreements with Arab Contractors, one of Egypt's largest construction and infrastructure companies.
The first covers the construction of a National Museum of Renaissance, a cultural institution intended to showcase the history, identity and heritage of the Democratic Republic of Congo. The project brings together Arab Contractors, the National Museum of Kinshasa and the committee responsible for overseeing the capital's expansion plans.
River Transport Link
The second agreement relates to a river transport system connecting central Kinshasa to Maluku, an area earmarked for future urban development on the eastern edge of the capital.
The project includes the construction of a modern shipyard, passenger terminals and docking facilities, as well as the supply of river buses. Its aim is to establish a fast and sustainable transport connection between Kinshasa and the planned Kinshasa Kia Mona development area.
Project officials view the transport link as a critical part of the broader expansion strategy, arguing that the success of the new urban zone will depend on reliable connections to the capital's existing economic and administrative center.
Egypt's involvement in Congolese urban development extends beyond Kinshasa. In July 2025, the government of Tanganyika Province signed a memorandum of understanding with Elahramat Engineering, an Egyptian company affiliated with Mahmoud Samih Holding.
New City Planned for Kalemie
The agreement provides a basis for cooperation on infrastructure projects across the province, including plans for a new city in Kalemie. Local authorities have presented the project as a response to rapid urban growth and the recurring floods that affect the provincial capital.
None of the agreements signed so far amount to final construction contracts. Authorities have yet to disclose budgets, financing arrangements or implementation timelines for the projects.
At this stage, the agreements are intended to attract partners, refine project plans and prepare the initiatives for financing and execution.
Arab Contractors is already familiar with the Congolese market. The company has participated in several infrastructure projects in the country, including road works in the Kasai region and on the Kamwesha-Kananga corridor.
Mahmoud Samih Holding has also been cited by Tanganyika provincial authorities as a contributor to parts of Egypt's New Administrative Capital, one of the country's flagship urban development projects.
For the DRC, the growing partnership with Egypt offers access to experience in urban planning, infrastructure delivery and the development of new cities. Whether that cooperation produces tangible results, however, will depend on how quickly these agreements are converted into funded and executed projects.
Boaz Kabeya