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Dossier (14)

Pendant des années, Kinshasa a dénoncé l’intégration de minerais issus des zones de conflit dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, sans toujours parvenir à documenter précisément le parcours de ces ressources jusqu’aux produits finis vendus sur les marchés internationaux. Un nouveau rapport de l’ONG britannique Global Witness, publié en juin 2026, apporte de nouveaux éléments sur ce circuit. Fruit d’une année d’enquête fondée notamment sur des données douanières, l’analyse des flux commerciaux et des témoignages, le document retrace le parcours du coltan provenant de mines contrôlées par l’AFC/M23 jusqu’à des fonderies et fournisseurs de composants liés aux chaînes d’approvisionnement de grands groupes technologiques.

Tout commence à Rubaya, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Dans cette zone minière de l’Est de la République démocratique du Congo, les collines riches en coltan sont devenues, depuis 2024, l’un des points névralgiques du financement de l’AFC/M23.

Selon Global Witness, les mines de Rubaya représenteraient environ 15 % de la demande mondiale en tantale, métal dérivé du coltan et utilisé notamment dans les condensateurs présents dans les smartphones, ordinateurs portables, serveurs, équipements de télécommunication et véhicules modernes.

Après avoir pris le contrôle des principales routes autour de Rubaya fin 2023, puis des mines en avril 2024, l’AFC/M23 aurait organisé un circuit d’évacuation illégale du coltan vers le Rwanda. Ces constats rejoignent ceux déjà formulés par les experts des Nations unies.

La route de Rubaya

Le réseau de contrebande entre Rubaya et le Rwanda serait structuré autour de Bahati Erasto, nommé gouverneur du Nord-Kivu par l’AFC/M23 dans son administration parallèle. Global Witness cite également Augustin Baribugwira Bizimana, Mutombo « Safari » Cimana, Charles Munyaneza et Manizabayo Semafuko parmi les acteurs importants de ce circuit.

L’ONG décrit un système de taxation prélevé à différentes étapes de la chaîne commerciale. Les négociants paieraient notamment 4 dollars par kilogramme à l’AFC/M23, tandis que 3 dollars par kilogramme reviendraient à des acteurs publics rwandais. Selon les experts de l’ONU, cette taxation aurait généré environ 800 000 dollars par mois pour l’AFC/M23.

Global Witness affirme qu’au moins 1 400 tonnes de coltan seraient passées illégalement de RDC vers le Rwanda au cours de la première année d’occupation des mines de Rubaya. L’organisation évoque aussi plus de 2 000 tonnes de coltan de contrebande dont la destination finale reste difficile à établir avec précision.

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Le circuit décrit passe désormais souvent par Goma, contrôlée par l’AFC/M23, puis par la frontière Goma-Gisenyi. Une partie du coltan transiterait sous les yeux de responsables frontaliers rwandais avant d’être acheminée vers Kigali.

Une fois au Rwanda, le minerai serait mélangé à la production locale avant d’être exporté comme coltan rwandais. Cette étape met en cause l’efficacité des mécanismes de traçabilité, en particulier le système ITSCI, utilisé dans la région des Grands Lacs pour certifier les minerais dits « 3T » : étain, tungstène et tantale.

Des trafiquants interrogés par l’ONG affirment que du coltan provenant de zones contrôlées par l’AFC/M23 aurait reçu des étiquettes de traçabilité, lui donnant une apparence de conformité. Global Witness observe d’ailleurs que les exportations de coltan certifiées par ITSCI ont fortement augmenté, suivant la même tendance que les exportations rwandaises depuis la prise de Rubaya.

Kigali comme point de sortie

Selon l’enquête, sept entreprises ont assuré l’essentiel des exportations de coltan du Rwanda entre janvier 2023 et septembre 2025. Global Witness affirme disposer d’éléments montrant qu’au moins cinq d’entre elles se sont approvisionnées en coltan lié aux mines de Rubaya : Kanzamin, African Panther Resources, Sunrise Metal Company, Boss Mining Solution et Philbert Trading Minerals.

Kanzamin, anciennement Trading Services Logistics, est présentée comme l’un des acteurs importants du commerce de coltan au Rwanda. Global Witness affirme que plusieurs négociants lui ont vendu du coltan provenant de Rubaya et qu’une personne employée par l’entreprise aurait confirmé l’achat de minerais issus de cette zone. L’ONG indique aussi que Kanzamin aurait installé un petit laboratoire à Rubaya pour mesurer la teneur en tantale.

Après son exportation du Rwanda, le coltan emprunterait principalement les corridors logistiques d’Afrique de l’Est. Les cargaisons transiteraient notamment par les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, et de Mombasa, au Kenya, avant d’être expédiées vers l’Asie ou revendues à des négociants internationaux.

Global Witness affirme que Sunrise Metal Company a vendu du coltan à plusieurs fonderies chinoises, dont Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals, Jiujiang Tanbre et Ningxia Orient Tantalum Industry. L’ONG indique aussi avoir contacté l’entreprise en se présentant comme un négociant de Rubaya. Selon le rapport, Sunrise se serait dite intéressée par l’achat de coltan, tout en proposant une aide pour le passage de la frontière.

Les deux autres grands exportateurs identifiés sont East Group Minerals et Tawotin. Cette dernière est présentée comme liée à l’homme d’affaires suisse Chris Huber. Global Witness indique que Tawotin vend à East Rise Corporation, société basée à Hong Kong et dirigée par John Crawley. L’ONG cite aussi Star Dragon Corporation, TMC Minerals and Metals Holding Company et Trend Minerals Corporation SDN comme entités liées à ce réseau commercial.

Après son exportation du Rwanda, le coltan emprunterait principalement les corridors logistiques d’Afrique de l’Est. Les cargaisons transiteraient notamment par les ports de Dar es Salaam, en Tanzanie, et de Mombasa, au Kenya, avant d’être expédiées vers l’Asie ou revendues à des négociants internationaux.

Des ports africains aux fonderies asiatiques

Selon Global Witness, huit acheteurs ont acquis directement près de 85 % du coltan exporté du Rwanda depuis début 2023. Parmi les noms cités figurent Minterra, Halcyon, Traxys, East Rise Corporation, Novocore, Ningxia Orient Tantalum Industry et Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals.

Ces acheteurs sont principalement basés aux Émirats arabes unis, en Chine, à Hong Kong et au Luxembourg. À l’exception de la Chine, ces places joueraient surtout un rôle de transit ou de négoce, avant la revente du minerai à des fonderies et affineries situées ailleurs.

Global Witness affirme avoir identifié huit fonderies ayant transformé l’essentiel du coltan exporté du Rwanda entre 2023 et septembre 2025. Six se trouvent en Chine : Ningxia Orient Tantalum Industry Co., Jiujiang Jinxin Nonferrous Metals Co., Jiujiang Tanbre Co., Jiujiang Zhongao Tantalum & Niobium Co., Ximei Resources (Guangdong) et Hengyang King Xing Lifeng New Materials Co. Deux autres fonderies sont également citées : Ulba Metallurgical Plant, au Kazakhstan, et Taniobis, en Thaïlande.

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Selon l’ONG, au moins quatre de ces fonderies auraient probablement traité du coltan lié aux mines de Rubaya.

Le rapport détaille plusieurs flux. Halcyon aurait expédié une partie de son coltan de Dar es Salaam vers Taniobis en 2023 et envoyé du coltan du Rwanda vers la Chine. Specialty Metals Resources aurait envoyé au moins une cargaison de Dar es Salaam vers Ximei Resources en 2024. Sunrise Metal Company aurait vendu d’importantes quantités de coltan à Jiujiang Jinxin, Jiujiang Tanbre et Ningxia Orient Tantalum Industry, et expédié au moins une cargaison à Hengyang King Xing Lifeng New Materials.

East Group Minerals aurait, de son côté, envoyé la majeure partie de son coltan en Chine via Minterra, tout en expédiant du coltan à Jiujiang Zhongao. Minterra aurait également fait parvenir du coltan rwandais à Ulba et à Ningxia Orient Tantalum Industry.

Global Witness mentionne aussi East Rise Corporation, qui aurait expédié en 2023 et 2024 des cargaisons de coltan, dont certaines d’origine congolaise ou ambiguë, vers Ulba. En 2024 et 2025, East Rise Corporation aurait également envoyé du coltan du Rwanda et de RDC vers sa filiale malaisienne Trend Minerals Corporation, laquelle aurait auparavant expédié du coltan vers la Chine.

Le moment où l’origine s’efface

C’est à l’étape de la fonderie que l’identification de l’origine géographique devient beaucoup plus difficile. Une fois le coltan transformé en tantale, il devient complexe de distinguer le métal issu d’une mine certifiée de celui provenant d’une zone de conflit.

Le tantale ainsi produit entre ensuite dans la fabrication de composants, en particulier les condensateurs. Global Witness rappelle que le marché mondial des condensateurs en tantale est dominé par quelques grands acteurs, dont Kemet, Kyocera AVX, Vishay, Panasonic et Hongda Electronics Corp.

L’ONG établit ensuite des liens entre les fonderies citées et les chaînes d’approvisionnement de grands groupes internationaux. Elle relève notamment que les États-Unis, le Salvador, Israël et les Philippines figurent parmi les principaux importateurs de tantale en provenance de Chine, où la plupart du coltan exporté du Rwanda aurait été transformé.

L’ONG ne dit toutefois pas qu’un produit spécifique de ces marques contient directement du coltan extrait à Rubaya. Elle établit plutôt des liens de chaîne d’approvisionnement entre certaines fonderies, des fournisseurs de composants et de grandes entreprises internationales.

Aux États-Unis, Global Witness cite des producteurs de condensateurs comme Vishay, Kyocera AVX, Global Advanced Metals et Kemet. L’ONG indique aussi que Kyocera AVX pourrait être l’un des principaux bénéficiaires des exportations de tantale de Chine vers le Salvador, où l’entreprise dispose d’un important site de production.

Des flux auraient également relié Ningxia Orient Tantalum Industry aux filiales de Samsung aux Philippines, où Samsung possède une usine de condensateurs, ainsi qu’à une filiale de Panasonic. Les cargaisons de tantale à destination d’Israël, où Vishay dispose d’un site de production important, proviendraient ces dernières années de la province chinoise du Ningxia, ce qui suggère, selon Global Witness, un lien possible avec Ningxia Orient Tantalum Industry.

C’est à travers ces circuits que Global Witness estime que le coltan de Rubaya pourrait avoir exposé les chaînes d’approvisionnement de groupes internationaux comme Amazon, Microsoft, Vodafone, Toyota, Sony, Nvidia, Honda, LG Display, Ericsson et Apple.

L’ONG ne dit toutefois pas qu’un produit spécifique de ces marques contient directement du coltan extrait à Rubaya. Elle établit plutôt des liens de chaîne d’approvisionnement entre certaines fonderies, des fournisseurs de composants et de grandes entreprises internationales.

Des garde-fous contestés

Le rapport met aussi en cause les garde-fous de l’industrie. Selon Global Witness, certaines fonderies citées ont été jugées conformes dans le cadre du Responsible Minerals Assurance Process, alors même qu’elles auraient transformé du coltan lié au conflit. L’ONG estime que ces audits ne permettent pas toujours de vérifier l’origine réelle des minerais, faute de données fiables sur la production par mine et d’outils indépendants d’identification géochimique.

La Responsible Minerals Initiative conteste cette lecture. Selon Global Witness, la RMI affirme que les audits RMAP permettent bien de surveiller les risques de contribution aux conflits et souligne les limites des données commerciales utilisées par l’ONG, notamment les décalages possibles entre extraction, stockage, expédition et réception par les fonderies.

Samsung a indiqué à Global Witness avoir examiné les éléments soulevés et ne pas avoir identifié d’inquiétude concernant ses transactions avec certaines fonderies. Ulba a, pour sa part, mis en avant sa présence sur la liste des fonderies conformes au RMAP. Plusieurs autres entreprises citées n’ont pas répondu aux sollicitations de l’ONG.

Pour Kinshasa, le rapport de Global Witness fournit de nouveaux éléments pour maintenir la pression sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques. Au-delà du dossier Apple, il pose une question plus large : comment garantir que le tantale utilisé dans l’électronique mondiale ne finance pas les groupes armés actifs dans l’Est de la RDC ?

Pour Apple, ces éléments interviennent dans un contexte déjà sensible. En 2024, la RDC avait déposé des plaintes en France et en Belgique contre des filiales du groupe, les accusant notamment de recel de minerais de conflit et de pratiques commerciales trompeuses liées à ses engagements en matière d’approvisionnement responsable.

Apple avait alors rejeté les accusations et indiqué avoir demandé à ses fournisseurs de suspendre leurs achats d’étain, de tantale et de tungstène en provenance de RDC et du Rwanda. La plainte déposée en France a été classée sans suite en 2025, faute d’infractions suffisamment caractérisées. En Belgique, une procédure a en revanche été ouverte avec la désignation d’un juge d’instruction.

Pour Kinshasa, le rapport de Global Witness fournit de nouveaux éléments pour maintenir la pression sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques. Au-delà du dossier Apple, il pose une question plus large : comment garantir que le tantale utilisé dans l’électronique mondiale ne finance pas les groupes armés actifs dans l’Est de la RDC ?

L’enjeu dépasse la seule responsabilité des entreprises technologiques. Il concerne aussi les mécanismes de traçabilité, les audits de fonderies, les autorités des pays de transit, les régulateurs internationaux et les dispositifs de sanctions contre les acteurs qui tirent profit des minerais de conflit.

Pierre Mukoko et Boaz Kabeya

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Posted On vendredi, 12 juin 2026 17:48 Written by

Le groupe minier kazakh Eurasian Resources Group (ERG), actif dans le cuivre et le cobalt en République démocratique du Congo (RDC), a annoncé, le 22 mai 2026, une réorganisation majeure de sa structure actionnariale. L’opération se traduit par le retrait de deux actionnaires historiques, Patokh Chodiev et la famille d’Alexander Machkevitch, qui faisaient partie des fondateurs du groupe aux côtés de l’État kazakh.

Leurs participations, respectivement de 18,6 % et 20,7 %, ont été rachetées par Nature Energy Solutions Ltd., une société contrôlée par l’homme d’affaires kazakh Shakhmurat Mutalip. À l’issue de cette opération, l’État kazakh conserve sa participation de 40 % dans ERG, tandis que Nature Energy Solutions devient l’un des principaux actionnaires privés du groupe avec 39,3 %. Le solde du capital, soit 20,7 %, reste détenu par les héritiers de l’homme d’affaires Alijan Ibragimov.

Le montant exact des transactions n’a pas été rendu public par ERG. Plusieurs médias internationaux, dont le Financial Times cité par The Insider, évoquent toutefois une opération valorisée autour de 1,4 milliard de dollars.

Dans sa communication, ERG indique que cette réorganisation vise à « renforcer la résilience du groupe », améliorer l’efficacité de sa gouvernance et soutenir sa stratégie de développement à long terme. Le groupe affirme également que ces changements n’affecteront ni ses opérations quotidiennes, ni ses engagements envers ses employés, partenaires et États hôtes.

Des liens russes scrutés

Pour la RDC, cette recomposition actionnariale pourrait toutefois soulever des questions sensibles. Le pays accueille plusieurs actifs stratégiques d’ERG dans le cuivre et le cobalt, deux minerais au cœur de la transition énergétique mondiale. Il s’agit aussi d’une économie fortement dollarisée, qui a renforcé ces derniers mois son rapprochement stratégique avec les États-Unis.

Or, selon plusieurs médias internationaux, Shakhmurat Mutalip entretiendrait des liens avec des acteurs financiers russes visés par les sanctions occidentales depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. The Insider affirme notamment que l’homme d’affaires kazakh aurait des relations avec plusieurs figures du secteur bancaire russe, dont Andrey Kostin, président de VTB, ainsi qu’avec l’oligarque Alisher Usmanov.

Toujours selon ces sources, l’intérêt de Mutalip pour ERG aurait attiré l’attention du département d’État américain, qui redouterait qu’une partie des actifs stratégiques du groupe en RDC ne passe sous influence russe.

Cette dimension géopolitique n’est pas sans précédent pour ERG en RDC. En 2022, le groupe avait expliqué les retards dans le développement de la mine de cuivre-cobalt de Kalukundi, détenue par Swanmines, coentreprise avec la Gécamines, par des difficultés financières liées à ses lignes de crédit auprès de banques russes affectées par les sanctions internationales. Ces retards avaient alimenté des tensions entre les deux actionnaires.

En septembre 2025, lors de la visite du président Félix Tshisekedi au Kazakhstan, la Gécamines et ERG avaient finalement signé un accord de collaboration mettant fin à plusieurs années de différends autour de Swanmines.

Kalukundi comme premier test

Cet accord a notamment conduit à une recomposition du capital de Swanmines. La participation de la Gécamines est passée de 25 % à 49 %, tandis que celle d’ERG a été réduite de 75 % à 51 %. Le groupe s’est également engagé à réaliser, dans un délai d’un an, une étude de faisabilité pour la construction d’une usine de traitement à Kalukundi.

La suite donnée à cet engagement constituera l’un des premiers indicateurs de l’impact concret de la nouvelle structure actionnariale d’ERG sur ses activités en RDC. Si le groupe confirme ses investissements et accélère la mise en œuvre de ses projets, la recomposition pourrait être présentée comme un facteur de stabilisation. À l’inverse, tout ralentissement supplémentaire pourrait raviver les interrogations sur la capacité financière et stratégique du groupe à développer ses actifs congolais.

La RDC occupe une place centrale dans les ambitions africaines d’ERG. Selon ses résultats financiers pour 2025, l’Afrique représentait environ 24 % de son bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA). Le groupe affirme viser, dans les trois à cinq prochaines années, une production annuelle totale d’environ 300 000 tonnes de cuivre et plus de 20 000 tonnes de cobalt.

En RDC, cette stratégie repose notamment sur les actifs de Boss Mining, Frontier, Comide, Swanmines et Metalkol RTR, présenté comme l’un des principaux projets de retraitement de résidus miniers du groupe.

Des actifs sous pression

Mais ERG fait face à un autre défi majeur en RDC : la sécurisation de ses concessions. Depuis 2024, plusieurs de ses sites sont touchés par des invasions récurrentes de réseaux structurés d’exploitants illégaux, notamment à Comide, Boss Mining et Metalkol.

Une enquête publiée en mai 2026 par Africa Intelligence affirme que ces intrusions feraient perdre près de 2 milliards de dollars par an à ERG et entraîneraient également un manque à gagner important pour l’État congolais. Ce dernier est lui-même exposé à travers la Gécamines, actionnaire à hauteur de 49 % dans Boss Mining.

Face à cette situation, le groupe kazakh explore plusieurs pistes afin de tenter de reprendre le contrôle de ses concessions. Le 10 février 2026, ERG a notamment signé un protocole d’accord avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC), filiale de la Gécamines chargée d’encadrer l’exploitation artisanale du cobalt en RDC. Ce partenariat vise à transférer progressivement les creuseurs artisanaux vers des zones d’exploitation artisanale (ZEA) spécialement aménagées, afin de les éloigner des concessions industrielles du groupe.

Une autre piste envisagée consisterait à renforcer la coopération avec l’Inspection générale des mines (IGM), dirigée par Raphaël Kabengele. Selon Africa Intelligence, ERG chercherait à s’appuyer sur cette structure pour améliorer la lutte contre les réseaux d’exploitation illégale opérant sur ses concessions.

Le cas de Metalkol illustre particulièrement les tensions autour des actifs miniers du groupe. Des opérateurs extérieurs auraient pris le contrôle d’une partie des résidus miniers contenus dans le bassin exploité par l’entreprise, avec l’appui présumé de réseaux bénéficiant de relais politiques et sécuritaires. ERG affirme que cette situation menace la durée de vie de l’exploitation et pourrait entraîner plusieurs milliards de dollars de pertes de revenus.

Dans ce contexte, la recomposition de l’actionnariat d’ERG ne se limite pas à une opération interne au groupe. Elle intervient à un moment où ses actifs congolais sont soumis à une triple pression : géopolitique, fiscale et sécuritaire.

Pour Kinshasa, l’enjeu sera de vérifier si le nouvel équilibre actionnarial permettra au groupe de stabiliser ses investissements, de respecter ses engagements industriels et de mieux sécuriser ses opérations. Pour ERG, la RDC reste un pilier stratégique, mais aussi l’un de ses terrains d’opération les plus exposés.

Timothée Manoke

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Posted On jeudi, 28 mai 2026 13:09 Written by

La République démocratique du Congo (RDC) fait son entrée dans Business Ready (B-READY), le nouveau baromètre de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires. Les résultats mettent en évidence un contraste : si le cadre réglementaire progresse, la faiblesse des services publics et de l’environnement institutionnel demeure le principal frein à l’attractivité économique du pays.

Dans sa deuxième édition, publiée à la fin du mois de décembre 2025, le nouveau baromètre mondial de l’environnement des affaires de la Banque mondiale — Business Ready (B-READY) —, lancé depuis 2024, intègre la République démocratique du Congo (RDC). Il ressort de ce rapport que les services publics constituent le point faible du pays en matière de facilitation des affaires.

Ce baromètre, qui remplace le Doing Business, évalue les pays sur trois aspects (piliers) :le cadre réglementaire (qualité des lois, règles, procédures…), les services publics (disponibilité et qualité des services chargés d’appliquer ces règles), l’efficacité opérationnelle (réalité sur le terrain : délais, coûts, pratiques).

Chacun de ces piliers est évalué sur l’ensemble des étapes (thèmes) de la vie d’une entreprise : création, implantation, services de base, travail, services financiers, commerce international, fiscalité, règlement des différends, concurrence et insolvabilité. Les notes vont de 0 à 100 points.

Critères d’évaluation

 Tableau 1

Des résultats contrastés pour la RDC

Pour la RDC, les résultats montrent un contraste marqué : 63,61 sur le cadre réglementaire, 46,97 sur l’efficacité opérationnelle, 26,56 seulement sur les services publics.

En plus d’enregistrer la performance moyenne la plus faible parmi les piliers, les services publics constituent celui où les écarts avec les autres pays du monde sont les plus importants.

Le problème viendrait essentiellement de l’environnement institutionnel. Car si la RDC obtient 55,73 sur les services publics de base, elle reste faible sur plusieurs domaines liés au fonctionnement des institutions, tels que : l’insolvabilité (27,59), la concurrence (33,85), la fiscalité (38,39), la justice commerciale (39,86).

La faiblesse de ces indicateurs a des conséquences directes : elle limite la capacité du pays à attirer des capitaux privés, complique l’accès au crédit et fragilise les entreprises lorsqu’elles doivent gérer un conflit commercial ou une restructuration.

Résultat par pilier

Tableau 2

Résultat par thème

Tableau 3

Une note aussi faible en matière d’insolvabilité signifie concrètement une capacité limitée de restructuration, des coûts de défaut élevés, ainsi qu’un recouvrement lent et incertain. Cela contribue à expliquer le coût élevé du crédit, la faible profondeur financière et la quasi-absence de financement à long terme en RDC.

En matière de concurrence, le faible score traduit, en pratique, un manque de prévisibilité sur l’égalité des règles du jeu, des barrières à l’entrée, des distorsions, ainsi que des mécanismes insuffisants de lutte contre les abus.

Renforcer les capacités administratives

Les scores sur la fiscalité et la justice reflètent, quant à eux, un niveau élevé d’incertitude et des coûts de transaction importants. Une fiscalité imprévisible alimente le contentieux, tandis qu’une justice peu efficace rend ce contentieux plus risqué.

Le B-READY 2025 montre que la RDC peut améliorer son attractivité sans nécessairement changer toutes les lois. Selon la Banque mondiale, le vrai enjeu est de parvenir à rééquilibrer l’effort entre la norme et la mise en œuvre. Le rapport rappelle que les pays peuvent adopter des règles ambitieuses, mais restent pénalisés s’ils ne disposent pas des capacités administratives et opérationnelles nécessaires pour les rendre effectives.

Pour la RDC, le basculement viendra donc de réformes d’exécution : digitalisation des procédures, transparence, simplification, accès effectif aux services administratifs et réduction des délais.

Pierre Mukoko

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Posted On mercredi, 07 janvier 2026 13:42 Written by

La République démocratique du Congo (RDC) est devenue, le 4 décembre 2025, un « partenaire stratégique » des États-Unis. Un accord en ce sens a été signé entre le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, et le secrétaire d'État Marco Rubio, équivalent du ministre des Affaires étrangères. Ce statut place la RDC dans un cadre de coopération privilégiée avec Washington. Il porte la promesse d’un appui sécuritaire, d’investissements massifs et d’une accélération de son industrialisation, mais s’accompagne aussi d’obligations légales et fiscales assorties de délais stricts. En contrepartie, les États-Unis obtiennent un accès structuré et prioritaire aux minéraux critiques congolais, essentiels à l’industrie américaine et à la transition énergétique, tout en posant les bases d’une réduction de l’emprise chinoise dans le pays.

Accès prioritaire des États-Unis aux gisements stratégiques

L’accord, signé le 4 décembre dernier à Washington, accorde aux entreprises américaines un droit de première offre sur des gisements de minerais critiques, d’or et sur des zones d’exploration constituant la Réserve stratégique d’actifs miniers (RAS). Ce mécanisme leur garantit une priorité d’accès aux permis d’exploration, de développement ou d’exploitation. Si, au bout de neuf mois, aucune offre américaine n’est retenue, les projets peuvent être ouverts aux « alliés » — Union européenne, Qatar ou même la RDC — mais jamais aux pays considérés par Washington comme des adversaires stratégiques, notamment la Chine, qui contrôle actuellement environ 80 % des actifs miniers en exploitation dans le pays.

La liste des actifs composant la RAS n’est pas encore publique. Mais selon nos informations, les États-Unis s’intéressent particulièrement à la mine de Rubaya, actuellement sous contrôle du M23, ainsi qu’au gisement de Manono, où l’américain KoBold Metals détient déjà quatre permis de recherche. Kinshasa doit transmettre la liste initiale des actifs RAS au plus tard le 2 janvier 2026. Celle-ci pourra ensuite être complétée, en consultation avec Washington ou à sa demande, élargissant progressivement le périmètre des actifs inaccessibles à la Chine.

Avantages fiscaux

Une partie de la production issue des actifs RAS devra être réservée au marché américain. Au risque d’être rejetée, toute proposition de projet devra démontrer sa contribution aux chaînes d’approvisionnement américaines, notamment par des engagements d’écoulement vers les États-Unis. Pour garantir un approvisionnement stable, notamment en cobalt, l’accord prévoit également la création en RDC d’une réserve stratégique de minerais.

Les entreprises à participation américaine bénéficieront d’un régime fiscal exceptionnel : stabilisation fiscale de dix ans, remboursement obligatoire de la TVA sous 90 jours, mécanisme automatique d’imputation des crédits de TVA. La RDC devra aussi mettre en place un guichet unique pour simplifier les démarches ainsi qu’une autorité fiscale dédiée aux investisseurs américains. Des incitations supplémentaires pourront être accordées aux projets jugés stratégiques, rendant l’environnement fiscal particulièrement attractif pour les intérêts américains.

Washington obtient en outre un rôle direct dans la gouvernance. L’accord instaure un dialogue intergouvernemental, un forum économique États-Unis–RDC et un Comité de pilotage conjoint (CPC) de dix membres chargé de superviser les projets, valider les critères d’éligibilité et examiner toute décision susceptible d’affecter les intérêts américains, notamment les embargos ou les quotas d’exportation.

Le CPC se réunira deux fois par an, avec une première session prévue au plus tard 90 jours après l’entrée en vigueur de l’accord. Le forum économique sera organisé tous les deux ans, alternativement à Washington et Kinshasa, sauf décision contraire. La date de la session inaugurale devra être fixée dans un délai d’un an.

La RDC sous le parapluie américain

En échange, la RDC obtient le statut de « partenaire stratégique » des États-Unis. Ce statut, réservé à un nombre restreint de pays jugés essentiels aux intérêts américains (tels que le Japon, la Corée du Sud ou Israël), devrait, selon des spécialistes, renforcer le poids diplomatique de la RDC au niveau régional et au-delà.

L’accord engage également Washington à coopérer en matière de sécurité et de défense afin de renforcer la paix, la stabilité et l’autorité de l’État. Un mémorandum d’entente sur ces questions a été signé le même jour entre la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, et Marco Rubio. Ce document n’a pas été rendu public, laissant peu d’éléments sur les modalités concrètes de coopération sur la protection de l’intégrité du territoire, la sécurisation des infrastructures critiques, la lutte contre les trafics miniers alimentant les groupes armés…

Le texte prévoit aussi un appui à la stabilisation des zones minières et conflictuelles à travers des investissements ciblés dans l’énergie, les infrastructures et la logistique ; un renforcement des capacités douanières et fiscales, une amélioration de la traçabilité des minerais ; ainsi qu’un accompagnement aux réformes judiciaires et anticorruption pour restaurer l’autorité de l’État dans les régions minières.

Sur le plan économique, l’accord vise à faire de la RDC un nœud central des chaînes d’approvisionnement occidentales en minerais critiques, tout en augmentant sa propre capacité à capter la valeur et en diversifiant ses partenaires économiques. Ainsi, le pays pourra bénéficier d’appuis techniques et financiers via les institutions américaines de développement pour ses projets stratégiques. Elle doit transmettre une première liste d’ici le 2 janvier 2026. Celle-ci pourra être complétée à tout moment en concertation avec Washington.

Corridor Sakania–Lobito et projet Grand Inga

Un soutien est déjà prévu pour moderniser l’ensemble du corridor Sakania–Lobito, appelé à devenir l’axe principal des exportations vers les États-Unis. Des objectifs quantifiés sont fixés : 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises publiques devront transiter par cet axe dans les cinq prochaines années. Les parties s’engagent aussi à développer ensemble le projet hydroélectrique Grand Inga via un comité de gouvernance commun. Il est considéré comme essentiel à l’industrialisation et à la compétitivité régionale.

L’accord inclut également un appui à la transformation locale des minerais — raffinage, unités de transformation, participation à des projets en aval à l’étranger — ainsi qu’un important volet sur la formalisation de l’exploitation artisanale, incluant un appui américain sur la traçabilité, la structuration des coopératives et l’inclusion financière.

Des réformes profondes exigées

Pour consolider son rôle de « partenaire stratégique fiable », la RDC doit mettre en œuvre des politiques renforçant la gouvernance, la transparence et l’État de droit. L’accord exige une réforme du cadre fiscal dans les douze mois : stabilisation fiscale de dix ans, remboursement de TVA sous 90 jours, guichet unique, autorité fiscale centralisée responsable de toutes les interactions avec les investisseurs du secteur minier. Dans ce secteur, la RDC devra renforcer la régulation, la transparence des entreprises publiques, les capacités douanières et la lutte contre les trafics.

L’accord entre en vigueur dès sa signature. Il est révisé tous les trois ans, mais ne peut être résilié qu’après un préavis de cinq ans.

Pierre Mukoko

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Posted On dimanche, 07 décembre 2025 13:21 Written by

Alimentée par des partenariats opaques entre opérateurs chinois et congolais, cette ruée minière appauvrit aussi les communautés locales et prive l’État de précieuses ressources fiscales.

Selon un rapport publié le 17 septembre 2025 par l’ONG néerlandaise PAX, l’exploitation illégale de l’or par des ressortissants chinois, associés à des partenaires congolais, a endommagé plus de 250 kilomètres de cours d’eau entre fin 2020 et 2025 dans la province du Haut-Uélé, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), tout en perturbant le mode de vie traditionnel des communautés locales.

Intitulé « RDC : une ruée vers l’or illégale dans le Haut-Uélé a dévasté des rivières et nui aux populations », le rapport se base sur une analyse d’images satellites et de documents officiels, des visites de sites miniers et des entretiens avec des activistes de la société civile, des victimes et des responsables locaux. Il en ressort que les mineurs ont exploité les cours d’eau et leurs berges de manière semi-industrielle, jour et nuit, à l’aide d’engins lourds. Ils ont creusé sur des étendues de 50 à 400 mètres de large, souvent le long de dizaines de kilomètres de rivières et de ruisseaux, d’après les images satellitaires.

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À certains endroits, le lit des rivières a même été déplacé et des chaînes de fosses laissées inondées, créant ainsi un risque important de noyade pour les communautés voisines.

Aucune étude scientifique n’a été menée sur les impacts de ces opérations dans le Haut-Uélé sur la santé humaine et l’environnement. Il existe toutefois de sérieuses raisons de s’inquiéter, car des produits chimiques hautement toxiques, en particulier le mercure et le cyanure, sont souvent utilisés pour l’extraction de l’or en RDC. Les ruisseaux et rivières touchés se déversent ensuite dans le fleuve Congo, qui traverse la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde et constitue un haut lieu de biodiversité.

La ruée vers l’or a également entraîné une forte déforestation, notamment en raison de la construction de grandes routes menant aux sites miniers.

Des coopératives sous couvert d’illégalité

Le rapport souligne que les mineurs actifs dans le Haut-Uélé opèrent sous le couvert de « coopératives minières artisanales » composées exclusivement de ressortissants congolais, travaillant en « partenariat » avec des ressortissants chinois qui leur fourniraient un soutien technique et financier. Ces coopératives, qui opèrent sous la protection de membres de l’armée et de la police congolaises, ne bénéficient pas des autorisations prévues par le Code minier et ne respectent pas les normes environnementales et sociétales.

Les documents officiels analysés par PAX révèlent qu’il n’existait pratiquement aucune coopérative minière artisanale dans le Haut-Uélé avant 2020. Les ressortissants chinois ont donc collaboré avec des coopératives venues d’autres provinces et formé de nouveaux « partenariats » avec des structures récemment créées.

Des données accessibles au public issues du cadastre minier congolais, qui recense tous les droits miniers du pays, montrent que l’exploitation aurifère dans la province du Haut-Uélé s’est souvent déroulée dans des zones couvertes par des permis d’exploitation minière accordés à des entreprises industrielles, et non à des opérateurs semi-industriels.

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De plus, certains de ces permis n’étaient pas valides au moment où les activités semi-industrielles ont eu lieu. Bien qu’un titulaire de permis puisse louer sa concession à un autre exploitant, ces accords doivent être enregistrés, transparents et conformes aux règles de responsabilité environnementale et sociale. Mais l’enquête de PAX n’a trouvé aucune information publique concernant de tels accords d’amodiation entre les titulaires de permis et les exploitants semi-industriels.

L’article 311 ter du Code minier prévoit pourtant des peines de 10 à 20 ans de prison pour les personnes responsables de fraude ou de pillage des ressources minérales.

Le 12 août 2022, le président Félix Tshisekedi et son gouvernement ont examiné la situation dans le Haut-Uélé, qualifiant ces activités d’« illicites » et soulignant qu’elles étaient menées « en complicité avec les coopératives minières ». Le chef de l’État avait alors chargé le ministre de l’Intérieur de prendre « des mesures urgentes pour stopper, sans délai, ces exploitations illicites ». Il avait également demandé aux ministres des Mines et de la Justice d’initier une mission d’enquête et de lui faire rapport. Cependant, les comptes rendus ultérieurs du Conseil des ministres examinés par PAX ne font mention d’aucune mission ni d’aucun rapport, et l’exploitation illégale de l’or s’est poursuivie.

Des pertes pour l’État

En outre, si les acteurs impliqués dans cette ruée illégale ont probablement réalisé d’énormes bénéfices, ni les communautés locales ni le Trésor public n’en ont tiré profit, ces activités échappant largement à la surveillance officielle et à la fiscalité.

Les communautés autochtones vivant dans les zones affectées ont vu leur mode de vie traditionnel bouleversé. Selon plusieurs témoignages recueillis sur le terrain, les exploitants semi-industriels ont gravement endommagé les champs des cultivateurs locaux sans indemnisation adéquate, aggravant leur pauvreté. Ils ont aussi déplacé des orpailleurs de leurs sites, les forçant à chercher ailleurs ou à abandonner complètement cette activité. De plus, les communautés locales, notamment les Mbuti, doivent parfois utiliser de l’eau polluée pour cuisiner, se laver et boire, faute d’alternative.

Des exploitations similaires, également largement illégales et impliquant des ressortissants chinois, ont été signalées dans d’autres provinces de l’est du Congo ces dernières années, notamment dans le Sud-Kivu, l’Ituri et la Tshopo.

Face à l’ampleur des dégâts environnementaux et sociaux, PAX appelle Kinshasa à mettre fin à l’exploitation aurifère semi-industrielle illégale dans le Haut-Uélé et ailleurs, à poursuivre toutes les personnes impliquées, quel que soit leur rang, et à garantir une réparation aux populations affectées. La Chine est, quant à elle, invitée à demander des comptes à ses ressortissants engagés dans ces activités.

Walid Kéfi, Agence Ecofin

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Posted On mercredi, 24 septembre 2025 16:01 Written by

Le conseil des ministres du Commerce des pays membres de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) tient sa 16e réunion ce mardi 15 avril à Kinshasa. Cette réunion se tient au moment où cette zone mérite une vive attention des dirigeants africains. Face à la nouvelle crise mondiale qui s’annonce avec la guerre commerciale déclenchée par l’administration américaine dirigée par Donald Trump, banques centrales et responsables des politiques économiques africaines doivent rapidement accélérer l’intégration du continent.

Des turbulences s’intensifient sur le commerce mondial. Le monde assiste à une situation sans précédent de perturbations dans le commerce mondial, avec une confrontation entre les États-Unis et le reste du monde, en particulier la Chine. Le président américain Donald Trump a récemment imposé des droits de douane prohibitifs de 145 % sur les importations chinoises, provoquant une riposte immédiate de Pékin qui a répliqué avec des taxes de 125 % sur les produits américains. Cette surenchère a déjà commencé à perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et à ébranler les marchés financiers. Les échanges entre la Chine et les États-Unis commencent à plonger.

Si le pays asiatique se prépare depuis des années au découplage avec l’économie américaine, ses exportateurs en souffrent déjà, lisait-on récemment dans un article publié par le journal français Le Monde. Bien que Trump ait accordé des exemptions pour certains produits électroniques, cette accalmie reste fragile et temporaire. Les ports chinois comme Shanghai, premier port mondial, constatent déjà une réduction notable des cargaisons à destination des États-Unis. La Chine, dont la croissance ralentit déjà à environ 5 % en 2025, se trouve contrainte de repenser ses stratégies d’exportation et son positionnement commercial mondial.

L’Afrique prise entre deux feux

Pour l’Afrique, cette confrontation entre ses deux principaux partenaires commerciaux présente des risques considérables. La Chine, premier partenaire commercial du continent depuis plus d’une décennie, voit son modèle économique remis en question et fait face à des pressions combinées des États-Unis et de l’Europe. Cette situation menace directement l’écosystème commercial africain pour plusieurs raisons : un ralentissement probable de la demande pour les matières premières africaines par la Chine qui en est le plus gros client et un des partenaires de poids à la production, la perturbation des chaînes d’approvisionnement dont dépendent les économies africaines, la volatilité accrue des prix des matières premières, affectant les recettes d’exportation et un risque de devenir un terrain de « guerre économique par procuration » entre puissances (ce qui se voit déjà avec les minerais critiques).

La récente annonce de la Chine de réduire ses importations de soja américain illustre la volatilité des marchés des matières premières. Un phénomène similaire pourrait affecter les exportations africaines si le conflit s’intensifie, mettant en péril les équilibres économiques fragiles du continent.

La Zlecaf : un bouclier stratégique indispensable

Face à ces incertitudes, la Zone de libre-échange continentale africaine représente bien plus qu’un simple accord commercial — elle constitue un véritable rempart protecteur pour les économies africaines. Les avantages de son accélération sont multiples et cruciaux dans le contexte actuel : Elle possède la capacité de réduire la dépendance excessive aux partenaires extérieurs. En développant les échanges intra-africains au-delà des 15 % actuels, le continent pourrait amortir les chocs provenant des turbulences commerciales mondiales.

Aussi, l’intégration continentale rehausserait l’attractivité de l’Afrique pour les investisseurs internationaux. Avec 1,3 milliard de consommateurs potentiels et un PIB combiné dépassant 3000 milliards de dollars, la Zlecaf offre une alternative aux marchés devenus incertains à cause des tensions commerciales. Un investisseur qui sait qu’en s’implantant dans un pays africain, il accède à tout le continent y réfléchira à deux fois avant de privilégier d’autres marchés émergents.

Enfin, la Zlecaf permettrait d’équilibrer les négociations avec les grandes puissances. En parlant d’une seule voix dans les forums commerciaux internationaux, l’Afrique gagnerait en poids diplomatique et économique. Divisés, les pays africains sont facilement ballottés entre la Chine, l’UE et les États-Unis. Unis, ils peuvent exiger des partenariats plus équitables.

L’unité de compte de la BAD : un outil monétaire pour l’autonomie africaine

Au-delà de l’intégration commerciale, la question monétaire est cruciale pour renforcer la résilience africaine. Une initiative récente mérite l’attention : la création d’une unité de compte africaine, baptisée African Units of Account (AUA), proposée par la Banque africaine de Développement (BAD). Ce mécanisme inédit s’inspire de l’étalon-or, mais serait adossé aux vastes réserves de minerais critiques dont dispose l’Afrique — cobalt, lithium, manganèse — qui représentent 30 % des réserves mondiales et dont la valeur a progressé de plus de 600 % entre 2004 et 2024.

Cette unité de compte permettrait de réduire la dépendance excessive au dollar qui expose les économies africaines aux fluctuations des taux de change, diminuer de 30 à 40 % le coût du capital pour les projets d’infrastructures africains, créer un instrument africain de réserve capable de stabiliser les échanges commerciaux intra-africains et transformer les ressources naturelles africaines en levier financier plutôt qu’en simple produit d’exportation

Alors que 70 % des dettes publiques et privées africaines sont libellées en devises fortes (dollar, euro), cette initiative pourrait protéger les économies africaines des turbulences monétaires internationales que la guerre commerciale ne manquera pas d’amplifier.

L’urgence d’agir

L’Afrique ne peut plus se permettre d’attendre. La guerre commerciale entre grandes puissances n’est pas un phénomène passager, mais le symptôme d’une reconfiguration profonde de l’ordre économique mondial. Dans ce contexte, accélérer la mise en œuvre effective de la Zlecaf est devenu impératif. Les efforts doivent se concentrer sur trois priorités immédiates : Rendre la libre circulation des personnes effective, harmoniser les normes et standards pour faciliter le commerce et investir massivement dans les corridors de transport et les infrastructures digitales qui relieront nos capitales économiques.

La Zlecaf n’est pas qu’un accord commercial, c’est le projet économique du siècle pour l’Afrique, un projet de civilisation économique nouvelle. Dans un monde où les cartes sont rebattues par la rivalité entre grandes puissances, l’Afrique ne doit plus être un simple terrain de jeu, mais devenir un acteur autonome et influent.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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Posted On mardi, 15 avril 2025 08:55 Written by

En RDC comme dans la plupart des pays forestiers d’Afrique, la gestion durable des surfaces boisées est le principal défi pour la sauvegarde des ressources. Cette question revêt une importance majeure dans le contexte du changement climatique. 

En République démocratique du Congo (RDC), la valorisation durable des superficies forestières par le secteur privé en partenariat avec le gouvernement est un moyen efficace pour assurer leur protection, selon le rapport Diagnostic du secteur privé de la RDC publié par la Banque mondiale en mars 2022. Alors que les forêts de la RDC représentent le second poumon écologique de la planète derrière l’Amazonie avec plus de 100 millions d’hectares, ce sont chaque année 1,3 million d’hectares qui sont menacés de disparition. 

« La biomasse représente 98,8 % de la consommation totale d’énergie des ménages du pays, dont 81,8 % pour le bois de chauffage et 17 % pour le charbon de bois. En 2010, le marché du charbon de bois de Kinshasa était estimé à 143 millions de dollars (environ 150 millions de dollars en 2023), soit 3,1 fois la valeur des exportations de bois d’œuvre résineux », soutient de l’institution de Breton Woods dans son rapport. 

A l’origine de cette situation, les besoins en terres agricoles et la production de charbon de bois et de bois de chauffe. Dans le pays, la Banque mondiale estime ainsi que 6 millions d’hectares ont été déboisés entre 1992 et 2020, dont 67 % pour l’expansion des terres cultivées et prévoit que 8,4 millions d’hectares soient déboisées d’ici 2030. Par ailleurs, avec la faible utilisation de sources d’énergie domestique plus propres, le pays dépend à hauteur de 94 % de la biomasse forestière pour ses sources d’énergie primaire.

« La biomasse représente 98,8 % de la consommation totale d’énergie des ménages du pays, dont 81,8 % pour le bois de chauffage et 17 % pour le charbon de bois. En 2010, le marché du charbon de bois de Kinshasa était estimé à 143 millions de dollars (environ 150 millions de dollars en 2023), soit 3,1 fois la valeur des exportations de bois d’œuvre résineux », soutient de l’institution de Breton Woods dans son rapport. 

S’inspirer du cas gabonais tout en luttant contre l’exploitation illégale

D’après la Banque mondiale, la RDC a beaucoup à apprendre de ses pays voisins dont le Gabon qui adopte de bonnes pratiques en matière de régulation de ses ressources ligneuses. Dans ce dernier pays où la surface forestière s’étend sur 87 % du territoire (22 millions d’hectares) avec un taux de déforestation de 0,05 % entre 2010 et 2020, le gouvernement s’est notamment doté d’un plan stratégique pour l’exploitation durable de sa ressource forestière. Cela comprend notamment l’amélioration de la surveillance, du contrôle et de la traçabilité, la mise en place de plantations forestières dans les zones dégradées et les savanes ainsi que le passage à la transformation secondaire et tertiaire des produits forestiers pour accroître les retombées économiques.

Au Gabon par exemple, les pratiques forestières sont sélectives avec seulement entre un et trois arbres par hectares qui sont exploités une fois tous les 20, 30 ans, ce qui au final ne touche qu’entre 5 et 15 % de la biomasse et du couvert forestier.

Au Gabon, l’institution indique que plus de 80 % de la forêt est soumise à des concessions forestières formelles et durable contre 10 % en RDC (10 millions d’hectares), ce qui laisse encore des opportunités immenses pour non seulement améliorer le contrôle du secteur forestier mais aussi booster les exportations de bois durable de grande valeur économique.

Le pays a aussi encouragé des partenariats public-privé afin d’améliorer l’utilisation de ses ressources d’une manière durable. D’après la Banque mondiale, le secteur privé exploite ainsi seulement 4 % de la concession chaque année (avec seulement quelques arbres coupés par hectare) tout en s’engageant à sécuriser et protéger les 96 % restants.

Au Gabon, l’institution indique que plus de 80 % de la forêt est soumise à des concessions forestières formelles et durable contre 10 % en RDC (10 millions d’hectares), ce qui laisse encore des opportunités immenses pour non seulement améliorer le contrôle du secteur forestier mais aussi booster les exportations de bois durable de grande valeur économique.

Dans un tel contexte, un renforcement de la gouvernance économique du secteur et la mise en œuvre de plans de gestion durable pour les concessions forestières existantes pourraient permettre à la RDC de tirer un meilleur parti de ses ressources. 

Par ailleurs, les auteurs du rapport mettent en avant la nécessité d’accroître la lutte contre l’exploitation illégale durable qui peut prendre la forme de l’exploitation d’espèces protégées au sein de concessions légales, la surexploitation des arbres, le non-respect des plans de gestion forestière. D’après la Banque mondiale, le renforcement des capacités de l’administration sur le terrain, la mise en place d’une surveillance par satellite ou encore des contrôles plus stricts aux postes frontaliers pourrait permettre de lutter contre cette pratique.

Tirer du potentiel carbone immense

A l’heure où la lutte contre le changement climatique, les marchés du carbone dans le secteur forestier offrent l’opportunité de promouvoir des pratiques durables pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES), la Banque mondiale estime que la RDC gagnerait à profiter de l’effet de levier de la finance carbone. Le pays est en effet bien placé pour jouer un important rôle dans la réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation des forêts, associées à la gestion durable des forêts, la conservation et l’amélioration des stocks de carbone forestier (REDD+).   

Selon les données de la Banque mondiale, les forêts congolaises sont parmi les rares du globe à séquestrer plus de CO2 qu’elles n’en émettent par an, agissant ainsi comme un puits de carbone net et contribuant à l’élimination de 822 millions de tonnes d’équivalent CO2/an.

En outre, indique-t-elle, les superficies forestières de la RDC peuvent générer une valeur estimée entre 223 et 398 milliards de dollars par an grâce au carbone stocké et aux services écosystémiques associés. Par ailleurs, les tourbières du bassin du Congo contiennent 29 gigatonnes (Gt) de carbone souterrain.

Plus globalement, les observateurs indiquent que la RDC gagnerait aussi à s’appuyer sur l’exemple du Gabon qui sur les dernières années à mener plusieurs démarches pour tirer une meilleure rémunération financière de ses ressources forestières. Le pays qui est un absorbeur net de carbone à travers ses forêts tropicales a été en 2021, le premier pays africain à obtenir des paiements basés sur les résultats pour la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts.

Il s’agit d’autant d’opportunités pour la RDC qui peut monétiser les émissions évitées pour promouvoir la gestion durable des forêts et rendre les terres économiquement viables.  

Depuis 2022, les autorités ont entrepris de mettre en place un cadre favorable pour permettre l’essor des marchés du carbone dans le pays. On peut citer notamment le décret No. 23/22 du 14 juin 2023 portant création, organisation et fonctionnement de l’Autorité de régulation du marché de carbone en RDC. 

Cet établissement public a notamment pour rôle d’organiser le marché de carbone sur le territoire ainsi que de promouvoir la participation des acteurs publics ; et privés ainsi que des communautés locales dans les activités de production, d’achat, de vente, et de revente des crédits carbone. A cela s’ajoute l’arrêté interministériel de septembre 2023 des ministères chargés de l’environnement et des finances sur le partage de la quotité du bénéfice des crédits de carbone devant revenir à l’Etat congolais.

En outre, les 23 et 24 octobre 2023, une conférence visant à réfléchir sur le marché du carbone durable en RDC s’est tenue à Kinshasa avec plus de 200 acteurs clés des agences gouvernementales, du secteur privé et de la société civile impliqués dans la tarification du carbone. Plus globalement, dans le pays, la province du Maï-Ndombe a été l’une des premières régions à expérimenter le Programme de réduction des émissions provenant du déboisement et de la dégradation des forêts, associées à la gestion durable des forêts, la conservation et l’amélioration des stocks de carbone forestier (REDD+). Le programme intégré au Fonds carbone du Fonds de partenariat pour le carbone forestier en décembre 2016 a déjà permis selon les estimations d’engager 90 millions $ dans le financement climatique au sein de la province et 20 projets couvrant 12,3 millions d’hectares en cours ou planifiés.

Plus globalement, les observateurs indiquent que la RDC gagnerait aussi à s’appuyer sur l’exemple du Gabon qui sur les dernières années à mener plusieurs démarches pour tirer une meilleure rémunération financière de ses ressources forestières. Le pays qui est un absorbeur net de carbone à travers ses forêts tropicales a été en 2021, le premier pays africain à obtenir des paiements basés sur les résultats pour la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts. Ce versement de 17 millions $ visait à primer les réductions réalisées par le Gabon en 2016 et 2017, par rapport aux niveaux d’émissions annuels de 2006 à 2015. Il s’inscrivait dans le cadre de l’accord conclu entre le Gabon et l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), une initiative multi-donateurs hébergée par l’ONU, en 2019, pour un total de 150 millions $ sur 10 ans. En janvier 2023, le pays a annoncé en qu’il comptait mettre sur le marché, 90 millions de tonnes de crédits carbone. Avec une prévision du prix du crédit carbone autour de 14 dollars, le pays s’attendait à près de 1,26 milliard $ comme retombées financières.

Espoir Olodo

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Posted On vendredi, 18 octobre 2024 15:35 Written by

Début septembre 2024, les prix du carbonate de lithium et de l’hydroxyde de lithium sont tombés en dessous de 11 000 dollars la tonne, une première depuis juin 2021. Selon les données de Standard & Poor’s (S&P), le carbonate de lithium se négociait à 10 550 dollars la tonne au 4 septembre, tandis que la tonne d’hydroxyde de lithium était à 10 400 dollars. Le marché du lithium, dans une dynamique baissière depuis plusieurs mois, ne montre pas de signes d’amélioration. La semaine dernière, plusieurs sources concordantes ont rapporté que CATL, l’un des plus grands producteurs mondiaux de batteries, envisage de fermer sa mine de lithium dans la province chinoise de Jiangxi (qui représente 5 à 6 % de l’offre mondiale) en raison de la chute des prix et des coûts d’exploitations élevés. Comme cette entreprise chinoise, plusieurs acteurs du marché s’inquiètent de cette baisse prolongée. Pour les pays africains, futurs producteurs de lithium, comme la RDC, où les richesses en lithium de la région de Manono ont attiré plusieurs entreprises étrangères ces dernières années, l’état actuel du marché pourrait ralentir les plans de développement de ce secteur.

 

Selon le rapport « Comment l’Afrique tire profit des opportunités sur le marché du lithium » disponible sur Ecofin Pro, la plateforme d’Ecofin dédiée aux professionnels, les premières attributions de blocs d’exploration de lithium à des sociétés par la RDC remontent seulement à 2010. Très en avance sur d’autres minéraux stratégiques comme le cuivre ou le cobalt, l’intérêt de la RDC pour ses ressources de lithium est un peu plus récent et a coïncidé avec l’intérêt mondial accru pour cette matière première utilisée dans les batteries de véhicules électriques.

Dans son code minier promulgué en 2018, la RDC a classé le lithium dans la catégorie des métaux stratégiques avec le cobalt, le coltan et le germanium. Elle a instauré pour ces métaux une hausse de la redevance, qui passe de 2 % à 10 %. De plus, l’État exige des participations dans les différents projets, par le biais de la Société commerciale et minière du Congo (Cominière SA), qu’il détient à 90 %. Cette dernière a ainsi conclu différents accords avec les entreprises étrangères sur les découvertes majeures réalisées à ce jour. Il faut rappeler que le plus grand projet de lithium de la RDC reste celui de Manono, où l’Australien AVZ Minerals prédisait en 2021 une capacité de production annuelle de 700 000 tonnes de concentré de spodumène et 45 375 tonnes de sulfate de lithium primaire.

Un marché du lithium sous pression

Selon Ecofin Pro, les prix du carbonate de lithium ont connu une baisse significative passant d’un record de 81 360 dollars par tonne en novembre 2022 à 20 782 dollars par tonne en février 2024, soit le niveau le plus bas affiché sur une période de deux ans. Cette tendance baissière a continué dans les mois qui ont suivi. Comme mentionné plus haut, l’hydroxyde de lithium, extrait de lacs salés ou de saumures et utilisé principalement dans les batteries au phosphate de fer et de lithium (LFP), a vu don prix baisser à 10 550 dollars la tonne début septembre. Quant au carbonate de lithium, issu de l’extraction du minerai de spodumène et utilisé principalement dans les batteries au nickel, cobalt et manganèse (NCM), son prix a baissé à 10 400 dollars la tonne.

La principale raison évoquée par les analystes pour expliquer cette chute durable des prix est le ralentissement des ventes de voitures électriques (VE), surtout en Chine (qui représente 60 % des immatriculations mondiales de VE). Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les nouvelles immatriculations de voitures électriques ont augmenté de 35 % en 2023, un ralentissement notable par rapport à la croissance de 82 % en 2022. D’après une note publiée le 16 septembre par le site Carbon Credits, la reprise économique incertaine de la Chine et la suppression progressive des subventions pour les VE ont également freiné la demande.

Évolution du prix du lithium depuis 2020

1 LithiumSource : Trading Economics

L’état du marché est l’une des raisons évoquées par la société chinoise CATL « pour ajuster sa production de lithium dans la province méridionale de Jiangxi ». « Sur la base des conditions récentes du marché du carbonate de lithium, l’entreprise prévoit d’ajuster la production de carbonate de lithium à Yichun », a déclaré la société à Reuters, suite à la publication d’un rapport d’analystes indiquant qu’elle avait suspendu les opérations à la mine de lithium.

En Afrique, où plusieurs pays se positionnent pour produire également du lithium, les inquiétudes grandissent aussi. Dans une sortie relayée par plusieurs médias internationaux, Martin Ayisi, directeur de la Commission des minéraux du Ghana, a déclaré que le projet de lithium phare du pays (Ewoyaa), où une production annuelle d’environ 360 000 tonnes est attendue, risque d’être interrompu. « Il en coûtera environ 650 dollars à Atlantic Lithium pour produire une tonne de concentré de lithium et, avec un prix (du spodumène de lithium, NDLR) juste au-dessus de 700 dollars, cela nous inquiète », a-t-il déclaré.

Un obstacle de plus

Sur les 1175 projets miniers en cours d’exploration et de développement sur le continent africain recensé par Ecofin Pro, 47 portent sur le lithium. Sur les 47 projets de lithium, quatre sont localisés en RDC.

Projets de lithium répertoriés par Ecofin Pro en Afrique

1 projet

Malgré l’engouement autour du lithium en RDC au cours de ces dernières années, le pays ne fait toujours pas partie du cercle des producteurs. Pour cause, un litige survenu sur le plus grand gisement du pays, celui de Manono, l’une des plus importantes réserves non exploitées de lithium à l’échelle mondiale, avec environ 400 millions de tonnes de ressources minérales contenant 1,65 % de lithium, selon les estimations d’AVZ. En 2022, AVZ annonçait la signature par la ministre des Mines de l’époque, Antoinette N’Samba Kalambayi, d’un décret attribuant une licence d’exploitation. Cependant, le projet s’est rapidement retrouvé au centre d’un différend judiciaire. La société australienne revendique 75 % d’intérêts, tandis que Cominière, son partenaire congolais, affirme que l’accord de coentreprise entre les deux parties a pris fin. Cominière a annoncé fin octobre 2023 un accord avec la société chinoise Zijin Mining, pour développer une mine de lithium sur la licence d’exploration de lithium précédemment détenu par sa coentreprise avec AVZ. Toutefois, une décision de la Chambre de commerce internationale lui a interdit toute mesure visant à « explorer et exploiter, directement ou indirectement », le projet de lithium Manono revendiqué par AVZ.

Dans un communiqué publié en août 2024, AVZ Minerals accuse par ailleurs la RDC d’avoir violé l’ordonnance judiciaire susmentionnée (en délivrant un permis d’exploitation à la coentreprise entre Cominière et Zijin) et réclame des pénalités s’élevant à 73,85 millions $. Elle a indiqué être en discussion avec le gouvernement congolais pour « tenter de résoudre à l’amiable le différend concernant l’octroi d’un permis d’exploitation minière pour le projet de lithium à Manono ».

Pour le moment donc, la baisse des prix sur le marché ne semble pas être la raison qui justifie le retard de la RDC dans le développement de son projet phare (et le plus avancé) de lithium. En attendant un dénouement pour cette affaire qui doit être encore jugée sur le fond, notons qu’une autre société (dénommée AJN Resources) a annoncé le 31 mai dernier le début de travaux de forage sur son projet Manono Nord-Est pour trouver des minéralisations de lithium et d’étain. La compagnie compte notamment sur la proximité du projet avec le site au cœur du litige entre AVZ et Cominière.

Perspectives du marché de lithium

Les enjeux pour la RDC du développement d’une industrie du lithium sont simples à comprendre. Le pays, dont les revenus miniers sont passés d’une moyenne de 4 milliards $ sur la période 2013-2017 à une moyenne de 5,5 milliards $ sur la période 2018-2022 selon le FMI, disposerait d’une nouvelle source de recettes dans le secteur. Si la RDC doit encore résoudre les problèmes ci-dessus évoqués pour concrétiser cet espoir, l’évolution du marché est un paramètre à surveiller de près, car elle pourrait influencer les décisions de développement des compagnies.

Selon Adam Megginson, un analyste cité par le média INN et relayé dans un rapport d’Ecofin Pro, « si les perspectives à long terme du marché du lithium restent reluisantes, les niveaux actuels de prix assez bas sont préoccupants, surtout pour les entreprises qui ne l’avaient pas prévu. Un environnement de prix constamment plus bas […] peut également suspendre certaines des sources d’approvisionnement les plus coûteuses et éliminer les projets prévus plus coûteux fondés sur des prix élevés », a-t-il déclaré.

L’annonce par CATL de ses plans de réduction de production a eu comme effet de « soulager » dans une certaine mesure le marché du lithium, même si les prévisions d’excédents sur le marché sont maintenues. Les analystes semblent s’accorder sur le fait que des réductions supplémentaires de l’offre pourraient être nécessaires pour que le marché revienne à un état d’équilibre d’ici 2025. Pour le moment, c’est un sentiment d’incertitude qui prévaut à court terme sur le marché du lithium et la donne ne devrait pas changer avant 2026 où une reprise des prix est prévue par les analystes de Guotai Junan Securities Co.

Louis-Nino Kansoun

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Posted On vendredi, 20 septembre 2024 08:45 Written by

Aujourd’hui, les télécommunications par satellite sont devenues des composantes essentielles de l’économie numérique à travers le monde. Cependant, en République Démocratique du Congo (RDC), malgré la création du Réseau national de télécommunications par satellite (Renatelsat) il y a plus de 30 ans, le pays peine à profiter pleinement de cette technologie. La principale raison en est que la société Renatelsat tarde toujours à prendre son envol.

La République démocratique du Congo enregistre un taux de pénétration Internet mobile et fixe de 30,08 % et 0,017 %, selon les dernières données de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo (ARPTC) publiées en mars 2023. Soit 29,3 millions d’abonnés. Un niveau considéré comme faible au regard des 33 fournisseurs d’accès Internet identifiés dans le pays, dont quatre opérateurs de téléphonie mobile (Airtel, Vodacom, Orange et Africell). Cette situation découle de leurs choix d’investir plus dans les centres urbains, compte tenu de la grande taille du territoire national, de sa géographie complexe et du faible pouvoir d’achat de la majorité de la population. De plus, à eux seuls, les opérateurs télécoms estiment ne pas être en mesure de réaliser le service universel désiré par l’État.

Bien que le gouvernement ait pris conscience de cette réalité et s’active à investir davantage dans le secteur des télécoms, notamment avec la relance du Fonds de développement du service universel (FDSU), il est urgent qu’il adopte d’autres mesures à fort impact. La réhabilitation accélérée du Réseau national de télécommunications par satellite (Renatelsat) engagée depuis 2020 en est une. C’est en effet le 26 mai de cette année-là que Émery Okundji, alors ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’information et de la communication, avait annoncé la signature d’un accord de partenariat BOT (construire, exploiter et transférer) avec la société sud-africaine Africa Union Financial Services Sarl (AUFS). Il prévoyait la dotation de Renatelsat en nouveaux équipements, la formation du personnel, le développement de mécanismes et projets permettant à Renatelsat d’atteindre une autonomie financière et technique. Trois ans plus tard, les fruits de cette collaboration ne sont toujours pas connus. Pourtant, Renatelsat peut être un puissant atout de développement économique et social pour la RDC.  

À la création de Renatelsat, l’objectif était de connecter toute la RDC via des technologies satellitaires avancées. La société devait jouer un rôle crucial pour surmonter les défis posés par la géographie du pays, caractérisée par de vastes étendues de forêts, des montagnes et des rivières qui rendent la pose de câbles terrestres et de tours télécoms extrêmement difficile et coûteuse.

Renatelsat est l’unique opérateur satellitaire public de la RDC. L’entreprise publique à caractère technique et commercial, créée par Ordonnance présidentielle, le 30 septembre 1991 est placée sous la double tutelle du ministère de la Communication et Médias et celui des Postes, Télécommunications et NTIC. À la création de Renatelsat, l’objectif était de connecter toute la RDC via des technologies satellitaires avancées. La société devait jouer un rôle crucial pour surmonter les défis posés par la géographie du pays, caractérisée par de vastes étendues de forêts, des montagnes et des rivières qui rendent la pose de câbles terrestres et de tours télécoms extrêmement difficile et coûteuse. L’idée était de permettre une connectivité universelle, même dans les régions les plus reculées du pays, où les infrastructures de télécommunications classiques n’étaient pas encore disponibles. En garantissant un accès équitable à l’information et à la communication, le gouvernement congolais avait pour objectif de transformer le paysage socio-économique de la RDC. Mais le potentiel de l’entreprise demeure plombé par plusieurs facteurs.

Défis persistants

La gestion de Renatelsat a souvent été critiquée pour son manque de transparence et d’efficacité. Des accusations de mauvaise gestion ont également entaché la réputation de l’organisation, rendant difficile la mobilisation de ressources supplémentaires. En 2021, la société civile du Lac dénonçait une mauvaise gestion du matériel du Renatelsat à Inongo dans la province du Mai-Ndombe. Elle accusait le chef de centre de détournement des équipements et appelait les services judiciaires à enquêter. En novembre 2023, un arrêté du ministère de la Communication et Médias a suspendu Achinda Wahilungula, alors administrateur directeur général de Renatelsat. Il a été remplacé à titre intérimaire par Boondo Jean-Pierre.

Le déficit d’Investissements représente aussi un défi pour Renatelsat. Le développement des infrastructures satellitaires nécessite des investissements importants. En raison des priorités budgétaires et des défis économiques auxquels le pays est confronté, les financements nécessaires pour moderniser et étendre les capacités de Renatelsat n’ont pas été suffisants. Cette situation a conduit à une stagnation technologique, empêchant l’entreprise publique de répondre aux besoins croissants de connectivité. En 2012, la RDC avait conclu un accord avec la China Communications Services Corporation pour un investissement de 274 millions de dollars visant la création d’un réseau backbone satellitaire matérialisé par la construction et le lancement du satellite Congosat-1 trois ans plus tard. Aucune information n’a plus filtré sur le projet jusqu’à présent.

À ces deux facteurs qui nuisent à la solidité de Renatelsat s’ajoutent les priorités gouvernementales fluctuantes. Celles-ci ont souvent changé, passant de la nécessité de renforcer les infrastructures de télécommunications à d’autres urgences nationales comme la sécurité et les finances publiques. Cette instabilité dans les priorités a conduit à une planification et une mise en œuvre incohérentes des projets liés à Renatelsat. Ces manquements cumulés ont eu des conséquences significatives.

Des opportunités manquées

Le sous-développement de Renatelsat a des conséquences profondes sur le développement national. La connectivité limitée entrave les opportunités économiques et sociales et nuit à la bonne gouvernance.

Un réseau de télécommunications robuste est essentiel pour le développement économique. Il facilite le commerce et diverses activités génératrices de revenus, attire les investissements et soutient l’innovation. En RDC, de nombreuses régions restent économiquement isolées en raison de la connectivité limitée, empêchant les entreprises locales de prospérer et les investisseurs étrangers de s’installer. Dans les 26 provinces du pays, seules les zones urbaines sont largement couvertes par le réseau télécom. Couvrir les zones rurales pourrait favoriser l’essor du secteur agricole en développant l’Agritech comme c’est le cas en Égypte, au Nigeria, etc.

La Covid-19 a démontré l’importance de la connectivité à haut débit pour les services sociaux comme l’éducation et la Santé. Les écoles et les établissements de santé dans les régions éloignées pourraient accéder à des ressources en ligne, participer à des formations à distance. Le Rwanda, l’Ouganda ou encore le Kenya l’ont compris et investissent dans l’extension de leur réseau de fibres optiques ainsi que dans des partenariats avec des opérateurs satellites à cet effet. Renatelsat peut soutenir l’e-éducation en RDC et améliorer l’Indice de développement humain national. Idem dans le domaine de la santé où le faible accès aux médecins et spécialistes généralement basés en zone urbaine entraîne des complications médicales, voire des décès pour des millions de Congolais.

Trop de régions demeurent inaccessibles aux opérateurs mobiles. C’est d’ailleurs ce qui explique le succès de Starlink qui séduit aussi en RDC. En mars dernier, le régulateur télécoms a dû intervenir pour mettre en garde contre l’utilisation des équipements de la société américaine qui, jusqu’à présent, n’a pas de licence pour opérer sur le territoire.

Pour l’administration publique, Renatelsat est aussi un atout d’efficacité. Une meilleure connectivité permettrait une meilleure collaboration entre les administrations locales et le gouvernement central, facilitant la gestion des ressources et la mise en œuvre des politiques publiques. Une gouvernance plus éclairée en somme, source d’une meilleure gestion des affaires publiques et d’un climat des affaires plus attractif.

Aujourd’hui, à travers le monde, les télécommunications par satellites sont devenues des composantes incontournables de l’économie numérique. Trop de régions demeurent inaccessibles aux opérateurs mobiles. C’est d’ailleurs ce qui explique le succès de Starlink qui séduit aussi en RDC. En mars dernier, le régulateur télécoms a dû intervenir pour mettre en garde contre l’utilisation des équipements de la société américaine qui, jusqu’à présent, n’a pas de licence pour opérer sur le territoire. Ce besoin exprimé par les consommateurs, Renatelsat pourrait y répondre. Mais cela requiert que des actions fortes soient prises dès maintenant.  

Un appel à l’action

Pour transformer Renatelsat en un véritable atout de développement, des actions concrètes doivent être entreprises. La société qui pourrait être cruciale pour la stratégie de transformation numérique du pays a besoin d’une réforme de sa gouvernance afin d’assurer une gestion transparente et efficace. La mise en œuvre de mécanismes de surveillance indépendants et la promotion de la transparence dans la gestion des fonds sont essentielles pour regagner la confiance des investisseurs et des partenaires.

Le gouvernement doit aussi prioriser les investissements dans les infrastructures de télécommunications, notamment en recherchant des partenariats public-privé. Les investissements étrangers peuvent être encouragés par des politiques incitatives et un environnement réglementaire favorable.

Il est également essentiel de définir des priorités stratégiques claires pour le développement des télécommunications en RDC. Un plan à long terme, soutenu par un engagement politique constant, peut guider les efforts de développement et assurer une mise en œuvre cohérente.

Enfin, la RDC doit explorer les technologies émergentes pour améliorer la connectivité. Les satellites à orbite basse (LEO), par exemple, offrent des promesses de connectivité à haut débit à des coûts réduits et pourraient être une solution viable pour le pays.

Renatelsat représente un atout majeur pour le développement de la RDC, mais son potentiel reste largement inexploité. Pour que cette entreprise nationale de télécommunications par satellite devienne un véritable moteur de croissance, il est urgent de moderniser ses infrastructures, de définir une stratégie ambitieuse, et d’améliorer sa gouvernance. En surmontant ces défis, Renatelsat pourrait transformer la connectivité en RDC, stimulant ainsi le développement économique, social et humain du pays. La valorisation de Renatelsat est non seulement une nécessité, mais aussi une opportunité unique pour l’avenir de la RDC.

Muriel Edjo

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Posted On vendredi, 06 septembre 2024 11:59 Written by

Le projet de révision du code minier de la République démocratique du Congo, proposé en 2015, a vu son processus d’adoption suspendu en mars 2016 en raison des vives objections des compagnies minières, qui se plaignaient que cela compromette la rentabilité des investissements dans le secteur. Finaliser ce projet en 2018 n’a pas été facile pour le gouvernement, qui s’est de nouveau heurté aux protestations de l’industrie minière. Mais la RDC, premier producteur mondial de cobalt et leader de la production cuprifère en Afrique, semble, si l’on en croit le FMI, avoir atteint un des premiers objectifs annoncés lors de l’adoption de sa nouvelle charte minière en 2018 : tirer plus de profits de l’exploitation des richesses de son sous-sol.

Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI), publié en juillet 2024, les recettes du secteur minier congolais ont « considérablement » augmenté depuis le nouveau code minier de 2018. Elles sont passées d’une moyenne de 4 milliards $ sur la période 2013-2017 à une moyenne de 5,5 milliards $ sur la période 2018-2022. Ces revenus proviennent principalement de l’impôt sur les sociétés (CIT), des redevances et des paiements échelonnés de primes de signature ainsi que des droits d’importation.

« Cela [la hausse des recettes, NDLR] pourrait s’expliquer par l’augmentation de la production des principaux produits miniers d’exportation de la RDC (cuivre et cobalt) et par la part plus importante des profits des entreprises minières attribuée au gouvernement », peut-on lire dans le rapport. Promulgué en 2018 alors que plusieurs compagnies minières s’y opposaient, le nouveau code minier de la RDC a augmenté les redevances et imposé de nouvelles taxes.

Contre vents et marées

Pourtant, à l’époque, un groupe, constitué de sociétés comme Randgold, Glencore, Ivanhoe Mines ou encore China Molybdenum, avait déclaré que le gouvernement pourrait perdre plus de 3 milliards $ sur une décennie et faire face à des poursuites judiciaires s’il n’abandonne pas certaines clauses du nouveau code minier. « Il ne peut y avoir aucune ambiguïté, d’un point de vue gouvernemental, quant à l’intention des compagnies minières de protéger leurs droits si la législation est appliquée. », avait alors déclaré des représentants l’industrie dans la presse internationale.

Pour sa part, Randgold (racheté plus tard par Barrick), alors propriétaire de la mine Kibali (aujourd’hui plus grande mine d’or d’Afrique), avait indiqué en février 2018 que le pays pourrait perdre annuellement jusqu’à 10 millions de dollars si la nouvelle charte minière de la RDC était promulguée. « Au plus haut, ce serait 10 millions $ par an, ce qui n’est pas important pour un investissement comme celui de Kibali, mais si vous étiez une petite entreprise qui opère sur un petit gisement, vous seriez sous une énorme pression. », expliquait Mark Bristow, le DG de la société.

A son arrivée au pouvoir en 2019, le président Félix Tshisekedi n’a pas reculé face à la pression de l’industrie minière, poursuivant les réformes engagées par son prédécesseur au sujet de la charte minière. « Nous allons assainir le climat des affaires par la vulgarisation du nouveau code minier et la conclusion de contrats gagnant-gagnant. Je serai attentif aux doléances des opérateurs miniers par un dialogue permanent », avait déclaré M. Tshisekedi. Sous le nouveau régime, il faut noter que les plaintes des entreprises au sujet du code minier ont diminué et la RDC a, en plus, renégocié plusieurs contrats conclus avec des sociétés étrangères.

Au-delà du code minier, la hausse de la production et des prix

En dehors de la part plus importante des profits des entreprises minières attribuée au gouvernement dans le cadre du nouveau code, le FMI évoque l’augmentation de la production minière congolaise, un facteur dont l’importance ne doit pas être négligée.

Selon les données du ministère congolais des Mines, la production de cobalt (la RDC est le premier producteur mondial) est passée de 109 402 tonnes en 2018 à 115 371 tonnes en 2022, soit une hausse de 5 %.

Évolution de la production de cobalt en RDC

12guilum

Source : ministère des Mines

L’importance de la hausse de la production de cobalt sur les recettes congolaises s’explique par les niveaux de prix élevés de cette matière première utilisée dans les batteries des véhicules électriques et nécessaire pour la transition énergétique. Selon une analyse du site ressources-naturelles.canada.ca, le prix du cobalt a fluctué entre 26 000 et 30 000 dollars la tonne entre 2013 et 2016. Il va ensuite grimper à 56 000 dollars/t en 2017 puis 95 000 $ en 2018. Cette hausse « spectaculaire » sera suivie en 2019 d’une baisse proportionnelle qui amènera le prix à 33 000 $ la tonne. La pandémie de Covid-19 n’arrangera rien à la chute, expliquée par plusieurs analystes comme une explosion de la bulle spéculative créée autour de cette matière première. Toutefois, vers fin 2020, la hausse du cours du cobalt a progressivement repris jusqu’à 64 000 dollars la tonne en 2022.

Évolution du prix du cobalt entre 2013 et 2022 

34guilum

Source : ressources-naturelles.canada.ca

Quant à la production de cuivre, elle est passée de 1,2 million de tonnes en 2018 à 2,4 millions de tonnes en 2022, soit une hausse de 100 %. Premier producteur de cuivre d’Afrique, la RDC est aujourd’hui dans le top3 mondial, grâce notamment à l’entrée en service du projet Kamoa-Kakula. Ce dernier est présenté comme pouvant devenir la future deuxième plus grande mine de cuivre, avec en plein régime une capacité de production de plus de 800 000 tonnes de concentré de cuivre par an. Elle a livré 393 551 tonnes en 2023.

Évolution de la production de cuivre en RDC

56guilum

Source : ministère des Mines

Il est également important de souligner que si les revenus miniers de la RDC ont augmenté depuis 2018, c’est également à cause de la hausse du prix du cuivre. Selon le FMI, « il existe une corrélation presque parfaite entre les recettes intérieures et les prix du cuivre ».

Évolution des cours du cuivre et des recettes intérieures  

78guilum

Source : FMI

De bonnes perspectives

Les recettes minières tirées par la RDC de son secteur minier devraient continuer d’augmenter. Selon le FMI, les redevances minières des compagnies, composante importante de ces recettes, devraient passer de 1 499 milliards de francs congolais en 2022 à 2 688 francs congolais en 2024. Les mêmes facteurs qui ont porté la hausse des recettes sur les dernières années devraient également être déterminants dans les prochaines années.

La production de cuivre du pays devrait continuer de croître à mesure que le projet Kamoa-Kakula voit sa capacité augmenter. En 2024 par exemple, Ivanhoe Mines prévoit d’y produire entre 440 000 et 490 000 tonnes. Dans le même temps, les perspectives pour le prix du cuivre sont également reluisantes. Le métal rouge, qui a établi un nouveau record de prix historique à 11 000 dollars en mai dernier, pourrait se négocier à 15 000 dollars d’ici 2025, selon les analystes de Citibank et Macquarie. De plus, son potentiel de croissance à long terme serait plus grand du fait de son importance pour la transition énergétique.

En ce qui concerne le cobalt, si son prix est depuis plusieurs mois assez bas, comparativement au niveau de 2017-2018, les perspectives à long terme restent solides selon plusieurs analystes. Selon le Cobalt Institute (qui prévoit un excédent sur le marché jusqu’en 2025), la demande mondiale de la matière première devrait doubler, passant de 187 000 tonnes en 2022 à près de 388 000 tonnes d’ici 2030, une prévision qui devrait impacter les prix.

Louis-Nino Kansoun

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Posted On vendredi, 30 août 2024 10:34 Written by

 
 

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