La téléphonie mobile est aujourd’hui un véritable catalyseur du développement économique et social en Afrique. Les différents services qu’elles proposent contribuent chacun à l’amélioration des conditions de vie de millions de personnes. En RDC, en particulier, le marché télécoms n’a pas encore atteint son véritable potentiel. Cela pourrait changer rapidement au cours des dix prochaines années, avec le retour des ressources du Fonds de développement du service universel (FDSU) amputé au secteur depuis 2013. Une bonne nouvelle en perspective pour les différentes composantes du marché télécoms national résolues à jouir des dividendes de la transformation numérique engagée par l’État depuis 2019.
Le Fonds de développement des services universels (FDSU) des télécommunications reprend officiellement ses fonctions bientôt. Au cours des dix dernières années, cet outil chargé de promouvoir les télécommunications dans les zones rurales et périurbaines de la République démocratique du Congo (RDC) était en berne. Les 3% du chiffre d’affaires annuel des opérateurs télécoms collectés étaient destinés au renforcement du budget de l’État et non à développer le réseau télécom, expliques le rapport sur les droits numériques et l’inclusion en Afrique Londa 2023 de Paradigm Initiative. En septembre 2022, le président de la République, Félix Tshisekedi, a instruit le Premier ministre de sortir le FDSU de son hibernation dans un délai raisonnable, conformément à loi-cadre n° 013/2002 du 16 octobre 2002 sur les télécommunications (modifiée et promulguée en 2020). Après consultations avec les acteurs du secteur des télécoms, il est actuellement attendu la promulgation du décret portant création, organisation et fonctionnement du FDSU et la nomination de son personnel de direction. L’organe, ressuscité, est au cœur de nombreux enjeux. Il devra également relever de nombreux défis propres au contexte actuel de l’économie numérique en RDC.
Le marché congolais
Au cours des dix dernières années, le marché des télécoms congolais a certes enregistré des évolutions, leur impact est demeuré relativement limité en l’absence du FDSU. Au quatrième trimestre 2013, sur une population de 75 621 700 habitants, le taux de pénétration de la téléphonie mobile était de 37,33% pour 28 231 900 abonnés. Cinq opérateurs télécoms desservaient le marché. À la même période en 2023, sur une population de 95 207 000 habitants, le taux de pénétration de la téléphonie mobile était de 59,1% pour 56 268 376 abonnés.
Synthèse du marché de la téléphonie mobile 2013 - 2023
Indicateurs |
4e trimestre |
4e trimestre |
Variation |
Total abonnés |
28 231 900 |
56 268 376 |
99.31 % |
Taux de pénétration |
37,33% |
59,1% |
21,77% |
Abonnés data mobile |
2 167 631 |
29 984 072 |
1283.26 % |
Nbre d’opérateurs |
5 |
4 |
|
Population de la RDC |
75 621 700 |
95 207 000 |
25.9 % |
La majorité des abonnés aux services télécoms demeure concentrée dans les zones urbaines où vit 46,8% de la population. Selon l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo (Arptc), la ville-province de Kinshasa, enregistre le plus grand nombre d’abonnements mobiles. Il représente près de 25% du total national.
Les abonnements par province et par service : fin décembre 2023
Source : ARPTC.
Nombre d’abonnements au service d’Internet mobile par province : fin décembre 2023
Source : ARPTC.
Pour le régulateur télécoms, la « stagnation » du taux de pénétration du mobile à 59% - avec un faible pourcentage de la population au moins couverte par un réseau 3G (55%) et 4G (40%) - révèle un marché mobile encore loin de la saturation. Le FDSU a le pouvoir de tout changer.
Sécurité, économie et social
Les services télécoms sont aujourd’hui essentiels à divers secteurs d’activités. Le fonds de développement du service universel, dans son essence, contribue à l’expression de l’utilité des télécoms. Son objectif – financer le déploiement des infrastructures télécoms dans les zones peu, mal ou pas du tout desservies – répond déjà à un enjeu de sécurité nationale. Les télécommunications jouent un rôle crucial dans les communications d’urgence. La crise de la Covid-19 a démontré l’importance des dispositifs d’alerte précoce. La téléphonie mobile est une composante de ce dispositif en ceci qu’il permet la sensibilisation des populations à large échelle ou la mobilisation rapide des forces de sécurité ou médicales en cas d’épidémie comme c’est actuellement le cas avec la variole du singe (Mpox) dont le gouvernement faisait état de 11 166 cas suspects, dont 450 décès dans une communication datée du 20 juillet.
Au Congo voisin où le fonds pour l’accès et le service universel des communications électroniques (Fasuce) a été rendu opérationnel en 2020, c’est 300 000 personnes dans 180 localités difficiles d’accès qui ont été connectées au cours des trois dernières années, selon l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE).
Au-delà de la gestion de crises sécuritaires, l’amélioration de la couverture télécoms et de l’accès aux services par le FDSU est un levier d’inclusion numérique. Le fonds favorisera la pleine participation des zones rurales reculées et celles qui demeurent jusqu’à présent non couvertes à la transformation numérique initiée par le gouvernement depuis 2019. Ce sont des milliers de personnes qui pourront s’informer, conserver un lien social avec la famille, travailler.
Le FDSU est aussi un puissant levier économique. La téléphonie mobile apporte divers services à valeur ajoutée comme l’Internet et le Mobile Money. La Banque mondiale estime qu’augmenter le taux de pénétration du haut débit mobile entraîne une augmentation de 1,8% du Produit intérieur brut (PIB) dans les pays à revenu moyen et de 2,0% du PIB dans les pays à faible revenu. En RDC, élargir la base d’utilisateurs d’Internet mobile peut débloquer divers avantages en cascades : une plus grande participation des populations à l’économie numérique, plus de consommation des innovations locales tirées du secteur des startups, un attrait des investisseurs étrangers, un accroissement des revenus des opérateurs télécoms qui s’appuient sur les infrastructures construites par le FDSU pour fournir leurs services.
Le Mobile Money est un service de téléphonie mobile qui rencontre un grand succès en Afrique. Alors que le taux de bancarisation demeure très faible sur le continent, il a contribué à une plus grande inclusion financière. En améliorant l’accès à la téléphonie mobile, le FDSU aura aussi une incidence sur ce segment de marché qui a enregistré 2 645 188 utilisateurs au 4e trimestre 2023. Dans plusieurs pays d’Afrique, étendre la portée du Mobile Money en renforçant la couverture réseau peut contribuer à l’accès d’un plus grand nombre de personnes à petits revenus aux envois de fonds internationaux de la famille, à la réception des aides sociales comme cela a été le cas au Togo pour les ménages les plus pauvres pendant la Covid-19. La micro-épargne est également un service qui rencontre du succès dans d’autres pays, ou encore le micro-crédit qui permet aux ménages de surmonter des chocs financiers imprévus. En fonction des pays, divers services peuvent être proposés pour répondre aux besoins locaux. Dans le rapport « Digital Finance Platforms to empower all : accelerating the SDG impact of digital financial inclusion in Sub-Saharan Africa », il est souligné qu’une adoption réussie du Mobile Money dans les pays en développement, et plus particulièrement en Afrique, est en mesure d’ajouter un point de pourcentage au taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) par habitant chaque année. Publié le 27 octobre 2022 par Vodafone, Vodacom et Safaricom, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le document souligne que chaque augmentation d’un point de pourcentage aux taux de croissance du PIB dans un pays entraîne une diminution de la proportion des personnes pauvres de 2,59 %.
Mais pour obtenir toutes ces retombées, le FDSU doit impérativement s’adapter au contexte actuel du marché télécoms en RD Congo.
Défis à relever
Les obstacles qui entravent l’accès de tous aux services télécoms à valeur ajoutée en Afrique et en RD Congo en particulier sont les mêmes. Le Kenya qui a compris la nécessité de faire évoluer le fonds de développement du service universel des télécoms pour qu’il cadre avec le contexte du marché a introduit sa modification en 2022. Elle prévoit entre autres, en plus du déploiement du réseau télécom, de connecter à Internet 884 écoles secondaires publiques réparties dans 47 Comtés ; transformer 56 bibliothèques publiques en centres de ressources électroniques dotés d’ordinateurs, d’une connectivité Internet et de logiciels pour les malvoyants ; de numériser le contenu éducatif.
Au Congo, le FDSU devra se concentrer sur la couverture réseau. Permettre à un plus grand nombre de personnes d’être couvert par un réseau mobile. Actuellement, près de 38 millions de personnes demeurent privées de tout moyen de communication. Selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA), la couverture réseau en RDC en 2022 était de 75% pour les réseaux 2G et de 54% pour les réseaux mobiles à haut débit (3G/4G). Ces résultats étaient le fruit d’environ 6 000 sites mobiles installés dans le pays. Pour étendre la couverture télécoms dans les zones vierges et passer de 75 à 80%, il faudrait prévoir environ 150 sites supplémentaires. Pour passer d’une couverture de 90 à 95%, il faudrait créer 5 700 nouveaux sites mobiles. Pour passer d’une couverture de 98 à 99%, il faudrait encore plus de 2 000 sites. Selon la banque mondiale, le coût des investissements requis pour assurer une couverture mobile à large bande quasi universelle en RDC d’ici 2030 est évalué à 864 millions de dollars.
Favoriser l’accès au mobile
Le fonds doit également favoriser l’accès aux appareils mobiles de qualité. Sans téléphones, même dans un périmètre doté d’une couverture réseau, il n’est pas possible d’accéder aux différents services mobiles. Subventionner les téléphones pour les pauvres peut être une approche dans le pays où environ 74,6% de personnes vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour en 2023. Selon l’Union internationale des télécommunications, 48% de la population détenait un téléphone mobile en RDC en 2023. Soit une croissance de 51,2%. Une enquête de Target, réalisée en 2021 sur 2000 personnes réparties dans les 26 provinces de RDC, révélait que 49,9% des Congolais seulement possédaient un smartphone. 54% des hommes en possédaient contre 46% chez les femmes. 55% de détenteurs étaient des personnes âgées de 18 à 24 ans ; 59% des utilisateurs de 25 à 34 ans. 35% des Congolais usagers de smartphones utilisent un smartphone Tecno, marque de Transsion. Itel, autre marque de Transsion est la deuxième marque de téléphone la plus utilisée (25%). Viennent ensuite Samsung (22%), iPhone et Huawei (5%). LG et Sony (2%), Nokia, Motorola, Alcatel et Wiko représentent 1%. Les autres marques non identifiées sont utilisées par 6% des Congolais. L’UIT estime le coût d’un téléphone accessible lorsqu’il représente 15 à 20% du revenu mensuel.
Des tarifs abordables
Le coût des services télécoms est également un obstacle majeur à la consommation par les populations. Le FDSU doit avoir un impact dans les zones jugées « non rentables » par les opérateurs télécoms. Les services qui y sont offerts doivent être moins chers que dans les zones urbaines pour permettre aux plus pauvres d’y accéder. Dans plusieurs pays comme le Cameroun, le Sénégal ou encore la Côte d’Ivoire, c’est l’approche qui est privilégiée vu que les opérateurs télécoms n’ont pas directement effectué d’investissements à rentabiliser. La maintenance des équipements n’est pas également à leur charge, mais à celle de l’Autorité de régulation des télécommunications en charge de la gestion du fonds de service universel.
En RDC, le coût d’accès aux forfaits Internet mobile le plus consommé (2 Gigaoctets) est encore perçu comme cher. Alors que la Commission du haut débit milite pour un tarif en dessous ou égal à 2% du revenu national brut (RNB) mensuel par habitant, dans le pays il équivaut encore à 32,7% du RNB.
En remettant le FDSU dans son rôle, de nombreux changements sont attendus dans le secteur télécoms national. Bien géré, cet outil peut devenir un atout majeur du gouvernement dans la réalisation avec succès du plan national numérique au travers duquel il souhaite diversifier son économie et transformer sa population.
Muriel Edjo
En juin 2024, la troisième usine de traitement du complexe cuprifère Kamoa-Kakula est entrée en production. Derrière ce succès qui augmente la capacité de production annuelle de la plus grande mine de cuivre en RDC, on retrouve un homme : Robert Friedland. Né en 1950 à Chicago, dans l’État de l’Illinois, c’est le fondateur et coprésident exécutif d’Ivanhoe Mines, compagnie canadienne qui pilote le projet Kamoa-Kakula.
L’épopée congolaise de M. Friedland commence à la fin du 20e siècle. Ivanhoe Mines obtient en 1996 des licences d’exploration sur 50 000 km² dans l’ancienne province du Katanga. L’homme d’affaires vient de faire fortune en vendant pour le compte d’une de ses sociétés un important gisement de nickel au Canada pour 4,3 milliards de dollars canadiens, et recherche de nouveaux terrains de jeu. Et le temps lui donne vite raison, puisque moins d’une décennie sépare le début des travaux d’exploration (2001) de la découverte d’un gisement.
En 2008, Ivanhoe annonce en effet la découverte du gisement de Kamoa et signe en mai 2015 un accord avec le chinois Zijin Mining pour le développer. Un an après cet accord, un nouveau gisement de cuivre à haute teneur, Kakula, est découvert en juin 2016 et les travaux de construction de la première usine démarrent en 2020. Kamoa-Kakula entre en production en 2021 et contribue depuis cette date à la croissance de la production congolaise de cuivre, qui a atteint 2,8 millions de tonnes en 2023.
« Nous étudions des options pour augmenter la production de cuivre vers notre prochain objectif de 800 000 tonnes par an […] Un taux de production qui propulserait le complexe cuprifère de Kamoa-Kakula vers l’un des deux plus grands producteurs de cuivre de notre planète », indique désormais l’homme d’affaires américano-canadien.
Pour rappel, Kamoa-Kakula a livré 393 551 tonnes de concentré de cuivre en 2023, pour un chiffre d’affaires de 2,7 milliards de dollars. Le complexe est détenu à parts égales par Ivanhoe et Zijin (39,6% chacun) et à 20% par le gouvernement congolais. Crystal River Global Limited, qui a investi en même temps que Zijin en 2015, contrôle la participation de 0,8% restante.
Emiliano Tossou
Les sociétés minières, coopératives et artisans miniers sont désormais interdits d’activité sur l’ensemble des concessions minières du Sud-Kivu. Dans un arrêté rendu public le 19 juillet 2024, le gouverneur de cette province, Jean-Jacques Purusi, a en effet ordonné la suspension des opérations jusqu’à nouvel ordre.
Selon le document, cette décision vise à « remettre de l’ordre » dans l’exploitation minière en vue de préserver les vies humaines et assurer la traçabilité de la production des minerais sur ces sites. Les services compétents n’arriveraient plus à remplir correctement leurs missions, en raison du « désordre occasionné par les exploitants ». Arrivé à la tête du Sud-Kivu en juin, le gouverneur cherche à assainir l’exploitation minière dans une province chère à son cœur.
C’est en effet dans cette partie de la RDC qu’il a vu le jour en 1964, avant de s’envoler quelques décennies plus tard en Belgique pour ses études supérieures. Titulaire d’un doctorat de l’université de Gand en Belgique, c’est un spécialiste reconnu des questions de droits de l’Homme.
Professeur invité dans des universités européennes et africaines, il a travaillé, de 1994 à 2008, comme expert des Nations unies dans le cadre d’opérations de maintien de la paix au Rwanda, au Kosovo, au Togo, au Liberia et au Soudan. Ces décennies d’expérience devraient désormais être mises à profit pour réorganiser l’exploitation minière au Sud-Kivu. Dans cette province riche en minerais, notamment or, coltan et étain, les cas de violations de droits de l’Homme dans les mines côtoient ceux liés aux exportations illégales de minerais.
Emiliano Tossou
La République démocratique du Congo a vu son offre de formation en compétences numériques renforcée le vendredi 19 juillet. Cela s’est traduit par l’inauguration à Kinshasa de l’Institut africain de Huawei pour le développement des technologies de l’information et de la communication. Il s’agit d’un centre dédié à la formation et à l’innovation numérique. Il servira aussi de base pratique du programme Future Cheetahs, lancé en avril dernier par Huawei pour doter le marché TIC local d’une nouvelle génération de talents hautement qualifiés.
Selon Augustin Kibassa Maliba, le ministre des Postes, Télécommunications et Numérique, « cet institut est un centre d’excellence que nous avons toujours espéré voir le jour (…) où les personnes talentueuses et visionnaires du pays auront la possibilité d’explorer, d’innover et de contribuer à la transformation numérique de notre société et de créer ainsi des millionnaires congolais ».
Ce centre vient s’ajouter aux initiatives de formations formelles, mais fragmentées qui existent en RDC, comme le déplorait la Banque mondiale en 2020 dans son rapport intitulé Democratic Republic of Congo Digital Economy Assessment. L’institution financière soutenait que ce sont les structures de formation informelles naissantes qui jouaient un rôle toujours important, mais ne bénéficiaient d’aucun soutien pour accroître leurs actions. Conséquence, la RDC affiche toujours un faible niveau de développement des compétences numériques. Dans le Network Readiness Index 2023 de Portulans Institute, le pays occupe la 102e place sur 134 pays classés en la matière.
Aujourd’hui, alors que le gouvernement accélère l’avènement de l’économie numérique et encourage l’investissement local et étranger dans la tech, il se pose le problème de la disponibilité de la main-d’œuvre adéquate et en quantité suffisante pour répondre aux nouvelles exigences du marché du travail. La Société financière internationale estime que 230 millions d’emplois en Afrique subsaharienne nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030. Près de 65% des personnes recrutées pour des emplois dans les entreprises africaines devront avoir au moins des compétences numériques de base.
Le faible niveau de compétences numériques en RDC — qui accentuent le taux de chômage et la pauvreté — ne touche pas uniquement Kinshasa où la majorité des offres de formation est concentrée. En plus des investissements de Huawei et de plusieurs autres acteurs internationaux tels qu’Orange, UIT, Smart Africa, l’État doit jouer sa partition comme le prévoit le plan national du numérique.
Muriel Edjo
Le gouvernement de la République démocratique Congo a adopté en Conseil des ministres une nouvelle feuille de route pour étoffer, sur une période de 5 ans, la flotte de Congo Airways avec 3 Airbus A320. Le plan envisagé selon un modèle location-achat devrait permettre de régler l’urgence actuelle relative à la sécurisation de son Certificat de transporteur aérien (CTA) et de son agrément IATA (Association du transport aérien international), menacés de suspension.
La mesure permettra aussi de poursuivre le programme de relance du transporteur, dont les indicateurs sont actuellement prometteurs, selon le ministère des Transports. « La relance de Congo Airways se justifie au regard de son impact significatif sur la souveraineté nationale et la mobilité des personnes et des biens, ainsi que sur la vie économique et sociale. Les indicateurs de performance démontrent une rentabilité et une viabilité satisfaisante avec la desserte graduelle de 47 destinations domestiques et intra-africaines suivant son programme d’exploitation », lit-on dans le compte rendu du Conseil.
Depuis 2022, l’État se montre très impliqué dans le redressement de la compagnie aérienne national, qui joue un rôle important dans la mobilité vers l'intérieur du pays. Actuellement, l’écosystème du transport aérien congolais est dominé par quelques compagnies privées et des charters qui se concentrent sur le trafic domestique, du fait des interdictions de l’Union européenne qui les a intégrés dans sa liste noire pour raisons de sécurité.
Avant l’éruption du Covid-19 qui l’a davantage fragilisée alors qu’elle était déjà confrontée à des problèmes de trésorerie, Congo Airways transportait près de 400 000 passagers par an, selon les statistiques de 2018.
Feriol Bewa
L’importation de bières et de boissons gazeuses est suspendue pendant 12 mois en RDC, selon un arrêté ministériel signé le 26 juin dernier. L’information a été révélée le 19 juillet par Julien Paluku, ministre du Commerce extérieur.
« En cas de nécessité d’approvisionnement dans les parties du territoire national où les consommateurs ont un accès difficile aux produits locaux, les opérateurs économiques peuvent bénéficier d’une dérogation d’importation par le ministre ayant le Commerce extérieur dans ses attributions », précise l’arrêté.
D’après les médias locaux, cette décision a été prise de concert avec la Fédération des entreprises du Congo (FEC), le ministère de l’Industrie et d’autres services spécialisés. Pour la FEC l’objectif principal de cette mesure est de protéger l’industrie locale face à la concurrence étrangère.
D’après l’organisation, la suspension temporaire des importations de boissons vise à stimuler la production locale et encourager la consommation des produits nationaux en vue de renforcer la compétitivité des entreprises locales.
En RDC, les importations de boissons se renforcent chaque année. D’après les données compilées par la banque centrale du pays, la valeur des importations de cette catégorie de produits a augmenté de 9,8% en moyenne par an entre 2018 et 2022, passant de 627 millions $ à plus de 1 milliard $.
Parmi les principaux fabricants locaux de boissons se trouvent entre autres African Foods & Beverages (AFB), les Brasseries du Congo (Bracongo) ou encore la Brasserie de Léopoldville (Bralima). L’industrie congolaise devrait bientôt être renforcée par des investissements étrangers. Selon le ministère du Commerce extérieur, la multinationale américaine Pepsico lancera une nouvelle usine de fabrication de boissons de sa marque phare « Pepsi » dans la zone économique de Makulu en 2024.
Stéphanas Assocle
En RDC, le gouverneur de la province du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi (photo), a ordonné la suspension de toutes les activités minières sur le territoire de sa province. Dans une décision rendue publique le vendredi 19 juillet, l’autorité administrative donne jusqu’à 72 heures aux différentes sociétés, coopératives et artisans miniers pour quitter les sites miniers.
Mais cette suspension, dont la durée n’est pas encore connue, n’aura qu’un impact limité sur la production congolaise de cuivre. Cette dernière se concentre en effet dans d’autres provinces, en l’occurrence le Lualaba et le Haut-Katanga qui abritent les plus grandes mines de cuivre et de cobalt. Le Sud-Kivu est aussi une province riche en minerais, mais surtout en or, coltan ou étain. L’exploitation minière y est surtout artisanale, avec des sociétés à capitaux chinois opérant parfois à la limite de la légalité.
Nommé en juin à la tête de la province, le gouverneur Jean-Jacques Purusi veut remettre de l’ordre dans le secteur et assurer la traçabilité de la production minière. Une réunion avec les différents acteurs du secteur a ainsi été convoquée pour le 30 juillet en vue de faire l’état des lieux de l’exploitation minière et évaluer les modalités de régularisation des activités minières.
Pour rappel, la RDC tire jusqu’à 70 % de ses revenus d’exportations de l’exploitation du cuivre. L’exploitation de l’or est également une source de revenus non négligeable. L’accord signé entre l’État et la société émiratie Primera Group a permis un bond de 12 000% des exportations d’or artisanal en 2023. Primera a opéré dans le Sud-Kivu, une province dont le potentiel reste sous-exploité à cause de l’exploitation illégale des ressources.
Emiliano Tossou
Lire aussi :
12/07/2024 - RDC : hausse en vue des recettes tirées de l’or, dont le prix se rapproche de son pic
Le gouvernement de la République Démocratique du Congo prévoit d’engager 4 202,4 milliards de francs congolais (CDF), soit 1,5 milliard $, sur fonds propres pour les dépenses d’investissement en 2024. Cette décision permet au pays de sortir progressivement du schéma où la majorité des infrastructures, notamment dans l’éducation et la santé, est financée par des bailleurs étrangers.
Selon le FMI, en 2022, 90% des investissements dans la santé, soit environ 1 273,4 milliards de francs congolais, ont été réalisés par des bailleurs internationaux. La situation est similaire dans l’éducation. Cela résulte de la faible mobilisation des recettes fiscales, qui ne représentaient que 11,5% du PIB formel en 2022, contre 23,4% en moyenne en Afrique subsaharienne.
Pour financer ses ambitions, le gouvernement compte sur 3 703 milliards de francs congolais dans les recettes fiscales en hausse au premier semestre 2024 et 499 milliards de CDF issus de la renégociation d’un contrat minier sur le cuivre (Sicomines). Il avait déjà aussi prévu d’affecter un montant global de 714 millions $ de ressources accordées par le FMI en 2021, mais on ignore quelle portion sera utilisée pour cette année.
Les investissements devraient principalement cibler les infrastructures routières. La RDC, pays le plus vaste d’Afrique au cœur de corridors stratégiques regroupant sept pays, doit améliorer sa connectivité pour se diversifier au-delà du secteur minier. Il y a aussi le projet « Plan de Développement Local 145 Territoires » qui vise à développer les infrastructures sociales dans plusieurs localités, constituant ainsi une source de gains économiques et d’emplois.
Le gouvernement espère tirer jusqu’à 5,5 milliards $ de Sicomines d’ici 2040 si les prix du cuivre restent élevés. Malgré leur importance, ces ressources ne suffiront pas. Entre 2022 et 2029, 46,5 milliards $ de dépenses d’investissement sont prévus. Le recours aux bailleurs restera pertinent, mais dès 2025 la part du gouvernement devrait dépasser celle des étrangers, la doublant quasiment vers 2030.
Mais dans l’immédiat, l’urgence est l’amélioration de la capacité à consommer efficacement le budget d’investissement. Selon un récent rapport de la banque centrale (BCC), au 12 juillet 2024, le gouvernement n’avait annoncé que 1357,5 milliards CFD au titre de dépenses d’investissement. Cela ne représente que 87% de ce qui était programmé. En plus, on ignore quelle est la part des engagements sur fonds propres, dans ce montant global.
Idriss Linge
En RDC, la star de la rumba Koffi Olomide a été convoquée par le procureur général près la Cour de cassation à Kinshasa. Il doit être entendu ce 15 juillet pour « des faits qui lui seront communiqués sur place », d’après les médias locaux. Le 11 juillet, le chanteur avait déjà été convoqué devant le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (Csac) suite à des propos controversés dans l’émission « Le Panier, the Morning show » à la RTNC, la télévision nationale.
Invité sur l’émission le 6 juillet, le chanteur a laissé entendre qu’il n’y a pas de réponse efficace aux agressions des rebelles du M23 dans l’Est de la RDC. « Il n’y a pas de guerre. Nous sommes tapés. On nous gifle. On fait de nous ce qu’on veut. […] J’ai vu que nos militaires vont à la guerre à moto. J’ai des larmes. Il n’y a pas de guerre. On nous traite comme des enfants. La guerre, c’est quand on tire, nous nous répliquons », avait déclaré Koffi Olomide.
Contrairement à la convocation devant le CSAC, le passage de Koffi Olomide devant le procureur fait craindre une sanction pour ses propos. L’annonce de la convocation de l’artiste a provoqué de vives réactions. Martin Fayulu, candidat aux élections présidentielles de 2018 a déclaré que « l’invitation de Koffi Olomide au parquet général près la Cour de cassation est une insulte de trop » pour le peuple.
Servan Ahougnon
Avec une production maximale de 490 000 tonnes de concentré attendue en 2024, Kamoa-Kakula est la plus grande mine de cuivre de RDC et d’Afrique. Pour porter la production annuelle à plus de 600 000 tonnes dès 2025, ses propriétaires ont mis en service une nouvelle unité.
En RDC, Ivanhoe Mines a annoncé le 11 juin la production du premier concentré de cuivre à partir du nouveau concentrateur mis en service le mois dernier à son complexe cuprifère Kamoa-Kakula. Ce troisième concentrateur actif sur le projet devrait entrer en production commerciale au troisième trimestre 2024, précise la compagnie minière canadienne.
Avec cette nouvelle unité de traitement, Kamoa-Kakula devrait se positionner en 2025 comme la troisième plus grande mine de cuivre au monde, derrière les mines Escondida (Chili) et Grasberg (Indonésie). Le complexe dispose en effet désormais d’une capacité de production de plus de 600 000 tonnes de cuivre par an. Il contribuera à maintenir la RDC parmi les leaders du secteur, alors que le pays vient de passer en deux ans du statut de 4ème producteur mondial de cuivre en 2021 à celui de deuxième producteur mondial en 2023.
Il faut souligner que l’objectif final d’Ivanhoe Mines et de ses partenaires de coentreprise est de faire de Kamoa-Kakula la deuxième plus grande mine de cuivre au monde, avec une production totale de plus de 800 000 tonnes. Un quatrième concentrateur avec une capacité de traitement annuelle de 5 millions de tonnes de minerais au moins est donc déjà à l’étude par les ingénieurs de la mine.
Pour rappel, Ivanhoe Mines et le chinois Zijin Mining détiennent respectivement 39,6 % d’intérêts dans Kamoa-Kakula, contre 20 % d’intérêts pour le gouvernement congolais. Une production de 440 à 490 000 tonnes de concentré de cuivre est attendue au complexe en 2024.
Emiliano Tossou
Lire aussi:
28/05/2024 - RDC : la mine Kamoa-Kakula peut livrer 600 000 tonnes de cuivre par an