L’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) change de direction. Ted Beleshayi Kasanda a été nommé directeur général de l’institution, selon les ordonnances présidentielles lues le 3 juin 2026 à la télévision nationale.
Il succède à Miguel Kashal Katemb, nommé à la tête de l’ARSP en novembre 2022.
Cette nomination intervient dans un contexte de renforcement des contrôles sur les contrats de sous-traitance en République démocratique du Congo. Ces derniers mois, l’ARSP a multiplié les décisions visant à faire annuler, régulariser ou mettre en conformité plusieurs contrats jugés irréguliers.
Entre février et avril 2026, plus de 450 contrats de sous-traitance passés par des entreprises telles que Kibali Gold Mine, Matadi Gateway Terminal, CILU, CICO, PPC Barnet et CIMKO ont été visés par des décisions de l’Autorité. D’autres contrôles avaient également été annoncés.
Marché en recul
Cette pression réglementaire intervient alors que le volume des marchés déclarés ralentit. Selon les données statistiques de l’ARSP couvrant la période 2023-2025, le montant global des contrats déclarés par les entreprises principales est passé de 2,456 milliards de dollars en 2024 à 1,713 milliard de dollars en 2025, soit une baisse d’environ 30,2 %.
Selon les estimations de l’ARSP, le potentiel du marché congolais de la sous-traitance dépasserait 8,5 milliards de dollars. Mais les marchés effectivement déclarés restent encore très concentrés dans le secteur minier, qui représente plus de 90 % du total.
Cette concentration met en évidence les défis persistants de diversification de la sous-traitance vers d’autres secteurs de l’économie, alors que l’ARSP revendique depuis plusieurs années une politique de préférence nationale, de certification des sous-traitants et de lutte contre les sociétés écrans.
Profil d’auditeur
Expert-comptable et consultant indépendant, Ted Beleshayi Kasanda exerce depuis décembre 2020 au sein de BelkasGroup SAS, basé à Kinshasa, où il intervient dans l’audit, le contrôle de gestion, le conseil, la comptabilité et la fiscalité.
Son parcours est également marqué par près de dix ans chez KPMG, où il a participé à des missions d’audit financier, de commissariat aux comptes et de conseil auprès d’entreprises opérant dans plusieurs secteurs.
Dans un contexte marqué par le renforcement des contrôles de conformité et par la forte concentration des marchés dans le secteur minier, Ted Beleshayi hérite d’une institution appelée à poursuivre ses efforts de régulation tout en cherchant à élargir l’accès à la sous-traitance à d’autres secteurs de l’économie.
Ronsard Luabeya
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Depuis 2008, la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF), organisme apparenté à la Banque africaine de développement (BAD), accompagne les États africains dans la négociation, la structuration et la défense de leurs intérêts dans des dossiers complexes. Forte de cette expérience, sa cheffe des opérations, Maude Vallée, rencontrée à Brazzaville lors des Assemblées annuelles de la BAD, tenues du 25 au 29 mai 2026, détaille les failles récurrentes des contrats miniers, l’enjeu d’ancrer durablement l’expertise au sein des États et les réponses à apporter face à la sophistication croissante des montages fiscaux.
Bankable : Dans les contrats miniers, de nombreux litiges ou pertes de revenus pour les États proviennent de clauses mal calibrées : fiscalité, partage de production, stabilisation, mécanismes de révision. Quelles failles voyez-vous le plus souvent revenir dans les contrats que l'ALSF examine ?
Maude Vallée : La rédaction des clauses se situe en aval de la relation entre l'État, la société minière et le développeur. Or les failles que l'on retrouve dans les contrats prennent souvent racine bien en amont notamment lors des études techniques et de la modélisation financière, auxquelles on ne consacre pas toujours assez de temps ni de rigueur.
Dans les contrats eux-mêmes, on a parfois tendance à rédiger certaines clauses de façon trop large, pas assez précise : c'est le cas des clauses de contenu local, ou de celles relatives aux infrastructures nécessaires pour accompagner l'exploitation. Car au-delà de l'extraction minière, tout un écosystème d'infrastructures doit être prévu.
Les clauses de stabilité ont, elles aussi, beaucoup fait débat. Elles ont longtemps été rédigées de manière trop large et trop étendue dans le temps, au risque de geler totalement la relation contractuelle. Aujourd'hui, on les veut plus strictes, plus ciblées avec une durée plus courte : concentrées sur des sujets cruciaux pour l'investisseur, comme la fiscalité ou le taux de change, mais beaucoup plus restreintes par ailleurs. Car certains domaines essentiels pour l'État les normes environnementales fondamentales, le droit des travailleurs, les droits humains relèvent de l'ordre public et ne peuvent en aucun cas être figés dans le temps.
Un autre point que les États ont tendance à négliger : l'importance de négocier des pactes d'actionnaires. Les États sont souvent actionnaires dans ce type de projet et doivent pouvoir défendre certains sujets et peser sur certaines décisions techniques aux implications financières. Les pactes d'actionnaires permettent aussi d'encadrer le reversement de dividendes prioritaires à l'État. C'est donc un instrument à ne surtout pas sous-estimer.
À l'ALSF, nous accompagnons les États sur l'ensemble de ces sujets : en amont, sur la revue des études techniques et ou encore les processus d’attribution des titres miniers ; puis pendant la structuration et la négociation, qui inclut non seulement les contrats miniers, mais aussi les pactes d'actionnaires et l'ensemble des conventions.
Bankable : La gouvernance d'un contrat ne s'arrête pas à la signature. Comment l'ALSF travaille-t-elle à laisser une capacité durable sur place, plutôt qu'une expertise qui repart avec les consultants une fois le contrat signé ?
MV : Cette préoccupation est au cœur même de la mission de l'ALSF : faire en sorte que l'expertise demeure et puisse servir au-delà d'une transaction spécifique, par une appropriation suffisante pour que les États puissent eux-mêmes négocier et structurer ce type de convention.
Nous utilisons plusieurs leviers. Nous appuyons bien sûr la structuration et la négociation de la transaction, mais nous pouvons aussi intervenir très en amont, sur la revue de la documentation initiale, telle que les études. Nous mobilisons également des outils pour dérisquer les projets, ce qui est déterminant : les gouvernements peuvent croire qu'une fois la signature obtenue, tout est réglé. Mais ont-ils bien anticipé tous les risques et toutes les conséquences ? En intervenant en amont, nous les aidons à le faire.
Et il y a une étape souvent négligée : on pense qu'une fois le contrat signé, tout est terminé, alors que c'est précisément là que le vrai travail commence. L'ALSF met en place des outils de gestion post-contractuels pour encadrer cette relation sur le long terme.
Le renforcement de capacités est central. Il ne s'agit pas uniquement d’organiser des formations ponctuelles, mais d'organiser un véritable transfert de compétences sur la transaction elle-même. Les cabinets d'avocats et les experts techniques et financiers qui accompagnent les États veillent à ce que les équipes de négociation comprennent bien tous les enjeux, au fur et à mesure de l'avancement du projet. Il y a donc de la formation, mais surtout un transfert de compétences pendant la mise en œuvre.
Et il y a une étape souvent négligée : on pense qu'une fois le contrat signé, tout est terminé, alors que c'est précisément là que le vrai travail commence. Il faut bien comprendre qui fait quoi et quand partenaire public comme partenaire privé ont chacun des responsabilités et un rôle à assumer. L'ALSF met en place des outils de gestion post-contractuels pour encadrer cette relation sur le long terme.
Nous développons aussi des outils de savoir. Il y a l'AMLA l'Africa Mining Legislation Atlas et son équivalent pour le secteur pétrolier : des bases de données qui permettent de comparer les clauses contractuelles entre plusieurs États, ce qui est très utile. Nous avons également élaboré, fin 2025, un manuel sur les contrats de partage de production dans le secteur minier. Cet outil existe de longue date dans le pétrole, mais il n'est pas si simple de le transposer mécaniquement : le minier est plus diversifié, avec une multiplicité de minéraux auxquels on ne peut appliquer les mêmes règles. C'est pourquoi nous avons développé ce guide, disponible gratuitement en ligne sur notre site.
Enfin, nous veillons à associer pleinement les équipes de négociation. Ce ne sont pas les cabinets et les experts qui négocient à la place de l'État : l'équipe gouvernementale revoit et commente la documentation, pendant que les experts lui expliquent les enjeux au fil de l'eau. Cela permet aux gouvernements de développer les bons réflexes pour leurs transactions futures ce qui compte beaucoup pour nous.
Bankable : Nous observons une sophistication croissante des montages fiscaux et des structures internationales dans les grands projets pétroliers filiales offshore, prix de transfert. Partagez-vous ce constat, et l'ALSF dispose-t-elle de solutions pour y faire face ?
MV : Vous avez parfaitement raison. Cette sophistication, on la voit de plus en plus, et pas seulement dans l'extractif minier ou pétrolier : on la retrouve dans toutes les transactions sur lesquelles l'ALSF travaille infrastructures, PPP, finance souveraine, énergie. Partout.
Nous nous adaptons en conséquence, car nous sommes au service des gouvernements africains et notre objectif est de garantir leurs intérêts. Dans ce type de transaction, nous cherchons à intégrer des solutions pratiques pour contrer les mécanismes qui réduiraient la base fiscale ou favoriseraient l'érosion fiscale, afin que les États captent une part plus importante des revenus.
Les États doivent d'abord identifier leurs besoins et déterminer quels sont leurs minéraux critiques. L'ALSF, aux côtés de la BAD et de l’Union africaine, aide à répertorier les minéraux nécessaires à leur développement.
Les contrats de partage de production sont, là encore, un sujet important : nous accompagnons les États dans cette réflexion pour évaluer la faisabilité de ce type de schéma contractuel. Nous les appuyons aussi largement sur la revue des cadres juridiques et institutionnels, pour que les réformes intègrent des solutions adaptées à cette sophistication et couvrent les questions de flux financiers illicites et d'érosion de la base fiscale. Il faut que ces cadres puissent ensuite se traduire facilement dans la documentation contractuelle.
Une dernière chose, sur les contrats de partage de production : il est essentiel que les États définissent bien les coûts récupérables ainsi que les mécanismes de suivi et de contrôle, car ce type de contrat est très différent des concessions auxquelles on est habitué.
Bankable : La RDC est au centre des convoitises des grandes puissances qui veulent sécuriser leur approvisionnement en minéraux stratégiques. Que doit faire Kinshasa pour mieux tirer parti de cet intérêt tout en protégeant ses intérêts économiques et juridiques ?
MV : Cette question ne se limite pas à la RDC ni à Kinshasa : c'est une problématique commune à de nombreux États, et elle tient beaucoup à la chaîne de valeur. L'Afrique abrite des minéraux stratégiques qu'on les appelle critiques ou autres qui sont essentiels non seulement pour les chaînes d'approvisionnement des pays extérieurs au continent, mais aussi pour les chaînes de valeur qui contribueront au développement des pays africains eux-mêmes.
Comment faire ? Les États doivent d'abord identifier leurs besoins et déterminer quels sont leurs minéraux critiques. L'ALSF, aux côtés de la BAD et de l’Union africaine, aide à répertorier les minéraux nécessaires à leur développement. L'enjeu est ensuite de bâtir une véritable chaîne de valeur au sein des États pas une simple exportation de matières premières, mais valorisation et une transformation au niveau local. Cela favorise le développement tout en élargissant l'assiette fiscale : si la fiscalité s'applique à toutes les étapes, l'ensemble contribue au développement, à condition de limiter l'évasion fiscale.
Bankable : Autre cas pratique : en zone CEMAC, les États peinent à obtenir des acteurs extractifs le rapatriement des fonds de restauration des sites miniers. Quelles leçons en tirez-vous et quels conseils donneriez-vous ?
MV : Ce n'est pas un sujet simple. Le fait qu'il existe un cadre communautaire comme la CEMAC est déjà un pas en avant, car cela permet d'harmoniser les approches. Nous sommes nous-mêmes impliqués dans la transposition de la directive CEMAC sur les partenariats public-privé à tous les États de la région. On mesure à quel point cette harmonisation est essentielle pour que les États avancent du même pas.
Sur le fond, on retrouve cette discussion ailleurs, notamment en Afrique de l'Ouest. C'est un enjeu très présent dans les débats, mais pas toujours traduit précisément dans les cadres réglementaires puis dans les dispositions contractuelles. Le problème vient souvent de là : un cadre trop vague et imprécis ouvre la porte à des interprétations divergentes selon les acteurs.
Il est donc important que ces sujets soient précisés. Les principes figurent généralement dans les codes, mais ils ne sont pas toujours détaillés dans les textes normatifs décrets et autres ni dans la documentation contractuelle. L'ALSF peut apporter un appui sur ce point : aider les gouvernements à se doter de cadres juridiques plus efficaces et mieux adaptés, puis les accompagner dans la structuration, la négociation et la rédaction des contrats, pour que tout soit suffisamment précis et qu'on ne reste pas dans des formulations vagues, sources d'interprétations multiples et de difficultés.
Propos recueillis par Aboudi Ottou à Brazzaville
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Lors du Conseil des ministres du vendredi 29 mai 2026, le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, a annoncé au gouvernement sa décision de mettre en place une Task Force pluridisciplinaire dédiée à la salubrité et à l’assainissement de la ville de Kinshasa.
Placée sous son autorité directe, cette structure sera pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national. Le chef de l’État lui confie ainsi la mission de coordonner la lutte contre l’insalubrité dans la capitale congolaise.
Cette décision intervient après une visite effectuée par le président de la République dans différents quartiers de Kinshasa, notamment aux abords du Grand Marché, où il a constaté la persistance de problèmes d’insalubrité.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, le chef de l’État estime que les mécanismes actuellement en place sont marqués par une insuffisance d’anticipation et de coordination, des lenteurs opérationnelles ainsi qu’un déficit de discipline dans l’exécution des missions.
Pour y remédier, Félix Tshisekedi souhaite instaurer une approche fondée sur la discipline paramilitaire, la responsabilité collective, la culture du résultat et une coordination renforcée des interventions.
Missions
La Task Force réunira des experts du Service national ainsi que des représentants des ministères de l’Intérieur, de la Défense nationale, de l’Urbanisme et Habitat, de la Santé publique, de l’Environnement, des Infrastructures et Travaux publics, sans oublier l’Hôtel de Ville de Kinshasa.
Cette structure aura notamment pour missions d’élaborer un plan permanent de salubrité et d’assainissement pour Kinshasa, d’identifier et de traiter les principaux points critiques d’insalubrité, de coordonner les opérations de terrain, de proposer des mesures de discipline urbaine et de civisme environnemental, ainsi que de veiller à la sensibilisation de la population et à l’application des décisions prises.
Militaire de carrière, Jean-Pierre Kasongo Kabwik affirme totaliser plus de trente ans de service au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo. Dans une interview accordée en mars 2026, il explique avoir gravi progressivement tous les échelons, du grade de sous-lieutenant à celui de lieutenant-général.
Au cours de sa carrière, il indique avoir servi notamment au sein de la Garde républicaine, à la Maison militaire du président de la République, au ministère de la Défense, dans les forces terrestres ainsi qu’au sein d’une commission placée sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Il précise diriger le Service national depuis juillet 2018.
Le choix du général Kasongo Kabwik s’inscrit dans le prolongement des réalisations attribuées au Service national depuis sa relance. Créée en 1997 sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila, cette institution a connu une nouvelle dynamique à partir de 2020, avec pour missions l’encadrement de la jeunesse, la production agricole et la participation aux efforts de reconstruction nationale.
Kaniama Kasese comme vitrine
Sous la direction de Jean-Pierre Kasongo Kabwik, le centre de Kaniama Kasese, dans la province du Haut-Lomami, est devenu la principale vitrine du Service national. Selon les chiffres communiqués par son commandement, les superficies cultivées sont passées de 250 hectares en 2018 à 5 000 hectares en 2024. La production de maïs est, quant à elle, passée de 1 000 tonnes en 2019 à 16 000 tonnes en 2024.
Pour la saison agricole 2025-2026, le Service national annonce une récolte de 40 000 tonnes de maïs, dont le lancement officiel est attendu dans les prochains jours.
Au-delà de la production agricole, le modèle développé à Kaniama Kasese repose également sur la réinsertion sociale de jeunes anciennement impliqués dans la délinquance urbaine, communément appelés « Kuluna ». Après une formation civique, patriotique et professionnelle, ces derniers participent aux activités agricoles ainsi qu’à la construction d’infrastructures.
Selon les responsables du Service national, les bâtiments, routes, logements et équipements publics réalisés sur le site ont été construits avec la participation de ces jeunes, désormais qualifiés de « bâtisseurs de la nation ».
Le Service national affirme également avoir développé des activités dans plusieurs domaines, notamment l’élevage, la pisciculture, la construction d’infrastructures et la formation professionnelle. Dans le cadre de sa stratégie 2026-2030, l’institution prévoit d’étendre ce modèle à plusieurs provinces du pays en combinant centres de production et centres de formation.
La nomination de Jean-Pierre Kasongo Kabwik à la tête de la Task Force chargée de la salubrité de Kinshasa traduit ainsi la volonté du chef de l’État de s’appuyer sur une structure qu’il considère comme capable de produire des résultats opérationnels sur le terrain.
Après les défis liés à la production agricole, à la réinsertion sociale et à la construction d’infrastructures, le Service national est désormais appelé à contribuer à la transformation du cadre de vie dans la capitale congolaise.
Timothée Manoke
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La présidente de l’Association congolaise des banques (ACB) et directrice générale de Standard Bank RDC, Marie-Gabrielle Opese, a accordé une interview à l’Agence Ecofin. Conformité, lutte contre le blanchiment des capitaux, cybersécurité et fin annoncée des transactions en espèces en dollars : elle revient sur plusieurs dossiers sensibles pour le secteur bancaire congolais. Bankable vous propose l’intégralité de cet entretien.
Agence Ecofin : Kinshasa a récemment accueilli un atelier consacré à la conformité financière, réunissant régulateurs, banques et acteurs internationaux autour d’un objectif commun : repositionner la conformité comme un levier stratégique pour le secteur financier congolais. Que retenez-vous de cet atelier et quelles pourraient être ses retombées pour le secteur bancaire en RDC ?
Marie-Gabrielle Opese : Cet atelier a d’abord permis de rappeler que la conformité ne peut plus être perçue comme une simple contrainte réglementaire. Elle constitue aujourd’hui un véritable levier stratégique pour la stabilité, la crédibilité et la modernisation du secteur financier.
Les échanges ont mis en évidence plusieurs réalités : l’évolution rapide des risques, la sophistication croissante des fraudes, l’essor des paiements digitaux, mais également la nécessité d’adapter en permanence nos dispositifs de contrôle et de gestion des risques.
Cette initiative a surtout permis de renforcer le dialogue entre les banques, le régulateur, les partenaires internationaux et les autres acteurs de l’écosystème financier. C’est essentiel, car les défis actuels ne peuvent être traités de manière isolée.
Au-delà des aspects techniques, cette rencontre contribue également à renforcer la culture de conformité au sein du secteur bancaire congolais et à favoriser une convergence progressive vers les meilleurs standards internationaux.
AE : Depuis 2022, la RDC figure sur la liste grise du GAFI. Quelles conséquences cette situation a-t-elle eu pour le secteur bancaire congolais et quels progrès vous rendent aujourd’hui optimiste quant à une sortie prochaine de cette liste ?
MGO : L’inscription sur la liste grise a eu des conséquences importantes, notamment en termes de perception du risque pays, de coûts de conformité, de vigilance accrue de la part des correspondants bancaires et parfois de ralentissement dans certaines relations financières internationales.
Toutefois, il est important de souligner les efforts significatifs réalisés ces dernières années par les autorités congolaises, la Banque Centrale du Congo, la CENAREF ainsi que l’ensemble des institutions financières. Des réformes importantes ont été engagées, tant sur le plan réglementaire qu’opérationnel, avec un renforcement progressif des dispositifs de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
« Des réformes importantes ont été engagées, tant sur le plan réglementaire qu’opérationnel, avec un renforcement progressif des dispositifs de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. »
Aujourd’hui, les avancées enregistrées permettent d’envisager avec confiance une issue favorable dans un avenir proche. Mais au-delà de la sortie de la liste grise, le véritable enjeu consiste à inscrire durablement ces progrès dans les pratiques et dans la gouvernance du secteur financier.
AE : Visa défend l’idée qu’une économie moins dépendante des espèces faciliterait la conformité et la traçabilité financière. Dans un pays où le cash reste dominant, jusqu’où les banques peuvent-elles accompagner cette transition sans exclure une partie de la population ?
MGO : La réduction progressive de la dépendance au cash constitue une évolution naturelle et nécessaire pour renforcer la traçabilité des flux, améliorer l’efficacité des contrôles et favoriser l’intégration financière.
Toutefois, cette transition doit être progressive, pragmatique et adaptée aux réalités socio-économiques de notre pays. Le défi consiste à concilier deux impératifs : renforcer la formalisation et la traçabilité des opérations, tout en préservant l’inclusion financière pour les populations qui restent encore largement dépendantes des espèces. Cela suppose notamment le développement des infrastructures de paiement, le renforcement de l’éducation financière, l’amélioration de l’accès aux services bancaires et digitaux, ainsi qu’une coordination étroite entre les banques, les pouvoirs publics et les acteurs technologiques.
AE : Dans cette même logique, lors de sa réunion du 9 avril, le Comité de politique monétaire de la Banque centrale du Congo (BCC) a décidé de réserver à la Banque centrale l’exclusivité de l’importation physique des billets en devises et d’interdire les transactions en espèces en monnaies étrangères à partir du 9 avril 2027. Une telle mesure aura nécessairement des conséquences pour le secteur bancaire. Quels défis avez-vous identifiés et comment les banques se préparent-elles à sa mise en œuvre ?
MGO : Cette réforme constitue une évolution majeure pour l’écosystème financier congolais et traduit une volonté de renforcer la formalisation des flux ainsi que l’efficacité de la politique monétaire et des dispositifs de contrôle.
Sa mise en œuvre soulève naturellement plusieurs défis, notamment en matière d’adaptation des habitudes de paiement, de disponibilité des infrastructures digitales, de sensibilisation des acteurs économiques et de gestion opérationnelle des flux.
La cybersécurité ne peut plus être considérée comme une question purement technique ou informatique ; elle devient un enjeu stratégique de gouvernance et de résilience institutionnelle.
Les banques se préparent progressivement à cette transition, notamment à travers le renforcement des solutions de paiement électronique, l’amélioration des dispositifs de conformité et l’accompagnement de la clientèle dans l’adoption de nouveaux usages.
Il sera toutefois essentiel que cette évolution s’inscrive dans une démarche progressive, coordonnée et inclusive, afin de garantir son efficacité et son acceptabilité.
AE : Avec la montée des paiements digitaux, de nouveaux risques émergent, notamment les fraudes numériques, les « money mules » ou encore les cryptoactifs. Observez-vous déjà ces phénomènes en RDC ? Comment les banques congolaises s’adaptent-elles concrètement à ces nouvelles menaces ?
MGO : Oui, ces phénomènes sont désormais une réalité à laquelle les institutions financières congolaises sont de plus en plus confrontées.
L’accélération de la digitalisation des services financiers s’accompagne naturellement d’une sophistication des schémas de fraude, qu’il s’agisse des « money mules », de l’ingénierie sociale, de la compromission de comptes ou encore des risques liés aux cryptoactifs.
Face à ces nouvelles menaces, les banques renforcent progressivement leurs dispositifs de surveillance des transactions, leurs mécanismes de détection des anomalies, leurs outils de cybersécurité ainsi que la sensibilisation des clients et des équipes internes.
Mais cette évolution appelle également une coopération renforcée entre les institutions financières, les autorités de régulation et les partenaires technologiques.
AE : La digitalisation expose aussi le système financier congolais à des cyberattaques. Lors d’une conférence internationale sur les cryptoactifs et les innovations numériques organisée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le gouverneur de la BCC a indiqué que le secteur financier du pays n’était pas suffisamment préparé face à la nouvelle génération de cyberattaques facilitées par l’intelligence artificielle. Est-ce une préoccupation partagée par l’ACB ? Que faut-il faire pour renforcer la protection du secteur face à ces risques ?
MGO : La cybersécurité constitue aujourd’hui une préoccupation majeure pour l’ensemble du secteur financier, et les observations formulées par le Gouverneur de la Banque Centrale traduisent une réalité mondiale : les cybermenaces évoluent extrêmement rapidement, notamment avec l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les mécanismes d’attaque.
Cette situation impose un changement d’approche. La cybersécurité ne peut plus être considérée comme une question purement technique ou informatique ; elle devient un enjeu stratégique de gouvernance et de résilience institutionnelle.
Le renforcement de la protection du secteur passe notamment par l’investissement dans les infrastructures de sécurité, la formation continue des équipes, le partage d’information sur les menaces, les tests de résilience, ainsi qu’une coopération plus étroite entre les acteurs du secteur et les autorités compétentes. L’enjeu est de construire un écosystème capable non seulement de réagir aux attaques, mais également de les anticiper.
Interview réalisée par l’Agence Ecofin
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Premier Congolais à intégrer le classement ATP, Bienvenu Bolangi, 25 ans, marque une étape historique pour le tennis en République démocratique du Congo. Son entrée dans le classement mondial des joueurs professionnels fait suite à deux victoires obtenues lors d’un tournoi organisé en République du Congo, un résultat qui lui permet de franchir un cap important dans son parcours.
En ce 26 mai 2026, c’est au Cercle Elaïs, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa, que le joueur poursuit sa préparation. Dans une atmosphère calme, raquette en main, il répète ses gammes, concentré sur chaque geste.
Classé 1 565ᵉ mondial, Bienvenu Bolangi sait que le chemin reste long. Mais son regard demeure tourné vers l’essentiel : progresser et s’installer durablement sur le circuit international.
« Mon plus grand rêve est de jouer les qualifications de Roland-Garros, passer un tour et devenir le premier Congolais à y participer », confie-t-il.
Originaire de Goma, dans la province du Nord-Kivu, Bienvenu Bolangi a construit son parcours loin des projecteurs. Avant d’atteindre ce niveau, il compte déjà plus d’une vingtaine de titres remportés dans différentes compétitions.
We Act de Rawbank
Son histoire sportive est aussi marquée par des moments difficiles, notamment les événements liés à la prise de Goma par le M23 en janvier 2025, qui ont bouleversé son environnement et ses repères. Comme beaucoup d’athlètes confrontés à l’instabilité, il a choisi de continuer à avancer.
Après cette période, il passe par l’Europe, où il tente de structurer davantage son parcours et d’accéder à des compétitions plus relevées. Cette transition lui permet de se rapprocher progressivement du circuit professionnel.
Il dispute ensuite sa première compétition professionnelle en Angola. L’expérience est brève, puisqu’il s’incline dès le premier tour. Un résultat modeste, mais formateur, qui ne freine pas sa motivation. Au contraire, il en tire des enseignements pour la suite de sa progression.
Aujourd’hui, son entrée dans le classement ATP dépasse sa seule trajectoire individuelle. Elle représente un signal pour le tennis congolais, encore en construction, mais porteur de potentiel.
Ambassadeur du programme We Act de Rawbank, Bienvenu Bolangi s’engage aussi en dehors des courts. Il encourage les jeunes à croire en leurs projets et à développer leurs compétences.
« Tout jeune qui a un rêve en entrepreneuriat ou dans le sport, je les invite à rejoindre le programme pour concrétiser leurs projets », affirme-t-il, convaincu que le travail et l’opportunité peuvent changer des trajectoires.
Ronsard Luabeya
Plusieurs mois après avoir été choisi pour assurer l’intérim, Danilo Lange a été confirmé au poste de directeur général de Critical Metals, société qui détient 70 % du projet cupro-cobaltifère de Molulu, dans le Haut-Katanga. C’est ce qui ressort d’une annonce publiée par l’entreprise le 12 mai 2026.
Depuis décembre 2025, Danilo Lange occupait cette fonction à titre intérimaire, à la suite de la démission d’Ali Farid Khwaja, qui avait lui-même remplacé Russell Fryer après son départ intervenu le 4 septembre 2025. Ces successions de dirigeants en quelques mois sont intervenues dans un contexte de restructuration et de difficultés financières persistantes pour l’opérateur minier coté à Londres.
Dans le communiqué, Kelvin Williams, administrateur non exécutif de Critical Metals, justifie cette décision du conseil d’administration par les performances de Danilo Lange durant son intérim. Selon lui, ce dernier a démontré une compréhension claire des activités de l’entreprise, ce qui a conduit le conseil à le considérer comme le meilleur candidat pour poursuivre la stratégie du groupe.
Critical Metals continue toutefois d’évoluer dans un environnement financier difficile. Le projet Molulu, situé à environ 100 kilomètres au nord de Lubumbashi, n’a pas encore généré de ventes commerciales de cuivre et de cobalt.
Pour l’exercice financier clôturé le 30 juin 2025, la société a enregistré une perte d’environ 2,4 millions de livres sterling, soit près de 3,2 millions de dollars. Ce résultat reste néanmoins meilleur que celui de l’exercice précédent, grâce notamment à une réduction d’environ 25 % des charges salariales et à des coupes importantes dans les effectifs en République démocratique du Congo, particulièrement parmi les techniciens présents sur le terrain.
NIU Invest en soutien
Dans ce contexte, l’entreprise dépend largement des appuis financiers de son actionnaire majoritaire, NIU Invest SE, qui contrôle près de 70 % du capital de Critical Metals. Fin décembre 2025, la société d’investissement dirigée par l’homme d’affaires autrichien Cevdet Caner avait accordé à Critical Metals un prêt convertible de 2,1 millions de livres sterling, soit environ 2,84 millions de dollars, destiné notamment au financement des activités sur le projet Molulu. Le mécanisme retenu permet à NIU Invest de convertir ce financement en actions de Critical Metals, ce qui pourrait renforcer davantage sa participation dans la société.
Cette stratégie de montée progressive au capital n’est pas anodine dans un contexte où Cevdet Caner cherche à se positionner plus largement dans le secteur des minerais critiques. Selon des informations publiées par Africa Intelligence, l’homme d’affaires autrichien figurait également parmi les acteurs intéressés par le rachat des actifs miniers de Chemaf en RDC à travers Global Critical Resources (GCR), une société minière créée aux États-Unis et soutenue par des intérêts américains.
Cette offensive illustre les ambitions croissantes de NIU Invest et de ses partenaires dans le secteur minier congolais, alors que les minerais critiques comme le cuivre et le cobalt attirent une concurrence internationale de plus en plus forte.
Timothée Manoke
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Étienne Tshimanga Mutombo reprendra ses fonctions de directeur général de l’Office congolais de contrôle (OCC) le 28 mai 2026, après la levée de la suspension conservatoire qui le frappait depuis le 16 février 2026. L’annonce a été faite par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku.
Dans une communication publiée le 25 mai 2026, le ministre affirme avoir signé un arrêté levant cette suspension conservatoire. Julien Paluku justifie sa décision par les dispositions réglementaires en vigueur en République démocratique du Congo, selon lesquelles « la durée d'une suspension ne peut excéder trois mois, sauf en cas de condamnation définitive ».
Il précise également que la reprise des fonctions du directeur général interviendra sous la supervision du secrétaire général au Commerce extérieur.
La levée de la suspension ne signifie toutefois pas la fin des poursuites administratives annoncées lors de l’ouverture de la procédure disciplinaire. Dans sa communication, Julien Paluku précise que « le dossier administratif a été transmis à l'Autorité compétente pour dispositions utiles », laissant entendre que les investigations et procédures engagées pourraient se poursuivre malgré le retour du directeur général à ses fonctions.
« Fautes lourdes… »
Étienne Tshimanga avait été suspendu dans le cadre d’une procédure disciplinaire engagée pour « fautes lourdes de gestion, insubordination et mise en péril des intérêts de l’établissement public ». L’arrêté ministériel rendu public en février évoquait des irrégularités administratives et financières susceptibles d’avoir causé un manque à gagner pour les finances publiques.
Selon plusieurs médias locaux, dont Radio Okapi, le directeur général de l’OCC était également accusé d’avoir mis en place un système informatique parallèle de contrôle des importations. Ce dispositif aurait permis l’émission de fausses attestations de vérification (AV) utilisées dans le contrôle des importations et des exportations. Les autorités soupçonnaient ce mécanisme d’avoir contribué à des pertes financières pour l’établissement public au cours de l’année 2025.
Le dossier faisait aussi référence à d’autres pratiques contestées au sein de l’OCC. En août 2025, le ministère du Commerce extérieur avait demandé des explications à la direction générale concernant le maintien d’une taxe de 10 dollars par tonne sur certains produits agricoles exportés, notamment le cacao et le café, alors que cette taxe avait été officiellement supprimée depuis février 2024. Des organisations professionnelles du secteur dénonçaient alors des charges supplémentaires pesant sur les exportateurs.
Pendant la période de suspension d’Étienne Tshimanga, la direction générale de l’OCC était assurée par la directrice générale adjointe, Christelle Muabilu, désignée pour assurer l’intérim à la tête de l’établissement public.
Timothée Manoke
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À l’Est de la République démocratique du Congo, Déborah Nzarubara mise sur les technologies numériques pour structurer la filière apicole et améliorer l’accès du miel congolais aux marchés internationaux. À travers la plateforme Nyuki Tech, développée son entreprise Grecom RDC, l’entrepreneure entend répondre à l’un des obstacles qui limitent encore la compétitivité du miel produit en RDC : le déficit de traçabilité et de certification reconnue sur les marchés extérieurs.
Intervenant en marge de la Journée mondiale des abeilles, célébrée le 20 mai, la directrice générale de Grecom a indiqué que les exigences internationales imposées au secteur du miel restent difficiles à satisfaire pour de nombreux producteurs congolais. « Les normes internationales pour le miel sont très rigoureuses. Nous avons encore un souci de qualité parce qu’il n’y a pas beaucoup de traçabilité et la certification n’est pas encore admise », a-t-elle déclaré dans un entretien accordé à l’Agence congolaise de presse (ACP).
Pour tenter de combler ce déficit, Grecom a déployé Nyuki Tech, une plateforme web et mobile présentée comme déjà opérationnelle dans plusieurs zones de l’Est du pays. L’outil doit notamment permettre de géolocaliser les apiculteurs, les champs et les ruches, de suivre les itinéraires techniques de production et d’améliorer la traçabilité du miel jusqu’au consommateur final. La plateforme a également été pensée pour fonctionner dans des zones faiblement connectées, grâce à des fonctionnalités accessibles hors ligne.
Au-delà du suivi logistique, Grecom présente cette technologie comme un levier de transformation de la chaîne de valeur apicole. Selon l’entreprise, Nyuki Tech intègre un écosystème reposant sur l’Internet des objets (IoT), capable de collecter des données apicoles en temps réel afin d’améliorer l’installation des ruches, le suivi des colonies et les opérations commerciales liées à la production de miel.
5 000 apiculteurs à accompagner
Basée à Goma, dans le Nord-Kivu, Déborah Nzarubara dirige Grecom depuis 2019. L’entreprise intervient dans la production et la commercialisation de produits apicoles et agricoles, tout en développant des solutions technologiques appliquées à l’agriculture durable et à l’entrepreneuriat vert. Grecom affirme avoir déjà réalisé plus de 120 missions et collaboré avec plus de 50 partenaires locaux et internationaux à travers le pays.
Le projet a également bénéficié d’un appui lié au programme YouthADAPT, soutenu notamment par la Banque africaine de développement. D’après Déborah Nzarubara, la plateforme a aussi été distinguée lors de la COP28 pour son impact dans la réduction des effondrements de colonies d’abeilles et sa contribution à l’adaptation climatique.
Présentée comme experte en apiculture régénérative et lauréate du programme YouthADAPT Climate, l’entrepreneure affirme vouloir accompagner au moins 5 000 petits apiculteurs cette année. Elle estime que l’apiculture peut devenir un secteur stratégique pour la diversification économique de la RDC, grâce notamment à ses retombées sur l’emploi, l’agriculture durable et la préservation de la biodiversité.
Déborah Nzarubara plaide également pour la mise en place d’une politique nationale dédiée à l’apiculture, incluant l’encadrement juridique du secteur, le financement des producteurs, le renforcement de la formation technique ainsi que le soutien à la recherche. Pour Grecom, la modernisation de la filière et l’intégration des outils numériques apparaissent désormais comme des conditions importantes pour permettre au miel congolais de mieux répondre aux exigences des circuits internationaux.
Boaz Kabeya
Créée en mars 2022, pour résoudre une partie des difficultés de mobilité des étudiants congolais, la société publique Trans-Academia traverse déjà une zone de fortes turbulences financières. Auditionné le 13 mai 2026 devant l’Assemblée nationale, son directeur général, Georges Ongelo, a défendu un vaste plan de redressement destiné à sauver un modèle qu’il présente comme avant tout social.
Face aux députés, le dirigeant a dressé le tableau d’une entreprise confrontée à des contraintes structurelles : déficit de trésorerie, retards de salaires, charges sociales impayées et dépendance persistante aux subventions publiques. Derrière les difficultés de gestion, c’est surtout la question du financement des missions sociales des entreprises publiques qui s’est invitée au débat.
Selon Georges Ongelo, Trans-Academia fonctionne avec une logique de service public incompatible, à ce stade, avec un équilibre financier autonome. La société applique des tarifs subventionnés afin de permettre aux étudiants et élèves de se déplacer à moindre coût, tout en assumant des charges d’exploitation élevées liées au transport urbain.
Plan de redressement
Pour tenter de stabiliser l’entreprise, la direction a présenté un plan structuré autour de trois horizons.
À court terme, Trans-Academia prévoit l’acquisition de nouveaux équipements, la modernisation de ses outils numériques et l’apurement de sa dette fiscale, que la direction considère comme compensable par des subventions publiques non encore versées. Le plan prévoit également le financement d’un nouveau lot de bus, l’augmentation de la subvention d’équilibre à 700 000 francs congolais, l’application du barème salarial ainsi qu’une révision des crédits budgétaires alloués à la société.
À moyen terme, l’entreprise veut obtenir un agrément de la Banque centrale du Congo afin de déployer un système de paiement dématérialisé. Elle ambitionne aussi de finaliser un décret révisé encadrant ses activités, d’acquérir son propre dépôt logistique et d’étendre progressivement ses services en provinces selon une clé de répartition déjà validée.
À plus long terme, la direction évoque une couverture nationale du service, la diversification des sources de financement — notamment à travers des mécanismes parafiscaux — ainsi qu’un objectif d’autofinancement basé sur des revenus connexes.
Mais derrière cette feuille de route ambitieuse, l’urgence reste financière. Georges Ongelo reconnaît que l’entreprise peine actuellement à faire face à ses charges sociales et accuse plusieurs mois d’arriérés de salaires, notamment pour mars et avril 2026.
Défaillances structurelles
Pour sortir de l’impasse, le directeur général propose la création d’une commission interministérielle placée sous l’autorité de la Primature. Celle-ci réunirait des représentants de la Présidence, des ministères des Transports, des Finances, des Affaires foncières, des Travaux publics et de l’Éducation nationale afin de coordonner les réponses institutionnelles autour du projet.
L’audition du DG de Trans-Academia intervient dans un contexte plus large de remise en question du modèle économique des entreprises publiques congolaises. Dans un récent rapport, la Banque mondiale estime que les entreprises publiques de la RDC ont cumulé environ 5,3 milliards de dollars de pertes entre 2014 et 2023. L’institution souligne notamment que plusieurs d’entre elles assurent des missions sociales sans mécanisme clair de compensation budgétaire, créant des déséquilibres financiers chroniques.
Ce diagnostic rejoint en partie le cas de Trans-Academia. Lancée en 2023, l’entreprise a été conçue comme un outil de mobilité estudiantine reposant sur une plateforme numérique d’enregistrement et des tarifs subventionnés. Le projet s’appuie sur des partenariats avec plusieurs ministères et établissements d’enseignement supérieur.
Depuis son lancement, plus de vingt bus sont opérationnels sur trois lignes à Kinshasa, selon les données communiquées par l’Agence congolaise de presse (ACP). Le programme prévoyait toutefois une montée en puissance beaucoup plus rapide, avec la mise en circulation de 220 bus déjà disponibles et l’acquisition progressive de plus de 400 véhicules supplémentaires.
Au-delà du cas Trans-Academia, l’audition de Georges Ongelo met surtout en lumière une question récurrente en RDC : comment financer durablement des entreprises publiques chargées de missions sociales sans les condamner à une dépendance permanente aux subventions de l’État ?
Ronsard Luabeya
La Cour des comptes de la République démocratique du Congo durcit le ton contre les irrégularités dans la gestion des finances publiques. Son premier président, Jimmy Munganga Ngwaka, a annoncé l’ouverture de poursuites contre les comptables publics impliqués dans des dépenses effectuées sans pièces justificatives, qu’il considère comme l’un des principaux mécanismes de détournement des deniers publics.
Cette mise en garde a été formulée lors d’un briefing de presse organisé le 13 mai 2026 à Kinshasa, autour de la redevabilité des comptables publics et du contrôle des dépenses de l’État. « C’est à ce niveau qu’il y a des problèmes ; c’est à ce niveau-là que le pays est pillé », a déclaré Jimmy Munganga Ngwaka, promettant de « réduire sensiblement le niveau de banditisme » dans la gestion comptable des institutions publiques.
Le premier président de la Cour des comptes a rappelé le fonctionnement du circuit de paiement des dépenses publiques en RDC. Chaque institution dispose d’un compte dédié ouvert à la Banque centrale du Congo (BCC), alimenté dans le cadre de l’exécution budgétaire.
Selon lui, les ordonnateurs engagent et liquident les dépenses, tandis que les paiements sont exécutés via la Banque centrale avec l’intervention obligatoire des comptables publics. Ces derniers sont chargés d’enregistrer les opérations dans leurs livres de caisse et de conserver l’ensemble des pièces justificatives prévues par le vade-mecum de la comptabilité publique.
Or, d’après la Cour des comptes, plusieurs dépenses sont réalisées sans documents justificatifs conformes, ce qui constitue un signal d’irrégularité grave. « Plusieurs cas de dépenses sans pièces justificatives ; dans ce cas-là, il y a présomption de détournement. Et tous les comptables publics concernés vont être poursuivis devant la Cour des comptes », a averti Jimmy Munganga Ngwaka.
Cette orientation marque un recentrage du contrôle sur les acteurs techniques de la chaîne de dépense publique, longtemps moins exposés que les ordonnateurs politiques. Les annonces de Jimmy Munganga Ngwaka, à la tête de la Cour des comptes depuis 2022, interviennent dans un contexte de renforcement des activités juridictionnelles de l’institution.
Feuille de route
Dans son rapport public annuel 2024-2025, l’institution affirme vouloir faire du jugement des comptes et des poursuites pour fautes de gestion des « instruments essentiels de discipline budgétaire et financière ». La juridiction financière estime que ces mécanismes sont nécessaires pour lutter contre « l’impunité financière » et renforcer « l’État de droit budgétaire ».
La Cour des comptes considère que l’absence de traçabilité dans certaines dépenses publiques fragilise la crédibilité du système de contrôle budgétaire et favorise les détournements. Elle dénonce plusieurs pratiques jugées contraires aux règles de discipline budgétaire, comme l’« abus de la procédure d’urgence », le paiement de dettes intérieures non certifiées ainsi que le non-respect des autorisations budgétaires.
Selon l’institution, ces irrégularités continuent d’affecter la qualité de la gouvernance publique et la transparence dans la gestion des finances de l’État, malgré l’existence des mécanismes de contrôle prévus par la législation congolaise.
Le rapport met également en évidence les écarts enregistrés par la Direction générale des douanes et accises (DGDA), la Direction générale des impôts (DGI) et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD). Ils représentent un manque à gagner global estimé à 3 730,3 milliards de francs congolais, soit environ 1,67 milliard de dollars au taux de change actuel.
À travers cette offensive contre les dépenses non justifiées, la Cour des comptes cherche à accroître la pression sur l’ensemble de la chaîne d’exécution budgétaire, de l’ordonnancement jusqu’au paiement effectif. Le message adressé aux comptables publics est clair : toute opération effectuée sans traçabilité documentaire suffisante pourra désormais être assimilée à une présomption de détournement et exposer ses auteurs à des poursuites juridictionnelles. Cette fermeté affichée intervient alors que les autorités congolaises multiplient les discours en faveur de l’assainissement des finances publiques et de l’amélioration de la gouvernance budgétaire.
Boaz Kabeya
À l’occasion de l’atelier animé du 21 au 22 avril 2026 par Visa sur le thème « La conformité autrement », la présidente de la Commission conformité de l’Association congolaise des banques (ACB) s’est confiée à Bankable. Dans un contexte marqué par le maintien de la RDC sur la liste grise du GAFI, Jolie Mbala revient sur les priorités du secteur bancaire. La directrice de la conformité d’Ecobank RDC plaide pour une approche fondée sur les risques, soutenue par la digitalisation, afin de renforcer la crédibilité, la résilience et l’inclusion financière.
Bankable : Kinshasa a accueilli du 21 au 22 avril 2026 un atelier consacré à la conformité financière, réunissant régulateurs, banques et acteurs internationaux autour d’un objectif commun : repositionner la conformité comme un levier stratégique pour le secteur financier congolais. Quels résultats tangibles peut-on attendre à l’issue de ces deux jours de travaux ?
Jolie Mbala : Cet atelier est avant tout un moment de convergence stratégique. Les résultats attendus sont très concrets.
D’abord, une meilleure harmonisation des attentes entre les régulateurs, les banques et les partenaires. Ces attentes portent notamment sur les standards de conformité et leur application pratique dans le contexte congolais.
Ensuite, le partage d’expériences et de bonnes pratiques permet de renforcer les capacités des parties prenantes, en repositionnant la conformité non plus comme une contrainte réglementaire et un frein au développement commercial, mais comme un levier de résilience, de crédibilité et de compétitivité pour nos banques.
Enfin, ce forum devrait aboutir à des axes d’actions communs, notamment en matière de partage de connaissances, de digitalisation des paiements, de gestion des risques et de coopération entre institutions. La présence de Visa, en collaboration avec l’Association congolaise des banques (ABC) et la Banque centrale du Congo (BCC), illustre clairement cette dynamique tournée vers l’avenir.
Bankable : Depuis octobre 2022, la RDC figure sur la liste grise du GAFI, ce qui montre que la conformité demeure un défi majeur pour le pays. Quelle est, selon vous, la priorité la plus urgente pour renforcer durablement le dispositif de conformité du secteur bancaire congolais ?
JM : La priorité absolue me semble être le renforcement durable du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT/FP), dans une approche coordonnée entre les autorités publiques, la Banque Centrale du Congo, les banques commerciales et les autres parties prenantes.
La digitalisation transforme les risques à travers notamment, l’augmentation des volumes et de la vitesse des transactions, la diminution du contact physique avec le client, les nouveaux canaux et acteurs ainsi que la fragmentation des données. En ce sens, la digitalisation complexifie le risque BC/FT/FT et exige des approches plus sophistiquées.
Des avancées importantes ont déjà été réalisées : la révision du cadre légal et réglementaire en matière de LBC/FT/FP, la mise en place et la restructuration des institutions chargées de la LBC/FT/FP, ou encore l’adhésion récente de la RDC à l’ESAAMLG témoignent d’une volonté politique forte.
À présent, l’enjeu est d’accélérer la mise en œuvre effective des normes avec le renforcement des poursuites en matière de BC/FT/FP, l’amélioration de la qualité des données, la montée des compétences, l’optimisation des contrôles et une meilleure coopération entre le secteur public et le secteur privé. C’est cette cohérence globale qui permettra à la RDC de sortir durablement de la liste grise du GAFI.
Bankable : Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés rencontrées par les banques en RDC dans la mise en œuvre des exigences de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme ?
JM : Les banques commerciales congolaises évoluent dans un environnement complexe, marqué par : la prédominance des opérations en numéraires (cash) et du secteur informel ; des défis liés à la disponibilité et à la fiabilité des données clients avec, entre autres, l’absence d’une carte d’identité nationale ou document assimilé ainsi que d’une base de données centralisée de la population ; et parfois un décalage entre normes internationales et réalités locales.
Cela dit, il est important de souligner la résilience du secteur bancaire congolais. Malgré ces contraintes, les banques commerciales investissent fortement dans les systèmes de conformité, la formation des équipes et la modernisation des processus. Les défis existent, mais ils sont clairement identifiés et activement adressés.
Bankable : Avec la montée des paiements digitaux, de nouveaux risques émergent, notamment les fraudes numériques, les money mules ou encore les crypto-actifs. Comment les banques congolaises s’adaptent-elles concrètement à ces nouvelles menaces ?
JM : La digitalisation transforme les risques à travers notamment, l’augmentation des volumes et de la vitesse des transactions, la diminution du contact physique avec le client, les nouveaux canaux et acteurs ainsi que la fragmentation des données. En ce sens, la digitalisation complexifie le risque BC/FT/FT et exige des approches plus sophistiquées.
Il convient toutefois de souligner que la digitalisation offre aussi des outils robustes pour maîtriser les risques susmentionnés : l’automatisation du monitoring, la traçabilité des données avec des pistes d’audit, le recours à des outils intégrant les capacités de l’intelligence artificielle et l’accès rapide à l’information.
Une banque conforme est plus stable, mieux protégée contre les risques juridiques et réputationnels, et plus crédible auprès des clients, des investisseurs ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.
Avec l’impulsion de l’ACB, les banques congolaises renforcent leurs dispositifs de surveillance des transactions, investissent dans des solutions de détection de BC/FT/FP en temps réel, et développent des mécanismes spécifiques contre les risques émergents tels que les money mules ou l’utilisation abusive des crypto-actifs.
Le partenariat avec des acteurs technologiques tels que Visa, conjugué au cadre réglementaire défini par la BCC et aux actions de sensibilisation menées par l’ACB, permet une évolution structurée, sécurisée et alignée sur les standards internationaux.
Bankable : Avec l’arrivée d’acteurs technologiques comme Visa et le développement de solutions basées sur la data (analytics, scoring, détection de fraude), dans quelle mesure les banques congolaises sont-elles prêtes à intégrer ces outils, et quels défis restent à lever pour exploiter pleinement le potentiel des données dans la gestion de la conformité ?
JM : Oui, absolument. Les banques congolaises ont pris le virage technologique. Elles disposent déjà de solutions d’analytics, de scoring et de dispositifs de monitoring automatisé, et nombre d’entre elles ont recours à des outils intégrant l’intelligence artificielle.
Les principaux défis aujourd’hui ne résident donc plus dans la technologie elle-même, mais dans le cadre réglementaire, la qualité des données, l’interopérabilité des systèmes et le développement des compétences nécessaires pour exploiter pleinement ces outils.
L’Association Congolaise des Banques (ACB), à travers sa participation active à ces deux jours de forum, démontre l’engagement des banques commerciales en faveur de l’adoption des technologies notamment dans le domaine de la LBC/FT/FP.
Bankable : Dans quelle mesure les exigences de conformité pèsent-elles sur les coûts des banques, et comment concilier ces contraintes avec les objectifs d’inclusion financière et de croissance du secteur ?
JM : La conformité représente un coût réel pour les banques, en raison des exigences réglementaires croissantes, des investissements technologiques et des ressources spécialisées nécessaires. Toutefois, elle ne doit pas être perçue comme une charge, mais comme un investissement stratégique. Une banque conforme est plus stable, mieux protégée contre les risques juridiques et réputationnels, et plus crédible auprès des clients, des investisseurs ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.
Grâce à la digitalisation et aux approches fondées sur le risque, les banques peuvent réduire les coûts unitaires de conformité tout en améliorant l’efficacité des contrôles. Ces innovations permettent aussi de faciliter l’inclusion financière en élargissant l’accès aux services bancaires de manière sécurisée.
En définitive, conformité, inclusion financière et croissance du secteur bancaire ne s’opposent pas : bien intégrées, elles se renforcent mutuellement et contribuent au développement durable du système financier.
Propos recueillis par Aboudi Ottou
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Le groupe Paratus a annoncé, mi-avril 2026, la nomination de Gaëtan Soltesz au poste de directeur général de FAST Congo, sa filiale en République démocratique du Congo (RDC). L’annonce intervient alors que l’entreprise, positionnée sur le marché de la connectivité de gros, veut accélérer la commercialisation de ses infrastructures de fibre optique.
« La nomination de Gaëtan Soltesz reflète l’ambition du groupe Paratus de renforcer sa croissance commerciale, d’étendre la couverture nationale en fibre optique et de positionner FAST Congo comme un fournisseur de connectivité de gros de premier plan en Afrique centrale », affirme le groupe.
Dans ses nouvelles fonctions, Gaëtan Soltesz devra notamment renforcer les partenariats autour des infrastructures nationales de fibre optique et accélérer la commercialisation des actifs de backbone existants. « En travaillant en étroite collaboration avec les parties prenantes des secteurs public et privé, nous pouvons tirer davantage de valeur des infrastructures existantes tout en soutenant les ambitions nationales de transformation numérique », a-t-il déclaré.
Avant de rejoindre FAST Congo, Gaëtan Soltesz a dirigé Silicone Connect pendant cinq ans. Il a également passé 17 ans chez Cisco, où il a travaillé sur des projets liés aux services internet, à la diffusion de contenus en ligne et aux infrastructures de réseaux pour de grands opérateurs télécoms. Son profil est donc directement aligné avec la phase actuelle de FAST Congo : monétiser les capacités existantes et renforcer l’intégration du réseau dans l’écosystème régional.
L’actif principal de FAST Congo reste sa liaison fibre optique entre Muanda et Kinshasa. Mise en service en 2024, cette infrastructure de 620 km relie les points d’atterrissement des câbles sous-marins sur la côte congolaise à la capitale, avec une offre orientée vers les opérateurs, les fournisseurs d’accès Internet et les carriers.
Sur cette infrastructure, FAST Congo a déjà conclu un accord de capacité avec le Groupe Vivendi Africa (GVA). Cet accord permet à GVA d’accéder à une bande passante évolutive et à des installations opérées et maintenues par FAST Congo, afin de renforcer son offre Internet haut débit en RDC.
Paratus élargit aussi ses connexions régionales. En février 2026, le groupe a annoncé la mise en service d’une liaison fibre reliant Mombasa à Goma, via un réseau terrestre sécurisé, afin d’améliorer l’interconnexion entre l’Afrique de l’Est et l’est de la RDC. Cette extension complète le positionnement de FAST Congo sur la connectivité internationale et régionale.
Ronsard Luabeya
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Dans un communiqué daté du 13 avril 2026, Copper Intelligence Inc., entreprise qui détient les droits sur le projet cuprifère de Butembo, a annoncé l’entrée de l’ex-agent de la CIA Enrique (Ric) Prado au sein de son conseil d’administration.
Selon sa biographie publique, Enrique Prado est né en mai 1951 à Cuba et a immigré aux États-Unis en 1962. Il s’est engagé dans l’armée américaine au début des années 1970, où il a exercé des fonctions liées aux opérations de secours et à l’assistance médicale, avant de servir dans une unité des forces spéciales. Il a quitté l’armée en 1976 avec le grade de sergent, avant de rejoindre la CIA en 1980.
Dans son communiqué, Copper Intelligence ne précise pas le rôle opérationnel exact qu’il sera amené à jouer dans le développement du projet de Butembo.
Ce projet minier est localisé dans la chefferie de Bashu, au Nord-Kivu, une zone régulièrement exposée à l’insécurité et à des attaques attribuées aux Allied Democratic Forces (ADF). Dans ce contexte, l’expérience d’Enrique Prado en matière de sécurité et d’opérations sensibles pourrait constituer un atout pour l’entreprise.
Selon les éléments biographiques disponibles, cette nomination ne constitue pas sa première expérience dans le secteur privé. Après avoir quitté la CIA en 2004, Enrique Prado a occupé, entre 2004 et 2010, les fonctions de vice-président chargé des programmes gouvernementaux spéciaux au sein de la société de sécurité privée Blackwater, aux côtés de son fondateur Erik Prince.
Ce dernier est lui aussi actif en République démocratique du Congo. Par l’intermédiaire de Frontier Services Group, il a été associé à des activités liées à la sécurisation des chaînes logistiques minières, notamment dans les domaines du contrôle frontalier, de la surveillance des cargaisons et de l’assistance technique aux inspections.
Sur le plan opérationnel, le projet cuprifère de Butembo demeure, à ce stade, en phase d’exploration. Selon les communications récentes de l’entreprise, une campagne de forage est en cours, avec de premiers résultats attendus au début du mois de mai 2026. Cette étape devrait permettre de mieux évaluer le potentiel géologique du site avant toute décision d’investissement à plus grande échelle.
Timothée Manoke
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Près de trois semaines après la première réunion du Comité de pilotage conjoint (CPC) du partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis, tenue à Washington le 5 février dernier, le président Félix Tshisekedi a nommé Baraka Kabemba directeur général de la Générale des carrières et des mines (Gécamines). Cette nomination place l’expert-comptable au centre des enjeux liés à la mise en œuvre de ce partenariat, signé le 4 décembre 2025. Un accord auquel il a contribué en tant que membre de la cellule de coordination stratégique chargée du suivi des négociations et de la mise en œuvre, mise en place en mai 2025.
Baraka Kabemba, qui promet « un engagement total », le sait : détenteur de plusieurs permis miniers et actionnaire de plusieurs coentreprises minières en production, la Gécamines est appelée à jouer un rôle clé dans la matérialisation de cet accord, axé notamment sur les minerais critiques. Le texte prévoit notamment que « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation (fondés sur leurs participations et accords) afin de donner accès à des contrats d’enlèvement (offtake) et d’approvisionner le marché américain », en offrant aux acteurs américains ou à leurs alliés « un droit de première offre ».
Selon les calculs du cabinet Innogence Consulting, les participations de la Gécamines lui donneraient potentiellement la capacité d’orienter vers les États-Unis, dès cette année, 250 000 tonnes de cuivre, 12 000 tonnes de cobalt et 100 000 tonnes de zinc. Un chantier sur lequel l’entreprise est engagée depuis plusieurs mois et que devra poursuivre la nouvelle direction.
Gouvernance
La société a déjà conclu plusieurs accords lui garantissant la commercialisation d’une partie de la production de ses coentreprises. Elle travaille, en partenariat avec le négociant de matières premières Mercuria, à la mise en place d’une filiale dédiée au trading de minerais. Une initiative qui a suscité l’intérêt de l’agence publique américaine de financement du développement, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC).
L’accord attend aussi des entreprises publiques un effort de lisibilité accru en matière de gouvernance et de participations. Il prévoit par exemple un examen de la « propriété effective et de la structure de direction » des entreprises publiques minières et demande que la RDC s’efforce de fournir des informations générales sur les participations des entreprises publiques dans les projets miniers.
En clair, au-delà des volumes, la Gécamines est attendue sur un second chantier : rendre ses structures et ses positions au capital plus transparentes et plus attractives pour les investisseurs liés au partenariat stratégique. Les entreprises américaines intéressées à investir dans le secteur minier congolais pourraient, en effet, être amenées à constituer des coentreprises avec la Gécamines.
Dans la liste initiale de 25 actifs présentés à ces investisseurs, la Gécamines compte plusieurs mines, dont celle de Mutoshi, exploitée par Chemaf. Endetté, ce producteur de cuivre et de cobalt est en vente depuis 2023, mais le processus peine à aboutir. L’ex-président du conseil d’administration de la Gécamines, Guy Robert Lukama, n’a pas caché son intérêt pour cette compagnie. Selon Bloomberg, son idée aurait été de la revendre en ne conservant qu’une participation maximale de 25 %.
Produit du big 4
Une autre entreprise congolaise, Buenassa, propose plutôt d’en faire un levier « d’accélérer l’intégration verticale : de l’extraction au raffinage, au négoce et au stockage stratégique », en intégrant cet actif à son projet de construction d’une raffinerie. Une proposition à laquelle Guy Robert Lukama aurait accordé peu d’attention. Avec le changement de direction, la position de la Gécamines sur ce dossier est scrutée.
Une chose est cependant certaine : le profil de Baraka Kabemba est de nature à rassurer les investisseurs. Ingénieur commercial, option gestion financière, diplômé de l’ICHEC à Bruxelles, il est également expert-comptable agréé et cumule plus de 22 ans d’expérience en audit et conseil, acquise au sein de grands cabinets internationaux. Il a commencé sa carrière chez PricewaterhouseCoopers (PwC) en Belgique en septembre 2001, avant de rejoindre Ernst & Young (EY) en octobre 2012, où il a gravi les échelons jusqu’à devenir, en septembre 2021, associé en charge des activités de conseil en Afrique centrale (CEMAC + RDC). EY a par ailleurs conseillé la Gécamines à plusieurs reprises.
Mais, hier comme aujourd’hui, la gestion de la plus grande entreprise minière du pays ne requiert pas seulement des compétences techniques. Elle appelle aussi un doigté politique. Pour plusieurs observateurs, cet aspect devrait davantage relever de Deogratias Ngele Masudi, nommé le même jour président du conseil d’administration de la Gécamines. Ancien secrétaire général de l’entreprise jusqu’en 2021 et ex-ministre de la Justice, il connaît bien la maison.
Pour donner un nouveau souffle à la Gécamines — que le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, dit vouloir voir évoluer vers un opérateur minier plutôt qu’une simple société de participations — le défi sera de trouver le bon équilibre entre enjeux techniques et politiques, notamment en matière de gouvernance.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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