La Trust Merchant Bank (TMB), filiale du groupe bancaire kényan KCB, a annoncé la nomination de Yannick Mbiya Ngandu au poste de directeur général, selon un communiqué publié le 7 janvier 2026. Sa nomination a été décidée par le conseil d’administration de la TMB, « en consultation avec le conseil d’administration de KCB », et reste soumise à l’approbation des autorités réglementaires.
Il succède à Oliver Meisenberg, dont le mandat est arrivé à terme conformément aux dispositions réglementaires de la Banque centrale du Congo (BCC). Ce dernier demeure toutefois administrateur de la banque.
Ingénieur en gestion, diplômé de l’Université catholique de Louvain (Belgique), avec une spécialisation en finance d’entreprise, stratégie et innovation, Yannick Mbiya incarne une trajectoire interne rare : celle d’un cadre ayant gravi progressivement les échelons au sein de la même institution, depuis des fonctions commerciales jusqu’au sommet de la direction exécutive.
Son parcours à la TMB débute en novembre 2007 comme Corporate Officer, chargé de la gestion et du développement d’un portefeuille d’entreprises (commerce, pétrole, télécoms, import-export).
En avril 2009, il devient chef d’agence adjoint, avec des responsabilités de management d’équipe et de pilotage d’objectifs commerciaux. En juillet 2010, il est nommé coordonnateur des agences, en charge de la gestion d’un réseau urbain et régional rattaché à la Direction régionale Ouest, soit près de 20 agences.
D’octobre 2011 à août 2019, il occupe la fonction de directeur régional et siège au comité de gestion, avec notamment la responsabilité du réseau national d’agences, des orientations stratégiques et de la rentabilité des points de vente. Il intervient également dans l’analyse de nouvelles opportunités de marché et de produits. En 2019, il est promu à l’un des trois postes de directeur général adjoint.
Dans son avis à la clientèle, la TMB souligne que Yannick Mbiya apporte à la fonction de directeur général « une solide expérience de 15 ans dans la direction bancaire, une connaissance approfondie du marché et une vision stratégique claire ». Le conseil d’administration se dit convaincu que sous sa direction, la TMB « continuera à renforcer sa position sur le marché et à offrir une valeur à long terme » à l’ensemble de ses parties prenantes.
Première filiale du groupe KCB en dehors du Kenya, et deuxième entité la plus performante du réseau après KCB Kenya, la TMB a affiché en 2024 un bénéfice net de 10,4 milliards de shillings kényans, soit environ 80,6 millions de dollars au taux de change moyen de l’année. Son produit net bancaire s’est établi à 31,2 milliards de shillings kényans, contre 25,8 milliards en 2023, enregistrant une croissance de 20,9 %.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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La filiale en République démocratique du Congo (RDC) de la banque nigériane United Bank for Africa (UBA) est désormais dirigée par le Congolais Michael Kayembe. Jusqu’ici, le poste de directeur général était occupé par le Nigérian Sampson Aneke. Il était secondé par Gisèle Bondo, nommée directrice générale adjointe en février 2024.
Cette nomination s’inscrit dans la stratégie de congolisation du management annoncée en novembre 2025 par le président du conseil d’administration du groupe, Tony Elumelu, lors de sa visite en RDC. À cette occasion, ce dernier avait indiqué que la direction de la filiale congolaise serait désormais confiée à un ressortissant congolais. Cette orientation prévoit également l’entrée de neuf Congolais au conseil d’administration de la banque.
Michael Kayembe dispose de plus de vingt ans d’expérience dans le secteur bancaire en RDC. Avant de rejoindre UBA RDC, il a occupé des fonctions de direction au sein de Rawbank, où il a notamment exercé comme responsable du Corporate & Investment Banking et directeur régional pour l’Est du pays, supervisant les opérations dans plusieurs provinces.
Il a également passé plus de quatorze ans chez Citigroup Congo, où il a dirigé les activités de banque d’entreprises et le réseau bancaire global, après avoir été responsable de succursale à Lubumbashi.
Titulaire d’un MBA de l’Université d’État de Kennesaw, Michael Kayembe est spécialisé en stratégie, analyse financière et développement commercial. Conformément à l’annonce, à la tête d’UBA RDC, il aura pour mission de piloter la stratégie de croissance de la filiale, d’améliorer la performance opérationnelle et de renforcer les partenariats institutionnels.
Cette nomination intervient dans un contexte d’expansion du groupe UBA en RDC. Présente dans le pays depuis 2011, la banque opère actuellement à Kinshasa, Lubumbashi et Matadi. Son plan stratégique 2024-2028 prévoit l’extension du réseau à 21 agences d’ici 2028, contre trois actuellement, ainsi qu’un renforcement du parc de distributeurs automatiques.
Sur le plan financier, UBA RDC a enregistré une progression significative de ses performances en 2024. Son bénéfice net s’est établi à 21 milliards de nairas, contre 4,3 milliards l’année précédente, porté par la hausse du résultat d’exploitation, passé à 22,8 milliards de nairas. Le groupe vise, à l’horizon 2028, une base de dépôts de 1,8 milliard de dollars.
Boaz Kabeya
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Alors que le partenariat stratégique conclu à Washington le 4 décembre 2025 entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis d’Amérique (USA) entre dans sa phase opérationnelle, l’ancien ministre congolais Alain Lubamba se prononce sur cet accord. Dans une tribune libre intitulée « Deal RDC–USA : Transformer la rente minière en puissance industrielle ou perdre une nouvelle fois l’histoire », publiée dans la presse en fin d’année dernière, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères sous le régime de Joseph Kabila (2007-2008) estime que ce deal constitue une « chance civilisationnelle » pour son pays.
Pour l’ancien vice-président de la commission des relations extérieures de l’Assemblée nationale, ce partenariat conclu autour des minerais critiques pourrait permettre à la RDC, pour la première fois, de transformer sa rente minière en puissance industrielle, tout en assainissant sa gouvernance, et ainsi éviter de reproduire le cycle historique où le pays enrichit le monde sans se développer. Alain Lubamba présente d’ailleurs cet accord comme « un instrument potentiel de transformation structurelle » capable de « reconfigurer un modèle économique trop longtemps fondé sur l’exportation brute des ressources naturelles ».
Pour soutenir son analyse, l’ancien vice-ministre du Budget (2008-2010) met en avant l’engagement de transformation locale contenu dans l’accord. Le texte prévoit en effet un appui des États-Unis à la transformation locale des minerais — raffinage, unités de transformation, participation à des projets en aval à l’étranger. « Ne pas transformer chez nous, c’est rester dépendants ; transformer chez nous, c’est affirmer notre souveraineté », soutient Alain Lubamba.
« Nettoyer les pratiques toxiques »
Autre argument central : l’ancien président du conseil d’administration du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC) présente la nature des investisseurs américains comme un élément différenciant. Il affirme que les standards américains — « compliance, audits permanents, obligation de transparence » — seraient incompatibles avec les pratiques opaques qui ont marqué une partie du secteur extractif.
« Cette configuration représente un levier unique pour nettoyer les pratiques économiques toxiques, crédibiliser l’État auprès des marchés et institutions internationales, et envoyer un signal fort : l’ère de l’opacité touche à sa fin ». L’auteur soutient ainsi que le partenariat pourrait agir comme une contrainte extérieure favorisant une meilleure gouvernance interne : « C’est donc à la fois un partenariat économique et un outil de reconstruction morale de la gouvernance publique ».
En effet, pour consolider son rôle de « partenaire stratégique fiable des États-Unis », la RDC doit, selon l’accord, mettre en œuvre des politiques renforçant la gouvernance, la transparence et l’État de droit. Le texte exige notamment une réforme du cadre fiscal dans les douze mois : stabilisation fiscale de dix ans, remboursement de TVA sous 90 jours, guichet unique, et création d’une autorité fiscale centralisée responsable de toutes les interactions avec les investisseurs du secteur minier. Dans ce secteur, Kinshasa devra, avec l’aide de Washington, renforcer également la régulation, améliorer la transparence des entreprises publiques, consolider les capacités douanières et intensifier la lutte contre les trafics.
Risques à éviter
Si le texte insiste sur les opportunités, il met implicitement en garde contre plusieurs risques. Le premier est institutionnel : le partenariat ne produirait d’effets que si la RDC parvient à bâtir un environnement économique et réglementaire cohérent. L’ancien député national insiste sur la nécessité de créer des conditions industrielles (zones spécialisées, énergie fiable, logistique modernisée) et de garantir une gouvernance fondée sur la transparence et la traçabilité.
Pour lui, l’opportunité pourrait être perdue sans une « discipline » collective : « La vraie question n’est plus de savoir si la RDC peut réussir, mais si elle (…) aura la discipline, la vision collective et l’audace de saisir cette occasion historique », avertit-il.
Enfin, l’expert en développement de performance des politiques publiques évoque un risque de contestation politique et sociale, en référence aux critiques de certains leaders religieux qu’il juge fondées sur une lecture erronée : « Certains leaders religieux l’ont présenté comme un bradage, mais il s’agit d’une interprétation erronée ».
Pour l’ancien ministre, l’adhésion nationale à ce partenariat devient un enjeu stratégique, car l’accord doit être compris comme « une décision d’État pour assainir la gouvernance, sécuriser l’intérêt national et construire la prospérité des Congolais ».
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Dans une annonce publiée sur son site officiel le 30 décembre 2025, Access Bank RDC, filiale du groupe nigérian Access Bank Plc, a indiqué avoir obtenu l’aval de la Banque centrale du Congo (BCC) pour la nomination d’Isaac Adeboye Ayewamide en qualité de directeur général. D’après cette annonce, la nomination a pris effet le 4 décembre 2025. Isaac Adeboye succède à Arinze Osuachala, qui a dirigé l’institution pendant huit ans.
Cette transition intervient alors que des objectifs stratégiques précis sont déjà fixés. Selon les prévisions contenues dans le rapport Pilier 3 pour l’exercice 2024, la banque s’est donnée pour cap de porter son bilan total à 1 milliard de dollars américains à l’horizon 2027, après une trajectoire projetée à 750 millions de dollars en 2025 et 865 millions de dollars en 2026.
Parallèlement à cet objectif de bilan, Access Bank RDC ambitionne également d’améliorer sensiblement sa performance financière. Toujours selon le rapport Pilier 3, la banque vise pour 2027 un résultat avant impôts de 31,75 millions de dollars, soit une progression projetée d’environ 164,6 % par rapport à 2024, exercice au cours duquel le résultat avant impôts s’élevait à près de 12 millions de dollars.
Ces objectifs s’inscrivent dans la continuité de la dynamique impulsée par le prédécesseur du nouveau directeur général. Le mandat d’Arinze Osuachala à la tête d’Access Bank RDC a en effet été marqué par une progression significative des indicateurs financiers.
Entre sa première année complète de fonction en 2017 et l’exercice 2024, le produit net bancaire de la banque a été multiplié nominalement par six, passant de 15,7 milliards de francs congolais à 97,3 milliards de francs congolais. Sur la même période, le résultat net a progressé de plus de trente fois, passant de 874 millions de francs congolais à environ 27 milliards de francs congolais à la fin de l’exercice 2024.
Des leviers déjà identifiés
Pour atteindre ces nouveaux objectifs de croissance, la stratégie de la banque est déjà balisée au moment où Isaac Adeboye prend les rênes. L’un des axes majeurs porte sur le financement des petites et moyennes entreprises. Dans ce cadre, un programme dédié avait été enclenché sous la direction de son prédécesseur. Le 28 juin 2025, Access Bank RDC a ainsi signé un protocole d’accord avec l’Agence pour la promotion des classes moyennes congolaises (Aprocm), en vue d’injecter 25 millions de dollars dans le financement des PME au cours du second semestre 2025.
Outre ce programme, le rapport Pilier 3 2024 met en avant plusieurs autres leviers de développement, notamment l’accroissement des parts de marché dans le secteur minier, le déploiement des agents bancaires, l’amélioration de l’offre de transferts de fonds, ainsi que l’augmentation du nombre de comptes courants et d’épargne.
Entré au sein du groupe en 2007 en tant que gestionnaire des relations, Isaac Adeboye Ayewamide cumule 18 années d’expérience bancaire acquises exclusivement chez Access Bank, où il a occupé diverses fonctions de responsabilité.
Sur le plan académique, selon le communiqué de la banque, il est passé par la Harvard Business School, Wharton, IMD et Lagos Business School. Il est également titulaire d’un Chartered MBA de l’Université de Bangor ainsi que d’un MBA en finance de l’Université Obafemi Awolowo.
Timothée Manoke
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Malgré une année marquée par la dégradation de la situation sécuritaire à l’Est, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie de la RDC « a tenu ». C’est le message porté par le président Félix Tshisekedi, ce 8 décembre 2025, devant le Parlement, défendant l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile.
Pour étayer cette affirmation, plusieurs indicateurs témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. Selon le chef de l’État, celle-ci serait passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % fin octobre 2025, nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).
Cette décélération spectaculaire s’accompagne d’une appréciation de 29 % du franc congolais (FC) face au dollar, aussi bien sur le marché interbancaire que sur le marché parallèle. De 2800 francs au mois d’août, un dollars se change aujourd’hui à 2200 FC. Une telle appréciation du taux de change n’avait plus été observée depuis plusieurs années, dans un pays où les tensions sur le marché des changes constituent le principal moteur inflationniste.
Parallèlement, les réserves internationales ont atteint 7,4 milliards de dollars, l’équivalent de trois mois d’importations, en ligne avec les standards du Fonds monétaire international (FMI). Ces réserves renforcées constituent un filet de sécurité majeur dans un contexte de prix internationaux volatils.
Autre indicateur mis en avant : la balance des biens, qui resterait largement excédentaire avec un surplus de 9,9 milliards USD fin août 2025. Cette dynamique est principalement portée par le secteur minier, dont les exportations continuent de soutenir les recettes extérieures.
La croissance économique est estimée à 5,6 % en 2025, au-dessus de la moyenne de l’Afrique subsaharienne (entre 3,8 % et 4,1 %). Si le secteur extractif demeure le principal moteur de cette expansion, le chef de l’État affirme que les secteurs non miniers ont également gagné en dynamisme, conformément à l’objectif de diversification poursuivi par le gouvernement.
Ces performances, selon le président, s’inscrivent dans le cadre du Programme d’action 2024–2028, centré sur trois priorités : le pouvoir d’achat, l’emploi et la compétitivité d’une économie plus diversifiée.
Pour renforcer l’impact social de la stabilisation macroéconomique, le gouvernement a également mis en œuvre une politique de lutte contre la vie chère. Et selon Félix Tshisekedi, cette politique a porté ses fruits. Il cite notamment la baisse du prix de l’essence à la pompe, passée de 2 990 à 2 440 francs congolais à Kinshasa. Concernant la filière maïs dans le Grand Katanga, il indique que le sac de 25 kg est passé de 50 dollars pendant la période de soudure à 13–15 dollars.
Pierre Mukoko
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La Banque africaine de développement (BAD) n’a pas encore communiqué officiellement l’information. Mais lors du Forum Makutano, tenu du 25 au 26 novembre 2025 à Kinshasa, le Mauritanien Mohamed Chérif s’est présenté comme le nouveau directeur pays de la BAD en République démocratique du Congo (RDC). Il a indiqué être arrivé dans le pays au cours du mois de novembre 2025. Il remplace Mohamed Coulibaly, qui assurait l’intérim.
Cette arrivée intervient alors que la BAD cherche à accélérer l’exécution de son portefeuille en RDC. Présenté par la banque comme quelqu’un qui a « fait ses preuves dans la gestion et le suivi de portefeuilles de pays importants et complexes », la nomination de Mohamed Chérif s’inscrit clairement dans cette dynamique.
Du 17 au 20 novembre 2025, la BAD et le gouvernement congolais ont tenu à Kinshasa une revue de portefeuille au terme de laquelle un plan commun d’amélioration de la performance des projets financés par l’institution a été adopté. Mohamed Chérif y a participé en tant que directeur général adjoint du groupe de la BAD pour l’Afrique centrale.
Selon lui, les engagements actuels de la BAD en RDC atteignent 1,6 milliard de dollars, avec un taux de décaissement de seulement 28 % pour un âge moyen de 5,6 ans. D’après les médias ayant couvert les assises, le nouveau directeur pays a annoncé que tous les projets affichant un taux de décaissement inférieur à 20 % devront atteindre 50 % d’ici juin 2026.
Plan d’accélération
Pour corriger les retards, la communication officielle de la BAD indique que le plan mettra l’accent sur une appropriation renforcée des projets par les ministères sectoriels, la digitalisation des processus de mise en œuvre et de rapportage, ainsi que le renforcement des capacités des équipes chargées de l’exécution.
Dans la même logique, la BAD avait déjà organisé, les 26 et 27 mai 2025 à Kinshasa, un atelier de renforcement des capacités sur les procédures de décaissement destiné au personnel financier des cellules d’exécution de l’ensemble de ses projets en RDC. L’objectif était de réduire significativement les délais de traitement des factures, de faire chuter le taux de rejet des demandes de paiement et d’améliorer la qualité des dossiers transmis à la Banque.
Le gouvernement congolais a également insisté sur l’importance d’une meilleure performance. La vice-ministre des Finances, Yamba Kazadi Gracia, a rappelé l’enjeu national : « Chaque dollar non utilisé représente une école non construite, une route non réhabilitée, un centre de santé non équipé. Nous avons le devoir moral et politique de transformer ces financements en résultats tangibles pour le développement de notre pays. »
Avant son arrivée à Kinshasa, Mohamed Chérif occupait le même poste au Sénégal depuis le 1ᵉʳ janvier 2021. Il est titulaire de trois diplômes postuniversitaires : un diplôme d’ingénieur en agriculture de l’École nationale d’agriculture de Meknès (Maroc), un master en économie rurale de l’Université Laval au Québec et un MBA de l’Université d’Ottawa, au Canada.
Timothée Manoke.
À la tête du conseil d’administration de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) depuis février 2023, Guy-Robert Lukama porte une vision ambitieuse pour l’entreprise publique. Il l’a présentée lors de l’African Investment Forum (AIF), organisé à Rabat, au Maroc, du 26 au 28 novembre 2025 par la Banque africaine de développement (BAD), où il était invité à débattre des enjeux liés aux minerais critiques.
Selon le président du conseil d’administration (PCA), le géant congolais ne souhaite plus se contenter de ses rentes géologiques. Il entend opérer un pivot stratégique majeur : passer de l’extraction à la chimie, en tirant les leçons du passé et en s’inspirant de la réussite de la filière phosphate marocaine. « C'est la raison pour laquelle on regarde les modèles des autres : comment ils ont transformé leur activité, passant de producteur de phosphates à producteur d'engrais. C'est ce cheminement que nous essayons de copier », explique Guy-Robert Lukama.
Celui qui a commencé à travailler avec la Gécamines en 2018 comme consultant indépendant en transformation veut notamment s’appuyer sur la trajectoire du groupe marocain OCP pour réorienter la filière cobalt congolaise. La stratégie, « en cours de mise en place », vise à produire non plus de l’hydroxyde de cobalt, mais des précurseurs de batteries.
Projets dans le pipe
La vision du PCA s’inscrit dans la ligne des autorités du pays. « Quand nous regardons le continuum de création de valeur, de la mine jusqu’à la voiture électrique, nous ne captons que moins de 7 % de cette valeur dans le modèle actuel (industrie extractive). C’est un modèle qui ne marche pas », a déclaré le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba. Il intervenait lors de la table ronde « De la richesse du sous-sol à la souveraineté industrielle », organisée le 25 novembre au forum Makutano.
Dans cette perspective, le PCA a annoncé l’existence de « trois projets dans le pipe », représentant à eux trois une capacité d’environ 40 000 tonnes, sans davantage de précisions. Il s’agit désormais d’identifier des partenaires prêts à s’engager dans cette nouvelle logique de transformation. Pour Louis Watum, la Gécamines conserve des atouts majeurs : un patrimoine minéral important, une connaissance fine de l’environnement et du sous-sol.
La RDC mise également sur les Zones économiques spéciales (ZES) pour attirer les investisseurs dans la transformation locale. Ces espaces offrent des facilités fiscales, administratives, infrastructurelles et logistiques. L’aménagement d’une ZES dédiée aux précurseurs de batteries, aux batteries et potentiellement à l’assemblage de véhicules électriques à partir des matières premières locales a été lancé en mars dernier. Fin 2024, le Maroc — déjà présent dans le secteur via Managem, qui exploite la mine de Pumpi (cuivre et cobalt) dans le Lualaba — avait été invité à rejoindre ce projet lors d’une réunion organisée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
Entreprise en déclin industriel
Pour le ministre, la Gécamines a d’ailleurs vocation à être un opérateur minier plutôt qu’une simple entreprise de participation. Mais les ambitions se heurtent à la réalité industrielle. Le rapport d’activité 2024 de la Gécamines décrit une entreprise en déclin : zéro tonne de cobalt produite en propre en 2023 et 2024, seulement 8 065 tonnes de cuivre, des usines à l’arrêt, une dépendance massive au traitement à façon, aux partenaires et aux scories. L’entreprise ne dispose donc pas, à ce stade, des infrastructures, des compétences ni du capital humain nécessaires pour opérer une industrie chimique de niveau international.
Guy-Robert Lukama en a conscience : « Quand on parle de batterie… c'est de moins en moins des ingénieurs miniers ou métallurgistes, c'est de plus en plus des ingénieurs chimistes ». Pour combler ce déficit, l’ancien banquier se montre favorable à une articulation entre l’expertise de la diaspora et celle des équipes locales historiques. Il reconnaît toutefois la nécessité de « gérer les équilibres » afin d’éviter que les collaborateurs restés au pays ne se sentent « sacrifiés » face au retour de talents venus de l’étranger.
George Auréole Bamba et Pierre Mukoko
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À la veille de l’ouverture du sommet Union européenne–Union africaine, tenu les 24 et 25 novembre 2025 Luanda en Angola, Ursula von der Leyen a présenté les priorités de l’Union européenne en République démocratique du Congo. En tête figure la production d’énergie propre. « Avec l’une des croissances démographiques les plus rapides au monde, la demande en électricité progresse plus vite que les infrastructures existantes », souligne la présidente de la Commission européenne.
Elle a indiqué que l’UE concentre son appui dans cinq espaces de conservation majeurs — Garamba, Salonga, Virunga, Upemba et Yangambi — qui constituent, selon elle, un important potentiel pour développer une énergie propre accessible aux communautés locales.
Concernant l’accès à l’électricité dans le Nord-Est, Ursula von der Leyen rappelle que l’UE soutient l’extension du réseau jusqu’à Kisangani ainsi que le renforcement de la fiabilité de l’approvisionnement, afin de sécuriser l’accès de millions de Congolais.
La présidente a également mis en avant l’initiative « Corridor vert », intégrée à la stratégie Global Gateway. Celle-ci prévoit la création d’une aire protégée de plus de 544 000 km² s’étendant de l’Est de la RDC à Kinshasa, conciliant préservation des forêts primaires, développement économique durable et création de 500 000 emplois, dont une partie destinée aux jeunes démobilisés.
Elle a aussi souligné le rôle du corridor de Lobito, devenu un outil central pour appuyer les projets hydroélectriques et solaires, l’électrification rurale et la réduction des émissions régionales, en cohérence avec les engagements climatiques internationaux.
Enfin, Ursula von der Leyen a replacé ces actions dans un cadre continental plus large en rappelant le lancement de la campagne « Scaling Up Renewables in Africa » avec l’Afrique du Sud. Cette initiative a permis de mobiliser 15,5 milliards d’euros afin de soutenir l’accès à l’énergie propre pour les 600 millions d’Africains qui en sont encore privés, avec l’ambition de créer des opportunités économiques durables.
Présidente de la Commission européenne depuis 2019, Ursula von der Leyen est la première femme à occuper ce poste. Ancienne ministre allemande et membre de la CDU, elle pilote les grandes orientations de l’Union européenne en matière d’énergie, d’infrastructures et de transition climatique.
Boaz Kabeya
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Nommé ministre de la Justice à la suite du remaniement ministériel intervenu dans la nuit du 7 au 8 août 2025, Guillaume Ngefa vient de s’attaquer à un sujet sensible. Selon un communiqué signé le 28 octobre 2025, ce un juriste et militant des droits humains a instruit l’auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le procureur général près la Cour de cassation d’engager des poursuites judiciaires contre toutes les personnes impliquées dans l’exploitation illégale de concessions minières dans la province du Lualaba.
Cette décision s’appuie sur les conclusions d’un rapport de la Commission nationale de lutte contre la fraude minière (CNLFM), qui dénonce de graves irrégularités dans la gestion du secteur minier local. Le document fait état de l’occupation illégale de plusieurs sites, de réseaux organisés de fraude et de contrebande à grande échelle, ainsi que de l’implication présumée de militaires, de policiers et de civils, dont certains ressortissants étrangers.
Le ministre a précisé que les poursuites concerneront « toutes les personnes physiques et morales reconnues responsables, sans distinction de rang, de fonction ou de nationalité ».
Les sites appartenant notamment à Kamoto Copper Company (KCC), filiale du groupe suisse Glencore, et à Eurasian Resources Group (ERG), sont régulièrement envahis dans le Lualaba.En juillet dernier, plusieurs ressortissants chinois avaient déjà été arrêtés sur le site de Metalkol, dans la cité de Musonoï (Kolwezi), pour exploitation illégale de minerais, avec le soutien présumé de certains officiels.
⛔️COMMUNIQUE DU MINISTERE DE LA JUSTICE 🇨🇩 pic.twitter.com/EDLwpBQa5d
— Ministère de la Justice (@JusticeGouvCD) October 29, 2025
Mais le phénomène ne se limite pas à cette province. En octobre 2025, des ressortissants chinois ont été arrêtés dans le Haut-Uele pour exploitation semi-industrielle non autorisée sur les concessions de Kibali Gold. En Ituri, la société Comoi-Sarl a réclamé 10 millions de dollars de dédommagements à une autre entreprise chinoise pour des préjudices subis sur ses sites.
Selon la Fédération des entreprises du Congo (FEC), une société minière aurait déjà perdu près de 3 milliards de dollars à cause de la spoliation de ses gisements. Lors d’une concertation tenue le 18 septembre 2025 avec la ministre des Mines, les opérateurs du secteur ont qualifié l’envahissement des concessions de « problème le plus critique » pour l’industrie minière congolaise.
Les mesures ordonnées par le ministre de la Justice visent également à endiguer la contrebande minière. Selon le rapport de la CNLFM consulté par l’AFP, un système sophistiqué de trafic de minerais aurait été mis en place, impliquant des complicités au sein des administrations publiques et des forces de sécurité.
Des documents de traçabilité falsifiés et des autorisations délivrées en dehors des procédures légales auraient permis la sortie illicite de cobalt et de cuivre, transitant notamment par Kolwezi et Likasi, avant d’être exportés via des circuits parallèles, causant d’importantes pertes fiscales pour l’État.
Ronsard Luabeya
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À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la République démocratique du Congo (RDC), le Burundi, l’Angola et Sao Tomé-et-Principe, appelle à une action concertée pour placer la création d’emplois de qualité au rang de priorité nationale en RDC. Fort de plus de trente ans d’expérience dans le développement économique, l’économiste camerounais estime que le pays doit impérativement relier croissance économique et inclusion sociale, faute de quoi la pauvreté continuera de résister aux efforts entrepris.
Il rappelle que, malgré une hausse du PIB par habitant de 17 % entre 2020 et 2024, la pauvreté n’a reculé que faiblement, passant de 85 % à 81,1 %. Cette évolution limitée s’explique par une croissance largement tirée par le secteur minier, peu créateur d’emplois. Les données de la Banque mondiale révèlent d’ailleurs une élasticité emploi-croissance négative (-1,46) sur la période. Conclusion : l’économie a progressé, mais l’emploi a reculé. Ce modèle capitalistique, selon lui, accentue les inégalités et fragilise la cohésion sociale.
Pour Albert Zeufack, la RDC doit engager une transformation structurelle en diversifiant les moteurs de croissance et en investissant dans des secteurs capables de générer des emplois décents et durables. Il met en avant la nécessité de réduire les coûts liés à l’environnement des affaires, d’améliorer les infrastructures et de renforcer la connectivité — routes, électricité, chemins de fer, numérique — tout en investissant massivement dans le capital humain et les compétences techniques.
Le portefeuille de projets soutenus par la Banque mondiale reflète déjà cette vision. Zeufack cite notamment le Programme de développement Inga 3 (PDI3), le corridor de Lobito et le corridor PACT reliant Mbuji-Mayi à l’est du pays, qui visent à associer le développement des infrastructures à la création d’emplois. Le PDI3, par exemple, ne se limite pas à la construction d’un barrage hydroélectrique : il vise à créer un environnement favorable à la production et à la distribution d’énergie, levier essentiel pour l’industrialisation.
Concernant le corridor de Lobito, il y voit un instrument de diversification économique. En reliant les zones minières du Katanga à la côte atlantique, ce projet devrait stimuler l’émergence de zones économiques spéciales, favoriser le développement des villes secondaires et renforcer les chaînes de valeur agricoles. Selon lui, il s’agit d’une rupture nécessaire avec une économie centrée sur l’extraction et peu inclusive.
Albert Zeufack conclut en soulignant que la performance économique de la RDC ne doit plus être évaluée uniquement à travers le PIB, mais surtout à travers sa capacité à créer des emplois de qualité et à réduire la pauvreté. Reconnecter la croissance à l’emploi et au bien-être social doit devenir le cœur du modèle de développement congolais. À ce prix, dit-il, la RDC pourra transformer son potentiel économique en prospérité partagée et relever le défi démographique qui l’attend d’ici 2050.
Boaz Kabeya
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« Un signal fort pour la conquête du leadership sur le marché congolais » : c’est ainsi qu’Orange RDC qualifie l’arrivée de Brutus Sadou Diakité à sa tête. Originaire du Mali, le nouveau directeur général a pris ses fonctions le 26 septembre 2025. Il succède à Ben Cheick D. Haïdara, en poste depuis octobre 2020 et récemment promu directeur général adjoint et directeur des opérations d’Orange Middle East and Africa (OMEA).
Actuellement, Orange occupe l’avant-dernière place du marché des télécommunications en République démocratique du Congo (RDC). Selon le rapport publié en août dernier par l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC), l’opérateur français a réalisé 155,8 millions de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre 2025, soit 28,2 % de part de marché. Il devance Africell (3,6 %), mais reste derrière Airtel (36,1 %) et Vodacom (32,1 %), une position qu’il conserve depuis plusieurs années.
Dans le segment de l’Internet mobile, qui représente plus de la moitié du chiffre d’affaires, Orange est en recul. Sa part de marché a baissé de 1,2 point au premier trimestre 2025 pour atteindre 29,8 %, au profit d’Airtel qui a gagné 2,8 points pour s’établir à 41,8 %. Le régulateur y voit l’effet de « choix utilisateurs orientés vers une meilleure qualité de service ».
Même tendance sur le marché du mobile money évalué à plus de 100 millions de dollars au premier trimestre : Orange Money a perdu 0,62 point pour descendre à 15,86 % de parts. En comparaison, M-Pesa de Vodacom reste leader avec 43,7 % de parts, tandis qu’Airtel Money talonne avec 39,93 %, renforçant légèrement leurs positions.
Pour espérer atteindre la première place du marché congolais, Brutus Sadou Diakité devra relever le défi de la qualité et de la disponibilité des services. Orange mise sur l’innovation et présente son arrivée comme « un signal fort pour l’accélération de l’innovation ». L’opérateur souligne notamment son expertise digitale : à la tête d’Orange Digital Platforms, il a supervisé le déploiement de la super application Maxit, qui compte aujourd’hui 22 millions d’utilisateurs actifs.
Ce pur produit d’Orange cumule une vingtaine d'années d’expérience au sein du groupe. Il commence sa carrière en 2002 comme ingénieur en développement de logiciels chez Ikatel au Mali, devenue Orange Mali après son rachat en 2006. Il y gravit les échelons jusqu’à devenir directeur général adjoint en 2017, puis directeur général d’Orange Guinée-Bissau. En 2023, il rejoint OMEA à Casablanca en tant que directeur d’Orange Digital Platforms.
Son parcours académique témoigne d’une double expertise technique et managériale. Titulaire d’un master en génie informatique de l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tanger, il a obtenu un master II en télécommunications et informatique à l’Université Côte d’Azur, puis un master II en gestion des entreprises à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne. Il est également diplômé de deux Executive MBA, à l’IAE Paris–Sorbonne Business School et à HEC Paris.
Timothée Manoke
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Directeur général adjoint jusqu’alors, Louis-Blaise Londolé a été installé, le 23 septembre 2025, comme directeur général intérimaire de la Régie des voies aériennes (RVA), entreprise publique chargée de la gestion des infrastructures aéroportuaires en République démocratique du Congo. Sa désignation comme intérimaire fait suite à la suspension de Léonard Ngoma Mbaki, intervenu cinq jours plutôt.
Cette suspension décidée par la ministre du Portefeuille, Julie Mbuyi Shiku, intervenue après la coupure d’électricité survenue à l’aéroport international de N’Djili dans la nuit du 9 au 10 septembre. La tour de contrôle et le balisage des pistes avaient été plongés dans le noir, paralysant les opérations aéroportuaires pendant de longues minutes. Cet incident a retardé l’atterrissage de l’avion présidentiel et perturbé plusieurs vols commerciaux, suscitant une vive polémique sur les dysfonctionnements persistants dans la gestion des infrastructures aéroportuaires.
La ministre du Portefeuille a justifié la suspension de Ngoma Mbaki par la nécessité de mener une enquête approfondie sur les circonstances de la panne et d’évaluer les responsabilités dans la gestion de la RVA.
Dans un communiqué publié le 23 septembre, l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) a indiqué avoir commis une mission d’investigation pour déterminer les causes de la coupure. Composée d’experts techniques, d’officiers de police judiciaire et d’un expert juridique senior, cette mission a travaillé pendant quatre jours à l’inspection de la nouvelle et de l’ancienne centrale thermique, de la sous-station SNEL-RVA, de la nouvelle tour de contrôle et de l’aérogare internationale.
Les constats de l’ARE révèlent que l’aéroport de N’Djili est alimenté par une sous-station partagée avec les populations riveraines. L’accroissement des charges, lié à l’urbanisation rapide des zones environnantes, compromet la fiabilité de l’approvisionnement électrique du site.
Au terme de son enquête, l’ARE a formulé trois recommandations majeures : renforcer les infrastructures électriques de l’aéroport pour garantir leur autonomie vis-à-vis des fluctuations du réseau SNEL, mettre en place des solutions de secours fiables afin d’assurer la continuité des opérations critiques, et accélérer la mise en conformité des installations stratégiques pour réduire les risques de récidive.
Louis-Blaise Londolé devra intégrer ces recommandations dans ses priorités afin d’atteindre les objectifs fixés par sa hiérarchie : la modernisation et la mise à niveau des aéroports et aérodromes gérés par la RVA.
Timothée Manoke
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Pour plusieurs acteurs et experts du secteur, Louis Watum Kabamba, nommé le 7 août 2025 ministre des Mines dans le gouvernement Suminwa II, est « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Polytechnicien, il a débuté sa carrière comme ingénieur de production en pyrométallurgie à la Gécamines, avant de piloter des projets miniers d’envergure. Il avait déjà fait son entrée au gouvernement en mai 2024 comme ministre de l’Industrie et du Développement des PME, avant de se voir confier, un an plus tard, le portefeuille des Mines.
Malgré cette longue expérience dans le secteur minier, Louis Watum aborde ses nouvelles fonctions avec modestie. « Je me tiens ici avec humilité, non seulement pour écouter, mais aussi pour savoir comment nous allons faire pour sortir de l’ornière », a-t-il déclaré aux responsables des sociétés minières, réunis le 18 septembre lors de la première réunion du cadre de concertation entre son ministère et les entreprises du secteur.
Organisée par la Chambre des mines de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), cette rencontre visait à recueillir les préoccupations du secteur, renforcer le dialogue entre le gouvernement, les opérateurs et les communautés, et proposer des solutions pour améliorer la gouvernance minière. Elle s’est tenue chez Kamoa Copper, exploitant de la mine de cuivre de Kamoa-Kakula, l’une des plus grandes au monde. Un site familier au ministre, qui fut, entre 2014 et 2020, directeur général en RDC d’Ivanhoe Mines, opérateur et actionnaire du projet (39,6 %).
Moderniser la gouvernance
Pour sa première visite de terrain, l’ancien président de la Chambre des mines de la FEC (2014-2024) s’est aussi rendu chez Tenke Fungurume Mining (TFM), l’un des plus grands producteurs de cuivre et de cobalt du pays, et a rencontré les exploitants artisanaux de Kolwezi. À chaque étape, il a affiché la même posture d’humilité, écoutant attentivement ses interlocuteurs et prenant des notes.
À sa prise de fonction, Louis Watum a fixé des objectifs ambitieux : moderniser la gouvernance minière afin d’attirer davantage d’investissements et maximiser les bénéfices économiques pour les Congolais. Selon la Chambre des mines, aucun investissement majeur n’a été enregistré dans le secteur depuis 2018. Pour l’avocat d’affaires Romain Battajon, la relance passe par la simplification et la clarification des textes et la rationalisation des intervenions administratives particulièrement en matière fiscale, douanière et environnementale. Sur ces matières, déplore-t-il, les administrations se chevauchent avec des interprétations contradictoires, rendant l’environnement des affaires confus et imprévisible…
« Vous pouvez avoir tous les minerais du monde, si le ticket d’entrée est trop compliqué et les règles trop complexes et si vous avez ensuite une pléthore de contrôles, parfois illégaux, parfois légaux mais de manière très réplétive, vous finissez par lasser ceux qui sont là et repousser ceux qui voudraient venir », prévient-il dans un entretien avec Landry Djimpe, associé chez Innogence Consulting et responsable du bureau RDC.
Dossiers stratégiques
D’autres acteurs du secteur insistent sur la nécessité de renforcer la traçabilité des minerais, de digitaliser le cadastre minier, d’améliorer la connaissance du sous-sol, de mieux encadre l’activité minière artisanale ou encore de garantir une meilleure fourniture en électricité.
Conscient de la complexité de ces défis, le ministre mise sur la collaboration de tous : « Moi, je suis convaincu que si nous mettons nos intelligences ensemble, nous allons petit à petit sortir de cette situation », a-t-il affirmé aux exploitants artisanaux, confrontés à des difficultés multiples : non-respect du Code et du Règlement miniers, manque de financement, conditions de travail précaires, difficultés d’accès au marché formel, pollution… « Nous avons notre part à jouer et ils ont leur part à jouer », a-t-il ajouté aux sortir de cette réunion.
Louis Watum prend la tête du ministère dans un contexte sensible : discussions entre la RDC et les États-Unis autour d’un accord « sécurité contre minerais » pour attirer des investissements américains, et instauration par Kinshasa d’un système de quotas pour réguler le marché international du cobalt et inciter à la transformation locale. L’efficacité de la « méthode Watum » sera rapidement mise à l’épreuve par ces dossiers stratégiques.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Dans un communiqué signé le 16 septembre 2025, le nouveau ministre de l’Emploi et du Travail, Ferdinand Massamba wa Massamba, a donné 30 jours ouvrables aux services privés de placement (SPP) de main-d’œuvre pour « se conformer strictement aux prescriptions de la législation et de la réglementation en vigueur ».
Selon le ministre, cette législation (articles 203 à 207 du Code du travail) et réglementation (arrêtés ministériels n°012/CAB.MIN/TPS/062/08 du 18 septembre 2008 et n°047/CAB.VPM/METPS/2015 du 8 octobre 2015) conditionnent l’exercice de cette activité à la détention d’un arrêté ou d’une autorisation régulièrement actualisée. Massamba wa Massamba demande donc aux SPP de déposer leurs dossiers de mise à jour ou d’autorisation auprès de l’Office national de l’emploi (ONEM) avant la fin du délai imparti. Une commission mixte, regroupant le cabinet du ministre, l’ONEM, l’inspection générale du travail et le secrétariat général à l’Emploi et au Travail, sera chargée d’examiner et de suivre l’ensemble des dossiers déposés.
Passé ce délai, tout SPP non régularisé sera considéré comme illégal et ses responsables s’exposeront à des sanctions sévères, incluant le retrait d’autorisation, la suspension des activités et, éventuellement, des poursuites judiciaires pour exercice illégal de placement de main-d’œuvre. Pour contrôler l’application de cette directive, une mission nationale sera déployée sur tout le territoire.
Selon le ministère, cette action s’inscrit dans une volonté d’assainir le secteur du placement privé, de garantir un marché du travail transparent et équitable, et de protéger les travailleurs contre toute exploitation abusive. Le communiqué précise qu’il s’agit du dernier avertissement avant l’application stricte des sanctions.
Député provincial de Nyunzu et ancien vice-gouverneur de la province du Tanganyika, Massamba wa Massamba a été nommé ministre de l’Emploi et du Travail dans le gouvernement Suminwa II, formé le 7 août dernier. Lors de sa prise de fonction quelques jours après, il s’était engagé à œuvrer pour la création d’emplois durables, la dignité du travail et la valorisation du capital humain.
Boaz Kabeya
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