Près de trois semaines après la première réunion du Comité de pilotage conjoint (CPC) du partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis, tenue à Washington le 5 février dernier, le président Félix Tshisekedi a nommé Baraka Kabemba directeur général de la Générale des carrières et des mines (Gécamines). Cette nomination place l’expert-comptable au centre des enjeux liés à la mise en œuvre de ce partenariat, signé le 4 décembre 2025. Un accord auquel il a contribué en tant que membre de la cellule de coordination stratégique chargée du suivi des négociations et de la mise en œuvre, mise en place en mai 2025.
Baraka Kabemba, qui promet « un engagement total », le sait : détenteur de plusieurs permis miniers et actionnaire de plusieurs coentreprises minières en production, la Gécamines est appelée à jouer un rôle clé dans la matérialisation de cet accord, axé notamment sur les minerais critiques. Le texte prévoit notamment que « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation (fondés sur leurs participations et accords) afin de donner accès à des contrats d’enlèvement (offtake) et d’approvisionner le marché américain », en offrant aux acteurs américains ou à leurs alliés « un droit de première offre ».
Selon les calculs du cabinet Innogence Consulting, les participations de la Gécamines lui donneraient potentiellement la capacité d’orienter vers les États-Unis, dès cette année, 250 000 tonnes de cuivre, 12 000 tonnes de cobalt et 100 000 tonnes de zinc. Un chantier sur lequel l’entreprise est engagée depuis plusieurs mois et que devra poursuivre la nouvelle direction.
Gouvernance
La société a déjà conclu plusieurs accords lui garantissant la commercialisation d’une partie de la production de ses coentreprises. Elle travaille, en partenariat avec le négociant de matières premières Mercuria, à la mise en place d’une filiale dédiée au trading de minerais. Une initiative qui a suscité l’intérêt de l’agence publique américaine de financement du développement, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC).
L’accord attend aussi des entreprises publiques un effort de lisibilité accru en matière de gouvernance et de participations. Il prévoit par exemple un examen de la « propriété effective et de la structure de direction » des entreprises publiques minières et demande que la RDC s’efforce de fournir des informations générales sur les participations des entreprises publiques dans les projets miniers.
En clair, au-delà des volumes, la Gécamines est attendue sur un second chantier : rendre ses structures et ses positions au capital plus transparentes et plus attractives pour les investisseurs liés au partenariat stratégique. Les entreprises américaines intéressées à investir dans le secteur minier congolais pourraient, en effet, être amenées à constituer des coentreprises avec la Gécamines.
Dans la liste initiale de 25 actifs présentés à ces investisseurs, la Gécamines compte plusieurs mines, dont celle de Mutoshi, exploitée par Chemaf. Endetté, ce producteur de cuivre et de cobalt est en vente depuis 2023, mais le processus peine à aboutir. L’ex-président du conseil d’administration de la Gécamines, Guy Robert Lukama, n’a pas caché son intérêt pour cette compagnie. Selon Bloomberg, son idée aurait été de la revendre en ne conservant qu’une participation maximale de 25 %.
Produit du big 4
Une autre entreprise congolaise, Buenassa, propose plutôt d’en faire un levier « d’accélérer l’intégration verticale : de l’extraction au raffinage, au négoce et au stockage stratégique », en intégrant cet actif à son projet de construction d’une raffinerie. Une proposition à laquelle Guy Robert Lukama aurait accordé peu d’attention. Avec le changement de direction, la position de la Gécamines sur ce dossier est scrutée.
Une chose est cependant certaine : le profil de Baraka Kabemba est de nature à rassurer les investisseurs. Ingénieur commercial, option gestion financière, diplômé de l’ICHEC à Bruxelles, il est également expert-comptable agréé et cumule plus de 22 ans d’expérience en audit et conseil, acquise au sein de grands cabinets internationaux. Il a commencé sa carrière chez PricewaterhouseCoopers (PwC) en Belgique en septembre 2001, avant de rejoindre Ernst & Young (EY) en octobre 2012, où il a gravi les échelons jusqu’à devenir, en septembre 2021, associé en charge des activités de conseil en Afrique centrale (CEMAC + RDC). EY a par ailleurs conseillé la Gécamines à plusieurs reprises.
Mais, hier comme aujourd’hui, la gestion de la plus grande entreprise minière du pays ne requiert pas seulement des compétences techniques. Elle appelle aussi un doigté politique. Pour plusieurs observateurs, cet aspect devrait davantage relever de Deogratias Ngele Masudi, nommé le même jour président du conseil d’administration de la Gécamines. Ancien secrétaire général de l’entreprise jusqu’en 2021 et ex-ministre de la Justice, il connaît bien la maison.
Pour donner un nouveau souffle à la Gécamines — que le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, dit vouloir voir évoluer vers un opérateur minier plutôt qu’une simple société de participations — le défi sera de trouver le bon équilibre entre enjeux techniques et politiques, notamment en matière de gouvernance.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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En 2025, le développement du complexe cuprifère de Kamoa-Kakula, le plus grand de la République démocratique du Congo (RDC), a été marqué par deux événements majeurs : l’incident sismique et l’entrée en service de sa nouvelle fonderie, d’une capacité nominale de 500 000 tonnes de concentrés par an. Dans cet entretien exclusif, le président du conseil d’administration de Kamoa Copper, coentreprise propriétaire du complexe, revient sur leurs conséquences pour le projet, le secteur minier, l’économie du pays et la dynamique mondiale de l’offre de cuivre. À la tête d’une société qui compte parmi ses actionnaires le groupe chinois Zijin Mining (39,6% des parts), Olivier Binyingo se prononce également sur le partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, visant notamment à favoriser l’investissement américain dans le secteur minier congolais. Par ailleurs vice-président chargé des affaires publiques chez Ivanhoe Mines, opérateur de Kamoa-Kakula, il évoque aussi les besoins du projet en électricité, le corridor de Lobito ou encore les relations avec les communautés riveraines.
Bankable : Les premières anodes de cuivre ont commencé à sortir de la nouvelle fonderie de Kamoa Copper, mise en service en novembre 2025. Cette fonderie est présentée comme la plus grande et la plus verte du continent. Pourquoi ?
Olivier Binyingo : Parce que c’est factuel (sourire…). C’est la plus grande fonderie de cuivre en Afrique, et la plus grande en son genre dans le monde. Il n’y a que quatre fonderies de ce type dans le monde. Celle-ci est la dernière, et la plus grande. C’est un investissement très important pour la RDC et pour l’Afrique : on parle de plus ou moins 1,3 milliard de dollars.
Et elle est plus verte pour plusieurs raisons. D’abord, la technologie. Comme c’est la plus récente, on a pu bénéficier des dernières avancées, notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette technologie permet de capter plus de 99 % des émissions de dioxyde de soufre qui seraient sinon émises dans l’atmosphère.
Ensuite, l’énergie. Une fonderie consomme beaucoup d’électricité, même si elle en autogénère une partie. La chaleur générée produit environ 8 MW, réutilisés pour le fonctionnement. Mais la fonderie consomme autour de 70 MW : le reste est alimenté par de l’énergie verte grâce aux travail réalisé avec la SNEL (Société nationale d’électricité) permet d’alimenter la fonderie en hydroélectricité.
Dernier point, plus indirect : la mise en service de la fonderie— surtout avec une montée en puissance plus rapide que ce qu’on avait nous-mêmes espéré — réduit fortement les volumes transportés. Avant, on exportait du concentré ; aujourd’hui, on est sur des anodes. Les volumes sont plus ou moins divisés par deux : moins de camions, donc moins d’émissions dans la chaîne logistique. Voilà pourquoi elle est verte : par la technologie, par l’énergie, et aussi par les effets sur la logistique.
Bankable : Cet investissement permet de passer d’une production de cuivre en concentré à grande échelle à une production d’anodes de cuivre. Très concrètement, qu’est-ce que cela change pour Kamoa Copper, pour l’État et pour les populations locales ?
OB : Au-delà des effets environnementaux, transporter la moitié des volumes, c’est aussi un gain sur les coûts logistiques, qui pèsent dans les coûts opérationnels. Si on utilisait les mêmes modes de transport qu’avant — en mettant de côté l’impact de Lobito — ces coûts seraient plus ou moins divisés par deux.
La politique d’industrialisation de la RDC est confrontée à des défis, mais on a démontré qu’il est, malgré tout, possible de réaliser une infrastructure de cette envergure. En quelque sorte, la fonderie est devenue un ambassadeur de cette politique.
Sur le plan social, la fonderie crée environ 1 000 emplois, dédiés à cette unité. Ce sont des emplois spécialisés, parce qu’on est sur une technologie de pointe. Il a fallu former les employés : certains ont été formés à l’étranger, en Chine et y compris en Zambie, où l’une des fonderies utilisant la même technologie est basée. Il y a donc création d’emplois, mais aussi montée en compétences.
Et pour le pays, la fonderie s’inscrit dans la logique de créer plus de valeur ajoutée localement, plutôt que d’exporter des produits à moindre valeur. La politique d’industrialisation de la RDC est confrontée à des défis, mais on a démontré qu’il est, malgré tout, possible de réaliser une infrastructure de cette envergure. En quelque sorte, la fonderie est devenue un ambassadeur de cette politique.
Bankable : Comme vous le dites, avec cette fonderie, vous répondez à la volonté de l’État d’accroître la transformation locale. Mais l’intégralité de la production de ce four est déjà couverte, pour une certaine durée, par des accords d’achat conclus pour l’essentiel avec des entités liées. Pourquoi ce choix ? Est-ce que cela a été fait aux conditions les plus compétitives et dans la plus grande transparence, comme le souhaite l’État ?
OB : Avoir des contrats d’achat bien établis, sur une durée plus ou moins longue, est une pratique standard pour un projet de l’envergure de Kamoa-Kakula. Ces contrats contribuent au financement, non seulement de la fonderie, mais aussi des développements futurs.
Dans la sélection des acheteurs, il y a un processus d’appels d’offres pour identifier ceux qui sont intéressés et capables d’absorber des volumes importants. La mise en concurrence permet d’obtenir des prix compétitifs au bénéfice du projet.
Le gouvernement est actionnaire à 20 % de Kamoa Copper et a été associé au processus de sélection des acheteurs, du début à la fin. Ses intérêts sont alignés avec ceux de Kamoa Copper : obtenir les meilleurs prix et les meilleures conditions, avec une garantie supplémentaire de transparence.
Bankable : L’État souhaite par ailleurs un engagement plus important en matière de contenu local, notamment de sous-traitance. Quelle est, à ce jour, la contribution de Kamoa Copper en la matière, et pensez-vous pouvoir aller plus loin ?
OB : Il faut toujours avoir l’ambition d’aller plus loin. Il y a plusieurs volets. Le premier, c’est la conformité : la loi sur la sous-traitance oblige les sociétés minières à recourir à des entreprises dont au moins 51 % du capital est congolais. Kamoa Copper s’y conforme et travaille avec des sociétés enregistrées et certifiées par l’ARSP (Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé).
Depuis le début des opérations de production, on a dépensé plus ou moins 8,3 milliards de dollars auprès des fournisseurs locaux.
Ensuite, quand on passe de la fourniture de services à la fourniture de biens, aujourd’hui, plus ou moins 70 % des biens achetés par le projet Kamoa-Kakula le sont auprès de sociétés congolaises. Mais, comme il faut toujours aller plus loin (sourire…) et parce que certaines PME ont besoin d’accompagnement pour accéder aux marchés, se structurer et grandir avec les projets miniers, nous offrons un appui, par exemple pour l’obtention de financements, et du mentorat pour aider ces entreprises à répondre aux besoins du projet. Il y a aussi une facilitation pour créer des coentreprises : des sociétés internationales sont mises en relation avec des PME locales, afin de transférer de l’expertise et renforcer leurs capacités.
Enfin, sur l’impact communautaire, Kamoa a investi, même avant le début de la production en 2021, dans des entreprises détenues à 100 % par des membres des communautés voisines, avec un apport en financement et en savoir-faire. Kamoa a été leur premier client. Certaines existent depuis bientôt dix ans : elles ont grandi et diversifié leurs clients. C’est ce tissu économique qu’on veut renforcer autour du projet.
Bankable : Alors, l’enveloppe consentie à la sous-traitance est de quel ordre de grandeur ?
OB : Depuis le début des opérations de production, on a dépensé plus ou moins 8,3 milliards de dollars auprès des fournisseurs locaux.
Bankable : Malgré votre engagement social, les défis ne manquent pas. Une manifestation des populations locales sur l’une des routes menant à vos installations a perturbé l’activité le 21 avril 2025. Comment éviter ce type d’incident ?
OB : Des défis, il y en aura toujours. Les marches d’avril de l’année passée s’inscrivent dans un contexte spécifique, mais il est vrai que tout projet industriel qui s’installe dans une zone sans tradition de développement industriel peut générer des perturbations. Il faut donc un dialogue continu avec les communautés qui sont affectées, positivement ou négativement, en amont et tout au long de la vie du projet.

Outre les enjeux liés à l’artisanat minier, l’écosystème entourant les sites d’exploitation est sujet à des stratégies d’acteurs variés. Ces derniers, parfois extérieurs à la zone d'influence directe, cherchent à s'intégrer dans les circuits de bénéfices générés par l'activité minière.
Nous avons développé de très bonnes relations avec les communautés voisines, mais il peut y avoir des moments de tension à gérer. Avril 2025 a été l’un de ces moments. Depuis, on a répondu aux questions principales soulevés par les communautés et les autorités provinciales. Le dialogue a été rétabli, et la situation est plus apaisée.
Bankable : Si nos informations sont exactes, pour financer cette fonderie qui a nécessité un investissement de 1,1 milliard de dollars, vous auriez eu en partie recours au financement bancaire. Quelle a été la contribution du secteur bancaire local, et singulièrement d’une institution comme Rawbank, qui a souvent accompagné le projet Kamoa-Kakula ?
OB : Il n’y a pas eu de financement spécifiquement dédié à la fonderie. Mais le projet, dans son ensemble, a bénéficié de financements externes. Une partie a été couverte par les flux de trésorerie internes, les apports des actionnaires et certains contrats d’achat. C’était l’objectif en décidant de construire le projet en plusieurs phases.
Sur les institutions financières nationales, il y en a plusieurs. Rawbank a été parmi les premières à accompagner le projet, mais depuis, la plupart des banques d’envergure en RDC ont été impliquées d’une manière ou d’une autre.
Nous avons un partenariat de longue date avec la SNEL (…). Au total, cela fait 256 MW injectés grâce à notre financement.
Des projets de cette taille permettent aussi au secteur bancaire local de s’épanouir et de se professionnaliser. Il y a un mouvement dans les deux sens : nous avons besoin de financements, et ces projets permettent aux banques de grandir.
Bankable : Avec le développement du projet, vos besoins en électricité ne cessent de croître et sont projetés à 347 MW d’ici fin 2028. Selon vos projections, vous disposez d’une offre suffisante pour les couvrir avec de l’énergie propre, notamment grâce à un investissement de 450 millions de dollars dans la réhabilitation de la 5ᵉ turbine d’Inga II et des réseaux associés. D’autres projets similaires avec la SNEL sont-ils prévus ?
OB : Nos besoins en électricité sont très importants, et ils vont encore augmenter avec les prochaines phases.
Nous avons un partenariat de longue date avec la SNEL, commencé avec la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Mwadingusha en 2021, qui a permis une injection de 78 MW sur le réseau national. L’étape la plus récente, c’est le G5 à Inga II, mis en service au dernier trimestre de l’année passée, pour une capacité de 178 MW. Au total, cela fait 256 MW injectés grâce à notre financement.
Mais le projet n’est pas totalement achevé, parce que la capacité de transmission entre Inga et le Grand Katanga ne permet pas encore de transférer toute la production vers le Katanga. Nous continuons donc à travailler sur la transmission.
D’autres projets à venir ? C’est tout à fait possible. La SNEL a un patrimoine immense et d'énormes besoins d'investissements, et comme notre partenariat se passe très bien, la porte reste ouverte. Mais pour l'instant, on se concentre vraiment sur la finalisation du volet transmission du G5 avant de concrétiser quoi que ce soit d’autre.
Bankable : Vous envisagez également d’installer une capacité solaire de 120 MW en continu. Deux projets de 30 MW chacun sont déjà en cours. À quelle échéance espérez-vous atteindre cet objectif ? Et sera-t-il réalisé selon le même modèle que les projets en cours ?
OB : Les deux projets de 30 MW avec des producteurs indépendants devraient être mis en service au deuxième trimestre de cette année. Pour la suite, on peut répliquer le même modèle : il est maintenant rodé, et cela devrait permettre d’aller plus vite.
La deuxième phase est en cours : les fournisseurs ont été identifiés et les négociations ont débuté. Si tout va bien, en 2027, on devrait atteindre les 120 MW. Dès que les préalables seront finalisés, on annoncera un calendrier plus précis.
Bankable : En mai dernier, une activité sismique s’est produite sur le complexe, vous obligeant à interrompre les opérations dans une partie de la mine. Sait-on aujourd’hui exactement quelle en a été l’origine ? Peut-on déterminer si un tel événement est susceptible de se reproduire ?
OB : Cela a rappelé à tout le monde que, malgré les avancées techniques, l’activité minière reste dangereuse. Heureusement, contrairement à d’autres incidents survenus l’année passée dans d’autres opérations importantes, nous n’avons eu à déplorer ni mort d’homme ni blessé, grâce à des décisions responsables : les équipes ont privilégié la vie humaine dès qu’une instabilité a été constatée dans la mine.
Nous avons amélioré nos méthodes pour détecter plus rapidement certains mouvements sismiques et adapter les infrastructures afin de mieux absorber ces pressions si elles se reproduisaient.
Après l’évacuation des personnes, nous avons suspendu les opérations et évacué la plupart des engins. Sur le plan économique, il n’y a pas eu de perte importante. Nous avons ensuite fait venir des experts externes qui ont analysé les infrastructures. Ils ont conclu que l’activité sismique était due à une redistribution de pression souterraine entre différents piliers de la mine à Kakula. Cela a provoqué des chutes de roche et affecté la capacité de pompage, ce qui a conduit à l’inondation d’une partie de la mine de Kakula. Ce type de pression est assez commun dans des opérations souterraines profondes.
À la suite de ces conclusions, nous avons amélioré nos méthodes pour détecter plus rapidement certains mouvements sismiques et adapter les infrastructures afin de mieux absorber ces pressions si elles se reproduisaient.
Bankable : Cet événement a ralenti votre dynamique de production. Vous avez revu à la baisse vos objectifs de production. Et c’est désormais en 2027 que vous espérez dépasser la barre de 500 000 tonnes. Comment voyez-vous l’avenir ?
OB : On se focalise souvent sur les prévisions revues à la baisse, mais malgré tout, Kamoa-Kakula a produit plus de 388 000 tonnes de cuivre en 2025. On espérait faire mieux en début d’année passée, mais cela reste une opération majeure, et avec ces chiffres, on reste dans le top 10 mondial. Nous continuons à contribuer fortement à l’économie nationale, d’autant que la hausse des cours du cuivre a atténué l’impact d’une production plus faible.
Il faut aussi rappeler que Kamoa-Kakula, ce sont plusieurs mines. Kakula a été affectée, mais Kamoa et Kansoko ne l’ont pas été, et leurs performances ont même dépassé les projections.
Notre fondateur l’explique depuis des années : l’offre ne pourra pas répondre à la demande, parce que découvrir des gisements et construire des mines prend du temps. Nous allons vers une pénurie structurelle de cuivre.
Pour remonter la production, un point clé, c’est l’exhaure de Kakula. Elle est quasiment finalisée, hormis la partie la plus profonde à l’est. Nous retrouvons l’accès à des zones à haute teneur, et nous créons des accès supplémentaires vers d’autres zones de même teneur. Progressivement, la production va repartir à la hausse.
Cette année, nos projections sont entre 370 000 et 420 000 tonnes. L’année prochaine, on envisage déjà d’aller au-delà de 500 000 tonnes. À moyen terme, on pense se stabiliser autour de 550 000 tonnes par an. Donc, après une période de ralentissement d’environ deux ans, on visera à nouveau au-delà de 500 000 tonnes.
Bankable : Comme vous l’avez indiqué, grâce à la hausse des prix du cuivre, vous avez pu minorer l’impact de la baisse de la production. Votre chiffre d’affaires a même augmenté de 5 % pour atteindre 3,3 milliards de dollars. Quelles sont vos projections des prix pour les prochaines années ?
OB : L’année passée, deux facteurs ont joué. D’une part, des incidents ont touché plusieurs mines productrices de cuivre, y compris Kamoa-Kakula : côté offre, cela a eu un impact.
Côté demande, les besoins en minerais critiques — et en cuivre en particulier — sont devenus évidents : électrification, véhicules électriques, intelligence artificielle. Il y a une tendance, et il est très improbable qu’elle s’inverse.
Notre fondateur l’explique depuis des années : l’offre ne pourra pas répondre à la demande, parce que découvrir des gisements et construire des mines prend du temps. Nous allons vers une pénurie structurelle de cuivre. Donc, la tendance à la hausse des prix devrait se confirmer et s’accélérer.
Bankable : Au début de cette interview, vous laissiez entendre que le corridor de Lobito a un impact sur vos coûts logistiques. Le ministre des Transports, Jean-Pierre Mbemba, évoque une réduction pouvant atteindre 30 %. Alors, à ce jour, quelles sont les quantités que vous faites passer par Lobito ? Toute la production d’anodes de cuivre a-t-elle vocation à être expédiée uniquement par cette voie ?
OB : Pas forcément. D’autres corridors restent pertinents. Il faut diversifier le risque en utilisant plusieurs routes, et cela crée aussi une concurrence qui peut réduire les coûts.
Lobito reste important parce que la distance entre nos opérations et le port de Lobito est environ la moitié de celle vers Durban, par exemple. Cela joue sur le temps et sur les coûts, avec aussi un effet environnemental.
Pour cette année, on prévoit expédier entre 50 000 et 70 000 tonnes via Lobito, mais ce ne sont pas des chiffres figés : cela dépendra de sa montée en puissance et de la compétitivité des autres corridors.
Nous avons été les premiers à mettre des volumes sur Lobito, d’abord pour le concentré. Le premier lot d’anodes sera bientôt sur le rail : il a déjà quitté le site pour Kolwezi.
Lobito est encore en montée en puissance. Pour cette année, on prévoit expédier entre 50 000 et 70 000 tonnes via Lobito, mais ce ne sont pas des chiffres figés : cela dépendra de sa montée en puissance et de la compétitivité des autres corridors.
Bankable : Les États-Unis ont conclu, en décembre dernier, un accord stratégique avec la RDC visant notamment à favoriser l’investissement américain dans le secteur minier congolais. Comment le PCA de Kamoa Copper, qui compte des intérêts chinois, perçoit-il cette évolution ? S’agit-il d’un risque ou d’une opportunité, et pourquoi ?
OB : Il le perçoit de façon très sereine. Où que l’on se situe, le besoin en minerais critiques sera là. Et si l’on veut atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés en tant que communauté mondiale, cette dynamique est irréversible.
En tant que PCA d’une opération cuprifère d’envergure, on ne peut que s’en réjouir. Les besoins en cuivre et en minerais critiques dépassent les divisions géopolitiques. Cela devrait soutenir les prix, et c’est une opportunité importante pour la RDC de contribuer, avec son secteur minier, au développement de son économie et de sa population.
Interview réalisée par Aboudi Ottou
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La régulation du secteur électrique en République démocratique du Congo (RDC) change de visage. Selon des ordonnances présidentielles lues le 23 février 2026 à la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC), Soraya Aziz a été nommée directrice générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE). Elle succède à Sandrine Mubenga Ngalula, en poste depuis juillet 2020. Cette dernière rejoint désormais le conseil d’administration de l’institution.
Dans la même série de nominations, Jean-Marie Beya Kamba a été désigné président du conseil d’administration (PCA), tandis que Marco Kuyu a été maintenu au poste de directeur général adjoint (DGA). Cette recomposition traduit un renouvellement partiel à la tête de l’ARE, tout en conservant un élément de continuité au sein de l’exécutif.
Avant son arrivée à l’ARE, Soraya Aziz a travaillé au sein de l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux ruraux (ANSER), où elle a occupé des fonctions liées à la communication, à la mobilisation et aux partenariats. Ce parcours l’a notamment placée au contact des projets d’accès à l’électricité hors réseau, des montages de financement et des partenariats public-privé.
Autant d’enjeux devenus structurants dans un secteur où l’État cherche à accélérer l’investissement tout en encadrant les opérateurs. Pour la mise en œuvre du Compact énergétique national, feuille de route visant à porter le taux d’accès à l’électricité de 21,5 % à 62,5 % d’ici 2030, le pays estime ses besoins à 20 milliards de dollars d’investissements privés.
Soraya Aziz prend la tête d’une autorité qui revendique une montée en puissance de ses activités. Dans un bilan publié fin décembre 2025, l’ARE indique avoir instruit et traité 104 dossiers couvrant l’ensemble des segments du secteur électrique (production, transport, distribution, commercialisation). L’institution met également en avant, pour 2025, un portefeuille de projets examinés en production : 23 projets pour une capacité cumulée de 1 951,3 MW (solaire et hydroélectricité), susceptibles d’accroître la capacité nationale au fur et à mesure de leur réalisation.
Dans un secteur longtemps marqué par un déficit d’investissement et des difficultés de qualité de service, l’ARE occupe une place stratégique. Le régulateur est attendu sur plusieurs fronts : clarification des règles du jeu, cohérence tarifaire, protection des consommateurs, contrôle des obligations des opérateurs, mais aussi accélération des procédures sans renoncer à la rigueur technique.
Avec cette nomination, Félix Tshisekedi envoie un signal en direction d’un maillon central de la gouvernance électrique. Reste à voir si l’ARE, sous la direction de Soraya Aziz, parviendra à transformer l’activité réglementaire en un levier plus concret de modernisation du secteur, dans un pays où l’électricité demeure un enjeu économique et social majeur.
Boaz Kabeya
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La suspension à titre conservatoire du directeur général de l’Office congolais de contrôle (OCC), Étienne Tshimanga, a été rendue publique après la lecture, à la Radio télévision nationale congolaise (RTNC), de l’arrêté ministériel n°041 du 16 février 2026. Selon cette source officielle, la décision émane du ministère du Commerce extérieur et s’inscrit dans le cadre d’une procédure disciplinaire engagée pour « fautes lourdes de gestion, insubordination et mise en péril des intérêts de l’établissement public ».
D’après le contenu de l’arrêté tel que lu par la RTNC, l’ouverture de l’action disciplinaire trouve son fondement dans une correspondance du ministère du Commerce extérieur datée du 20 décembre 2020, relative à des faits qualifiés de graves dans la gestion de l’OCC. La procédure s’est poursuivie avec la transmission, le 20 janvier 2026, du procès-verbal d’ouverture de l’action disciplinaire, document qui évoque des pratiques reprochées au directeur général et présentées comme contraires aux intérêts de l’Office.
Le texte de l’arrêté indique que les faits dénoncés seraient à l’origine d’un manque à gagner important pour les finances publiques, résultant notamment « d’autorisations irrégulières » ou de « détournements de fonds publics ». Il est également fait mention d’une inspection de vérification dont certains éléments auraient été reconnus par le directeur général concerné, selon les termes repris dans l’arrêté lu à la RTNC.
La décision ministérielle s’appuie en outre sur les conclusions de l’Inspection générale des finances (IGF), transmises à la Première ministre par une lettre datée du 13 février 2026 et émanant du directeur de cabinet du président de la République. Ce rapport, toujours selon la lecture faite par la RTNC, fait état de graves manquements aux principes de bonne gouvernance, tant sur le plan financier qu’administratif, au sein de l’Office congolais de contrôle.
Il convient également de rappeler que le 18 août 2025, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, avait déjà sommé le directeur général de l’OCC de fournir, dans un délai de sept jours, des explications sur le maintien d’une taxe de 10 dollars par tonne sur les produits agricoles destinés à l’exportation, alors que celle-ci avait été officiellement annulée le 7 février 2024. Selon les services de communication du ministère, cette taxe continuait d’être appliquée sur certains véhicules transportant des produits exportables, malgré des plaintes d’organisations professionnelles, notamment l’Association des exportateurs du Cacao-Café de la RDC et la Fédération des entreprises du Congo, qui dénonçaient des coûts supplémentaires pour les exportateurs de cacao et de café.
Conformément aux dispositions de l’article premier de l’arrêté, la gestion de l’OCC est confiée, durant la période de suspension, à Madame Christelle Muabilu, directrice générale adjointe, désignée pour assurer l’intérim de la direction générale. Cette mesure est prise en application du décret n°716-2023 portant statut des directeurs généraux des établissements publics, tel que rappelé dans le texte officiel lu à la RTNC.
L’arrêté prévoit par ailleurs que cette suspension ouvre la voie à des mesures administratives à l’encontre du directeur général suspendu ainsi que d’autres agents de l’OCC susceptibles d’être concernés par les faits reprochés. Il annonce également la mise en place d’une commission de redressement de l’Office congolais de contrôle, dont la composition et les missions spécifiques devront être précisées par un arrêté ministériel ultérieur.
Boaz Kabeya
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Un mémorandum d’entente portant sur le réaménagement et la modernisation du port de Boma lie, depuis le 7 février 2026, la société Peters Group Limited au ministère des Transports et à l’Office national des transports (Onatra). Pour signer cet accord de principe, l’homme d’affaires Benedict Peters a lui-même fait le déplacement à Kinshasa.
Son projet intervient dans un contexte de regain d’intérêt pour cette infrastructure stratégique du Kongo Central. Le port de Boma suscite également l’attention d’Abu Dhabi Ports, dont l’intérêt pour les ports congolais a été évoqué à la suite d’une audience entre le président Félix Tshisekedi et le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères, Sheikh Shakhboot Nahyan Al Nahyan, le 16 novembre 2025. À ce stade, il s’agit de discussions exploratoires.
L’accord définitif entre Peters Group et la RDC pour la modernisation du port de Boma dépendra notamment de la structuration financière, des études techniques et de la concurrence éventuelle d’autres investisseurs internationaux intéressés par cette plateforme portuaire.
Si le projet aboutit, il viendrait compléter la présence minière du groupe nigérian en RDC, en y intégrant une dimension logistique et infrastructurelle. Benedict Peters est présent en République démocratique du Congo via Bravura Congo S.A., filiale de son groupe, qui possède des actifs à proximité du corridor logistique du Kongo Central, à environ 200 kilomètres du port de Boma, ainsi que dans le bassin minier du Tanganyika.
Selon le registre des droits miniers du Cadastre minier (CAMI), dans sa situation arrêtée au 30 septembre 2025, Bravura Congo détient quatre droits miniers : un permis de recherche en transformation en permis d’exploitation dans la province du Tanganyika, territoire de Manono ; deux autorisations de recherche de produits de carrière en transformation en autorisations d’exploitation permanente dans la province du Kongo Central, territoire de Songololo ; ainsi qu’un permis d’exploitation dans la province du Lualaba, territoire de Lubudi.
Au-delà des intérêts de l’investisseur nigérian, la modernisation du port de Boma serait aussi une bonne nouvelle pour la ville. « Le port existe mais ses activités sont à genoux, ce qui fait qu’aujourd’hui l’économie de la ville est par terre », déclarait en juin 2025 la maire intérimaire de la ville, Claudelle Phemba Kiadi, sur Top Congo FM.
Le port de Boma a accueilli, le 7 octobre 2025, le navire Apalos, exploité par Maersk Congo, faisant naître l’espoir d’un retour de l’activité commerciale après plusieurs années de faible trafic. Essentiellement dépendant des importations de véhicules d’occasion, il avait vu son activité chuter, affectée par les évolutions successives de la réglementation sur l’âge des véhicules importés, avec des répercussions sur l’économie locale.
Timothée Manoke
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Dans un courrier adressé, le 30 janvier 2026, au directeur général de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), la ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, dénonce une fraude douanière « massive et organisée » sur les produits pétroliers finis dans la zone Sud de la République démocratique du Congo.
Dans sa correspondance, l’ancienne ministre des Affaires foncières (mai 2024–août 2025) révèle que, sur près de 2 millions de mètres cubes de carburants importés par la voie Sud en 2025, seule la moitié aurait été régulièrement dédouanée. L’autre moitié serait entrée sur le territoire national sans acquittement des droits et taxes dus, générant un manque à gagner estimé à près de 800 millions de dollars pour le Trésor public.
Cette conclusion est toutefois jugée problématique par certains acteurs du secteur. Elle suppose en effet que l’ensemble des produits pétroliers finis importés par la voie Sud seraient exclusivement destinés au secteur minier. En effet, ce sont précisément les carburants terrestres et d’aviation (essence, kérosène, gasoil, fuel, pétrole lampant, GPL) destinés à l’activité minière, ou cédés aux entreprises minières et à leurs sous-traitants, qui ont été exclus de toute exonération de droits et taxes à l’importation (droits de douane et de TVA) par la loi de finances 2025 (article 22). En plus, cette disposition, entrée en vigueur en août 2025, ne pouvait s’appliquer sur l’ensemble de l’année.
Pour garantir l’application de cette nouvelle mesure, les sociétés minières sont désormais tenues de s’approvisionner sous douane et d’utiliser des carburants soumis à un marquage spécifique, destiné à les distinguer des produits vendus en stations-service, qui demeurent exonérés des taxes à l’importation.
Soupçons anciens
Cependant, certains opérateurs miniers sont accusés de contourner le dispositif, en s’opposant notamment aux contrôles inopinés menés par la Brigade de marquage, chargée de vérifier leur conformité. Dans un communiqué publié le 13 septembre 2025, la Fédération des entreprises du Congo (FEC) indiquait que la DGDA avait relevé une hausse jugée excessive des volumes de produits pétroliers déclarés pour la consommation domestique dans le Haut-Katanga, renforçant les soupçons de contournement des règles imposant un approvisionnement sous douane des sociétés minières.
Dans son courrier, la ministre des Hydrocarbures estime par ailleurs que ces pratiques frauduleuses se déroulent avec la complicité de certains services de la DGDA. Elle affirme que ses services ont documenté un système reposant sur des mécanismes de contournement des procédures douanières.
À titre illustratif, la correspondance fait état d’événements survenus le 16 janvier 2026, avec l’appréhension de trois camions-citernes transportant du carburant non marqué. Selon l’administration des Hydrocarbures, ces produits, initialement attribués à la société Vexhor, auraient fait l’objet d’une cession sous douane en faveur de Panda International Congo le 9 janvier 2026. L’autorisation de cette cession aurait été signée par le sous-directeur de la Brigade douanière de la DGDA dans le Haut-Katanga, un responsable également accusé d’avoir transmis des informations sensibles à l’opérateur mis en cause, exposant ainsi les agents de terrain à des représailles.
Enfin, la ministre s’interroge sur le silence de la DGDA, en tant que propriétaire et gestionnaire du système SIDONIA, lequel aurait mis en évidence ces écarts dans les données douanières. Elle questionne l’absence de dénonciations officielles, d’alertes internes et de mesures disciplinaires visibles face à l’ampleur des faits relevés. À ce titre, elle sollicite notamment la suspension préventive des agents cités ainsi que la production d’un rapport circonstancié et rendu public sur cette affaire.
Timothée Manoke
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La Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX), qui fédère plus de 600 entreprises, a mené une mission de prospection à Kinshasa du 15 au 17 décembre 2025 pour dynamiser les échanges économiques entre la RDC et le Maroc. Un objectif stratégique, alors que le commerce bilatéral demeure faible et volatil, oscillant entre 37 et 60 millions de dollars ces dernières années. Dans cet entretien, sa secrétaire générale, Kawtar Raji, détaille les priorités de cette démarche. Cofondatrice du cabinet Gauvin & Raji, présent en RDC depuis 2023, l’avocate marocaine revient également sur les conditions nécessaires pour transformer l’ambition Sud-Sud en projets concrets et durables.
Bankable : Du 15 au 17 décembre dernier, vous avez conduit une délégation diversifiée de l’ASMEX (ingénierie, agroalimentaire, technologie, digital…) en mission en RDC. Quels sont les objectifs précis de cette démarche ?
Kawtar Raji : Cette mission, que j’ai conduite au nom de la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX), s’inscrit d’abord dans le cadre du protocole d’accord que nous avons signé avec l’Agence nationale pour la promotion des investissements de la RDC (ANAPI) en juillet 2023. Ce protocole établit un cadre de coopération destiné à favoriser les échanges entre opérateurs économiques marocains et congolais, notamment à travers l’identification d’opportunités d’affaires, l’accompagnement des entreprises et l’organisation de rencontres économiques.
Notre mission de décembre dernier s’inscrit également dans la volonté du Maroc de renforcer la coopération Sud-Sud, conformément aux hautes orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Enfin, c’est une façon de ramener nos échanges économiques à la hauteur de l’histoire d’amitié entre le Maroc et la RDC.
Nous avons tenu à organiser cette mission dans un calendrier un peu contraint — à la veille de la Coupe d’Afrique des Nations de Football — parce que nous voulions envoyer un signal clair aux milieux économiques des deux pays : celui d’une volonté partagée d’aller de l’avant ensemble, de renforcer la présence des opérateurs marocains en RDC et d’accueillir, réciproquement, les opérateurs congolais chez nous.
Cette volonté a pu se traduire concrètement grâce à la forte mobilisation de l’ANAPI et l’excellent accompagnement de ses équipes sur l’ensemble des aspects : planification, mise en relation avec les autorités et partenaires économiques, logistique, etc.
Dans cette logique, cette mission marque le début de la mise en œuvre de notre partenariat avec l’ANAPI. D’autres missions suivront, avec l’objectif d’organiser quelque chose de plus ambitieux, comme un forum économique en 2026.
Nous avons ciblé des secteurs présentant un réel intérêt pour la RDC et pour lesquels des membres de l’ASMEX ont exprimé une volonté d’explorer le marché congolais. Nous travaillons avec l’ANAPI à l’identification d’autres secteurs stratégiques en plus des infrastructures et du BTP, qui seront représentés dans les prochaines missions.
Bankable : À l’issue de cette première mission, quels indicateurs — contractuels, relationnels ou institutionnels — permettent de considérer que cette initiative est une réussite ?
KR : Plusieurs indicateurs permettent d’apprécier les premiers résultats de cette mission. D’abord, l’expression d’un appui institutionnel clair: nous avons eu le privilège d’être reçus par deux ministres — le ministre du Commerce extérieur, son excellence, monsieur Julien Paluku Kahongya et le ministre du Plan, son excellence monsieur Guylain Nyembo Mbwizya — qui ont exprimé, du côté congolais, la volonté d’accompagner les initiatives économiques et de travailler à la fluidification des échanges entre nos deux pays. Pour les opérateurs marocains, c’est un message important en ce qu’il rassure sur l’existence d’un environnement institutionnel attentif et ouvert au dialogue.
Deuxième indicateur : la forte mobilisation et la réussite de la journée B2B. Il y a eu une forte présence d’opérateurs économiques, venus à la rencontre de nos exportateurs et qui ont manifesté un intérêt. J’ose croire qu’après ces échanges, il y aura des résultats concrets.
Enfin, il y a la dynamique engagée avec l’ANAPI, que nous voulons poursuivre et renforcer non seulement à travers des missions B2B sectorielles mais également à travers l’identification d’un pipeline de projets d’investissement et de co-investissement en RDC sur lesquels, en tant qu’ASMEX, nous pourrons mobiliser des investisseurs marocains. L’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) nous a, par ailleurs, présenté des opportunités intéressantes, notamment en matière d’infrastructures.
L’objectif est de contribuer à la construction d’un partenariat solide et durable entre deux grands pays : le Maroc et la RDC.
Bankable : Après votre mission, comment qualifiez-vous l’accueil réservé aux produits et services marocains ? Le “Made in Morocco” est-il perçu comme une offre premium, ou comme une solution adaptée au pouvoir d’achat local ?
KR : La question est pertinente. Nous sommes au début d’une dynamique d’exploration mutuelle, qui permettra d’identifier les segments de marché les plus pertinents et de mesurer le positionnement prix/qualité.
Le secteur privé marocain cherche des opportunités de long terme, durables et mutuellement bénéfiques. Les orientations de Sa Majesté sont claires : construire des partenariats gagnant-gagnant à l’échelle africaine.
Parmi les exportateurs présents dans notre mission, certains travaillent déjà avec la RDC et exportent sur ce marché : ils sont dans une logique de consolidation et de renforcement de leurs parts. La plupart, en revanche, découvrait le marché pour la première fois, avec l’objectif de nouer des relations d’affaires. La question de l’adéquation de nos produits au pouvoir d’achat pourra donc être appréciée ultérieurement.
Bankable : À vous écouter, il ne s’agit pas de se limiter aux opportunités de court terme : l’objectif est de positionner durablement le Maroc comme partenaire industriel et technologique de référence pour la RDC. C’est bien cela ?
KR : Tout à fait. Le secteur privé marocain cherche des opportunités de long terme, durables et mutuellement bénéfiques. Les orientations de Sa Majesté sont claires : construire des partenariats gagnant-gagnant à l’échelle africaine.
Il est aujourd’hui largement admis que les échanges intra-africains demeurent limités, aux alentours de 15%, alors même que dans d’autres régions du monde comme l’Europe ou l’Asie, l’essentiel des échanges commerciaux se fait à l’intérieur même du continent. L’enjeux pour les opérateurs économiques africains est de tirer parti de ce potentiel inexploité notamment en se positionnant comme partenaires commerciaux et industriels de confiance.
Je pense que la RDC et le Maroc peuvent par l’histoire, la géostratégie et le poids économique jouer un rôle moteur au service d’une intégration économique africaine plus aboutie. C’est précisément l’esprit dans lequel s’inscrit la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Bankable : Les échanges entre la RDC et le Maroc se font dans quel cadre juridique ? Et que faudrait-il faire pour basculer sur la couverture de la ZLECAf ?
KR : Les échanges commerciaux entre les deux pays peuvent en principe s’inscrire dans le cadre de l’accord portant création de la ZLECAF signé en 2018 dès lors que les deux pays ont ratifié ledit accord et ont adopté leurs listes réciproques de concessions tarifaires. L’idée est de voir comment les exportateurs marocains et congolais peuvent bénéficier de ces listes, en tenant compte des règles d’origine et des calendriers de démantèlement.
Quelques jours avant notre venue en RDC, un forum d’affaires sur la ZLECAf s’est tenu au Maroc, en présence de plusieurs ministres africains dont le ministre congolais du Commerce extérieur. Les échanges ont confirmé une volonté commune d’accélérer l’intégration régionale dans le cadre de la ZLECAf.
Cela étant, nous ne pouvons pas attendre que la ZLECAf soit pleinement opérationnelle pour développer les échanges. La possibilité de signer un accord commercial bilatéral a été évoquée avec le ministre congolais du Commerce extérieur. Ce serait un bon signal : un cadre bilatéral spécifique pourrait apporter des réponses plus rapides et plus lisibles aux opérateurs économiques.
Bankable : Depuis la signature de l’accord avec l’ANAPI, des entreprises marocaines sont venues en prospection, y compris de grandes banques. Mais les choses prennent du temps à se concrétiser. Qu’est-ce qui l’explique ?
KR : Il existe malheureusement une perception parfois biaisée de la réalité en RDC, avec une confusion liée à ce qui se passe à l’Est du pays. Cela nous oblige à rassurer et à expliquer que le conflit est circonscrit à une partie du territoire, tandis que le reste du pays vit normalement.
Par ailleurs, l’absence d’accords bilatéraux — non double imposition, protection des investissements, etc. — n’aide pas non plus. Ces accords contribueraient à renforcer la sécurité juridique des investissements, en complétant le cadre offert par le droit congolais notamment le Code des investissements, et en envoyant un signal de confiance supplémentaire aux investisseurs. Je suis convaincue que, dès qu’ils seront en place, les flux d’affaires augmenteront.
L’ASMEX n’a pas attendu la conclusion de ces accords pour agir. Nous sommes présents pour démontrer aux investisseurs et exportateurs marocains qu’il existe de réelles opportunités en RDC, et que ce marché mérite d’être appréhendé dans une logique stratégique de long terme.
Bankable : Savez-vous ce qui retarde la signature de ces accords bilatéraux ?
KR : La conclusion de ces accords nécessite la réunion d’une commission mixte bilatérale Maroc-RDC chargée d’en finaliser les termes. Selon les informations dont nous disposons, la commission devrait se réunir prochainement et permettre l’aboutissement d’un ensemble conséquent d’accords bilatéraux, préalablement à leur signature par les deux chefs d’État.
Bankable : La RDC, c’est plus de 100 millions de personnes à nourrir. Quelle est votre approche sur l’agroalimentaire ? Est-il possible de développer des co-entreprises pour produire localement ?
KR : Nous privilégions l’approche du co-développement. La RDC dispose d’un potentiel agricole considérable, notamment en terres arables. En combinant ce potentiel avec le savoir-faire marocain, les intrants et les capacités d’investissements, nous pouvons développer des projets structurants au service de l’autosuffisance alimentaire et de l’approvisionnement des marchés régionaux.
Mon premier conseil est d’identifier un partenaire local de confiance. Même s’il n’y a pas d’obligation générale de s’associer à un partenaire local — hormis dans certains domaines comme la sous-traitance —la connaissance du terrain, des usages et des dynamiques locales est déterminante pour réussir une implantation locale.
Cette dynamique pourra se renforcer, au rythme des réformes légales et réglementaires engagées et de l’amélioration progressive du climat des affaires, ce qui pourra ouvrir des perspectives concrètes pour les investisseurs marocains.
Bankable : Avez-vous identifié des opportunités en dehors des mines ? Dans quels secteurs les entreprises marocaines devraient-elles regarder en priorité ?
KR : Oui, les opportunités dépassent le seul secteur minier. Je pense aux infrastructures et au BTP, avec des projets d’envergure, dont l’extension de Kinshasa. Des entreprises marocaines disposent d’un savoir-faire reconnu dans ces domaines et peuvent légitimement se positionner aux côtés des acteurs chinois et turcs.
Le secteur de l’énergie est également stratégique. Le Maroc, engagé de longue date dans la transition énergétique, dispose d’une expertise solide en énergies renouvelables. Cette expertise peut être mobilisée pour accompagner la RDC.
Les secteurs médical et pharmaceutique offrent eux aussi un potentiel important. Il s’agit à la fois de renforcer l’accès aux soins, de développer des capacités locales de production ou de distribution de médicaments et d’améliorer les infrastructures hospitalières.
Par ailleurs, le Maroc a une expérience importante en banque-finance sur le continent. Bank of Africa est déjà présente en RDC, mais d’autres institutions pourraient venir renforcer l’écosystème financier du pays.
Enfin, le Maroc dispose de champions industriels et d’un positionnement stratégique au carrefour de l’Europe, l’Afrique, et l’Amérique, ainsi que d’un réseau d’accords de libre-échange attractif. L’idée est de développer des joint-ventures maroco-congolaises, mais aussi d’attirer des investisseurs internationaux qui pourront s’implanter d’abord au Maroc, puis en RDC.
Bankable : Votre cabinet, Gauvin & Raji, est implanté à Kinshasa depuis 2023. Quel réflexe juridique ou stratégique recommanderiez-vous aux entreprises marocaines souhaitant s’implanter durablement en RDC ?
KR : Mon premier conseil est d’identifier un partenaire local de confiance. Même s’il n’y a pas d’obligation générale de s’associer à un partenaire local — hormis dans certains domaines comme la sous-traitance —la connaissance du terrain, des usages et des dynamiques locales est déterminante pour réussir une implantation locale.
Deuxième conseil : sécuriser en amont son partenariat et son activité. cela suppose de se faire accompagner par un cabinet d’avocats capable de défendre efficacement les intérêts de l’investisseur. En cas de joint-venture par exemple, les statuts et le pacte d’associés doivent être soigneusement rédigés, les droits des parties bien définis, et la gouvernance conçue de manière à éviter les blocages. La structuration juridique est fondamentale pour rassurer l’investisseur.
Notre approche consiste à intervenir en amont, en rapprochant les opérateurs, en identifiant les opportunités, en structurant notamment des joint-ventures puis en accompagnant les projets dans la durée, afin d’éviter les contentieux et sécuriser les investissements sur le long terme.
Bankable : Le climat des affaires est souvent présenté comme complexe en RDC. Quel est votre regard, en tant que juriste installée depuis 2023 ?
KR : Je suis attentive à la trajectoire du pays : les réformes déjà entamées, celles envisagées, et surtout la volonté d’améliorer le climat des affaires. Le rôle de l’avocat est non seulement d’identifier les défis juridiques, mais aussi de les traiter par des mécanismes contractuels adaptés.
Pour un investisseur, il ne s’agit pas seulement de constater ce qui peut encore être amélioré mais de s’inscrire dans la dynamique de transformation. Cette dynamique est réelle et positive. Cela se reflète dans l’évolution des indicateurs du pays et dans l’intérêt soutenu des partenaires internationaux. Le FMI, la BAD, la Banque mondiale et d’autres institutions font confiance au pays. Il y a aussi un accord stratégique entre la RDC et les États-Unis, en cours de finalisation. La RDC est un marché exigeant qui se construit dans le temps, pour des acteurs prêts à avancer avec prudence.
Interview réalisée par Aboudi Ottou
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La Trust Merchant Bank (TMB), filiale du groupe bancaire kényan KCB, a annoncé la nomination de Yannick Mbiya Ngandu au poste de directeur général, selon un communiqué publié le 7 janvier 2026. Sa nomination a été décidée par le conseil d’administration de la TMB, « en consultation avec le conseil d’administration de KCB », et reste soumise à l’approbation des autorités réglementaires.
Il succède à Oliver Meisenberg, dont le mandat est arrivé à terme conformément aux dispositions réglementaires de la Banque centrale du Congo (BCC). Ce dernier demeure toutefois administrateur de la banque.
Ingénieur en gestion, diplômé de l’Université catholique de Louvain (Belgique), avec une spécialisation en finance d’entreprise, stratégie et innovation, Yannick Mbiya incarne une trajectoire interne rare : celle d’un cadre ayant gravi progressivement les échelons au sein de la même institution, depuis des fonctions commerciales jusqu’au sommet de la direction exécutive.
Son parcours à la TMB débute en novembre 2007 comme Corporate Officer, chargé de la gestion et du développement d’un portefeuille d’entreprises (commerce, pétrole, télécoms, import-export).
En avril 2009, il devient chef d’agence adjoint, avec des responsabilités de management d’équipe et de pilotage d’objectifs commerciaux. En juillet 2010, il est nommé coordonnateur des agences, en charge de la gestion d’un réseau urbain et régional rattaché à la Direction régionale Ouest, soit près de 20 agences.
D’octobre 2011 à août 2019, il occupe la fonction de directeur régional et siège au comité de gestion, avec notamment la responsabilité du réseau national d’agences, des orientations stratégiques et de la rentabilité des points de vente. Il intervient également dans l’analyse de nouvelles opportunités de marché et de produits. En 2019, il est promu à l’un des trois postes de directeur général adjoint.
Dans son avis à la clientèle, la TMB souligne que Yannick Mbiya apporte à la fonction de directeur général « une solide expérience de 15 ans dans la direction bancaire, une connaissance approfondie du marché et une vision stratégique claire ». Le conseil d’administration se dit convaincu que sous sa direction, la TMB « continuera à renforcer sa position sur le marché et à offrir une valeur à long terme » à l’ensemble de ses parties prenantes.
Première filiale du groupe KCB en dehors du Kenya, et deuxième entité la plus performante du réseau après KCB Kenya, la TMB a affiché en 2024 un bénéfice net de 10,4 milliards de shillings kényans, soit environ 80,6 millions de dollars au taux de change moyen de l’année. Son produit net bancaire s’est établi à 31,2 milliards de shillings kényans, contre 25,8 milliards en 2023, enregistrant une croissance de 20,9 %.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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La filiale en République démocratique du Congo (RDC) de la banque nigériane United Bank for Africa (UBA) est désormais dirigée par le Congolais Michael Kayembe. Jusqu’ici, le poste de directeur général était occupé par le Nigérian Sampson Aneke. Il était secondé par Joël Ilela et Gisèle Bondo, nommés directeurs généraux adjoints respectivement en juillet 2022 et en février 2024. Ces derniers ont conservé leurs postes.
Cette nomination s’inscrit dans la stratégie de congolisation du management annoncée en novembre 2025 par le président du conseil d’administration du groupe, Tony Elumelu, lors de sa visite en RDC. À cette occasion, ce dernier avait indiqué que la direction de la filiale congolaise serait désormais confiée à un ressortissant congolais. Cette orientation prévoit également l’entrée de neuf Congolais au conseil d’administration de la banque.
Michael Kayembe dispose de plus de vingt ans d’expérience dans le secteur bancaire en RDC. Avant de rejoindre UBA RDC, il a occupé des fonctions de direction au sein de Rawbank, où il a notamment exercé comme responsable du Corporate & Investment Banking et directeur régional pour l’Est du pays, supervisant les opérations dans plusieurs provinces.
Il a également passé plus de quatorze ans chez Citigroup Congo, où il a dirigé les activités de banque d’entreprises et le réseau bancaire global, après avoir été responsable de succursale à Lubumbashi.
Titulaire d’un MBA de l’Université d’État de Kennesaw, Michael Kayembe est spécialisé en stratégie, analyse financière et développement commercial. Conformément à l’annonce, à la tête d’UBA RDC, il aura pour mission de piloter la stratégie de croissance de la filiale, d’améliorer la performance opérationnelle et de renforcer les partenariats institutionnels.
Cette nomination intervient dans un contexte d’expansion du groupe UBA en RDC. Présente dans le pays depuis 2011, la banque opère actuellement à Kinshasa, Lubumbashi et Matadi. Son plan stratégique 2024-2028 prévoit l’extension du réseau à 21 agences d’ici 2028, contre trois actuellement, ainsi qu’un renforcement du parc de distributeurs automatiques.
Sur le plan financier, UBA RDC a enregistré une progression significative de ses performances en 2024. Son bénéfice net s’est établi à 21 milliards de nairas, contre 4,3 milliards l’année précédente, porté par la hausse du résultat d’exploitation, passé à 22,8 milliards de nairas. Le groupe vise, à l’horizon 2028, une base de dépôts de 1,8 milliard de dollars.
Boaz Kabeya
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Alors que le partenariat stratégique conclu à Washington le 4 décembre 2025 entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis d’Amérique (USA) entre dans sa phase opérationnelle, l’ancien ministre congolais Alain Lubamba se prononce sur cet accord. Dans une tribune libre intitulée « Deal RDC–USA : Transformer la rente minière en puissance industrielle ou perdre une nouvelle fois l’histoire », publiée dans la presse en fin d’année dernière, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères sous le régime de Joseph Kabila (2007-2008) estime que ce deal constitue une « chance civilisationnelle » pour son pays.
Pour l’ancien vice-président de la commission des relations extérieures de l’Assemblée nationale, ce partenariat conclu autour des minerais critiques pourrait permettre à la RDC, pour la première fois, de transformer sa rente minière en puissance industrielle, tout en assainissant sa gouvernance, et ainsi éviter de reproduire le cycle historique où le pays enrichit le monde sans se développer. Alain Lubamba présente d’ailleurs cet accord comme « un instrument potentiel de transformation structurelle » capable de « reconfigurer un modèle économique trop longtemps fondé sur l’exportation brute des ressources naturelles ».
Pour soutenir son analyse, l’ancien vice-ministre du Budget (2008-2010) met en avant l’engagement de transformation locale contenu dans l’accord. Le texte prévoit en effet un appui des États-Unis à la transformation locale des minerais — raffinage, unités de transformation, participation à des projets en aval à l’étranger. « Ne pas transformer chez nous, c’est rester dépendants ; transformer chez nous, c’est affirmer notre souveraineté », soutient Alain Lubamba.
« Nettoyer les pratiques toxiques »
Autre argument central : l’ancien président du conseil d’administration du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC) présente la nature des investisseurs américains comme un élément différenciant. Il affirme que les standards américains — « compliance, audits permanents, obligation de transparence » — seraient incompatibles avec les pratiques opaques qui ont marqué une partie du secteur extractif.
« Cette configuration représente un levier unique pour nettoyer les pratiques économiques toxiques, crédibiliser l’État auprès des marchés et institutions internationales, et envoyer un signal fort : l’ère de l’opacité touche à sa fin ». L’auteur soutient ainsi que le partenariat pourrait agir comme une contrainte extérieure favorisant une meilleure gouvernance interne : « C’est donc à la fois un partenariat économique et un outil de reconstruction morale de la gouvernance publique ».
En effet, pour consolider son rôle de « partenaire stratégique fiable des États-Unis », la RDC doit, selon l’accord, mettre en œuvre des politiques renforçant la gouvernance, la transparence et l’État de droit. Le texte exige notamment une réforme du cadre fiscal dans les douze mois : stabilisation fiscale de dix ans, remboursement de TVA sous 90 jours, guichet unique, et création d’une autorité fiscale centralisée responsable de toutes les interactions avec les investisseurs du secteur minier. Dans ce secteur, Kinshasa devra, avec l’aide de Washington, renforcer également la régulation, améliorer la transparence des entreprises publiques, consolider les capacités douanières et intensifier la lutte contre les trafics.
Risques à éviter
Si le texte insiste sur les opportunités, il met implicitement en garde contre plusieurs risques. Le premier est institutionnel : le partenariat ne produirait d’effets que si la RDC parvient à bâtir un environnement économique et réglementaire cohérent. L’ancien député national insiste sur la nécessité de créer des conditions industrielles (zones spécialisées, énergie fiable, logistique modernisée) et de garantir une gouvernance fondée sur la transparence et la traçabilité.
Pour lui, l’opportunité pourrait être perdue sans une « discipline » collective : « La vraie question n’est plus de savoir si la RDC peut réussir, mais si elle (…) aura la discipline, la vision collective et l’audace de saisir cette occasion historique », avertit-il.
Enfin, l’expert en développement de performance des politiques publiques évoque un risque de contestation politique et sociale, en référence aux critiques de certains leaders religieux qu’il juge fondées sur une lecture erronée : « Certains leaders religieux l’ont présenté comme un bradage, mais il s’agit d’une interprétation erronée ».
Pour l’ancien ministre, l’adhésion nationale à ce partenariat devient un enjeu stratégique, car l’accord doit être compris comme « une décision d’État pour assainir la gouvernance, sécuriser l’intérêt national et construire la prospérité des Congolais ».
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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Dans une annonce publiée sur son site officiel le 30 décembre 2025, Access Bank RDC, filiale du groupe nigérian Access Bank Plc, a indiqué avoir obtenu l’aval de la Banque centrale du Congo (BCC) pour la nomination d’Isaac Adeboye Ayewamide en qualité de directeur général. D’après cette annonce, la nomination a pris effet le 4 décembre 2025. Isaac Adeboye succède à Arinze Osuachala, qui a dirigé l’institution pendant huit ans.
Cette transition intervient alors que des objectifs stratégiques précis sont déjà fixés. Selon les prévisions contenues dans le rapport Pilier 3 pour l’exercice 2024, la banque s’est donnée pour cap de porter son bilan total à 1 milliard de dollars américains à l’horizon 2027, après une trajectoire projetée à 750 millions de dollars en 2025 et 865 millions de dollars en 2026.
Parallèlement à cet objectif de bilan, Access Bank RDC ambitionne également d’améliorer sensiblement sa performance financière. Toujours selon le rapport Pilier 3, la banque vise pour 2027 un résultat avant impôts de 31,75 millions de dollars, soit une progression projetée d’environ 164,6 % par rapport à 2024, exercice au cours duquel le résultat avant impôts s’élevait à près de 12 millions de dollars.
Ces objectifs s’inscrivent dans la continuité de la dynamique impulsée par le prédécesseur du nouveau directeur général. Le mandat d’Arinze Osuachala à la tête d’Access Bank RDC a en effet été marqué par une progression significative des indicateurs financiers.
Entre sa première année complète de fonction en 2017 et l’exercice 2024, le produit net bancaire de la banque a été multiplié nominalement par six, passant de 15,7 milliards de francs congolais à 97,3 milliards de francs congolais. Sur la même période, le résultat net a progressé de plus de trente fois, passant de 874 millions de francs congolais à environ 27 milliards de francs congolais à la fin de l’exercice 2024.
Des leviers déjà identifiés
Pour atteindre ces nouveaux objectifs de croissance, la stratégie de la banque est déjà balisée au moment où Isaac Adeboye prend les rênes. L’un des axes majeurs porte sur le financement des petites et moyennes entreprises. Dans ce cadre, un programme dédié avait été enclenché sous la direction de son prédécesseur. Le 28 juin 2025, Access Bank RDC a ainsi signé un protocole d’accord avec l’Agence pour la promotion des classes moyennes congolaises (Aprocm), en vue d’injecter 25 millions de dollars dans le financement des PME au cours du second semestre 2025.
Outre ce programme, le rapport Pilier 3 2024 met en avant plusieurs autres leviers de développement, notamment l’accroissement des parts de marché dans le secteur minier, le déploiement des agents bancaires, l’amélioration de l’offre de transferts de fonds, ainsi que l’augmentation du nombre de comptes courants et d’épargne.
Entré au sein du groupe en 2007 en tant que gestionnaire des relations, Isaac Adeboye Ayewamide cumule 18 années d’expérience bancaire acquises exclusivement chez Access Bank, où il a occupé diverses fonctions de responsabilité.
Sur le plan académique, selon le communiqué de la banque, il est passé par la Harvard Business School, Wharton, IMD et Lagos Business School. Il est également titulaire d’un Chartered MBA de l’Université de Bangor ainsi que d’un MBA en finance de l’Université Obafemi Awolowo.
Timothée Manoke
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Malgré une année marquée par la dégradation de la situation sécuritaire à l’Est, les chocs externes et les turbulences géopolitiques mondiales, l’économie de la RDC « a tenu ». C’est le message porté par le président Félix Tshisekedi, ce 8 décembre 2025, devant le Parlement, défendant l’idée d’une résilience macroéconomique inédite dans un environnement particulièrement hostile.
Pour étayer cette affirmation, plusieurs indicateurs témoignent en effet d’une amélioration sensible de la stabilité macroéconomique au cours de l’année 2025. L’un des signaux les plus marquants concerne l’inflation. Selon le chef de l’État, celle-ci serait passée de 11,7 % fin 2024 à 2,5 % fin octobre 2025, nettement en dessous de l’objectif de 7 % fixé par la Banque centrale du Congo (BCC).
Cette décélération spectaculaire s’accompagne d’une appréciation de 29 % du franc congolais (FC) face au dollar, aussi bien sur le marché interbancaire que sur le marché parallèle. De 2800 francs au mois d’août, un dollars se change aujourd’hui à 2200 FC. Une telle appréciation du taux de change n’avait plus été observée depuis plusieurs années, dans un pays où les tensions sur le marché des changes constituent le principal moteur inflationniste.
Parallèlement, les réserves internationales ont atteint 7,4 milliards de dollars, l’équivalent de trois mois d’importations, en ligne avec les standards du Fonds monétaire international (FMI). Ces réserves renforcées constituent un filet de sécurité majeur dans un contexte de prix internationaux volatils.
Autre indicateur mis en avant : la balance des biens, qui resterait largement excédentaire avec un surplus de 9,9 milliards USD fin août 2025. Cette dynamique est principalement portée par le secteur minier, dont les exportations continuent de soutenir les recettes extérieures.
La croissance économique est estimée à 5,6 % en 2025, au-dessus de la moyenne de l’Afrique subsaharienne (entre 3,8 % et 4,1 %). Si le secteur extractif demeure le principal moteur de cette expansion, le chef de l’État affirme que les secteurs non miniers ont également gagné en dynamisme, conformément à l’objectif de diversification poursuivi par le gouvernement.
Ces performances, selon le président, s’inscrivent dans le cadre du Programme d’action 2024–2028, centré sur trois priorités : le pouvoir d’achat, l’emploi et la compétitivité d’une économie plus diversifiée.
Pour renforcer l’impact social de la stabilisation macroéconomique, le gouvernement a également mis en œuvre une politique de lutte contre la vie chère. Et selon Félix Tshisekedi, cette politique a porté ses fruits. Il cite notamment la baisse du prix de l’essence à la pompe, passée de 2 990 à 2 440 francs congolais à Kinshasa. Concernant la filière maïs dans le Grand Katanga, il indique que le sac de 25 kg est passé de 50 dollars pendant la période de soudure à 13–15 dollars.
Pierre Mukoko
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La Banque africaine de développement (BAD) n’a pas encore communiqué officiellement l’information. Mais lors du Forum Makutano, tenu du 25 au 26 novembre 2025 à Kinshasa, le Mauritanien Mohamed Chérif s’est présenté comme le nouveau directeur pays de la BAD en République démocratique du Congo (RDC). Il a indiqué être arrivé dans le pays au cours du mois de novembre 2025. Il remplace Mohamed Coulibaly, qui assurait l’intérim.
Cette arrivée intervient alors que la BAD cherche à accélérer l’exécution de son portefeuille en RDC. Présenté par la banque comme quelqu’un qui a « fait ses preuves dans la gestion et le suivi de portefeuilles de pays importants et complexes », la nomination de Mohamed Chérif s’inscrit clairement dans cette dynamique.
Du 17 au 20 novembre 2025, la BAD et le gouvernement congolais ont tenu à Kinshasa une revue de portefeuille au terme de laquelle un plan commun d’amélioration de la performance des projets financés par l’institution a été adopté. Mohamed Chérif y a participé en tant que directeur général adjoint du groupe de la BAD pour l’Afrique centrale.
Selon lui, les engagements actuels de la BAD en RDC atteignent 1,6 milliard de dollars, avec un taux de décaissement de seulement 28 % pour un âge moyen de 5,6 ans. D’après les médias ayant couvert les assises, le nouveau directeur pays a annoncé que tous les projets affichant un taux de décaissement inférieur à 20 % devront atteindre 50 % d’ici juin 2026.
Plan d’accélération
Pour corriger les retards, la communication officielle de la BAD indique que le plan mettra l’accent sur une appropriation renforcée des projets par les ministères sectoriels, la digitalisation des processus de mise en œuvre et de rapportage, ainsi que le renforcement des capacités des équipes chargées de l’exécution.
Dans la même logique, la BAD avait déjà organisé, les 26 et 27 mai 2025 à Kinshasa, un atelier de renforcement des capacités sur les procédures de décaissement destiné au personnel financier des cellules d’exécution de l’ensemble de ses projets en RDC. L’objectif était de réduire significativement les délais de traitement des factures, de faire chuter le taux de rejet des demandes de paiement et d’améliorer la qualité des dossiers transmis à la Banque.
Le gouvernement congolais a également insisté sur l’importance d’une meilleure performance. La vice-ministre des Finances, Yamba Kazadi Gracia, a rappelé l’enjeu national : « Chaque dollar non utilisé représente une école non construite, une route non réhabilitée, un centre de santé non équipé. Nous avons le devoir moral et politique de transformer ces financements en résultats tangibles pour le développement de notre pays. »
Avant son arrivée à Kinshasa, Mohamed Chérif occupait le même poste au Sénégal depuis le 1ᵉʳ janvier 2021. Il est titulaire de trois diplômes postuniversitaires : un diplôme d’ingénieur en agriculture de l’École nationale d’agriculture de Meknès (Maroc), un master en économie rurale de l’Université Laval au Québec et un MBA de l’Université d’Ottawa, au Canada.
Timothée Manoke.
À la tête du conseil d’administration de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) depuis février 2023, Guy-Robert Lukama porte une vision ambitieuse pour l’entreprise publique. Il l’a présentée lors de l’African Investment Forum (AIF), organisé à Rabat, au Maroc, du 26 au 28 novembre 2025 par la Banque africaine de développement (BAD), où il était invité à débattre des enjeux liés aux minerais critiques.
Selon le président du conseil d’administration (PCA), le géant congolais ne souhaite plus se contenter de ses rentes géologiques. Il entend opérer un pivot stratégique majeur : passer de l’extraction à la chimie, en tirant les leçons du passé et en s’inspirant de la réussite de la filière phosphate marocaine. « C'est la raison pour laquelle on regarde les modèles des autres : comment ils ont transformé leur activité, passant de producteur de phosphates à producteur d'engrais. C'est ce cheminement que nous essayons de copier », explique Guy-Robert Lukama.
Celui qui a commencé à travailler avec la Gécamines en 2018 comme consultant indépendant en transformation veut notamment s’appuyer sur la trajectoire du groupe marocain OCP pour réorienter la filière cobalt congolaise. La stratégie, « en cours de mise en place », vise à produire non plus de l’hydroxyde de cobalt, mais des précurseurs de batteries.
Projets dans le pipe
La vision du PCA s’inscrit dans la ligne des autorités du pays. « Quand nous regardons le continuum de création de valeur, de la mine jusqu’à la voiture électrique, nous ne captons que moins de 7 % de cette valeur dans le modèle actuel (industrie extractive). C’est un modèle qui ne marche pas », a déclaré le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba. Il intervenait lors de la table ronde « De la richesse du sous-sol à la souveraineté industrielle », organisée le 25 novembre au forum Makutano.
Dans cette perspective, le PCA a annoncé l’existence de « trois projets dans le pipe », représentant à eux trois une capacité d’environ 40 000 tonnes, sans davantage de précisions. Il s’agit désormais d’identifier des partenaires prêts à s’engager dans cette nouvelle logique de transformation. Pour Louis Watum, la Gécamines conserve des atouts majeurs : un patrimoine minéral important, une connaissance fine de l’environnement et du sous-sol.
La RDC mise également sur les Zones économiques spéciales (ZES) pour attirer les investisseurs dans la transformation locale. Ces espaces offrent des facilités fiscales, administratives, infrastructurelles et logistiques. L’aménagement d’une ZES dédiée aux précurseurs de batteries, aux batteries et potentiellement à l’assemblage de véhicules électriques à partir des matières premières locales a été lancé en mars dernier. Fin 2024, le Maroc — déjà présent dans le secteur via Managem, qui exploite la mine de Pumpi (cuivre et cobalt) dans le Lualaba — avait été invité à rejoindre ce projet lors d’une réunion organisée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
Entreprise en déclin industriel
Pour le ministre, la Gécamines a d’ailleurs vocation à être un opérateur minier plutôt qu’une simple entreprise de participation. Mais les ambitions se heurtent à la réalité industrielle. Le rapport d’activité 2024 de la Gécamines décrit une entreprise en déclin : zéro tonne de cobalt produite en propre en 2023 et 2024, seulement 8 065 tonnes de cuivre, des usines à l’arrêt, une dépendance massive au traitement à façon, aux partenaires et aux scories. L’entreprise ne dispose donc pas, à ce stade, des infrastructures, des compétences ni du capital humain nécessaires pour opérer une industrie chimique de niveau international.
Guy-Robert Lukama en a conscience : « Quand on parle de batterie… c'est de moins en moins des ingénieurs miniers ou métallurgistes, c'est de plus en plus des ingénieurs chimistes ». Pour combler ce déficit, l’ancien banquier se montre favorable à une articulation entre l’expertise de la diaspora et celle des équipes locales historiques. Il reconnaît toutefois la nécessité de « gérer les équilibres » afin d’éviter que les collaborateurs restés au pays ne se sentent « sacrifiés » face au retour de talents venus de l’étranger.
George Auréole Bamba et Pierre Mukoko
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