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TÊTES D'AFFICHES

TÊTES D'AFFICHES (57)

Un deal à un milliard de dollars a propulsé Jean-Pierre Latere sur le devant de la scène. Durant la semaine du 17 au 23 mars 2025, le Belge d’origine congolaise a fait la une des journaux. Lundi, EsoBiotec, l’entreprise qu’il a fondée en 2020 à Mont-Saint-Guibert, en Belgique, a annoncé la signature d’un accord définitif en vue de son acquisition par AstraZeneca. Le groupe britannique figure parmi le top 10 des plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales, avec un chiffre d’affaires de 54,1 milliards de dollars en 2024.

L’accord prévoit un premier versement immédiat de 425 millions de dollars, suivi de 575 millions supplémentaires, conditionnés aux résultats futurs de la jeune pousse.

AstraZeneca accepte de miser autant sur EsoBiotec en raison du potentiel de sa technologie révolutionnaire : la thérapie cellulaire in vivo imaginée par Jean-Pierre Latere. Elle devrait permettre de traiter le cancer par une simple injection, rendant ainsi les traitements plus rapides, moins coûteux, et donc accessibles à un plus grand nombre de patients.

Après plus de quatre ans de recherche, un premier patient a été injecté début décembre 2024. Au terme de près de 28 jours de test, les résultats publiés en janvier ont été qualifiés d’« exceptionnels », attirant l’attention des géants de la pharmacie. Deux mois plus tard, le deal avec AstraZeneca était conclu, projetant son fondateur sous les feux des projecteurs.

L’enfant de Lubumbashi

Ce succès résonne aussi en République démocratique du Congo (RDC), non seulement pour l’espoir qu’il suscite dans le traitement du cancer, mais aussi parce que Jean-Pierre Latere est un fils du pays. Le chimiste est né à Lubumbashi et a grandi à Kinshasa, où il a étudié au Collège Boboto. Cet établissement confessionnel est réputé dans le pays pour la qualité de sa formation.

En 1994, à l’âge de 18 ans, Latere s’envole pour la Belgique. Il y poursuit ses études supérieures à l’Université de Liège, où il décroche un doctorat en chimie des polymères, avant d’effectuer un post-doctorat à l’Université du Michigan, aux États-Unis.

À l’issue de son parcours académique, Jean-Pierre Latere entame sa carrière chez Johnson & Johnson, l’un des leaders mondiaux de la pharmacie et des dispositifs médicaux. Il y travaille au sein de la filiale Janssen, aux États-Unis puis en Belgique, dans le développement pharmaceutique et les technologies médicales. Le Congolais d’origine occupera par la suite plusieurs postes de direction, notamment chez Celyad Oncology, qu’il rejoint en janvier 2017.

C’est chez Celyad Oncology que Jean-Pierre Latere travaille pour la première fois sur les thérapies cellulaires. Cette approche consiste à prélever le sang du patient, à isoler certains globules blancs, puis à les modifier génétiquement en laboratoire afin de les rendre capables de reconnaître et d’éliminer les cellules cancéreuses, et à les réinjecter au patient. Mais cette méthode, bien que prometteuse, est coûteuse et s’étale sur plusieurs semaines.

Rendez-vous dans au plus six ans 

Touché personnellement par la maladie d’un proche, Latere décide de s’attaquer à ces limites. Son objectif : rendre la thérapie plus rapide et accessible au plus grand nombre. En 2020, il quitte Celyad et fonde EsoBiotec. Son idée est simple mais audacieuse : utiliser le corps du patient comme laboratoire. C’est ainsi qu’est née la thérapie cellulaire in vivo. Contrairement à la méthode classique, cette approche élimine plusieurs étapes (prélèvement sanguin, transport, manipulation en laboratoire), rendant le traitement à la fois plus rapide et moins coûteux.

Au cœur de cette innovation se trouve une plateforme développée par EsoBiotec : l’Engineered NanoBody Lentiviral (ENaBL, qui signifie « permettre » en français). Il s’agit d’un outil génétique aux applications potentielles multiples, capable de cibler différents types de cancers, et peut-être même certaines maladies auto-immunes.

Lorsqu’il se lance dans cette aventure, Jean-Pierre Latere, alors âgé de 45 ans, s’imagine parti pour vingt ans de travail… Mais une douzaine d’années pourrait suffire. Le premier produit est espéré sur le marché d’ici cinq à six ans.

Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya, stagiaire

Posted On jeudi, 27 mars 2025 07:32 Written by

Au cours de la première semaine de mars 2025, une délégation du Fonds monétaire international (FMI) en provenance de Washington a séjourné à Kinshasa. En l’absence d’un communiqué de fin de mission, Bankable s’est rapproché du représentant résident du FMI en République Démocratique du Congo (RDC) afin d’en comprendre les enjeux.

En poste depuis octobre 2024, après six années passées au même poste au Mali, René Tapsoba a accepté de répondre à nos questions. L’économiste, passé également par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), évoque l’impact de la crise sécuritaire sur la mise en œuvre du nouveau programme de la RDC avec le Fonds, ainsi que l’aide que l’institution de Bretton Woods est en mesure d’apporter à un pays qui, face à l’escalade du conflit à l’est, pourrait avoir un besoin accru de ressources en devises pour financer ses dépenses militaires.

Bankable : Au début du mois de mars, une mission du FMI s’est rendue en RDC. Depuis la validation du programme le 15 janvier, le pays a connu un choc interne marqué par l’intensification du conflit au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Dans ce contexte, quel état d’esprit avez-vous trouvé au sein de l’administration congolaise ?

René Tapsoba : Comme vous le soulignez, à peine deux semaines après l’approbation des deux programmes soutenus par le FMI, la RDC s’est retrouvée confrontée à une escalade des hostilités dans l’est du pays. Nous regrettons vivement cette détérioration de la situation sécuritaire, qui s’accompagne d’un drame humanitaire.

A la suite de notre directrice générale, qui a exprimé sa solidarité au ministre des Finances lors d’une récente rencontre à Washington, je tiens ici à réitérer notre compassion et notre soutien à toutes les populations durement éprouvées par cette violence. Nous espérons un retour rapide à la paix et à la sécurité, afin que la RDC puisse se concentrer sur l’essentiel : mobiliser ses ressources et son énergie à l’exploitation de son immense potentiel en vue de parvenir à un développement socio-économique plus harmonieux, mieux partagé et plus durable.

Cela dit, nous avons été très encouragés par la volonté réaffirmée du gouvernement de poursuivre la mise en œuvre des deux programmes, malgré un contexte plus difficile. Le ministre des Finances l’avait déjà assuré à la directrice générale à Washington et, au cours de la mission de la semaine dernière, notre équipe a pu constater cet esprit de résilience chez ses différents interlocuteurs dans les services techniques.

« Au cours de la mission de la semaine dernière, notre équipe a pu constater cet esprit de résilience chez ses différents interlocuteurs dans les services techniques. »

Nous avons perçu un intérêt renouvelé pour consolider les efforts de stabilisation macroéconomique et approfondir les réformes, malgré les défis croissants. Bien entendu, nos interlocuteurs ont également témoigné leur solidarité envers leurs compatriotes de l’Est.

Bankable : Les autorités se sont engagées à fournir une quarantaine d’indicateurs dans le cadre de la Facilité élargie de crédit, ainsi qu’une douzaine dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Avez-vous obtenu toutes ces informations nécessaires pour la première revue ?

René Tapsoba : Avant tout, il convient de préciser que si les discussions dans le cadre de la mission formelle consacrée à la première revue du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit sont provisoirement prévues pour avril, elles devront être suivies d’un processus de revue interne au FMI, avant la soumission du dossier au Conseil d’administration, probablement en fin juin ou plus tôt. Ce n’est donc qu’après l’approbation par le Conseil d’administration qu’un second décaissement au titre de la Facilité élargie de crédit pourrait intervenir, ce qui ne saurait se faire avant fin juin 2025.

Pour la Facilité pour la résilience et la durabilité, la première échéance est prévue pour octobre-novembre 2025. Si les réformes sont mises en œuvre dans les délais, cela pourra ouvrir la voie à un décaissement de deux tranches après approbation par le Conseil d’administration, prévu pour la fin décembre ou le début de janvier 2026.

Bankable : Ces précisions étant faites, pouvez-vous nous dire si vous avez reçu les informations attendues ?

René Tapsoba : Nos différents interlocuteurs au sein des services techniques ont fourni tous les efforts nécessaires pour les mettre à disposition les données et informations demandées. Les premières mesures ont déjà été mises en place pour garantir l’atteinte des réformes attendues dans les délais impartis.

« Les premières mesures ont déjà été mises en place pour garantir l’atteinte des réformes attendues dans les délais impartis. »

Pour la Facilité pour la résilience et la durabilité, les échéances sont relativement plus éloignées, ce qui laisse une certaine marge de manœuvre. S’agissant de la Facilité élargie de crédit, nous avons bien reçu les données initialement requises. Toutefois, compte tenu des implications macroéconomiques et budgétaires potentielles de l’escalade de la crise sécuritaire et de ses conséquences humanitaires, il sera nécessaire de collecter des données supplémentaires afin de réévaluer le cadrage macroéconomique en fonction de ces nouveaux développements.

Ce travail sera essentiel pour préparer, dans les meilleurs délais, la mission formelle dédiée à la première revue du programme prévue autour du mois d’avril. En résumé, toutes les données initialement demandées ont été obtenues, mais le nouveau contexte exige un complément d’information pour affiner l’analyse des implications macroéconomiques et budgétaires.

Bankable : Faut-il en conclure qu’un réexamen du programme aura lieu avant la première revue ?

René Tapsoba : Non, il ne s’agit pas d’un réexamen du programme, mais d’une réévaluation des implications macroéconomiques potentielles, car nous faisons face à un choc. Lorsqu’un tel événement survient, il est essentiel d’analyser ses répercussions sur plusieurs aspects : le secteur réel (croissance, inflation), la balance des paiements et la gestion des finances publiques.

« Non, il ne s’agit pas d’un réexamen du programme, mais d’une réévaluation des implications macroéconomiques potentielles, car nous faisons face à un choc. »

Nous devons également examiner les mesures prises par les autorités pour atténuer l’impact du choc et identifier la part des répercussions échappant à leur contrôle. En effet, malgré les actions internes mises en place, certaines conséquences ne peuvent être absorbées par des mesures de compensation. Il est donc crucial de procéder à une analyse rigoureuse de la situation. Pour cela, nous poursuivons nos discussions avec les autorités et avons demandé des données et informations supplémentaires.

Bankable : Est-ce la crise à l’est qui a provoqué un glissement du calendrier, repoussant à juin le deuxième décaissement qu’on croyait attendu en mai ?

René Tapsoba : Je tiens tout d’abord à préciser que le fait que le décaissement n’interviendra qu’après fin juin n’est pas lié à la crise sécuritaire. Il s’agit du calendrier normal. La mission se tient généralement à la fin avril ou au début mai. Une fois les discussions conclues, si elles sont satisfaisantes, un accord préliminaire au niveau des services est généralement annoncé à la mi-mai. Mais cette annonce ne donne pas immédiatement droit au décaissement. Il faut ensuite passer par le circuit interne de revue avant la soumission au Conseil d’administration, ce qui intervient généralement à la fin juin, voire parfois début juillet. Il est donc important de noter que ce processus est indépendant de l’escalade de la crise sécuritaire.

Bankable : De nombreuses personnes s’interrogent sur le processus d’évaluation du FMI et la manière dont ses conclusions sont établies. Pourriez-vous expliquer comment le FMI détermine, à l’issue d’une revue, si un décaissement peut être effectué ou, au contraire, s’il doit être suspendu ?

René Tapsoba : L’évaluation de la performance repose sur plusieurs critères. D’un côté, il y a l’observance des critères quantitatifs. Dans le cas de la RDC, cela inclut, par exemple, le respect des engagements de la Banque centrale et le plafond d’endettement extérieur contracté par le gouvernement.

D’un autre côté, nous évaluons les progrès dans la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment celles liées à la modernisation de la gestion des finances publiques. Pour le programme actuel, cela comprend, par exemple, l’adhésion à la chaîne de la dépense, la réduction des dépenses exécutées en procédure d’urgence et l’opérationnalisation de la Direction générale du Trésor, entre autres mesures.

Nous prenons également en compte les objectifs indicatifs. Bien qu’ils aient un poids juridique moindre que les critères quantitatifs ou les repères structurels, ils restent essentiels. Par exemple, en RDC, nous examinons le niveau minimal prévu pour certaines dépenses budgétaires prioritaires, notamment dans les secteurs sociaux tels que la santé, la protection sociale et l’humanitaire. L’objectif est de s’assurer que le programme soutenu par le FMI garantit une protection adéquate des segments les plus vulnérables de la population.

Bankable : Les chocs, comme la guerre à l’est, sont-ils pris en considération dans cette évaluation ?

René Tapsoba : Je tiens à souligner que nous ne sommes pas des robots au FMI. Nous évaluons attentivement les écarts de performance imputables à des chocs extérieurs qui échappent totalement au contrôle des autorités.

« Je tiens à souligner que nous ne sommes pas des robots au FMI. Nous évaluons attentivement les écarts de performance imputables à des chocs extérieurs qui échappent totalement au contrôle des autorités. »

Nous veillons à différencier ce qui peut être compensé par des mesures correctives et ce qui dépasse leur capacité d’intervention. C’est pourquoi nous demandons des données et des informations supplémentaires pour affiner notre analyse de la situation.

Bankable : Les ressources apportées par le FMI servent généralement à financer les déséquilibres liés à la capacité du pays à régler ses factures à l’international. Comment ces ressources sont-elles prises en compte dans le budget et dans l’économie du pays ?

René Tapsoba : Dans le programme précédent soutenu par la Facilité élargie de crédit, les ressources décaissées étaient exclusivement destinées à l’appui de la balance des paiements. Comme vous l’indiquez, elles servaient à renforcer les réserves internationales de la Banque centrale, afin d’assurer la capacité du pays à honorer ses obligations financières à l’international et à accroître sa résilience face aux chocs externes.

En revanche, dans le cadre du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, approuvé par le Conseil d’administration en janvier, il a été convenu, à la demande des autorités congolaises, qu’une partie des décaissements puisse être allouée au budget de l’État.

Cependant, cette allocation budgétaire est conditionnée à des progrès tangibles dans la modernisation de la gestion des finances publiques.

« Cependant, cette allocation budgétaire est conditionnée à des progrès tangibles dans la modernisation de la gestion des finances publiques. »

Si ces avancées sont constatées dans les mois à venir, alors, en plus du renforcement des réserves internationales, une partie des décaissements pourrait être orientée vers le budget de l’État.

Bankable : Le prochain décaissement est estimé à 190,4 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), soit un peu plus de 266,6 millions de dollars. Au regard de la dégradation de la situation sécuritaire à l’est du pays, qui entraîne une hausse des dépenses militaires en devises, peut-on s’attendre à ce qu’un décaissement plus important soit réalisé après la première revue ?

René Tapsoba : Nous continuons d’évaluer les conséquences budgétaires de la crise sécuritaire. Une fois cette analyse suffisamment avancée, les implications éventuelles en matière de paramétrage du programme, y compris les hypothèses de financement, pourront être discutées en interne au FMI.

L’appréciation de ces implications dépendra des mesures de compensation envisagées par les autorités ainsi que des appuis financiers mobilisables auprès des autres partenaires de développement. Dans ce genre de situation, nous privilégions ce que nous appelons un partage équitable de la charge financière. Cela signifie que, lorsqu’un besoin de financement additionnel se présente en raison d’un choc externe, le FMI ne peut pas être le seul à apporter son soutien.

Les autres partenaires, comme la Banque mondiale et les bailleurs bilatéraux, sont également appelés à contribuer, tandis que les autorités sont invitées à prendre des mesures d’ajustement en interne. Ce n’est qu’après avoir fait le point sur ces financements additionnels et les efforts internes que le FMI pourra discuter d’une éventuelle réévaluation de son soutien financier. Voilà ce que je peux dire à ce stade.

Bankable : Lors d’un Conseil des ministres, le gouvernement a indiqué qu’il prévoyait de discuter avec le FMI de la possibilité d’allouer une partie des ressources mises à sa disposition au financement des dépenses sociales des militaires engagés sur le front à l’est du pays. Avez-vous reçu une telle requête de la part des autorités ? Et si cette demande a été formulée, pensez-vous que le FMI pourrait y donner une suite favorable ?

René Tapsoba : Dans tous les pays, notre approche ne se focalise pas sur l’affectation spécifique des ressources à une ligne de dépenses particulière. Nos discussions portent sur le cadre macroéconomique global, l’équilibre budgétaire et les modalités de financement des éventuels déficits.

Lors de la mission de la semaine dernière, les autorités ne sont pas venues pour aborder spécifiquement la question du financement du soutien social aux forces de sécurité. Toutefois, elles ont évoqué certaines mesures budgétaires qu’elles envisagent, y compris celles que vous mentionnez.

Au FMI, nous n’accordons pas de financements dédiés à des projets spécifiques, contrairement à d’autres partenaires de développement. Nos interventions prennent la forme d’un soutien budgétaire général ou d’un appui aux réserves internationales. Les ressources allouées sont intégrées au budget de l’État, ce qui laisse au gouvernement une certaine flexibilité dans leur utilisation.

C’est pourquoi, lors de nos échanges avec les autorités, nous analysons les répercussions budgétaires globales et veillons à ce que l’exécution du budget 2025 tienne compte de ces nouveaux défis.

Bankable : M. Tapsoba, doit-on comprendre qu’une fois que le FMI accorde un appui budgétaire, les autorités congolaises disposent librement de ces fonds et peuvent les utiliser selon leurs propres priorités ?

René Tapsoba : Justement, c’est ce que j’ai tenté d’expliquer tantôt. Lors de nos missions, nous analysons les besoins de financement. Si un accord est conclu pour qu’une partie du soutien du FMI soit allouée au budget, alors ces ressources deviennent effectivement fongibles au sein du Trésor public. Cela signifie que le gouvernement peut les utiliser dans l’exécution de son budget, en fonction des priorités qu’il aura définies en amont. Ces priorités auront toutefois été discutées avec le FMI dans le cadre du programme.

Bankable : C’est ce qui s’est passé dans le cadre du Programme de développement local des 145 territoires (PDL 145) ?

René Tapsoba : Ce ne sont pas les décaissements au titre de la Facilité élargie de crédit qui ont servi à financer le PDL 145. Si vous vous souvenez, en 2021, le FMI avait alloué des DTS de manière exceptionnelle à tous les pays membres pour les aider à faire face aux répercussions de la Covid-19. Dans ce cadre, la RDC avait reçu 1,5 milliard de dollars en DTS. Il avait été convenu que la moitié de cette allocation serait utilisée pour renforcer les réserves internationales de la Banque centrale, tandis que l’autre moitié serait allouée au budget, en raison des difficultés financières du pays à cette période.

« Ce ne sont pas les décaissements au titre de la Facilité élargie de crédit qui ont servi à financer le PDL 145. »

C’est le gouvernement, en toute souveraineté, qui a décidé d’affecter 511 millions de dollars, issus de cette deuxième tranche, au financement du PDL 145. Ainsi, pour être clair : les ressources issues du programme précédent soutenu par la Facilité élargie de crédit n’ont pas servi à financer le PDL 145. La confusion vient probablement du fait que le montant du programme précédent était similaire à celui de l’allocation exceptionnelle des DTS.

Bankable : Plus de 90 % des dépôts bancaires en RDC sont constitués en dollars américains, malgré les efforts de la Banque centrale et des autorités pour dédollariser l’économie. Comment le programme avec le FMI prend-il en compte cette situation ?

René Tapsoba : La dédollarisation est un processus qui ne se décrète pas, mais qui se construit progressivement. La clé du succès réside dans la restauration de la confiance des agents économiques dans la monnaie nationale.

L’expérience internationale montre qu’il s’agit d’un processus de long terme, dont l’épine dorsale repose sur l’ancrage durable de la crédibilité des politiques économiques. Les programmes soutenus par le FMI, qu’il s’agisse du programme précédent ou de l’actuel programme avec la Facilité élargie de crédit, visent à jeter des bases solides pour renforcer la stabilité macroéconomique. Cela passe par l’amélioration de la crédibilité des politiques monétaires et budgétaires, un meilleur alignement entre la politique monétaire et la politique budgétaire, ainsi que la diversification de l’économie.

« La dédollarisation est un processus qui ne se décrète pas, mais qui se construit progressivement. La clé du succès réside dans la restauration de la confiance des agents économiques dans la monnaie nationale. »

La coordination entre ces différentes politiques est essentielle pour restaurer la confiance dans la monnaie nationale. La stratégie des autorités congolaises s’inscrit dans cette logique. Cependant, comme dans tout processus de dédollarisation, il faut du temps, de la patience et une mise en œuvre cohérente des réformes. Une fois ces prérequis bien ancrés, la dollarisation pourra être progressivement réduite, à mesure que la crédibilité retrouvée de la monnaie nationale s’affirme.

Les maîtres mots ici sont : crédibilité, confiance, patience et persévérance. Sans cela, toute tentative de dédollarisation risque d’être contre-productive. Avec les réformes en cours et le soutien du FMI, les autorités congolaises avancent dans la bonne direction pour poser les fondations solides nécessaires à la réduction durable de la dollarisation.

Interview réalisée par Idriss Linge et Aboudi Ottou

 

Posted On dimanche, 16 mars 2025 18:40 Written by

Sofibanque a annoncé, le 4 mars 2025, la nomination de Bobo Makunda Sefekese en tant que directeur général adjoint (DGA). Il occupera un second poste de DGA, nouvellement créé par la banque. Louis-Odilon Alaguillaume, en poste depuis avril 2022, conserve ses fonctions. Toutefois, selon la direction de Sofibanque, c’est Bobo Makunda Sefekese qui sera chargé de la mise en œuvre du plan de continuité des activités de la banque.

Approuvé par le conseil d’administration le 9 octobre 2023, ce plan vise à garantir la disponibilité des produits et services essentiels en cas de crise, qu’elle soit endogène ou exogène. Il s’accompagne d’un dispositif de secours informatique définissant les stratégies à adopter pour assurer la continuité technique et opérationnelle en situation de crise majeure. Ce dispositif relève également de la supervision du nouveau directeur général adjoint.

La nomination de Bobo Makunda Sefekese à ce poste prend ainsi tout son sens. Son profil correspond aux enjeux stratégiques liés à la continuité des activités. Titulaire d’une maîtrise en informatique de l’Université de Namur et d’un master en gestion des risques financiers de l’Université Saint-Louis de Bruxelles, il dispose des compétences nécessaires pour piloter ce plan. Fort de plus de 20 ans d’expérience dans les secteurs bancaire et assurantiel, en Belgique comme en RDC, il a notamment occupé les fonctions de directeur des systèmes d’information à Equity BCDC et de directeur organisation et informatique à la Banque commerciale du Congo.

Dans ses nouvelles fonctions, Bobo Makunda Sefekese travaillera aux côtés de Henry Yoan Wazne, administrateur directeur général (ADG) de Sofibanque depuis 2012. Selon le rapport 2023 de la banque, le(s) DGA assiste(nt) l’ADG au sein du comité de direction, organe chargé de préparer les décisions stratégiques du conseil d’administration et d’en assurer la mise en œuvre. Il(s) participe(nt) ainsi à la supervision des opérations, à l’optimisation des processus ainsi qu’à l’exécution des projets de développement de la banque. L’expertise de Bobo Makunda Sefekese en transformation digitale devrait notamment être mise à profit face à l’essor des fintechs et à la numérisation croissante des services bancaires.

En 2023, la Sofibanque occupait la 6e position du marché bancaire en République Démocratique du Congo avec un total bilan de 964 millions de dollars.

Boaz Kabeya, stagiaire

Posted On mardi, 11 mars 2025 15:18 Written by

Isabelle Lessedjina a tapé dans l’œil de Forbes Afrique. Elle figure en effet parmi les 50 femmes les « plus inspirantes du moment », selon la sélection établi par l’édition francophone du magazine économique américain Forbes, publié dans son hors-série de mars 2025, mois traditionnellement dédié aux femmes.

Depuis juillet 2024, Isabelle Lessedjina occupe le poste de présidente du conseil d’administration de Rawbank, la première banque en République Démocratique du Congo (RDC), le plus grand pays d’Afrique francophone. En 2023, cette banque affichait un total bilan de 4,813 milliards de dollars, soit 28 % de part de marché. Selon Forbes, cette nomination la place parmi les personnalités féminines influentes ayant un impact actif sur leur secteur.

Pour la Rawbank, la présence d’Isabelle Lessedjina dans cette sélection constitue une reconnaissance de son leadership. Elle « contribue à inspirer les rawbankers et plus largement les Congolais », précise la banque dans un post sur LinkedIn.

Le parcours d’Isabelle Lessedjina reflète son expertise et son leadership reconnus dans le monde économique et financier. Elle a occupé plusieurs postes importants, notamment dans le secteur bancaire et aérien, avant d’être portée à la présidence du conseil d’administration de Rawbank en juillet 2024.

Avec plus de 25 ans d’expérience, elle a commencé sa carrière comme trésorière chez Virgin Express en Belgique, avant de rejoindre Besins Healthcare Group au même poste en 2003. Son parcours l’a ensuite conduite à assumer diverses responsabilités stratégiques au sein de grandes institutions telles que Standard Chartered Bank, GE Capital Aviation Services (GECAS), ESSA Ltd, et Philips.

Depuis 2019, elle est la première vice-présidente de The Currency Exchange Fund (TCX), un fonds alternatif de développement. Elle dirige par ailleurs, depuis 2021, la société belge Aniz, spécialisée en services et conseils pour entreprise.

Diplômée de l’Institut d’études supérieures de commerce (IESE Business School) en Espagne, ainsi que de la London Business School, elle détient également un master en gestion des risques financiers et une licence en gestion de l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Grâce à ces solides formations académiques, elle a développé une expertise pointue dans les domaines de la finance, de la gestion des risques et du leadership stratégique.

Timothée Manoke, stagiaire

Posted On dimanche, 09 mars 2025 12:14 Written by

En raison de la détérioration de la situation sécuritaire dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), 2 594 écoles ont cessé leurs activités dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, privant plus d’un million d’élèves d’accès à l’éducation, selon le compte rendu du Conseil des ministres du 28 février 2025. Aucune donnée n’a été communiquée concernant l’impact sur l’enseignement supérieur et universitaire.

Pour assurer la continuité des cours, le gouvernement congolais a décidé d’adopter, le 6 février dernier, l’enseignement ouvert et à distance dans les universités publiques et privées, offrant ainsi une nouvelle perspective à Schoolap, la plateforme d’apprentissage en ligne fondée en 2017 par Pascal Kanik.

Cette année-là, cet ancien employé de Vodacom a choisi d’abandonner un poste confortable pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Avec son associé Guy-José Leta, il cofonde alors Schoolap, une solution numérique visant à améliorer l’accès à l’éducation en RDC.

Schoolap permet de connecter enseignants, parents et élèves à du contenu pédagogique certifié, garantissant ainsi un apprentissage de qualité. Aujourd’hui, près d’un million d’élèves à travers le pays bénéficient de cette solution, qui s’intègre désormais dans la stratégie éducative nationale.

L’idée de Schoolap germe alors que Pascal Kanik effectue une mission en province pour installer un réseau de télécommunications, suivie d’une sensibilisation sur le développement durable. Confronté aux défis du système éducatif congolais, il prend conscience de l’urgence de créer un outil moderne pour pallier le manque de ressources pédagogiques.

Booster par le Covid-19

En quelques années seulement, Pascal Kanik et son équipe ont fait de Schoolap une référence de l’edtech en RDC. En 2019, la startup réalise la plus grande levée de fonds d’Afrique centrale, obtenant 500 000 dollars américains pour accélérer sa croissance. Ce financement, apporté par le groupe international Eutelsat, est officialisé par la signature d’un contrat entre Pascal Kanik, CEO de Schoolap, et Jonathan Jansen, CEO de Flash International, dans les locaux d’Ingenious City.

La même année, la startup est récompensée lors des Seedstars, un concours dédié aux entreprises innovantes sur les marchés émergents, en remportant le prix de la meilleure plateforme d’éducation en ligne.

Le succès de Schoolap s’accélère avec la fermeture des écoles due à la pandémie de Covid-19. La plateforme devient alors une solution incontournable pour assurer la continuité pédagogique en RDC. Aujourd’hui, elle recense plus de 20 300 contenus pédagogiques, 6 000 écoles partenaires, 1,9 million d’élèves inscrits et 105 000 enseignants impliqués. Présente dans six provinces du pays, elle propose désormais sept produits intégrés à son offre éducative.

Après avoir conquis une large part du marché congolais, Schoolap franchit un nouveau cap en s’implantant au Kenya, marquant ainsi sa première expansion en Afrique anglophone. La startup propose une plateforme complète, combinant la gestion numérique des programmes scolaires et des outils interactifs, répondant aux besoins croissants des établissements éducatifs.

Ronsard Luabeya, stagiaire

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Posted On mardi, 04 mars 2025 13:47 Written by

En reconnaissance de son rôle dans la transformation de l’agro-industrie en République Démocratique du Congo (RDC) et en Afrique, Monique Gieskes a été honorée lors de la 14 ᵉ édition des Prix des personnalités de l’année d’African Leadership Magazine, le 22 février 2025 à Casablanca, au Maroc. La directrice générale des Plantations et Huileries du Congo (PHC) a reçu le prix « Special African Business Leadership Commendation Award », récompensant son engagement en faveur de l’agriculture durable, du développement des économies locales et du renforcement des systèmes de production alimentaire sur le continent.

« Grâce à son engagement en faveur de l’innovation, de la durabilité et de l’autonomisation économique, son leadership a contribué à la transformation de l’agro-industrie en RDC et au-delà, garantissant ainsi une croissance à long terme dans l’un des secteurs les plus stratégiques du continent », souligne African Leadership Magazine.

Après le rachat des parts majoritaires (environ 76 %) de PHC par le fonds d’investissement Kuramo Capital Management, Monique Gieskes a été nommée au poste de directrice générale de l’entreprise en février 2021. Depuis sa nomination, elle revendique une progression significative des performances de l’entreprise.

« Nous avons surpassé nos performances en augmentant notre production de plus de 30 % pour atteindre une production de plus de 80 000 tonnes d’huile de haute qualité en 2023. Si nous comparons ces résultats, nous nous rendrons compte que depuis 2020, nous avons augmenté notre production de 77 % en trois ans. Sur cette trajectoire, nous nous étions fixé l’objectif d’atteindre une production de 100 000 tonnes d’huile d’ici 2026. Et je suis fort convaincue aujourd’hui que nous les atteindrons bien avant sans difficulté », déclarait-elle le 10 février 2024, lors des PHC Awards, selon des propos rapportés par la presse.

Outre l’augmentation de la production, PHC affirme avoir renforcé ses effectifs, passant de 6 500 à près de 10 000 employés entre 2021 et 2024. La direction met en avant une amélioration des conditions salariales et la fourniture d’équipements de protection individuelle pour ses travailleurs.

Parcours

L’entreprise revendique également un rôle actif dans le développement des communautés locales. PHC soutient 91 organisations de producteurs agricoles, notamment par la distribution de semences de qualité et d’outils aratoires. Elle a lancé le programme « Plantations partenaires », un dispositif permettant aux membres des communautés possédant des plantations de vendre leur production à PHC à des prix prédéterminés d’un commun accord.

Monique Gieskes affiche un parcours qui illustre son expertise et son leadership dans plusieurs domaines. Avant d’être nommée directrice générale de Plantations et Huileries du Congo (PHC), elle a dirigé Vlisco RDC et a exercé en tant qu’avocate spécialisée en droit des marques. Elle siégeait également au conseil d’administration de PHC avant son rachat par Kuramo Capital.

Diplômée de l’Université de Fort Lauderdale en Floride (États-Unis), elle est également titulaire d’un MBA de la Frankfurt School of Finance and Management. Tout au long de sa carrière, elle a occupé des rôles stratégiques au sein d’organisations européennes et internationales de premier plan, telles que l’European Brand Association, le Comité Colbert, le Forum des Nations Unies, l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Son travail a notamment contribué à la réduction des tarifs douaniers, la défense des droits de propriété intellectuelle et la lutte contre la concurrence déloyale sur certains marchés.

Basé au Royaume-Uni, African Leadership Magazine est une publication éditée par ALG Strategy Group Limited. Lancé en août 2008, il revendique aujourd’hui une distribution auprès de plus de 580 000 lecteurs, incluant des investisseurs internationaux, des dirigeants d’entreprises, des décideurs politiques et des agences multilatérales à travers l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie, l’Europe et les États-Unis. Son objectif : mettre en avant les initiatives africaines et proposer des solutions aux défis du continent.

Timothée Manoke, stagiaire

Posted On lundi, 03 mars 2025 10:05 Written by

Le plaidoyer de Michel Kanyimbu a trouvé un écho particulier le 22 février dernier. Ce jour-là, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms) a annoncé la suspension des exportations de cobalt pour quatre mois. Objectif : réduire l’offre afin de faire remonter les prix, tombés à 20 000 dollars la tonne en ce début d’année, contre environ 81 000 dollars en 2022, pour le cobalt métal.

Toutefois, rien ne garantit que cette mesure suffira à ramener les exportations de la République Démocratique du Congo (RDC) à 80 000 tonnes d’oxyde de cobalt, comme le préconise le sénateur. En 2023, ces exportations ont atteint 152 798 tonnes, soit près du double du seuil visé.

« Si nous ramenons la quantité de nos exportations de [oxide] cobalt à 80 000 tonnes par an, nous allons tripler le coût sur le marché », avait déclaré cet économiste de formation lors de la plénière du 3 décembre dernier sur le projet de loi de finances 2025, devant un auditoire attentif. Et selon lui, cette hausse des prix est d’autant plus envisageable que la RDC contrôle actuellement 70 % du marché mondial du cobalt.

« En 2022, lorsque la quantité de cobalt sur le marché mondial tournait autour de 115 000 tonnes, son cours était à 81 000 dollars la tonne. Mais nous n’avons cessé d’augmenter nos volumes et cela a eu un impact direct sur les prix. Il est grand temps que le gouvernement prenne la décision de limiter les quantités à exporter », avait-il plaidé.

Michel Kanyimbu est originaire du Lualaba, l’une des provinces les plus cobaltifères. Alors que l’excédent mondial de cobalt, en grande partie dû à la production massive du chinois CMOC (114 000 tonnes en 2024), a fait chuter les prix, le sénateur estime que cette limitation des exportations pourrait rapporter près d’un milliard de dollars au Trésor public, à travers les redevances minières et l’impôt sur les bénéfices. Une projection basée sur un prix de vente de 11 000 dollars la tonne d’oxyde de cobalt. « Sur une année, avec une décision courageuse du gouvernement, nous pourrions récupérer autour de 900 millions à un milliard de dollars », avait-il martelé.

Grâce à ces revenus, le sénateur espère voir sa province d’origine bénéficier de nouvelles infrastructures. Il cite notamment la réhabilitation de la route Dilolo-Kolwezi sur la RN39 ainsi que celle de Kolwezi-Solwezi. « Voici pourquoi j’insiste qu’on trouve ces recettes additionnelles », avait-il déclaré.

Déjà il y a un an, le président Félix Tshisekedi avait évoqué, lors d’un Conseil des ministres, l’éventualité d’instaurer des quotas d’exportation sur le cobalt. Ce plaidoyer a-t-il fini par convaincre le gouvernement d’agir ? Rien n’est moins sûr.

Ronsard Luabeya, stagiaire

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Posted On vendredi, 28 février 2025 12:53 Written by

Cyrille Mukendi Ilunga, directrice des ressources humaines chez FirstBank DRC, a été sacrée meilleure femme directrice des ressources humaines dans le secteur bancaire en République Démocratique du Congo (RDC) lors des Women’s Tabloid Awards 2024, tenus le 23 janvier 2025 à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Selon le magazine Women’s Tabloid, cette distinction récompense son expertise, son leadership et son engagement en faveur du développement du capital humain dans le secteur bancaire congolais. Pour FirstBank DRC, ce prix illustre non seulement son savoir-faire, mais aussi son dévouement à incarner les valeurs d’excellence et d’inspiration chères à la banque.

Avec plus de 15 ans d’expérience en ressources humaines, Cyrille Mukendi est une figure incontournable du secteur en RDC. Depuis 2015, elle supervise les fonctions RH chez FBNBank RDC, où elle met en place des stratégies visant à renforcer la culture de la performance et le développement du capital humain. Avant cela, elle a occupé des postes clés chez UBA RDC et Millicom, développant une expertise approfondie en gestion des talents, recrutement et stratégie RH.

Titulaire d’une licence en droit privé de l’Université Protestante du Congo, elle associe sa formation juridique à une vision stratégique des ressources humaines, contribuant ainsi à l’excellence opérationnelle et à la croissance des institutions qu’elle accompagne.

Organisés chaque année, les Women’s Tabloid Awards sont des distinctions qui célèbrent les réalisations remarquables des femmes à travers le monde, tous secteurs confondus. L’événement met particulièrement en avant les femmes leaders, les cadres supérieures, les entrepreneures et les entreprises dirigées par des femmes. Les candidatures peuvent être soumises par des individus, des entreprises ou leurs représentants.

Boaz Kabeya, stagiaire

Posted On jeudi, 20 février 2025 15:04 Written by

Il fait partie de ceux qui façonnent l’émergence de l’industrie du streaming en République Démocratique du Congo. Charles Maleshila est le fondateur de Plustube, une plateforme de streaming 100 % congolaise. Son ambition : réinventer la manière dont les Congolais accèdent à leurs films, séries et contenus culturels locaux.

Diplômé en Technologie de l’information de Stratford University en Inde, Charles Maleshila a été fasciné par le succès des plateformes de streaming indiennes, qui ont su valoriser les contenus audiovisuels locaux. Lorsqu’il rentre au pays en 2015, l’idée de créer Plustube commence à germer.

« J’ai observé comment les Indiens consommaient leurs films et séries via des plateformes locales. Ces plateformes ont permis aux acteurs indiens de devenir des superstars, très riches, grâce aux abonnements et à la consommation en ligne. J’ai vu là une véritable opportunité pour le cinéma congolais », explique Maleshila.

Alternative locale à Canal+

Depuis son retour au Congo, Charles Maleshila s’est consacré au développement de Plustube, une plateforme qu’il présente comme un espace dédié à la diffusion de films et séries locales, mais aussi internationales. Après plusieurs années de travail, Plustube a officiellement vu le jour en 2024.

Pour son fondateur, Plustube est bien plus qu’un simple service de streaming. Il le positionne comme une alternative locale à Canal+. « Plustube ambitionne de devenir une véritable chaîne de télévision en ligne », explique-t-il, soulignant que la plateforme entend regrouper des contenus congolais et internationaux, avec une diffusion directe dans les foyers congolais, avant d’étendre sa portée à l’international.

Le développement de Plustube repose sur six chaînes thématiques, chacune dédiée à un secteur spécifique. Plustube Cinéma diffuse en continu des films et séries, aussi bien locaux qu’internationaux. Plustube Éducation propose des cours en ligne et des tutoriels, offrant aux utilisateurs la possibilité de développer des compétences pratiques dans divers domaines professionnels. Plustube Business s’adresse aux entrepreneurs et hommes d’affaires, avec des contenus axés sur la croissance et l’innovation. Plustube Actualités et Plustube Musique viennent compléter l’offre, visant à toucher un large public.

Récompenses

L’accès à la plateforme est payant, avec un système d’abonnement comprenant deux forfaits : mensuel (3 dollars) et annuel (33 dollars). Pour faciliter l’abonnement, le paiement via Mpesa, largement utilisé en Afrique, a été intégré, permettant ainsi aux utilisateurs de souscrire en toute simplicité, explique Charles Maleshila.

Disponible sur mobile, ordinateur et télévision connectée, Plustube ne se limite pas à proposer des contenus à ses utilisateurs ; elle les récompense pour leur engagement. Chaque minute passée sur la plateforme permet de gagner des points, convertibles en argent réel ou utilisables directement sur Plustube.

Cette innovation incite non seulement à consommer du contenu, mais offre également une expérience interactive et rémunératrice. « Nous avons voulu créer un écosystème où les utilisateurs sont récompensés pour leur temps passé sur la plateforme. Cela permet d’instaurer une véritable relation de confiance et d’engagement », explique Charles Maleshila.

Ronsard Luabeya, stagiaire

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Posted On lundi, 17 février 2025 13:38 Written by

Depuis 2022, Malick Fall est le représentant régional de la Société financière internationale (IFC) pour le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC) et la République du Congo. Ce ressortissant sénégalais occupe également, depuis 2021, le poste de représentant résident de l’IFC en RDC. À l’issue de la première édition de l’IFC Day Congo, organisée le 14 janvier 2025 à Brazzaville, l’expert en finance s’est entretenu avec Bankable. Il revient sur les projets de l’IFC au Congo et en RDC, et les enjeux de financement dans ces deux économies en quête de développement.

Bankable : Depuis un an et demi, la Société financière internationale (IFC) a renforcé sa présence au Congo-Brazzaville en y ouvrant un bureau dédié. Toutefois, son portefeuille actuel dans le pays ne compte qu’un investissement d’environ 10 millions de dollars. Quels sont vos objectifs en matière de financement de l’économie dans ce pays ?

Malick Fall : Comme vous l’avez dit, nous avons réalisé l’année dernière un investissement de 10 millions de dollars, mais nous travaillons en parallèle à la préparation de plusieurs autres projets dans les secteurs prioritaires pour le Congo.

Lors de l’IFC Day, nous a mis en avant nos actions dans le secteur de l’énergie, avec pour objectif de réduire le déficit énergétique et de soutenir le développement du secteur de l’électricité. Un projet de partenariat public-privé (PPP) est également en préparation dans le secteur de l’eau, afin d’améliorer l’approvisionnement et la distribution à l’échelle nationale.

L’IFC collabore aussi avec la Banque mondiale sur un nouveau programme visant à attirer davantage d’investissements privés dans l’agriculture. L’objectif est d’augmenter la production agricole locale et de réduire la dépendance aux importations alimentaires.

Enfin, l’institution travaille avec des banques et des entreprises du numérique pour développer de nouveaux services favorisant l’inclusion financière des PME.

Bankable : Avec ces projets, l’IFC pourrait injecter combien dans le secteur privé congolais ? Et à quelle échéance ?

MF : Il est difficile de donner un montant à ce stade. Plusieurs de ces projets sont en cours de préparation. Vous savez, les projets d’infrastructure demandent un niveau de préparation assez important.

Nous disposons au sein de l’IFC d’une approche appelée Upstream, qui nous permet de préparer des projets pour les rendre finançables. L’IFC travaille donc dans ce cadre au Congo pour identifier des opportunités, les structurer et les financer, tout en mobilisant des financements auprès d’autres partenaires financiers afin de répondre aux besoins du pays.

Nous espérons, très bientôt, grâce à l’ensemble des initiatives lancées, augmenter significativement notre portefeuille d’investissement au Congo. Mais aujourd’hui, il est encore trop tôt pour donner un montant précis concernant ces projets en préparation.

Bankable : En tant que représentant régional, avez-vous une ambition en termes de financement pour le Congo ?

MF : Vous savez, le rôle de l’IFC, c’est de financer, mais notre objectif doit être mesuré en termes d’impact. Aujourd’hui, ce qui nous intéresse, ce n’est pas le financement en soi. Le financement est un moyen.

Ce qui nous importe, c’est de savoir combien de personnes auront accès à l’énergie, combien pourront bénéficier des produits issus de nos projets agricoles, ou encore combien de PME pourront accéder au financement grâce aux initiatives et services que nous développons avec nos partenaires.

Nous sommes une institution de développement, et notre priorité est l’impact. Le financement, lui, n’est qu’un levier pour atteindre ces objectifs.

Bankable : Avez-vous donc des objectifs quantifiables ? Combien de personnes voulez-vous, par exemple, connecter à l’électricité ? Quels sont vos objectifs en matière de production agricole ?

MF : Dans chaque pays, nous établissons une stratégie pays qui va encadrer nos actions. Cette stratégie pays est définie à partir des priorités du gouvernement. En l’occurrence, au Congo, nous nous basons sur le Plan national de développement et sur le cadre de partenariat établi avec la Banque mondiale. L’ensemble de ces données nous a permis aujourd’hui de définir les axes stratégiques sur lesquels l’IFC va se positionner.

Au Congo, nous avons quatre axes stratégiques. Le premier, c’est l’inclusion financière. Les PME sont les principaux acteurs qui contribuent à la création d’emplois. Si nous apportons une solution à leurs besoins de financement, nous contribuons également à la création d’emplois.

La deuxième priorité est le développement des infrastructures de base, notamment l’énergie, l’eau et les télécoms. L’énergie, par exemple, est indispensable à l’industrialisation du pays. S’il n’y a pas d’énergie, il n’y aura pas d’industrie. Et sans industrie, les objectifs de création d’emplois peuvent être compromis.

Si nous n’avons pas encore d’acteurs présents sur ces marchés, notre travail consiste aussi à identifier des partenaires potentiels parmi notre réseau de clients pour les inciter à investir au Congo.

Le troisième objectif, c’est le développement des industries réelles. Ce qu’on appelle l’industrie réelle, c’est tout ce qui est industrie et agriculture. Le Congo dispose d’un immense potentiel agricole, avec de grandes surfaces de terres arables qui demandent à être exploitées pour répondre aux besoins du pays et de la sous-région. Le Congo est voisin de grands pays comme la RDC et le Cameroun, qui peuvent représenter des marchés importants.

Nous partons de là et nous identifions les partenaires que nous pouvons accompagner pour atteindre ces objectifs. Et si les conditions ne sont pas réunies, nous prenons les mesures nécessaires pour les créer.

Si aujourd’hui des réformes sont nécessaires, nous allons y travailler en partenariat avec la Banque mondiale, d’autres partenaires et le gouvernement. Si nous n’avons pas encore d’acteurs présents sur ces marchés, notre travail consiste aussi à identifier des partenaires potentiels parmi notre réseau de clients pour les inciter à investir au Congo.

Bankable : Vous avez tout à l’heure évoqué l’un des grands voisins du Congo-Brazzaville : la RDC. Vous êtes aussi le représentant pays de l’IFC pour ce pays immense (plus de 2 millions de km², plus de 100 millions d’habitants), mais confronté à d’importants défis en matière de transport, de logements et d’énergie… Quelles sont vos priorités pour la RDC ?

MF : En RDC, nous avons depuis 2021 accéléré nos activités avec des investissements dans le secteur financier, afin d’apporter les fonds nécessaires pour que les banques puissent prêter davantage aux PME.

Nous avons également beaucoup investi dans les infrastructures télécoms. Il existait un retard très important en matière d’investissements dans ce secteur, qui représente aujourd’hui une part significative de nos engagements en RDC ces dernières années.

Nous intervenons sur tous ces fronts pour créer les conditions favorables à l’implantation de promoteurs immobiliers, afin qu’ils puissent réaliser des projets d’envergure et contribuer à réduire le déficit de logements, estimé à environ 4 millions d’unités selon une étude que nous avons menée.

Bien sûr, nous sommes également présents dans le secteur de l’énergie. Le pays affiche un taux d’accès à l’électricité très bas, autour de 19 % ou 20 %, et nous avons l’ambition d’apporter des solutions, parfois innovantes, pour réduire ce déficit énergétique.

Sur ce point, nous travaillons actuellement à la préparation de plusieurs projets dans le secteur de l’énergie, qui devraient permettre, je l’espère, très bientôt, d’améliorer ce taux d’accès encore assez bas.

Bankable : En 2024, vous estimiez qu’il fallait un investissement de 132 milliards de dollars sur les 16 prochaines années pour réduire le déficit de logements en RDC. Et selon nos informations, vous avez un projet dans ce secteur. Où en êtes-vous ?

MF : Le logement est un enjeu très important pour la RDC. Pour vous donner une idée, une ville comme Kinshasa va doubler de population d’ici les 30 prochaines années. Aujourd’hui, elle compte 15 à 20 millions d’habitants, selon les sources, et bientôt, elle sera l’une des plus grandes mégalopoles d’Afrique.

Mais il n’y a pas assez de logements construits chaque année pour répondre à cette demande, en particulier sur le segment des logements accessibles à la classe moyenne. Face à ce constat, nous avons identifié une opportunité d’accroître massivement les investissements dans ce secteur et travaillons actuellement sur les réformes nécessaires pour attirer ces investissements.

Plusieurs défis doivent être levés : des problèmes fonciers, des difficultés dans l’établissement des titres de propriété, ainsi qu’un marché hypothécaire encore insuffisant. Nous intervenons sur tous ces fronts pour créer les conditions favorables à l’implantation de promoteurs immobiliers, afin qu’ils puissent réaliser des projets d’envergure et contribuer à réduire le déficit de logements, estimé à environ 4 millions d’unités selon une étude que nous avons menée.

C’est un projet de longue haleine, mais les enjeux sont majeurs, puisqu’il s’agit de permettre à chaque Congolais d’accéder à un logement décent à un prix compétitif.

Bankable : Un des défis en RDC est la difficulté d’obtenir des prêts longs. Avez-vous des actions précises pour permettre aux banques d’accorder des crédits à long terme ?

MF : L’IFC peut mettre à disposition des banques locales des ressources à long terme, notamment pour développer le marché hypothécaire. Lorsqu’un Congolais souhaite acheter une maison, si on lui propose un crédit sur 10 ans, cela lui permet d’être éligible à certains logements.

Cependant, la mise à disposition de crédits à long terme ne suffira pas à résoudre le problème. Il faut également créer les conditions nécessaires pour produire des logements de qualité. Ces deux actions doivent avancer simultanément.

Depuis 2021, nous avons investi en cumulatif un peu plus de 550 millions de dollars en RDC, dans les différents secteurs que j’ai évoqués tout à l’heure. Mais l’activité de l’IFC en RDC ne se limite pas aux investissements.

On ne peut pas régler le problème de l’offre sans considérer la demande, et inversement, si l’on résout l’aspect demande sans traiter celui de l’offre, le marché restera déséquilibré.

Nous travaillons donc sur ces deux fronts. D’un côté, nous avons la possibilité de mettre à disposition des crédits à long terme, ce qui permettra à un plus grand nombre de Congolais d’accéder au logement. Mais à côté de cela, il faut aussi attirer des promoteurs immobiliers solides, avec l’expérience et la capacité de construire des logements en masse en RDC. »

Bankable : Quel est le volume de votre portefeuille actuel ?

MF : Depuis 2021, nous avons investi en cumulatif un peu plus de 550 millions de dollars en RDC, dans les différents secteurs que j’ai évoqués tout à l’heure. Mais l’activité de l’IFC en RDC ne se limite pas aux investissements. De manière plus générale, nous apportons également un appui en services-conseils pour aider le pays à relever plusieurs défis.

Par exemple, nous travaillons étroitement avec la Banque centrale pour améliorer l’infrastructure financière. Un des projets en cours est la mise en place d’un crédit bureau, qui permettrait aux banques d’avoir une meilleure information sur les emprunteurs et ainsi de prêter avec plus de sûreté. À terme, cela pourrait augmenter le taux de crédit au secteur privé.

Nous avons également collaboré avec le ministère des Finances pour la révision de la loi sur le crédit-bail, afin de le rendre plus attractif et de donner aux banques un outil largement utilisé dans d’autres pays, notamment par les PME.

Interview réalisée par Aboudi Ottou

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Posted On lundi, 17 février 2025 10:47 Written by
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