Lors d’une visite dans la province du Tanganyika, à l’est de la République démocratique du Congo, le ministre des Mines, Kisito Kapabomba, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à soutenir Manono Lithium dans ses activités d’exploitation, selon une communication du ministère des Mines. « Cette visite symbolise une avancée importante pour le développement minier et le renforcement du partenariat entre la RDC et les investisseurs internationaux, avec Manono en passe de devenir un moteur de croissance pour la région et le pays », indique la même source. À cette occasion, Kisito Kapabomba a également inauguré le pont de Lukushi, réhabilité par l’entreprise.
Cette visite intervient dans un contexte de conflit judiciaire autour du site minier de Manono. Le litige oppose l’État congolais, la société publique Congolaise d’exploitation minière (Cominière) et Jinxiang Lithium, filiale du groupe chinois Zijin Mining, à AVZ Minerals, une entreprise australienne ayant conduit les travaux d’exploration du projet. Le 29 novembre 2024, AVZ Holding a annoncé avoir mobilisé 15 millions de dollars pour couvrir les frais liés à ses procédures judiciaires. En 2023, la justice congolaise avait validé la restitution du projet à la Cominière, qui a ensuite cédé 61 % de ses droits à Jinxiang Lithium, désormais responsable du développement de la mine.
Dans le cadre d’une procédure d’arbitrage international, une décision rendue début 2024 avait suspendu l’attribution du permis d’exploitation. En juillet 2024, Nigel Ferguson, directeur général d’AVZ International, avait écrit une lettre au président Félix Tshisekedi pour solliciter son intervention et demander la suspension du permis contesté.
Zijin Mining a annoncé que le développement du projet Manono nécessitera jusqu’à deux ans après la validation des études d’impact environnemental. « Un parc industriel axé sur la fusion du lithium sera construit simultanément. Les produits seront prioritairement destinés aux entreprises en aval basées en RDC, conformément aux pratiques du marché. Une fois opérationnel, le projet Manono deviendra l’une des principales bases de production de lithium au monde », indique l’entreprise sur son site internet.
GAB
Lire aussi :
Lithium de Manono : l’Australien AVZ mobilise 15 millions $ pour défendre ses droits
La Chine a annoncé, le 3 décembre 2024, une interdiction immédiate des exportations vers les États-Unis de plusieurs minéraux critiques, dont le gallium et le germanium. Cette mesure, prise en réaction aux restrictions américaines sur la vente de technologies à Pékin, représente une opportunité pour la République démocratique du Congo (RDC), qui cherche à contester l’hégémonie chinoise sur le germanium.
Le pays d’Afrique centrale souhaite en effet assurer 30 % de l’approvisionnement mondial en germanium, selon la Gécamines, qui porte les ambitions de la RDC sur ce dossier. Dans une interview accordée à Reuters en juillet 2023, son président, Guy Robert Lukama, avait expliqué que les restrictions de la Chine offrent des opportunités à la RDC. Déjà à l’époque, Pékin avait imposé des mesures qui, bien que ne visant pas spécifiquement les États-Unis, perturbaient l’approvisionnement en minéraux critiques, dont le germanium.
« La décision de la Chine va créer une certaine pénurie sur le marché, ce qui signifie que notre germanium, qui n’est pas encore réservé, pourrait avoir plus de valeur […] Il n’y a pas encore de clients, mais il y a de l’intérêt, il y en a depuis que nous avons commencé le projet et nous sommes sûrs que nous aurons bientôt plus d’intérêt pour notre germanium », prédisait alors le dirigeant.
Depuis, la Gécamines a effectivement annoncé, en mai 2024, un accord avec la société belge Umicore, afin d’assurer le traitement du germanium issu du site de résidus miniers dénommé Big Hill à Lubumbashi. Les premières exportations de concentré de germanium vers la Belgique ont ainsi commencé en octobre 2024. Les risques de perturbations accrues déclenchées par la nouvelle mesure de Pékin pourraient aider la Gécamines à attirer de nouveaux clients et inciter à des investissements supplémentaires pour exploiter d’autres sites congolais de résidus miniers.
Rappelons que l’usine hydrométallurgique de Lubumbashi, d’une capacité de production annuelle de 30 tonnes de germanium, est le fruit d’un investissement de 75 millions $ réalisé en 2023. Outre le germanium, l’installation peut également produire de l’oxyde de zinc, du cuivre et du cobalt.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
Lire aussi :
Germanium : la Gécamines lance les exportations depuis sa nouvelle usine
Minerais stratégiques : comment la Gécamines reprend progressivement la main
Ivanhoe Mines a annoncé, le mardi 3 décembre, une production de 45 019 tonnes de concentré de cuivre à son complexe Kamoa-Kakula, la plus grande mine de cuivre en RDC. Cela constitue un nouveau record mensuel pour cette mine, portant la production totale de l’année à 390 061 tonnes à fin novembre.
#News - Kamoa-Kakula achieved a record 45,019 tonnes of #copper in November! 🙌
— Ivanhoe Mines (@IvanhoeMines_) December 3, 2024
Read full release: https://t.co/OL9kyClsTd pic.twitter.com/3gbcOabE0f
Depuis la mise en service d’un troisième concentrateur sur le site, en juin dernier, Kamoa-Kakula a battu à plusieurs reprises son record de production mensuelle. La mine devrait livrer entre 425 000 et 450 000 tonnes en 2024, contre 393 551 tonnes en 2023. La production attendue en 2025 devrait être plus significative, puisque Kamoa-Kakula dispose, depuis quelques mois, d’une capacité de production annuelle de 600 000 tonnes.
Évolution de la production mensuelle de cuivre à Kamoa-Kakula

Notons que Kamoa-Kakula est une coentreprise majoritairement contrôlée par la Chine, notamment à travers Zijin Mining (39,6 % d’intérêts dans la mine) et China CITIC Bank, premier actionnaire d’Ivanhoe Mines (également 39,6 % d’intérêts). Alors que la production de la mine fait l’objet d’accords de vente à des entreprises chinoises, le gouvernement congolais a récemment exprimé sa volonté de s’impliquer dans le processus de sélection des acheteurs.
« L’État doit s’impliquer afin de pouvoir garantir la crédibilité du processus d’appel d’offres organisé et d’avoir la certitude que tout processus futur de sélection d’acheteurs permettra à Kamoa Copper SA de recevoir des offres compétitives et d’obtenir les meilleures conditions possibles pour la vente de ses produits », indique le compte-rendu du Conseil des ministres tenu le 4 octobre dernier.
Il faut souligner que la croissance de la production de cuivre à Kamoa-Kakula s’inscrit dans une tendance générale de hausse de la production congolaise. Après une augmentation de 13,5 % en 2023, BMI a indiqué que la production de cuivre en RDC devrait connaître une croissance plus modeste de 4,5 % en 2024, rapprochant le pays d’une production de 3 millions de tonnes. Alors que le Pérou vise une production de 2,8 millions de tonnes cette année, la RDC devrait donc maintenir son statut symbolique de deuxième producteur mondial de cuivre.
Emiliano Tossou
Lire aussi :
Crise énergétique en Zambie : un risque pour les miniers du sud-est de la RDC
Kamoa-Kakula : Ivanhoe prévoit une production de plus de 600 000 tonnes de cuivre en 2026
L’Australien AVZ Minerals a annoncé avoir sécurisé un financement de 15 millions de dollars auprès de Locke Capital, un spécialiste du financement des litiges, pour soutenir ses démarches juridiques autour du projet de lithium de Manono en République Démocratique du Congo (RDC).
Ce financement permettra de couvrir les frais liés à plusieurs arbitrages internationaux initiés par AVZ. Ces procédures concernent notamment le différend avec les autorités congolaises et des partenaires comme Zijin Mining et Cominière, autour du permis de recherche PR 13359. Ce permis, qui couvre une partie du projet Manono, est au cœur d’un litige soumis au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).
Les fonds serviront à couvrir les honoraires d’avocats, les frais d’arbitrage ainsi que d’autres dépenses liées aux litiges en cours. Le financement est adossé aux actifs d’AVZ, y compris ses participations dans le projet Manono et ses filiales associées.
Un litige sur fond de baisse des prix du lithium
Depuis 2023, AVZ Minerals conteste la décision des autorités congolaises d’attribuer un permis d’exploitation pour le projet Manono à Manono Lithium SAS, une coentreprise détenue par Zijin Mining et Cominière. AVZ affirme que cette attribution viole des ordonnances provisoires du CIRDI, qui imposaient de maintenir le statu quo jusqu’à une décision sur le fond du litige.
Le projet Manono est stratégique pour AVZ et pour la RDC, car il représente l’un des plus importants gisements de lithium au monde. Selon une estimation de la société, il héberge au moins 400 millions de tonnes de ressources minérales titrant 1,65 % de lithium.
Alors que la RDC cherche à tirer parti de son potentiel en lithium pour accroître ses revenus miniers, le projet Manono pourrait jouer un rôle clé dans cette stratégie. Cependant, les différends juridiques autour des droits d’exploitation ont ralenti son développement. Une situation qui devrait se poursuivre. En effet, avec le nouveau financement, AVZ devrait poursuivre ses démarches judiciaires sans contrainte financière immédiate, prolongeant ainsi les procédures de plusieurs années.
Le différend entre les deux parties suit son cours, tandis que le marché mondial du lithium connaît une baisse significative des prix depuis 2022. Le prix du spodumène, par exemple, est passé de 6 401 dollars la tonne en décembre 2022 à environ 770 dollars en septembre 2024, soit une chute de près de 90 %.
Cette baisse est due à une offre excédentaire, alors que la demande progresse à un rythme plus modéré. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production mondiale de lithium a atteint 194 000 tonnes en 2023, une hausse de 81 % par rapport à 2021. Cependant, la demande n’a augmenté que de 63 % sur la même période, atteignant 165 000 tonnes. Ce ralentissement s’explique notamment par une accumulation des stocks et une croissance moins dynamique que prévu des ventes de véhicules électriques.
LNK
Lire aussi :
Lithium de Manono : AVZ et le gouvernement discutent d’un règlement à l’amiable de leur différend
Chute des prix du lithium : un obstacle pour les plans de la RDC
Des défis énergétiques survenus en Zambie devraient exercer une pression sur les opérateurs miniers situés dans le sud-est de la République Démocratique du Congo (RDC). Ces derniers dépendent principalement de ce pays voisin pour compenser le déficit d’offre énergétique de la Société nationale d’électricité (SNEL), soit en important directement de l’électricité, notamment dans le Katanga, soit en achetant du diesel pour alimenter leurs centrales thermiques.
En octobre, des troubles sociopolitiques au Mozambique et l’introduction au Zimbabwe d’une taxe remboursable, mais qui alourdit les procédures de transit, ont contraint les distributeurs de produits pétroliers en Zambie à modifier leurs itinéraires. Cela a prolongé les délais d’approvisionnement et augmenté les coûts.
Le régulateur zambien du secteur de l’énergie a rassuré sur un retour progressif à la normale. Néanmoins, il a également annoncé une hausse de 4,2 % du coût du litre de diesel, passé de 28,9 à 30,11 kwachas. Même avec cette hausse, ces prix restent plus compétitifs par rapport au carburant venant de Matadi, à l’ouest de la RDC. Toutefois, cette augmentation alourdira encore les dépenses d’exploitation des mines.
Il en est de même pour la hausse des tarifs d’électricité décidée pour redresser la situation financière de Zesco, la compagnie électrique nationale zambienne. Cette hausse atteint 115 % pour les gros consommateurs comme les compagnies minières. Le régulateur zambien a néanmoins indiqué que l’augmentation de tarifs d’électricité ne devrait durer que trois mois.
Lors du forum d’affaires Makutano 2024, tenu à Kinshasa du 13 au 15 novembre, le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), Fabrice Lusinde, a révélé que les sociétés minières ont dépensé près de 4 milliards de dollars en cinq ans pour combler leurs besoins énergétiques non satisfaits. Et ces exportations pourraient augmenter en 2025. En octobre dernier, Ivanhoé Mines a par exemple annoncé que des négociations étaient en cours pour faire passer la puissance importée d’Afrique australe pour la mine Kamoa-Kakula, via l’interconnexion zambienne, de 65 MW actuellement à 100 MW d’ici la fin de l’année.
Les opérateurs miniers travaillent avec la SNEL en vue d’améliorer son offre, mais cela reste insuffisant. Malgré son important potentiel hydroélectrique, l’accès à l’électricité en RDC demeure limité. Plusieurs barrages sont prévus dans le Programme d’investissement public 2025-2028, mais leur réalisation ne comblera pas le déficit. Le projet d’un troisième barrage sur Inga est toujours en discussion, mais selon des experts, il pourrait ne pas voir le jour dans les dix prochaines années.
Georges Auréole Bamba
Lire aussi :
Secteur minier : 4 milliards $ échappent à la SNEL en 5 ans, faute de capacité électrique
Les données d’exportation de l’or de la République démocratique du Congo (RDC) pour le premier semestre 2024, récemment publiées, révèlent un contraste sur les prix de vente. L’ex-société Primera Gold, une coentreprise entre l’État et des partenaires des Émirats arabes unis, a obtenu un prix moyen de 64 502 dollars par kilogramme d’or vendu. En revanche, Kibali Gold, qui exploite l’une des plus grandes mines d’Afrique, détenue à 90 % par Barrick Gold et AngloGold Ashanti, a vendu sa production à un prix moyen de 46 214,8 dollars, soit près de 20 000 dollars de moins que Primera Gold, aujourd’hui devenue DRC Gold Trading après la prise de contrôle total de l’entreprise par l’État.
Même les artisans de l’Ituri et du Nord-Kivu ont obtenu un prix supérieur à celui de Kibali Gold. Ils ont exporté leur or à un prix moyen de 59 500 dollars le kilogramme, contre 46 214,8 dollars pour Kibali Gold, soit une différence de plus de 13 000 dollars.
Ces écarts de valeur par kilogramme d’or vendu étaient déjà observés en 2023. Alors que Primera Gold et les artisans vendaient leurs productions respectivement à 59 509 et 38 484,4 dollars le kilogramme, le prix moyen du kilogramme du métal précieux provenant du site de Kibali, dans le nord-ouest de la RDC, n’était que de 30 915,6 dollars, soit une différence respective de près de 30 000 et 10 000 dollars.
Cotées sur les plus grands marchés financiers du monde (New York, Toronto), Barrick Gold et AngloGold Ashanti disposent pourtant de ressources leur permettant d’obtenir de meilleurs prix que Primera Gold ou de petits artisans des provinces de la Tshopo ou du Tanganyika, dans l’est de la RDC, qui, de surcroît, exportent de l’or non raffiné…
Bien que la transparence dans le secteur des industries extractives ait progressé en RDC, il subsiste des zones d’ombre qui empêchent une compréhension complète de la chaîne de valeur et des opportunités réelles. Ni Barrick Gold ni AngloGold Ashanti (majoritairement détenue par des capitaux sud-africains) ne fournissent de détails sur leur processus de vente. On ignore donc si ces prix résultent d’accords à terme ou d’autres logiques de vente.
Impact sur les recettes publiques
Derrière de gros volumes se cachent parfois des détails qui devraient être dévoilés, surtout que ces différences de prix impactent les revenus publics. En effet, Kibali Gold est le principal contributeur en termes de revenus d’exportation de l’or en République démocratique du Congo, avec des ventes déclarées représentant 88,2 % du total au premier trimestre 2024. L’État central et la province qui héberge la mine (Haut-Uele) en tirent des revenus à travers la participation de la Sokimo, mais surtout via les redevances sur la valeur vendue et divers autres impôts et taxes. Si l’entreprise vend sa production à des prix non optimaux, cela réduit la base de prélèvement pour un gouvernement qui a besoin de ressources pour financer sa politique de développement.
Selon des données de marché consultées par Bankable, le gouvernement a perçu jusqu’à 27,8 millions $ de redevances de cette mine entre janvier et septembre 2024, uniquement de la part de Barrick Gold. Ce montant est légèrement supérieur aux 25,5 millions $ de la même période en 2023. On observe que les redevances ont progressé de 9 %, tandis que le prix de l’or sur le marché international a augmenté en moyenne de 37 % sur la période. Néanmoins, selon les données publiées par Barrick Gold, les quantités vendues ont baissé de 8 % sur la même période.
Georges Auréoles Bamba
Lire aussi :
Achat de l’or artisanal : après le Sud-Kivu, DRC Gold Trading s’implante dans le Tanganyika
Or : la découverte de nouvelles réserves ouvre des perspectives pour la RDC
Le 18 novembre 2024, DRC Gold Trading SA a officiellement lancé les activités de sa succursale à Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Selon un communiqué de l’entreprise, l’ouverture de cette seconde succursale, après celle du Sud-Kivu, vise à « élargir ses activités d’achat, de commercialisation et d’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle dans toutes les provinces aurifères du pays ».
Initialement dénommée Primera Gold DRC, l’entreprise a changé de nom le 13 novembre dernier pour devenir DRC Gold Trading, suite à son passage sous le contrôle public. L’État et deux entités publiques ont acquis, à des conditions non divulguées, les 55 % des parts détenues auparavant par la société émiratie Primera Group. Désormais, l’État détient 55 % des parts sociales, le Fonds minier pour les générations futures en possède 30 %, et la Gécamines détient 15 %.
Malgré ces changements, l’entreprise affirme que sa vision reste inchangée : « Faire de la RDC le plus grand exportateur d’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle, grâce à des chaînes d’approvisionnement crédibles, exemptes de conflits et avantageuses pour les communautés riveraines, tant directement qu’indirectement impactées ».
Ramener dans le circuit officiel toute la quantité d’or extrait de manière artisanale reste un défi majeur, estime le directeur général de DRC Gold Trading, Joseph Kazibaziba. « Plus de 50 tonnes sont exportées de manière frauduleuse à la côte est du Congo, ce qui équivaut à plus de 5 milliards de dollars. Vous pouvez comprendre que DRC Gold Trading est une société stratégique et d’une importance capitale pour l’État », a-t-il déclaré à la presse le 13 novembre, lors de la cérémonie de signature des actes marquant le changement de dénomination sociale de la société.
Défis de la compétitivité des prix
Présente uniquement au Sud-Kivu, DRC Gold Trading a collecté et exporté plus de 5,5 tonnes d’or en 2023, soit une hausse de plus de 12 000 %, pour une valeur de plus de 350 millions de dollars. Avec le lancement de ses activités dans le Tanganyika, l’entreprise espère accroître la quantité d’or collectée et exportée. Cependant, cela dépendra de la compétitivité des prix proposés aux coopératives minières, négociants et acheteurs agréés auprès desquels elle s’approvisionne.
En 2024, DRC Gold Trading envisageait d’exporter au moins 12 tonnes d’or. Cependant, cet objectif semble difficile à atteindre. Selon les informations de Bloomberg, relayées par l’Agence Ecofin, les exportations d’or de l’entreprise affichent une tendance baissière. Depuis novembre 2023, ces expéditions auraient chuté de 50 %. Cette baisse serait due à des prix plus élevés proposés sur le marché noir aux mineurs artisanaux, ainsi qu’à la réglementation bancaire qui limite les transactions quotidiennes en espèces.
Conscient des défis à relever, Joseph M. Kazibaziba, arrivé à Kalemie le 17 novembre, a rencontré les négociants de la province du Tanganyika. Toutefois, aucun détail n’a filtré concernant cette séance de travail, qui avait pour objectif de discuter des défis rencontrés par les acteurs du secteur de l’or. Néanmoins, lors de la cérémonie d’ouverture de la nouvelle succursale, le directeur général de DRC Gold Trading a lancé un appel aux filles et fils du Tanganyika : « DRC Gold Trading SA compte énormément sur votre soutien pour accomplir les missions qui lui ont été confiées par le président de la République. Car sa réussite est aussi celle de votre province, qui en bénéficiera à travers les prélèvements fiscaux et parafiscaux, sans compter les emplois générés… ». Il a également assuré son auditoire que l’entreprise dispose, à ce jour, des capacités financières suffisantes pour absorber toutes les quantités d’or artisanal et à petite échelle produites sur toute la côte est du pays.
Pierre Mukoko
Lire aussi :
Sud-Kivu : la reprise de l’exploitation minière autorisée pour les entreprises en règle
Lors d’un échange le 30 octobre 2024 avec les investisseurs, des responsables de l’entreprise sino-canadienne Ivanhoe Mines ont présenté les prévisions de production de cuivre de la mine de Kamoa-Kakula, située à 25 kilomètres de Kolwezi, la principale ville de la province du Lualaba, en République démocratique du Congo. « Nous prévoyons probablement… de dépasser les 600 000 tonnes par an en 2026, une fois que nous aurons terminé le projet 95 », a fait savoir Mama Cloete, la présidente et directrice des finances chez Ivanhoe Mines.
Le projet 95 est une initiative qui permet à l’entreprise de récupérer jusqu’à 95 % du concentré de cuivre pour les mêmes quantités de minerais extraits et les mêmes charges opérationnelles. Prévu pour être mis en œuvre au cours du premier trimestre 2026, ce projet devrait ajouter entre 30 000 et 40 000 tonnes de concentré de cuivre à la production annuelle.
La multinationale minière, implantée au Canada et principalement contrôlée par des entités chinoises, prévoit même une phase 4 qui lui permettra, au cours des 40 prochaines années, d’atteindre une moyenne de production située entre 700 000 et 800 000 tonnes de cuivre par an. L’entreprise semble bien positionnée pour atteindre cet objectif, même si les prévisions de production pour 2024 ont été revues à la baisse, en raison principalement de défis énergétiques qui n’ont pas permis d’atteindre la pleine capacité de l’infrastructure d’exploitation installée.
Mais ces défis sont en train d’être surmontés. Un programme de développement des capacités de production d’énergie de secours est en cours sur le site. Cette capacité de secours, qui a atteint 135 MW en septembre, devrait être portée à 201 MW d’ici la fin de l’année. Selon Ivanhoe Mines, des négociations sont par ailleurs en cours pour faire passer la puissance importée d’Afrique australe, via l’interconnexion zambienne, de 65 MW actuellement à 100 MW d’ici la fin de l’année. En outre, un projet développé avec la Société nationale d’électricité (SNEL), visant à améliorer l’efficacité des réseaux de transport d’énergie, devrait s’achever vers le deuxième semestre 2025.
Finances en équilibre
Sur le plan financier, l’entreprise continue de renforcer son équilibre. Bien que les coûts d’exploitation aient augmenté au troisième trimestre 2024, elle reste sur une moyenne de 3 527,3 $ la tonne, contre une prévision de 3 748 $ dans l’étude de faisabilité. Elle peut également continuer à mobiliser des financements à faible coût sur ses contrats de vente anticipée. De plus, bien qu’ils se stabilisent désormais autour de 9 645 $ la tonne, les prix du cuivre restent au-dessus des prévisions de l’étude de faisabilité, qui étaient de l’ordre de 8 152 $ la tonne.térêt pour plusieurs parties prenantes, y compris le gouvernement, actionnaire du projet Kamoa-Kakula et percepteur des taxes minières, les banques internationales et locales qui accordent des crédits pour le développement et le fonctionnement du projet, ainsi que les actionnaires d’Ivanhoe Mines, qui espèrent en tirer une solide rentabilité financière.
Cela dit, les perspectives d’une augmentation des quantités produites ne garantissent pas une amélioration systématique des retombées positives. Tout dépendra de l’évolution de la demande sur les marchés, notamment celui de la Chine, qui est la principale destination du cuivre congolais. Le plus grand partenaire africain a lancé des projets de reprise économique, mais les résultats restent attendus. L’élection du président Donald Trump, qui prévoit d’abolir les incitations pour l’achat de véhicules électriques et de surtaxer ceux en provenance de Chine, constitue également un paramètre à prendre en compte.
D’un autre côté, le renforcement de nouvelles alliances commerciales dans le cadre des BRICS pourrait continuer de soutenir la demande, tout comme les besoins européens pour réaliser leurs ambitions de mobilité électrique à l’horizon 2035. Ces facteurs maintiennent un certain optimisme dans le secteur.
Georges Auréole Bamba
Lire aussi :
Cuivre : la production de Kamoa-Kakula s’accélère avec la hausse des prix
Cuivre : après l’Américain Goldman Sachs, le Suisse UBS prédit aussi une hausse du prix en 2025
Cuivre : réduction des objectifs de production 2024 de la plus grande mine de RDC
Le 6 novembre 2024, date de l’annonce de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, les cours du cuivre, essentiel aux exportations de la République démocratique du Congo (RDC), ont enregistré une baisse marquée de 4,06 % sur le London Metal Exchange, avant de se redresser légèrement de 2 % à l’ouverture des marchés le lendemain.
Pour certains analystes, cette évolution des prix était prévisible. Ole Hansen, responsable de la stratégie en matières premières chez Saxo Bank, a déclaré à S&P Global Ratings que Trump avait promis, durant sa campagne, deux mesures susceptibles d’influencer ce marché : l’introduction d’un tarif douanier de 60 % sur les produits chinois et la suppression du crédit d’impôt pouvant atteindre 7 500 $ accordé aux acheteurs de véhicules électriques par une loi votée sous l’administration Biden.
Les États-Unis constituent en effet un marché important pour les produits chinois, avec plus de 500 milliards de dollars d’importations en 2023, dont plus de 25 % de biens électriques. Si les tarifs douaniers annoncés par Trump sont appliqués, la production chinoise pourrait en pâtir, d’autant plus que l’Union européenne a déjà instauré des taxes sur les véhicules électriques chinois. La baisse de la demande chinoise en cuivre et cobalt qui en résulterait pourrait entraîner une baisse des prix de ces minerais essentiels à la transition énergétique.
Les contingences américaines
En plus, la suppression du crédit d’impôt pour les véhicules électriques, au profit d’une politique de soutien à l’industrie pétrolière, risquerait d’affaiblir la rentabilité du secteur des véhicules électriques aux États-Unis. Cela aurait des répercussions non seulement sur les constructeurs automobiles, mais également sur les constructeurs d’infrastructures de recharge et les fournisseurs de batteries. Une telle mesure pourrait freiner la croissance de la demande en métaux comme le cuivre et le cobalt, essentiels aux batteries et à l’électrification, et peser davantage sur les perspectives de prix de ces minerais.
Néanmoins, ces risques ne devraient pas se concrétiser à court terme. Certains analystes estiment que le système productif américain ne serait pas en mesure de compenser immédiatement les 500 milliards de dollars de produits chinois, dont la compétitivité aide à maintenir l’inflation sous contrôle aux États-Unis.
Par ailleurs, toute suppression du soutien aux véhicules électriques devrait être soigneusement évaluée. La majorité républicaine au Sénat et chez les gouverneurs ne garantit pas l’annulation immédiate de la loi votée sous l’administration Biden. Si de nombreux élus soutiennent Donald Trump, ils doivent également tenir compte de priorités locales telles que l’emploi et les niveaux de vie. De plus, plusieurs usines de véhicules électriques se trouvent dans des États à majorité républicaine, et de nombreux partisans du parti ont investi dans ce secteur.
Conséquences pour la RDC
Pour la RDC, premier producteur de cuivre en Afrique et premier producteur mondial de cobalt, les impacts de ces éventuels changements restent à évaluer. Dans son projet de budget 2025, le pays prévoit un prix du cuivre à 7 909,57 $ et du cobalt à 28 007,73 $. Si les prix du cuivre restent largement au-dessus de ces prévisions, ceux du cobalt sont en dessous. En septembre dernier, Fitch Ratings estimait que le prix du cobalt devrait se situer entre 25 000 et 26 000 dollars la tonne jusqu’en 2027.
Il convient également de souligner que les productions minières actuelles sont souvent vendues via des contrats dont les prix ne sont pas publics. Actuellement, les perspectives du cuivre, avec des options d’achat à 9 527 $ la tonne en avril 2025, restent supérieures au seuil de rentabilité moyen de 7 800 $ la tonne estimé pour la mine de Kamoa-Kakula, exploitée par Ivanhoe Mines.
La RDC est particulièrement sensible aux fluctuations des prix des matières premières, notamment du cuivre. Les ventes de ce minerai génèrent des revenus considérables pour le budget de l’État et des provinces, soutenant un vaste réseau de sous-traitance majoritairement détenu par des entreprises congolaises (51 %). Ces activités dépendent également de financements bancaires, tant locaux qu’internationaux, pour le développement de nouveaux projets ou pour répondre aux besoins de trésorerie en attendant les paiements.
Georges Auréole Bamba
Lire aussi :
Cuivre : la production de Kamoa-Kakula s’accélère avec la hausse des prix
Cuivre : après l’Américain Goldman Sachs, le Suisse UBS prédit aussi une hausse du prix en 2025
Marché du cobalt : Cobalt Institute prend le contrepied de CMOC
La société minière MMG Limited, filiale de China Minmetals Corporation (CMC), a annoncé le 1er novembre 2024 la signature d’un accord de service avec Orange RDC pour la fourniture de services télécoms visant une exploitation intelligente de la mine de cuivre de Kinsevere, située dans la province du Haut-Katanga. Orange RDC offrira des services de téléphonie mobile, de transmission de données et d’internet à haut débit. En partenariat avec Huawei, Orange RDC fournira également à MMG Limited une solution avancée de réseaux privés d’entreprise eLTE, une technologie permettant une transmission sans fil à haut débit adaptée à divers usages.
MMG Limited explique qu’elle prévoit « d’utiliser la mine de Kinsevere comme plateforme pour combiner les avantages technologiques d’Orange et de Huawei, avec les capacités d’intégration industrielle de China Minmetals Corporation et la solide expertise locale de la mine de Kinsevere » en vue de « construire progressivement un projet de démonstration numérique, intelligent et vert en Afrique ».
Les services télécoms à haut débit fournis par Orange RDC et Huawei offrent de nombreux avantages pour les opérations minières. Ils permettent notamment une communication améliorée entre les équipes d’exploitation, un suivi en temps réel des activités, ainsi que la détection d’anomalies avec des alertes en cas de danger. Ces technologies facilitent également la localisation rapide des travailleurs en cas d’incident et la coordination des secours, renforçant ainsi la sécurité sur le site.
L’efficacité opérationnelle est également un enjeu majeur de l’exploitation intelligente des mines. Elle vise une utilisation optimisée des ressources humaines, matérielles et énergétiques pour atteindre les objectifs de production, tout en réduisant les coûts et en limitant les impacts environnementaux.
MMG Limited révèle que la mine de Kinsevere a produit 21 278 tonnes de cathodes de cuivre au premier semestre 2024. Par rapport à la même période en 2023, le chiffre d’affaires de Kinsevere a augmenté de 6 %, atteignant 188,3 millions de dollars, principalement grâce à la hausse des prix du cuivre. Pour l’année 2024, MMG Limited ambitionne d’extraire de Kinsevere entre 39 000 et 44 000 tonnes de cathodes de cuivre.
Muriel Edjo
Lire aussi :
Cuivre : la production de Kamoa-Kakula s’accélère avec la hausse des prix
Alors que nous approchons de la fin de l’année 2024, la production de Kamoa-Kakula s’accélère. La plus grande mine de cuivre de la République Démocratique du Congo (RDC) a atteint un record de 41 800 tonnes produites en octobre 2024, selon une annonce faite le 4 novembre par Ivanhoe Mines, qui détient 39,6 % de la mine. Cette production, en hausse de 1 453 tonnes par rapport au mois d’août, date de la mise en service d’une troisième usine de traitement, se situe à 8 200 tonnes du volume mensuel nécessaire pour atteindre la capacité de production installée de 600 000 tonnes.
Selon les chiffres publiés par Ivanhoe, la performance de Kamoa-Kakula s’est rapprochée de la capacité de production installée le 12 octobre. Ce jour-là, la mine a atteint un record de 1 720 tonnes de cuivre. « Cela correspond à un taux de production annualisé d’environ 580 000 tonnes de cuivre, en tenant compte de la disponibilité », précise l’entreprise basée au Canada.
Cette accélération ne permettra néanmoins pas de compenser les pertes de production enregistrées au premier semestre en raison de l’intermittence de l’approvisionnement en électricité par le réseau. Cette situation a conduit Ivanhoe à revoir à la baisse ses prévisions de production, passant d’une fourchette initiale de 440 à 490 mille tonnes à une nouvelle estimation comprise entre 425 et 450 mille tonnes de concentrés de cuivre. Cependant, cela laisse entrevoir une nouvelle hausse de la production en 2025, après une augmentation de 18 % en 2023, atteignant 393 551 tonnes.
Tout comme la production de Kamoa-Kakula, les prix du cuivre continuent d’augmenter. Au premier semestre 2024, le prix moyen du cuivre a atteint 9 215,84 dollars la tonne, contre 8 726,90 dollars à la même période en 2023. Plusieurs analystes estiment que les prix du cuivre devraient atteindre en moyenne 10 200 dollars la tonne au cours du dernier trimestre de 2024, et pour 2025, plusieurs institutions anticipent un prix moyen approchant les 10 500 dollars la tonne. Dans une étude de préfaisabilité, Ivanhoe Mines indique qu’un prix moyen de 7 000 dollars la tonne sur la durée de vie de la mine est nécessaire pour générer des profits solides.
En 2023, les ventes de Kamoa-Kakula ont dépassé les 2,7 milliards de dollars, et on s’achemine vers un chiffre d’affaires encore plus élevé en 2024. Pour les neuf premiers mois de l’année, les ventes s’élevaient déjà à 2,3 milliards de dollars, avec un chiffre d’affaires record de 828 millions de dollars au troisième trimestre, selon les chiffres publiés par Ivanhoe Mines. Cette perspective est intéressante pour les créanciers de Kamoa-Kakula, qui a bénéficié d’un financement non garanti de 400 millions de dollars auprès d’institutions financières en RDC pour soutenir son expansion. Elle l’est également pour l’État. À titre d’illustration, Ivanhoe affirme que l’État a perçu, à fin juillet 2024, plus de 217 millions de dollars au titre de l’impôt sur les bénéfices et profits, contre près de 29 millions de dollars durant toute l’année 2023.
Pierre Mukoko
Lire aussi :
Cuivre : après l’Américain Goldman Sachs, le Suisse UBS prédit aussi une hausse du prix en 2025
Cuivre : réduction des objectifs de production 2024 de la plus grande mine de RDC
La banque suisse UBS prévoit un prix moyen du cuivre de 10 500 $ la tonne pour 2025, surpassant les 10 160 $ annoncés par Goldman Sachs dans ses récentes prévisions revues à la hausse. Cette nouvelle estimation, relayée par Agence Ecofin, reflète un optimisme accru chez les analystes du marché du cuivre, dont la République démocratique du Congo (RDC) a été le deuxième producteur mondial en 2023.
Dans le détail, les raisons avancées par les analystes d’UBS pour justifier leur prévision comprennent une offre restreinte face à une demande croissante, notamment pour les véhicules électriques, les énergies renouvelables et les centres de données. Ils anticipent un déficit de plus de 200 000 tonnes sur le marché en 2025, et une hausse du prix qui devrait grimper à 11 000 $ la tonne en 2026.
Il faut rappeler qu’au moment de relever ses prévisions de prix pour le cuivre la semaine dernière, la banque américaine Goldman Sachs avait de son côté cité comme principal facteur l’impact positif des récentes mesures de relance économique en Chine sur la demande du métal. Plus tôt ce mois, le cabinet d’analyse Fastmarkets a estimé que les prix du cuivre devraient atteindre en moyenne 10 265 dollars la tonne au cours du dernier trimestre de 2024, avec comme raisons les mesures de relance en Chine, mais également la baisse des taux d’intérêt décidée par la Réserve fédérale américaine.
Les prévisions des divers analystes susmentionnés sont supérieures au prix prévu dans le projet de loi de finances de la RDC où le pays table sur une tonne de cuivre à 7 909,57 $. Une éventuelle hausse du prix du cuivre en 2025 ne sera néanmoins pas le seul facteur qui déterminera une croissance des recettes publiques générés. Il faut prendre en compte l’évolution de la production et la nature et les termes des contrats entre l’État et les entreprises minières, ainsi que ceux entre ces entreprises et leurs clients.
LNK
Lire aussi :
Prix du cuivre : les prévisions de Goldman Sachs dépassent de 2250 $ celles du budget 2025 de RDC
Le marché mondial du cobalt devrait bien connaître un excédent en 2024, indique un nouveau rapport publié le 28 octobre 2024 par Cobalt Institute. Cette prévision intervient alors que la compagnie chinoise CMOC, opérant en République démocratique du Congo (RDC), avait indiqué, en août dernier, que « le taux de croissance de l’offre sur le marché va progressivement ralentir au second semestre 2024, ce qui permettra d’atténuer efficacement la pression sur le marché ».
Selon les analystes du Cobalt Institute, le principal facteur expliquant l’excédent attendu sur le marché serait une hausse de la production sur un actif appartenant à CMOC (premier producteur mondial), en l’occurrence la mine Kisanfu en RDC. Cette dernière devrait produire 23 000 tonnes de cobalt en plus par rapport à 2023, alors que les volumes de la mine Tenke Fungurume (également détenue en RDC par CMOC) devraient augmenter de 14 000 tonnes. En dehors de la hausse de l’offre congolaise, l’autre grand facteur mis en avant est une demande plus faible, notamment dans le secteur des véhicules électriques (VE), où un ralentissement de la croissance des ventes est prévu en 2024 par l’AIE.

Il faut rappeler qu’alors que plusieurs sources rapportaient en août 2024 qu’une surabondance de l’offre sur le marché a fait chuter les prix du cobalt pratiquement à leurs plus bas niveaux depuis 8 ans, les analystes de CMOC avaient fait une sortie optimiste. Ils avaient indiqué que les prix du cobalt à moyen et long terme devraient s’améliorer sous l’effet combiné de l’offre et de la demande. « La demande de cobalt dans le secteur des batteries de VE devrait augmenter en raison d’une augmentation du taux de pénétration de ce type de véhicules en Chine et dans le monde », avaient-ils indiqué, précisant que la demande de cobalt dans les secteurs traditionnels tels que l’aérospatiale et les applications de défense nationale devrait continuer d’augmenter.
Selon le Cobalt Institute, le marché du cobalt devrait rester excédentaire en 2025, alors que les analystes de Commodity Insights prévoient un excédent jusqu’en 2028. Cela pourrait maintenir les prix du cobalt à leurs niveaux actuels, voire en deçà, loin des records à plus de 80 000 dollars la tonne enregistrés en 2022.

À la bourse des métaux de Londres, le prix de la tonne de cobalt pour livraison dans trois mois a baissé de 20 % depuis janvier 2024, se négociant à 24 300 dollars le 25 octobre. En septembre dernier, Fitch Ratings a estimé que le prix du cobalt devrait se négocier entre 25 000 et 26 000 dollars la tonne jusqu’en 2027.
Il est difficile d’évaluer précisément les conséquences de la baisse des prix du cobalt sur les recettes publiques de la RDC. Dans son projet de loi de finances pour 2025, le premier producteur mondial de cobalt, qui fournit plus de 70 % de l’offre mondiale, se montre optimiste et table sur un prix du cobalt à 28 007,73 dollars la tonne pour 2025, contre 28 250,67 dollars en 2024. En outre, la baisse des prix enregistrée en 2023 a été partiellement compensée par une augmentation de la production, qui est passée de 115 371 tonnes en 2022 à environ 153 000 tonnes l’année dernière.
Emiliano Tossou
Lire aussi :
Cobalt : le prix à son plus bas niveau depuis janvier 2016, en raison d’une offre excédentaire
Prix du cobalt : le Chinois CMOC, premier producteur mondial, optimiste
Les progrès du chinois CMOC en RDC soutiennent une hausse de 670% de son bénéfice net
La banque américaine Goldman Sachs a récemment rehaussé ses prévisions pour le prix du cuivre en 2025, portant le prix moyen attendu à 10 160 $ la tonne, contre 10 100 $ précédemment. Cette révision à la hausse est principalement justifiée par l’impact positif des récentes mesures de relance économique en Chine sur la demande du métal.
Il y a quelques semaines, le cabinet d’analyse Fastmarkets a estimé que les prix du cuivre devraient atteindre en moyenne 10 265 dollars la tonne au cours du dernier trimestre de 2024. Cette prévision prend en compte non seulement les mesures de relance en Chine, où un plan de 3,95 billions de yuans (560 milliards de dollars) a été annoncé en septembre pour contrer le ralentissement économique, mais également la baisse des taux d’intérêt décidée par la Réserve fédérale américaine.
Pour l’instant, il est encore difficile de se prononcer sur l’impact potentiel de ces prévisions (si elles se concrétisent) sur les revenus miniers de l’État de la République Démocratique du Congo (RDC), qui était le deuxième producteur mondial de cuivre en 2023. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte, notamment la nature et les termes des contrats entre l’État et les entreprises minières, ainsi que ceux entre ces entreprises et leurs clients, sans oublier les volumes de production de cuivre du pays.
Dans le projet de loi des finances 2025, présenté au Parlement, le gouvernement de la RDC prévoit un prix du cuivre à 7 909,57 $, après avoir noté que le cours du cuivre est passé de 8 726,9 $ la tonne au premier semestre 2023 à 9 215,84 $ la tonne sur la même période en 2024, ce qui représente une hausse de 5,6 %. On peut donc déjà constater que les prévisions de Goldman Sachs dépassent de 2 250,43 $ les hypothèses budgétaires de la RDC.
Début octobre, il convient de rappeler que la compagnie minière Ivanhoe Mines a revu à la baisse ses prévisions de production pour la plus grande mine de cuivre du pays, Kamoa-Kakula. La société évoque notamment l’instabilité du réseau électrique dans le sud comme l’une des raisons de cette révision. Ivanhoe vise désormais une production maximale de 450 000 tonnes de concentré de cuivre en RDC pour 2024, contre 490 000 tonnes dans ses prévisions initiales.
Cette mine fait partie des actifs qui ont permis à la RDC d’augmenter sa production et ses revenus extractifs ces dernières années. Bien que des mesures aient été annoncées pour résoudre le problème de l’approvisionnement électrique d’ici 2025, il reste à voir si elles seront mises en œuvre sans encombre, ainsi que les éventuels impacts sur la production de l’année prochaine.
Louis-Nino Kansoun
Lire aussi :
Mines : depuis la Chine, la RDC réitère son appel à investir dans la transformation locale
La RDC prévoit une croissance de 5,3 % de l’activité minière en 2025
Cuivre : l’État veut contrôler la vente de la production de la plus grande mine de RDC