À travers Gécamines Trading, sa nouvelle filiale dédiée au trading des minerais, Gécamines veut orienter vers les États-Unis une partie de la production de cuivre de Tenke Fungurume Mining (TFM), contrôlée à 80 % par le groupe chinois CMOC. Pour ce faire, l’entreprise publique congolaise annonce avoir décidé d’utiliser, pour la première fois, son droit contractuel d’acheter la part de production correspondant à sa participation de 20 % dans cette mine afin de la revendre aux États-Unis. Elle chiffre ce volume à 100 000 tonnes pour l’année 2026.
«Cette première opération de commercialisation constitue le prolongement et le développement du dispositif d’offre compétitive des productions des partenariats de Gecamines, dispositif mis en place depuis 2023 et exécuté jusqu’à présent avec succès », a indiqué le président du Conseil d’administration de Gécamines, Guy-Robert Lukama, cité dans le communiqué de l’entreprise.
L’idée de commercialiser elle-même la part de production correspondant à sa participation dans les coentreprises minières découle, selon Gécamines, de la volonté de contourner la pratique des prix de transfert utilisée par plusieurs opérateurs. Cette pratique consiste à vendre la production à bas prix à une société liée, réduisant d’autant les dividendes versés à Gécamines et les recettes minières reversées à l’État. Avec cette démarche, l’entreprise espère une meilleure valorisation des produits congolais, une augmentation de la base taxable pour l’État et une diversification des acheteurs, renforçant l’indépendance commerciale du pays.
« Nous sommes heureux de cette première opération qui concrétise un travail mené depuis plus d’une année désormais pour renforcer la position de la République Démocratique du Congo sur l’échiquier mondial des matières premières et concrétiser la volonté de l’Etat congolais d’asseoir sa souveraineté sur son sous-sol », a précisé la directeur général de Gécamines, Placide Nkala Basadilua, repris dans le même communiqué. À terme, la compagnie publique ambitionne des droits de vente pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt, confirmant sa volonté de redevenir un acteur global du marché des matières premières critiques.
Accord stratégique
Avant de décider d’exercer son droit d’achat, Gécamines dit avoir réalisé, fin 2025, une consultation de marché. Selon nos informations, à l’issue de cette consultation, plusieurs acteurs américains se sont portés acquéreurs des 100 000 tonnes de cuivre, à des conditions jugées avantageuses pour Gécamines. Il faut dire que le cuivre a signé une année 2025 exceptionnelle, avec une hausse de prix de 44 % et un record à 12 960 dollars la tonne sur le London Metal Exchange (LME). Selon les analystes, la dynamique resterait favorable en 2026.
L’opération permet également à la RDC de mettre en œuvre les engagements pris dans l’accord stratégique signé le 4 décembre 2025 à Washington avec les États-Unis. Selon le texte, « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation liés à la participation et aux contrats pour fournir un accès à l’offtake aux personnes américaines et alliées ». Ce dispositif oblige Gécamines, ou toute autre entreprise publique, à proposer en premier lieu ses volumes commercialisables aux sociétés américaines avant tout autre acheteur, sous réserve de « conditions commerciales comparables », afin de garantir une conformité aux prix internationaux.
Gécamines Trading, qui porte l’opération, est une joint-venture mise en place en partenariat avec le groupe genevois Mercuria Energy Trading. Chargée de commercialiser le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques, comme le germanium ou le gallium, provenant du sous-sol congolais, elle est également soutenue par la US International Development Finance Corp (DFC). L’agence publique américaine, qui appuie le développement d’entreprises américaines sur les marchés émergents, dit même avoir émis une lettre d’intention en vue d’un « investissement en actions » dans cette joint-venture. Objectif : « sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines en minéraux stratégiques », souligne-t-elle.
Pierre Mukoko
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