Zijin Mining et CMOC, deux groupes miniers chinois qui contrôlent une part importante de la production de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo (RDC), sont annoncés dans le tour de table du projet de modernisation du corridor ferroviaire de TAZARA. Soutenu par la Chine, ce chantier est présenté comme une alternative logistique de poids face au corridor de Lobito, développé en parallèle avec l’appui des États-Unis et de l’Union européenne (UE).
Le projet de revitalisation de TAZARA s’inscrit dans un programme de plus de 1,4 milliard de dollars, comprenant environ 1 milliard destiné à la réhabilitation de l’infrastructure ferroviaire et 400 millions consacrés à l’acquisition de locomotives et de wagons. Dans le montage récemment dévoilé autour du véhicule d’investissement, China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) détiendrait 80 % du capital, tandis que CMOC, une entité liée à Zijin, Jiayou International Logistics et COSCO Shipping Holdings prendraient chacun 5 %, sous réserve des autorisations réglementaires requises en Chine.
Au-delà du financement, l’arrivée de groupes miniers dans ce projet traduit une logique plus large de sécurisation des chaînes logistiques d’exportation des minerais africains, dans un contexte de concurrence croissante entre corridors régionaux. En se joignant à la modernisation de TAZARA, CMOC et Zijin contribuent à consolider la présence chinoise sur les routes d’évacuation des minerais critiques d’Afrique australe et centrale, alors que les grandes puissances cherchent à sécuriser les axes par lesquels transitent cuivre, cobalt et zinc.
À travers ses filiales Tenke Fungurume Mining (TFM) et Kisanfu, CMOC a exporté 747 468 tonnes de cuivre en 2025, selon les statistiques minières officielles congolaises, soit près de 22 % des exportations totales du pays. De son côté, Zijin détient indirectement 39,6 % de Kamoa-Kakula, aux côtés d’Ivanhoe Mines (39,6 %), de l’État congolais (20 %) et de Crystal River (0,8 %). Selon les statistiques minières consolidées pour 2025, Kamoa totalise 400 185,59 tonnes d’exportations de cuivre, soit environ 12 % des exportations nationales.
TAZARA en embuscade
En face, les États-Unis et l’Union européenne continuent d’accélérer leur soutien au corridor de Lobito. Cette infrastructure vise à relier les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, sur l’Atlantique, à travers la remise à niveau d’infrastructures ferroviaires et logistiques. L’objectif affiché est de proposer une voie d’exportation plus rapide et plus compétitive pour les minerais stratégiques issus de la Copperbelt.
Selon une présentation réalisée en novembre 2025 par l’Institut fédéral des géosciences et des ressources naturelles (BGR, Allemagne), en coopération avec le ministère congolais des Mines, le corridor de Lobito, qui couvre 1 740 km, dont 450 km en RDC et 1 290 km en Angola, apparaît comme l’itinéraire le plus efficace parmi les grands débouchés portuaires de la région : 5 à 8 jours entre les zones minières et Lobito, contre 30 à 32 jours vers Dar es Salaam, 28 à 34 jours vers Beira, 29 jours vers Walvis Bay et 30 à 36 jours vers Durban.
Cet avantage logistique pourrait toutefois se réduire à terme avec la rénovation en cours de TAZARA. Long de 1 800 km, ce corridor est régulièrement présenté comme une alternative crédible. Dans leur présentation, le BGR et le ministère congolais des Mines soulignent d’ailleurs que le développement de Lobito s’inscrit dans un environnement régional concurrentiel, où plusieurs extensions et interconnexions ferroviaires sont envisagées, y compris avec TAZARA.
Peu d’engagement en faveur de Lobito
Pour Washington, l’enjeu dépasse la seule logistique. L’accord stratégique signé en décembre 2025 entre les États-Unis et la RDC consacre le corridor de Sakania-Lobito comme une route stratégique pour le transport et l’exportation du cuivre, du cobalt, du zinc et d’autres minerais critiques depuis la RDC vers les États-Unis. Il prévoit qu’au cours des cinq prochaines années, au moins 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises minières publiques de la RDC transiteront via l’axe congolais du corridor.
Malgré ses atouts, le corridor de Lobito continue néanmoins de soulever des interrogations sur sa viabilité économique à long terme. Le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) a estimé que sa réussite dépendra de sa capacité à attirer un volume de trafic suffisant au-delà de la seule promesse géopolitique, tandis que l’IRIS a également pointé des fragilités liées à la gouvernance, à la coordination régionale et au niveau encore limité d’engagement de certains acteurs miniers.
À ce stade, Kamoa Copper, coentreprise propriétaire du complexe cuprifère de Kamoa-Kakula, figure parmi les rares grands opérateurs à avoir déjà formalisé un usage du corridor de Lobito. Un protocole d’accord signé en février 2024 avec Lobito Atlantic Railway prévoit l’exportation d’une partie de sa production de cuivre par cet axe. Kamoa Copper a d’ailleurs exporté, au premier trimestre 2026, ses premières anodes de cuivre via le corridor de Lobito.
« Lobito est encore en montée en puissance. Pour cette année, on prévoit d’expédier entre 50 000 et 70 000 tonnes via Lobito, mais ce ne sont pas des chiffres figés : cela dépendra de sa montée en puissance et de la compétitivité des autres corridors », a indiqué, en février dernier, Olivier Binyingo, président du conseil d’administration de Kamoa Copper.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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