Les États-Unis ont publiquement placé l’attribution à Mota-Engil de la concession du segment congolais du corridor de Lobito parmi les projets jugés prioritaires pour la mise en œuvre du partenariat stratégique conclu le 4 décembre 2025 avec la République démocratique du Congo (RDC). Dans une allocution prononcée le 19 mars 2026 au Powering Africa Summit, à Washington, Nick Checker, haut responsable du Bureau des affaires africaines du Département d’État, a cité cette attribution parmi les trois projets « fondamentaux pour la mise en œuvre réussie de ce partenariat ».
Les deux autres projets mentionnés par Washington sont l’acquisition des actifs de Chemaf par un consortium conduit par Virtus, approuvée par le ministère congolais des Mines le 13 mars 2026, et la transaction envisagée entre Orion Critical Mineral Consortium et Glencore sur des actifs miniers en RDC, encore présentée publiquement comme une opération proposée dans le cadre d’un mémorandum d’entente non contraignant.
L’accord de partenariat stratégique présente le corridor Sakania-Lobito comme un projet d’infrastructure stratégique pour les deux parties et comme un élément essentiel de la stratégie industrielle et commerciale congolaise. Il fixe des objectifs de transit précis : 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises publiques devront transiter par ce corridor au cours des cinq prochaines années.
Washington ne cache pas l’objectif géoéconomique poursuivi. Dans le même discours, Nick Checker a déclaré que l’objectif américain est de faire en sorte que les minerais critiques africains « commencent à affluer vers l’ouest, en direction des États-Unis », en citant le corridor de Lobito comme illustration de ce modèle. Il a également estimé que ces projets apporteraient à la fois des avantages aux chaînes d’approvisionnement américaines et un signal positif au secteur privé sur l’ouverture de la RDC aux affaires. « Avec l’engagement constant et le leadership du président Tshisekedi, nous sommes optimistes quant à la réalisation rapide de ces premiers projets », a-t-il indiqué.
Appel d’offres
Ce soutien américain à l’option Mota-Engil n’est pas nouveau. Le 5 décembre 2025, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a annoncé une lettre d’intention avec le groupe portugais pour appuyer la réhabilitation, l’exploitation et le transfert de la ligne Dilolo-Sakania en RDC. Selon la DFC, ce soutien pourrait atteindre un milliard de dollars, sous réserve de l’instruction complète du dossier.
Côté congolais, les autorités continuent toutefois d’afficher une démarche formellement ouverte. Lors de la première réunion de coordination du corridor, tenue à Luanda en février 2026, le vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, a indiqué que la RDC préparait un appel d’offres international pour la réhabilitation du tronçon Tenke-Kolwezi-Dilolo, avec une option privilégiée de partenariat public-privé et un lancement des travaux attendu au quatrième trimestre 2026.
En attendant la structuration complète du projet, la société publique congolaise SNCC reste active sur ce tronçon où des travaux d’urgence sont déjà engagés. Il est notamment question de traiter environ 80 km de zones critiques afin d’assurer la continuité du trafic. Selon les autorités, 100 millions de dollars ont déjà été investis pour la réhabilitation de 60 à 70 kilomètres de voie ferrée.
Selon les projections officielles, le corridor doit rendre le port de Lobito plus compétitif que ceux de Durban, en Afrique du Sud, de Dar es Salaam, en Tanzanie, de Beira, au Mozambique, ou encore de Walvis Bay, en Namibie, pour les exportations congolaises à partir du sud du pays. À titre de comparaison, il faudrait entre 5 et 8 jours pour acheminer le fret des villes minières de Tenke ou Kolwezi jusqu’au port de Lobito, contre près de 25 jours pour Durban. Cette réduction des délais permettrait, selon le ministre des Transports, de diminuer les coûts logistiques jusqu’à 30 %. Dès la première année d’exploitation, un volume d’un million de tonnes à l’export et de 500 000 tonnes à l’import est prévu.
Sur le segment angolais, Mota-Engil, Trafigura et Vecturis opèrent déjà via le consortium Lobito Atlantic Railway (LAR), titulaire d’une concession de 30 ans sur la ligne Lobito-Luau. Cette section est exploitée depuis 2023.
Ronsard Luabeya
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