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Jolie Mbala (ACB) : « La conformité doit être perçue comme un investissement stratégique »

Jolie Mbala (ACB) : « La conformité doit être perçue comme un investissement stratégique »

À l’occasion de l’atelier animé du 21 au 22 avril 2026 par Visa sur le thème « La conformité autrement », la présidente de la Commission conformité de l’Association congolaise des banques (ACB) s’est confiée à Bankable. Dans un contexte marqué par le maintien de la RDC sur la liste grise du GAFI, Jolie Mbala revient sur les priorités du secteur bancaire. La directrice de la conformité d’Ecobank RDC plaide pour une approche fondée sur les risques, soutenue par la digitalisation, afin de renforcer la crédibilité, la résilience et l’inclusion financière.

Bankable : Kinshasa a accueilli du 21 au 22 avril 2026 un atelier consacré à la conformité financière, réunissant régulateurs, banques et acteurs internationaux autour d’un objectif commun : repositionner la conformité comme un levier stratégique pour le secteur financier congolais. Quels résultats tangibles peut-on attendre à l’issue de ces deux jours de travaux ?

Jolie Mbala : Cet atelier est avant tout un moment de convergence stratégique. Les résultats attendus sont très concrets.

D’abord, une meilleure harmonisation des attentes entre les régulateurs, les banques et les partenaires. Ces attentes portent notamment sur les standards de conformité et leur application pratique dans le contexte congolais.

Ensuite, le partage d’expériences et de bonnes pratiques permet de renforcer les capacités des parties prenantes, en repositionnant la conformité non plus comme une contrainte réglementaire et un frein au développement commercial, mais comme un levier de résilience, de crédibilité et de compétitivité pour nos banques.

Enfin, ce forum devrait aboutir à des axes d’actions communs, notamment en matière de partage de connaissances, de digitalisation des paiements, de gestion des risques et de coopération entre institutions. La présence de Visa, en collaboration avec l’Association congolaise des banques (ABC) et la Banque centrale du Congo (BCC), illustre clairement cette dynamique tournée vers l’avenir.

Bankable : Depuis octobre 2022, la RDC figure sur la liste grise du GAFI, ce qui montre que la conformité demeure un défi majeur pour le pays. Quelle est, selon vous, la priorité la plus urgente pour renforcer durablement le dispositif de conformité du secteur bancaire congolais ?

JM : La priorité absolue me semble être le renforcement durable du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT/FP), dans une approche coordonnée entre les autorités publiques, la Banque Centrale du Congo, les banques commerciales et les autres parties prenantes.

La digitalisation transforme les risques à travers notamment, l’augmentation des volumes et de la vitesse des transactions, la diminution du contact physique avec le client, les nouveaux canaux et acteurs ainsi que la fragmentation des données. En ce sens, la digitalisation complexifie le risque BC/FT/FT et exige des approches plus sophistiquées.

Des avancées importantes ont déjà été réalisées : la révision du cadre légal et réglementaire en matière de LBC/FT/FP, la mise en place et la restructuration des institutions chargées de la LBC/FT/FP, ou encore l’adhésion récente de la RDC à l’ESAAMLG témoignent d’une volonté politique forte.

À présent, l’enjeu est d’accélérer la mise en œuvre effective des normes avec le renforcement des poursuites en matière de BC/FT/FP, l’amélioration de la qualité des données, la montée des compétences, l’optimisation des contrôles et une meilleure coopération entre le secteur public et le secteur privé. C’est cette cohérence globale qui permettra à la RDC de sortir durablement de la liste grise du GAFI.

Bankable : Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés rencontrées par les banques en RDC dans la mise en œuvre des exigences de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme ?

JM : Les banques commerciales congolaises évoluent dans un environnement complexe, marqué par : la prédominance des opérations en numéraires (cash) et du secteur informel ; des défis liés à la disponibilité et à la fiabilité des données clients avec, entre autres, l’absence d’une carte d’identité nationale ou document assimilé ainsi que d’une base de données centralisée de la population ; et parfois un décalage entre normes internationales et réalités locales.

Cela dit, il est important de souligner la résilience du secteur bancaire congolais. Malgré ces contraintes, les banques commerciales investissent fortement dans les systèmes de conformité, la formation des équipes et la modernisation des processus. Les défis existent, mais ils sont clairement identifiés et activement adressés.

Bankable : Avec la montée des paiements digitaux, de nouveaux risques émergent, notamment les fraudes numériques, les money mules ou encore les crypto-actifs. Comment les banques congolaises s’adaptent-elles concrètement à ces nouvelles menaces ?

JM : La digitalisation transforme les risques à travers notamment, l’augmentation des volumes et de la vitesse des transactions, la diminution du contact physique avec le client, les nouveaux canaux et acteurs ainsi que la fragmentation des données. En ce sens, la digitalisation complexifie le risque BC/FT/FT et exige des approches plus sophistiquées.

Il convient toutefois de souligner que la digitalisation offre aussi des outils robustes pour maîtriser les risques susmentionnés : l’automatisation du monitoring, la traçabilité des données avec des pistes d’audit, le recours à des outils intégrant les capacités de l’intelligence artificielle et l’accès rapide à l’information.

Une banque conforme est plus stable, mieux protégée contre les risques juridiques et réputationnels, et plus crédible auprès des clients, des investisseurs ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.

Avec l’impulsion de l’ACB, les banques congolaises renforcent leurs dispositifs de surveillance des transactions, investissent dans des solutions de détection de BC/FT/FP en temps réel, et développent des mécanismes spécifiques contre les risques émergents tels que les money mules ou l’utilisation abusive des crypto-actifs.

Le partenariat avec des acteurs technologiques tels que Visa, conjugué au cadre réglementaire défini par la BCC et aux actions de sensibilisation menées par l’ACB, permet une évolution structurée, sécurisée et alignée sur les standards internationaux.

Bankable : Avec l’arrivée d’acteurs technologiques comme Visa et le développement de solutions basées sur la data (analytics, scoring, détection de fraude), dans quelle mesure les banques congolaises sont-elles prêtes à intégrer ces outils, et quels défis restent à lever pour exploiter pleinement le potentiel des données dans la gestion de la conformité ?

JM : Oui, absolument. Les banques congolaises ont pris le virage technologique. Elles disposent déjà de solutions d’analytics, de scoring et de dispositifs de monitoring automatisé, et nombre d’entre elles ont recours à des outils intégrant l’intelligence artificielle.

Les principaux défis aujourd’hui ne résident donc plus dans la technologie elle-même, mais dans le cadre réglementaire, la qualité des données, l’interopérabilité des systèmes et le développement des compétences nécessaires pour exploiter pleinement ces outils.

L’Association Congolaise des Banques (ACB), à travers sa participation active à ces deux jours de forum, démontre l’engagement des banques commerciales en faveur de l’adoption des technologies notamment dans le domaine de la LBC/FT/FP.

Bankable : Dans quelle mesure les exigences de conformité pèsent-elles sur les coûts des banques, et comment concilier ces contraintes avec les objectifs d’inclusion financière et de croissance du secteur ?

JM : La conformité représente un coût réel pour les banques, en raison des exigences réglementaires croissantes, des investissements technologiques et des ressources spécialisées nécessaires. Toutefois, elle ne doit pas être perçue comme une charge, mais comme un investissement stratégique. Une banque conforme est plus stable, mieux protégée contre les risques juridiques et réputationnels, et plus crédible auprès des clients, des investisseurs ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.

Grâce à la digitalisation et aux approches fondées sur le risque, les banques peuvent réduire les coûts unitaires de conformité tout en améliorant l’efficacité des contrôles. Ces innovations permettent aussi de faciliter l’inclusion financière en élargissant l’accès aux services bancaires de manière sécurisée.

En définitive, conformité, inclusion financière et croissance du secteur bancaire ne s’opposent pas : bien intégrées, elles se renforcent mutuellement et contribuent au développement durable du système financier.

Propos recueillis par Aboudi Ottou

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