Après l’injonction donnée, le 17 avril 2026, par le ministère de la Justice au Procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir des investigations sur un contrat conclu avec la société DIVO SARL, le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL) appelle à élargir l’examen judiciaire à l’ensemble des marchés publics passés par le Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO).
Dans un communiqué publié le 23 avril, l’organisation estime à 34,6 millions de dollars le volume des marchés publics qu’elle juge irréguliers entre 2022 et 2025. Ces paiements, selon le CREFDL, auraient été effectués sans respect de la législation sur les marchés publics et devraient faire l’objet d’un examen par la justice.
L’appel du CREFDL intervient alors que le coordonnateur national du FRIVAO entre août 2024 et juillet 2025, Chançard Bolukola, arrêté depuis le 25 juillet 2025, est poursuivi notamment pour détournement présumé de fonds destinés à l’indemnisation des victimes et violation de la loi relative aux marchés publics. L’organisation affirme que la procédure judiciaire en cours rejoint les recommandations formulées dans son rapport d’enquête citoyenne publié en septembre 2025.
Selon ce rapport, le FRIVAO a reçu près de 195 millions dollars entre 2022 et 2024, dont une partie devait servir à l’indemnisation des victimes de la guerre de Kisangani. Le CREFDL affirme toutefois que seulement 2,08 millions de dollars auraient été effectivement versés aux victimes jusqu’au 8 octobre 2024, soit moins de 2 % des 105,1 millions dollars affectés à cette indemnisation.
Dans le détail, le communiqué du 23 avril cite plusieurs paiements contestés, dont 14,9 millions dollars à Congo Energy pour la réhabilitation de la centrale de la Tshopo, 9 millions dollars à la SNEL pour le système électrique de Kisangani, 4 millions dollars à l’ICCN pour le jardin zoologique et botanique de Kisangani, ainsi que 1,75 million dollars à l’OVDA Tshopo pour un projet de stabilisation de la paix.
Le contrat DIVO SARL, à l’origine de l’injonction du ministère de la Justice, figure également dans la liste du CREFDL, avec un acompte de 512 000 dollars versé pour la production d’un documentaire sur le GENOCOST. Dans son communiqué du 17 avril, le ministère de la Justice avait évoqué de fortes présomptions d’irrégularités, notamment le décaissement de plus d’un million de dollars, l’absence de livrables conformes et des violations présumées des règles de gestion des finances publiques.
Depuis sa cellule à la prison centrale de Makala, l’ancien coordonnateur national a.i. du FRIVAO, Chançard Bolukola, conteste toutefois la version selon laquelle ce documentaire aurait coûté 1,6 million dollars pour une durée de six minutes. Dans une lettre manuscrite datée du 19 avril 2026 et relayée par Actualite.cd, il affirme que le contrat portait plutôt sur 640 000 dollars hors taxes et que le film aurait une durée d’environ 1 h 14, tout en rejetant les accusations portées contre sa gestion.
Cette contestation renforce l’enjeu des investigations judiciaires, qui devront établir le montant réellement engagé, les paiements effectivement exécutés, la conformité des livrables et les responsabilités éventuelles dans la gestion des fonds destinés aux victimes.
Boaz Kabeya









