Près de trois semaines après la première réunion du Comité de pilotage conjoint (CPC) du partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis, tenue à Washington le 5 février dernier, le président Félix Tshisekedi a nommé Baraka Kabemba directeur général de la Générale des carrières et des mines (Gécamines). Cette nomination place l’expert-comptable au centre des enjeux liés à la mise en œuvre de ce partenariat, signé le 4 décembre 2025. Un accord auquel il a contribué en tant que membre de la cellule de coordination stratégique chargée du suivi des négociations et de la mise en œuvre, mise en place en mai 2025.
Baraka Kabemba, qui promet « un engagement total », le sait : détenteur de plusieurs permis miniers et actionnaire de plusieurs coentreprises minières en production, la Gécamines est appelée à jouer un rôle clé dans la matérialisation de cet accord, axé notamment sur les minerais critiques. Le texte prévoit notamment que « la RDC et ses entreprises publiques utiliseront leurs droits de commercialisation (fondés sur leurs participations et accords) afin de donner accès à des contrats d’enlèvement (offtake) et d’approvisionner le marché américain », en offrant aux acteurs américains ou à leurs alliés « un droit de première offre ».
Selon les calculs du cabinet Innogence Consulting, les participations de la Gécamines lui donneraient potentiellement la capacité d’orienter vers les États-Unis, dès cette année, 250 000 tonnes de cuivre, 12 000 tonnes de cobalt et 100 000 tonnes de zinc. Un chantier sur lequel l’entreprise est engagée depuis plusieurs mois et que devra poursuivre la nouvelle direction.
Gouvernance
La société a déjà conclu plusieurs accords lui garantissant la commercialisation d’une partie de la production de ses coentreprises. Elle travaille, en partenariat avec le négociant de matières premières Mercuria, à la mise en place d’une filiale dédiée au trading de minerais. Une initiative qui a suscité l’intérêt de l’agence publique américaine de financement du développement, la U.S. International Development Finance Corporation (DFC).
L’accord attend aussi des entreprises publiques un effort de lisibilité accru en matière de gouvernance et de participations. Il prévoit par exemple un examen de la « propriété effective et de la structure de direction » des entreprises publiques minières et demande que la RDC s’efforce de fournir des informations générales sur les participations des entreprises publiques dans les projets miniers.
En clair, au-delà des volumes, la Gécamines est attendue sur un second chantier : rendre ses structures et ses positions au capital plus transparentes et plus attractives pour les investisseurs liés au partenariat stratégique. Les entreprises américaines intéressées à investir dans le secteur minier congolais pourraient, en effet, être amenées à constituer des coentreprises avec la Gécamines.
Dans la liste initiale de 25 actifs présentés à ces investisseurs, la Gécamines compte plusieurs mines, dont celle de Mutoshi, exploitée par Chemaf. Endetté, ce producteur de cuivre et de cobalt est en vente depuis 2023, mais le processus peine à aboutir. L’ex-président du conseil d’administration de la Gécamines, Guy Robert Lukama, n’a pas caché son intérêt pour cette compagnie. Selon Bloomberg, son idée aurait été de la revendre en ne conservant qu’une participation maximale de 25 %.
Produit du big 4
Une autre entreprise congolaise, Buenassa, propose plutôt d’en faire un levier « d’accélérer l’intégration verticale : de l’extraction au raffinage, au négoce et au stockage stratégique », en intégrant cet actif à son projet de construction d’une raffinerie. Une proposition à laquelle Guy Robert Lukama aurait accordé peu d’attention. Avec le changement de direction, la position de la Gécamines sur ce dossier est scrutée.
Une chose est cependant certaine : le profil de Baraka Kabemba est de nature à rassurer les investisseurs. Ingénieur commercial, option gestion financière, diplômé de l’ICHEC à Bruxelles, il est également expert-comptable agréé et cumule plus de 22 ans d’expérience en audit et conseil, acquise au sein de grands cabinets internationaux. Il a commencé sa carrière chez PricewaterhouseCoopers (PwC) en Belgique en septembre 2001, avant de rejoindre Ernst & Young (EY) en octobre 2012, où il a gravi les échelons jusqu’à devenir, en septembre 2021, associé en charge des activités de conseil en Afrique centrale (CEMAC + RDC). EY a par ailleurs conseillé la Gécamines à plusieurs reprises.
Mais, hier comme aujourd’hui, la gestion de la plus grande entreprise minière du pays ne requiert pas seulement des compétences techniques. Elle appelle aussi un doigté politique. Pour plusieurs observateurs, cet aspect devrait davantage relever de Deogratias Ngele Masudi, nommé le même jour président du conseil d’administration de la Gécamines. Ancien secrétaire général de l’entreprise jusqu’en 2021 et ex-ministre de la Justice, il connaît bien la maison.
Pour donner un nouveau souffle à la Gécamines — que le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, dit vouloir voir évoluer vers un opérateur minier plutôt qu’une simple société de participations — le défi sera de trouver le bon équilibre entre enjeux techniques et politiques, notamment en matière de gouvernance.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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