Créée en mars 2022, pour résoudre une partie des difficultés de mobilité des étudiants congolais, la société publique Trans-Academia traverse déjà une zone de fortes turbulences financières. Auditionné le 13 mai 2026 devant l’Assemblée nationale, son directeur général, Georges Ongelo, a défendu un vaste plan de redressement destiné à sauver un modèle qu’il présente comme avant tout social.
Face aux députés, le dirigeant a dressé le tableau d’une entreprise confrontée à des contraintes structurelles : déficit de trésorerie, retards de salaires, charges sociales impayées et dépendance persistante aux subventions publiques. Derrière les difficultés de gestion, c’est surtout la question du financement des missions sociales des entreprises publiques qui s’est invitée au débat.
Selon Georges Ongelo, Trans-Academia fonctionne avec une logique de service public incompatible, à ce stade, avec un équilibre financier autonome. La société applique des tarifs subventionnés afin de permettre aux étudiants et élèves de se déplacer à moindre coût, tout en assumant des charges d’exploitation élevées liées au transport urbain.
Plan de redressement
Pour tenter de stabiliser l’entreprise, la direction a présenté un plan structuré autour de trois horizons.
À court terme, Trans-Academia prévoit l’acquisition de nouveaux équipements, la modernisation de ses outils numériques et l’apurement de sa dette fiscale, que la direction considère comme compensable par des subventions publiques non encore versées. Le plan prévoit également le financement d’un nouveau lot de bus, l’augmentation de la subvention d’équilibre à 700 000 francs congolais, l’application du barème salarial ainsi qu’une révision des crédits budgétaires alloués à la société.
À moyen terme, l’entreprise veut obtenir un agrément de la Banque centrale du Congo afin de déployer un système de paiement dématérialisé. Elle ambitionne aussi de finaliser un décret révisé encadrant ses activités, d’acquérir son propre dépôt logistique et d’étendre progressivement ses services en provinces selon une clé de répartition déjà validée.
À plus long terme, la direction évoque une couverture nationale du service, la diversification des sources de financement — notamment à travers des mécanismes parafiscaux — ainsi qu’un objectif d’autofinancement basé sur des revenus connexes.
Mais derrière cette feuille de route ambitieuse, l’urgence reste financière. Georges Ongelo reconnaît que l’entreprise peine actuellement à faire face à ses charges sociales et accuse plusieurs mois d’arriérés de salaires, notamment pour mars et avril 2026.
Défaillances structurelles
Pour sortir de l’impasse, le directeur général propose la création d’une commission interministérielle placée sous l’autorité de la Primature. Celle-ci réunirait des représentants de la Présidence, des ministères des Transports, des Finances, des Affaires foncières, des Travaux publics et de l’Éducation nationale afin de coordonner les réponses institutionnelles autour du projet.
L’audition du DG de Trans-Academia intervient dans un contexte plus large de remise en question du modèle économique des entreprises publiques congolaises. Dans un récent rapport, la Banque mondiale estime que les entreprises publiques de la RDC ont cumulé environ 5,3 milliards de dollars de pertes entre 2014 et 2023. L’institution souligne notamment que plusieurs d’entre elles assurent des missions sociales sans mécanisme clair de compensation budgétaire, créant des déséquilibres financiers chroniques.
Ce diagnostic rejoint en partie le cas de Trans-Academia. Lancée en 2023, l’entreprise a été conçue comme un outil de mobilité estudiantine reposant sur une plateforme numérique d’enregistrement et des tarifs subventionnés. Le projet s’appuie sur des partenariats avec plusieurs ministères et établissements d’enseignement supérieur.
Depuis son lancement, plus de vingt bus sont opérationnels sur trois lignes à Kinshasa, selon les données communiquées par l’Agence congolaise de presse (ACP). Le programme prévoyait toutefois une montée en puissance beaucoup plus rapide, avec la mise en circulation de 220 bus déjà disponibles et l’acquisition progressive de plus de 400 véhicules supplémentaires.
Au-delà du cas Trans-Academia, l’audition de Georges Ongelo met surtout en lumière une question récurrente en RDC : comment financer durablement des entreprises publiques chargées de missions sociales sans les condamner à une dépendance permanente aux subventions de l’État ?
Ronsard Luabeya









