Le ministère des Finances de la République démocratique du Congo (RDC) a donné jusqu’au 31 mars 2026 aux sociétés exploitant des jeux d’argent — paris sportifs, loteries, casinos et concours de pronostics — pour régulariser leur situation administrative. Dans un communiqué publié le 5 mars, l’administration demande aux opérateurs ne disposant d’aucun agrément de s’identifier auprès de la Direction de la réglementation financière ou des divisions provinciales des Finances afin d’obtenir une autorisation officielle d’exploitation.
À défaut, ils s’exposent à des sanctions prévues par la législation en vigueur. Il peut s’agir de sanctions administratives — amendes, redressements fiscaux, suspension d’activité ou fermeture administrative —, mais aussi de poursuites judiciaires pour activité commerciale non autorisée ou fraude fiscale.
Dans son communiqué, le ministère des Finances rappelle aussi aux opérateurs leur obligation de s’acquitter de la taxe sur l’autorisation d’exploitation ainsi que de la taxe ad valorem sur les gains des joueurs. Sa compétence en la matière découle de l’article 46 de la loi de finances du 10 décembre 2023 pour l’exercice 2024. Ce texte a transféré à ce ministère la perception de ces taxes, prévues dans l’ordonnance-loi du 13 mars 2018 fixant la nomenclature des droits, taxes et redevances du pouvoir central.
1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires
Ce rappel met en lumière l’enjeu d’une meilleure captation des recettes d’un secteur en forte expansion, mais encore largement informel. « La contribution de ce secteur au Trésor public demeure relativement faible, alors même que les études indiquent que le chiffre d’affaires global des entreprises opérant dans ce domaine a dépassé 1,6 milliard de dollars au cours du dernier exercice fiscal », expliquait le ministre des Finances, Doudou Fwamba (photo), lors d’une émission sur Top Congo le 29 septembre 2025.
Cette situation s’explique notamment par la présence d’un grand nombre d’opérateurs informels. En 2023, lors d’un Conseil des ministres, son prédécesseur, Nicolas Kazadi, avait révélé que 139 opérateurs illégaux étaient actifs en 2022, sans qu’aucune donnée ne soit disponible sur leurs revenus. Les recettes fiscales liées à cette activité, cette même année, n’avaient atteint qu’un milliard de francs congolais, un niveau jugé très faible au regard du potentiel réel du secteur.
Malgré cet ultimatum, les marges de manœuvre du ministère des Finances restent limitées par la fragmentation actuelle du cadre de régulation. « Bien que le secteur dispose déjà d’un cadre de régulation, celui-ci reste encore peu modernisé et insuffisamment digitalisé », expliquait Doudou Fwamba dans son intervention radiophonique. Un diagnostic établi par les autorités a notamment mis en évidence l’absence d’un cadre réglementaire clair et unifié, ainsi qu’un déficit de contrôle favorisant le blanchiment d’argent et d’autres activités financières illicites.
C’est précisément pour remédier à ces faiblesses que le gouvernement a engagé une réforme du secteur. Un projet de loi portant principes fondamentaux relatifs aux jeux d’argent et de hasard a été adopté en Conseil des ministres le 11 avril 2025, avant d’être transmis au Parlement en juin 2025.
Vers une forte digitalisation
Le texte prévoit une refonte du dispositif de gouvernance et de régulation. Parmi les mesures envisagées figure la mise en place d’un système de monitoring des activités de jeux, destiné à suivre en temps réel les opérations réalisées par les opérateurs. Il introduirait par ailleurs une digitalisation accrue du système. Les joueurs devraient notamment créer un compte pour participer aux jeux, ce qui permettrait de renforcer la traçabilité des transactions.
Dans cette perspective, le ministère des Sports et Loisirs a engagé, en juin de la même année, un partenariat avec la société burundaise East African General Trade Company pour mettre en place un système numérique centralisé de suivi des paris et loteries. Ce dispositif vise à connecter les plateformes des opérateurs afin de transmettre à l’État des données en temps réel sur les mises et les gains.
La réforme prévoit également l’instauration d’un régime fiscal spécifique pour le secteur afin d’accroître la mobilisation des recettes publiques. Actuellement, les gains sont taxés à hauteur de 10 % et la taxe sur l’autorisation d’exploitation est plafonnée à 100 000 dollars, selon un arrêté datant de novembre 2019. La réforme doit également permettre de mieux lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, deux risques régulièrement associés à ce type d’activités.
Alors que le projet de loi du gouvernement est en examen, le député national Willy Mishiki Buhini a, en février 2026, déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant également à réglementer les jeux d’argent et de hasard en RDC. L’élu estime que le développement rapide du secteur nécessite un encadrement juridique plus strict afin de protéger les joueurs et d’assurer une meilleure contribution fiscale.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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