Pour son premier eurobond, la République démocratique du Congo (RDC) est parvenue à lever 1,25 milliard de dollars alors qu’elle avait revu ses ambitions à la baisse, à 750 millions de dollars, à la fin du mois de janvier. Selon un communiqué de Rawbank, co-coordinateur et co-chef de file de l’émission, publié le 9 avril 2026, l’emprunt est structuré en deux tranches de 5 ans (échéance 2032) et de 10 ans (échéance 2037), avec des rendements respectifs de 8,75 % et 9,50 %. Ces résultats contrastent avec les projections de plusieurs analystes, qui anticipaient des taux d’intérêt à deux chiffres.
Les conditions obtenues par la RDC, primo-émetteur noté spéculatif, sont d’ailleurs inférieures à celles de pays voisins disposant d’un historique de crédit. L’Angola, noté B3 par Moody’s Investors Service et B- par S&P Global Ratings — soit au même niveau que la RDC — a payé 9,5 % lors de son retour sur le marché en octobre 2025, son plus bas rendement en six ans, selon des données compilées par l’Agence Ecofin. La République du Congo, son voisin pétrolier au nord-ouest, a émis en novembre 2025 un eurobond à échéance 2032 au taux de 9,875 %. Le Kenya, première économie d’Afrique de l’Est, a payé 10,375 % pour un titre à sept ans en février 2024.
Pour Rawbank, ces rendements reflètent « une demande soutenue des investisseurs », qui ont souscrit pour plus de 5 milliards de dollars sur les maturités combinées à 5 et 10 ans, et illustrent « la capacité d’ingénierie financière mobilisée pour aligner les attentes des investisseurs avec les fondamentaux du pays ». Une partie de ce savoir-faire a été portée par Rawbank. En sa qualité de co-coordinateur et co-chef de file de l’émission, la première banque du pays a participé à la structuration de l’opération et au placement des titres aux côtés de banques internationales comme Citigroup et Standard Chartered.
« Pour Rawbank, l’objectif est très concret : positionner et valoriser le crédit de la RDC sur les marchés internationaux, aux niveaux adéquats et conformément aux attentes des investisseurs. Nous sommes fiers d’avoir accompagné cette opération, qui ouvre la voie à de nouveaux financements internationaux, y compris pour les émetteurs non souverains », a déclaré Mustafa Rawji, directeur général de la banque.
« Succès total »
Il est aussi possible que le faible niveau d’endettement de la RDC ait joué en faveur du pays dans les calculs des investisseurs. Le ratio dette publique/PIB de la RDC est proche de 18 %, bien en deçà de la médiane subsaharienne d’environ 60 % atteinte à fin 2025, selon des données du FMI. À cela s’ajoutent une inflation maîtrisée autour de 2,3 % et une croissance attendue à plus de 5 %, soutenue par l’activité minière qui, selon la Banque mondiale, devrait également améliorer la position extérieure du pays.
Le contexte géopolitique a ajouté un facteur de soutien. La RDC a signé avec les États-Unis, en décembre 2025, un accord bilatéral sur les minerais stratégiques, accordant aux entreprises américaines un accès prioritaire aux futures concessions minières en échange d’un engagement diplomatique et sécuritaire face aux rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda. S&P Global a relevé cette année la perspective souveraine de la RDC à positive en citant ce rapprochement.
L’opération peut aussi avoir bénéficié d’un contexte de marché plus favorable. Le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, annoncé le 8 avril, a rouvert une fenêtre sur les marchés obligataires des pays émergents, temporairement fermée en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Pour le ministère des Finances, la RDC réalise ainsi une « entrée historique » sur les marchés financiers internationaux. Les services de communication du ministre Doudou Fwamba (photo) parlent d’un « succès total ». Il faut dire que l’opération a aussi été bouclée plus vite qu’attendu. L’objectif affiché par les autorités congolaises était de la finaliser avant la fin du premier semestre 2026. Mais dans un rapport publié en janvier dernier, le FMI estimait « peu probable » une émission avant la mi-2026, compte tenu des diligences techniques encore nécessaires, des échanges à conduire avec les investisseurs et de la nécessité d’obtenir une approbation parlementaire préalable.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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