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Inga 3 : Aecom revient au cœur des études, après un arbitrage de la Banque mondiale

Inga 3 : Aecom revient au cœur des études, après un arbitrage de la Banque mondiale

L’Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga (ADPI) a retenu le groupe américain Aecom pour actualiser les études préparatoires du projet hydroélectrique Inga 3, en République démocratique du Congo. Le contrat, d’un montant de 4,7 millions de dollars, porte sur l’un des premiers marchés structurants de la nouvelle phase de relance du projet.

Selon les informations publiées le 15 juin 2026 par Africa Intelligence et confirmées à Bankable par plusieurs sources proches du processus, la mission confiée à Aecom doit couvrir la mise à jour des options techniques de l’infrastructure, l’évaluation de la demande électrique susceptible de soutenir la bancabilité du projet, ainsi que de nouvelles reconnaissances géologiques sur le site d’Inga. La mission devrait s’étendre sur 24 mois.

D’après des informations obtenues par Bankable auprès d’acteurs internes au processus, la procédure, pourtant engagée de gré à gré, aurait duré plus d’un an en raison de préoccupations liées à de possibles conflits d’intérêts. Deux éléments auraient particulièrement retenu l’attention de la Banque mondiale, qui finance ces études dans le cadre du Programme de développement d’Inga 3 : la proximité entre l’offre financière d’Aecom et l’enveloppe budgétaire prévue pour cette activité, ainsi que les liens de parenté présumés entre les dirigeants du partenaire local initialement associé à l’entreprise américaine et un responsable de premier plan de l’ADPI.

Selon les mêmes sources, une équipe venue de Washington aurait été dépêchée pour examiner le dossier. Cet examen aurait notamment conduit à la mise à l’écart du partenaire local pressenti, tandis qu’Aecom aurait été maintenu dans le processus.

Continuité technique

La Banque mondiale se serait alors trouvée face à un arbitrage délicat. Le marché avait été conçu pour permettre l’actualisation des études par le consortium Aecom- Électricité de France (EDF), qui avait réalisé les études de faisabilité initiales. Mais EDF aurait décliné l’offre, laissant Aecom comme seul acteur disposé à poursuivre la mission. Écarter Aecom aurait impliqué de reprendre le processus à zéro, sans garantie d’obtenir ensuite la collaboration du groupe américain pour actualiser les études.

Le choix d’Aecom s’inscrit donc dans la continuité de son implication historique dans le dossier Inga 3. En 2011, le groupe américain, en association avec Électricité de France, avait obtenu un contrat de 13,4 millions de dollars pour réaliser les études de faisabilité du projet.

Ces travaux portaient sur le développement hydroélectrique du site, les lignes de transport et d’interconnexion associées, ainsi que les dimensions techniques, financières, commerciales, environnementales et socio-économiques du projet.

Les études réalisées par le groupement Aecom-EDF avaient notamment examiné deux principales hypothèses. La première portait sur une option dite Inga 3 Basse Chute, d’une capacité de 4 800 MW. La seconde retenait une configuration plus ambitieuse, avec un aménagement de 11 050 MW associé au projet Grand Inga.

Selon les documents de l’ADPI, cette seconde option était présentée comme ne compromettant pas le fonctionnement des centrales existantes Inga 1 et Inga 2.

Les anciennes études faisaient également ressortir un coût total intérieur estimé à 17,9 milliards de dollars, dont 13,9 milliards pour la production et 4 milliards pour les lignes intérieures.

Bancabilité du projet

Sur le plan commercial, les études précédentes identifiaient plusieurs débouchés potentiels pour l’électricité produite. L’Afrique du Sud apparaissait comme l’un des principaux acheteurs envisagés, avec une demande évaluée entre 2 500 et 5 000 MW.

Les sociétés minières opérant en RDC étaient également identifiées comme de gros consommateurs potentiels, avec des besoins projetés entre 3 000 et 5 000 MW. La SNEL et les industries des zones économiques spéciales figuraient aussi parmi les clients envisagés.

Sur la base de ces études et des offres reçues en 2016, les autorités congolaises avaient un temps privilégié un schéma de développement impliquant des candidats chinois et espagnols, réunis autour d’un consortium développeur unique. Le projet devait être réalisé selon un modèle de partenariat public-privé de type BOT, avec un contrat de concession à négocier.

À l’époque, le coût global du projet était estimé à près de 17,9 milliards de dollars. Le processus s’est toutefois enlisé, notamment après le retrait de la Banque mondiale en 2016.

L’institution de Bretton Woods est désormais revenue dans le dossier. En juin 2025, la Banque mondiale a approuvé une première enveloppe de 250 millions de dollars dans le cadre d’un programme pouvant atteindre 1 milliard de dollars. Ce financement doit soutenir les études techniques, le renforcement de la gouvernance du projet, les infrastructures locales ainsi que des initiatives de développement au bénéfice des communautés riveraines.

Nouvelle orientation

Cette nouvelle phase intervient après plusieurs revers. Le groupe australien Fortescue Energy, qui avait obtenu en 2021 une exclusivité pour développer le projet, s’est finalement retiré en 2024.

La relance des études préparatoires vise donc à remettre à jour les bases techniques et commerciales d’un projet régulièrement présenté comme stratégique pour l’avenir énergétique de la RDC, mais longtemps freiné par des incertitudes institutionnelles, financières et industrielles. Cette actualisation devrait se faire à la lumière de la nouvelle orientation du projet. Selon les responsables de la Banque mondiale, il est aujourd’hui question de répondre en priorité aux besoins internes du pays.

Avec ce nouveau contrat, Aecom revient donc au cœur du dossier Inga 3, après avoir poursuivi sa collaboration avec la RDC dans le secteur énergétique. En 2022, l’entreprise avait été sélectionnée pour fournir des services de conseil dans le cadre du projet d’interconnexion électrique entre l’Ouganda et la RDC. Cette mission portait sur l’évaluation de la faisabilité d’une ligne de transport destinée à relier l’ouest de l’Ouganda à l’est de la RDC.

Mais l’actualisation des études ne constitue pas encore un lancement des travaux. Elle marque plutôt une étape préparatoire destinée à remettre à niveau les données techniques, financières et commerciales nécessaires à une éventuelle relance du projet sur des bases jugées plus bancables.

Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya

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