Les représentants d’un consortium composé de Mida Advisors, Standard Bank et Bank of America ont été reçus, le 11 juin 2026 à Kinshasa, par la Première ministre Judith Suminwa. Selon Aymeric Saha (photo), directeur général de Mida Advisors, le consortium est venu présenter « une structure innovante » destinée à mobiliser des financements à des taux d’intérêt attractifs et sur de longues maturités.
Ce dernier évoque des financements pouvant aller jusqu’à 15 ou 20 ans, un horizon mieux adapté aux projets d’énergie, de transport, de chemins de fer, de ports et de transformation industrielle du secteur minier.
Le dispositif proposé repose sur l’utilisation d’instruments de garantie et d’assurance. Ces outils doivent permettre de réduire le risque perçu par les investisseurs et, en conséquence, d’améliorer les conditions financières offertes à la RDC.
« Lorsqu’on regarde le coût du financement des projets d’infrastructures en Afrique, il reste très élevé », a souligné Aymeric Saha.
En avril 2026, la RDC a levé 1,25 milliard de dollars lors de son premier eurobond souverain. L’opération a confirmé l’appétit des investisseurs pour la signature congolaise, mais à un coût encore élevé : les deux tranches de l’émission ont été placées à des rendements de 8,75 % et 9 %, pour des maturités moyennes de 5 et 10 ans.
Investisseurs institutionnels
L’autre apport mis en avant concerne l’accès à une nouvelle base d’investisseurs. Le consortium dit vouloir attirer vers la RDC des investisseurs institutionnels américains, notamment des fonds de pension et des fonds d’assurance, généralement prudents à l’égard des marchés émergents.
Ces investisseurs pourraient, selon Aymeric Saha, s’intéresser aux projets congolais si ceux-ci sont correctement structurés, sécurisés et adossés à des mécanismes de réduction du risque.
Dans cette architecture, Mida Advisors se présente comme arrangeur principal, avec l’appui de Standard Bank et de Bank of America. Mida Advisors est une société américaine de conseil financier et de développement de projets spécialisée dans la mobilisation de capitaux pour les marchés émergents, notamment en Afrique.
Elle affirme avoir déjà contribué à mobiliser plus de 2,8 milliards de dollars sur les marchés émergents et à soutenir plus de 75 000 emplois grâce à un réseau de plus de 80 investisseurs institutionnels.
Projets stratégiques
Cette démarche vise à tirer profit de l’accord de partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis, signé le 4 décembre dernier. « Cet accord ouvre des portes pour le financement de projets structurants », a déclaré le directeur général de Mida Advisors.
Cet accord identifie plusieurs catégories de projets appelés à structurer la coopération économique entre les deux pays. Au cœur du dispositif figurent d’abord les minéraux critiques, avec la mise en place d’une Réserve d’actifs stratégiques destinée à accueillir des projets d’exploration, de développement ou d’extraction.
Le partenariat vise également les projets de transformation locale des minerais, notamment le raffinage, la fusion, l’hydrométallurgie, la valorisation en aval et le retraitement des résidus miniers.
Les deux parties se sont aussi engagées à travailler à la mobilisation des financements pour la réalisation des « projets stratégiques désignés de la RDC ». Il s’agit d’initiatives identifiées par Kinshasa comme centrales pour sa vision de développement à long terme et cohérentes avec les objectifs du partenariat.
Une première liste de 52 projets a été transmise au Comité de pilotage conjoint. Le gouvernement congolais travaille en ce moment à la sélection des 15 premiers projets prioritaires. L’accord cite déjà plusieurs priorités structurantes, dont le corridor Sakania-Lobito et le projet hydroélectrique Grand Inga.
L’enjeu sera désormais de transformer l’intérêt affiché par ce consortium en financements effectivement mobilisables. Pour Kinshasa, la capacité à structurer des projets bancables, à sécuriser les garanties et à rassurer les investisseurs déterminera la portée réelle de ce nouveau canal de financement.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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