Le Sovereign Gold Reserve Token (SGRT) est déjà en prévente sur la plateforme WinstantGold, a constaté Bankable ce 22 février 2026, alors que son lancement officiel est annoncé plus tard dans l’année à Kinshasa. Le SGRT est un cryptoactif adossé à l’or, émis par le Fonds social de la République démocratique du Congo (FSRDC), un établissement public rattaché à la Présidence de la République, chargé notamment de la reconstruction du pays, de l’amélioration des conditions de vie et de la lutte contre la pauvreté.
Pour atteindre ces objectifs, le FSRDC, coordonné par Philippe Ngwala Malemba — un expert en développement social ayant passé dix ans à la Banque africaine de développement (BAD) — s’appuie sur le programme AXIS (Asset-eXchange-Impact-Sovereign) en vue de financer un développement local durable. Ce programme vise à transformer des ressources locales — comme l’or artisanal ou le carbone issu des forêts — en actifs numériques pouvant être vendus à des investisseurs afin de lever des fonds sans recourir à un emprunt classique.
Le SGRT est le premier cryptoactif d’une série. Selon les promoteurs, chaque jeton SGRT acheté correspond à un gramme d’or futur (à produire). Il serait garanti par l’État, avec comme collatéral quatre grammes d’or « souterrain souverain », sur le principe que l’or non extrait demeure la propriété de l’État, conformément aux lois du pays. Mais, ignore, pour l’instant, comment cet engagement vis-à-vis de l’investisseur va formellement se matérialiser.
Nouvelles monnaies ?
Si la valeur du jeton en fonction de celui de l’or, son prix de vente n’a pas été communiqué à ce stade. Toutefois, le coût d’acquisition intégrera une taxe gouvernementale d’émission équivalente à 3 % du prix d’achat des SGRT, prévue par le livre blanc du programme AXIS, rendu public en décembre dernier. Pour la prévente, les promoteurs promettent des tarifs réduits « allant jusqu’à 35 % en dessous de la valeur intrinsèque ».
Selon des documents promotionnels, l’achat d’un SGRT donne aussi droit à un autre jeton offert en bonus : le FCRT (Forest Carbon Reserve Token), qui représenterait « des crédits carbone générés par l’extraction d’or éthique et par des pratiques durables en RDC ». « Les détenteurs de FCRT reçoivent une part des revenus générés par la vente de crédits carbone, ce qui constitue une source potentielle de revenus », affirme un spot vidéo, avec une promesse de rendement de 20 à 50 % par an. Une promesse qui suppose toutefois de surmonter les difficultés d’accès au marché des crédits carbone, régulièrement dénoncées par les pays africains.
Sur son site internet, le programme AXIS affirme également que « le SGRT et le FCRT sont tous deux reconnus comme monnaie légale par la République démocratique du Congo… ». À ce stade, aucun texte de la Banque centrale du Congo (BCC) confirmant ce statut juridique n’a pu être identifié. Le livre blanc, qui attribue à la BCC un rôle central de supervision, recommande d’ailleurs l’adoption d’« une directive spécifique » afin d’encadrer la convertibilité, la circulation et l’interopérabilité du SGRT avec le système bancaire et les monnaies électroniques.
Défi de liquidité
Selon le livre blanc, l’émission des SGRT est plafonnée à 50 millions de jetons et devrait s’étendre sur cinq ans. À partir de la sixième année débuterait l’émission d’un autre cryptoactif, adossé cette fois à de l’or extrait, raffiné et certifié : le SGCT (Secured GoldConnect Token). Les SGRT seraient alors progressivement convertis en SGCT à raison de 10 % du stock total chaque année, sur une période de dix ans. Le projet est ainsi calibré sur 15 ans, durée du partenariat public-privé sur lequel il repose.
Ce PPP, annoncé le 28 juin 2025, lie le Fonds social de la RDC à Phoenix Capital. Basée à Sint Maarten (Pays-Bas), Phoenix Capital se présente comme une entreprise spécialisée dans la tokenisation d’actifs naturels, sans faire référence à une expérience antérieure. Présidée par Alain Lemieux, elle a signé un partenariat avec Winstant Ltd pour le développement de WinstantGold, plateforme d’émission et de gestion des cryptoactifs du programme AXIS. Dirigée par Hervé Lacorne, Winstant Ltd se présente comme un incubateur de start-ups basé à Hong Kong, spécialisé dans les technologies financières, les technologies réglementaires et les solutions biotechnologiques.
Selon la structuration présentée, ce sont les fonds mobilisés grâce à la vente des premiers jetons qui doivent financer la production de l’or et des certificats carbone communautaires, destinés à servir d’endossement, respectivement, aux jetons SGCT et FCRT. Un dispositif qui interroge sur sa liquidité, d’autant que le rachat des jetons par l’émetteur n’est pas clairement mentionné. Pour récupérer sa mise, l’investisseur devrait donc revendre ses jetons à des tiers ou les utiliser comme moyen de paiement. Phoenix Capital affirme avoir réalisé des millions de dollars d’achats de biens et de services à l’international avec le SGRT.
Dépositaire non communiqué
L’or serait produit par l’initiative Goldconnect, censée organiser, tracer et formaliser l’or artisanal congolais. Elle s’appuierait sur plus de 300 coopératives aurifères, encadrées par le Service d’assistance et d’encadrement des mines artisanales et de petite échelle (SAEMAPE) dans le cadre du partenariat entre le FSRDC et Phoenix Capital. Les activités devraient se dérouler sur des zones d’exploitation artisanale (ZEA) mises à disposition par l’État. Un accord-cadre institutionnel a été signé le 19 février entre le ministère des Mines et le Fonds social de la RDC.
Pour endosser un jeton, il faudrait en réalité produire quatre grammes d’or. « Selon le coût d’extraction éthique de Goldconnect, la production d’un gramme d’or requiert environ 3 grammes de réserves souterraines », précise le livre blanc. Sur quinze ans, l’initiative Goldconnect devrait donc être en mesure de produire au moins 200 tonnes d’or, soit plus de 13,5 tonnes par an, alors que le pic de la production artisanale officielle se situe à ce jour à 5 tonnes.
Après extraction, l’or destiné à l’endossement devrait être raffiné à un degré de pureté conforme aux standards du marché international, transformé en lingots, puis stocké chez un dépositaire basé à Dubaï, dont le nom n’a pas été communiqué à ce jour.
Pierre Mukoko









