Heineken a annoncé, le 10 avril 2026, la cession de sa participation dans Brasseries, Limonaderies et Malteries S.A. (Bralima) à la société mauricienne ELNA Holdings Ltd, marquant un nouveau tournant dans sa présence en République démocratique du Congo (RDC). Le groupe néerlandais précise que cette opération, dont le montant n’a pas été révélé, concerne sa filiale congolaise, qui exploite trois brasseries à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi.
Selon les termes de l’opération, ELNA Holdings prendra en charge l’ensemble des opérations locales, y compris la production, la distribution, la gestion des employés et les relations avec les parties prenantes. De son côté, Heineken conserve la propriété de ses marques internationales et locales brassées en RDC, notamment Heineken, Primus, Turbo King, Legend et Mützig, et continuera d’opérer sur le marché congolais à travers des accords de licence à long terme.
Ce montage permet ainsi au groupe de préserver sa présence commerciale sans continuer à assumer directement l’exploitation industrielle. Pour Heineken, il n’est donc pas question de quitter le marché congolais, mais d’y rester sous une forme plus légère, davantage centrée sur la marque et la monétisation de ses droits que sur la gestion quotidienne des sites de production.
Dans son communiqué, Heineken explique d’ailleurs que l’opération s’inscrit dans sa stratégie EverGreen 2030, qui prévoit une gestion active du portefeuille, une optimisation de l’empreinte opérationnelle et une évolution vers un modèle plus asset-light sur certains marchés. Dans ce cadre, le groupe entend également concentrer davantage ses efforts sur un nombre limité de marchés à fort potentiel.
Concrètement, ce schéma permet au groupe de réduire son exposition industrielle directe tout en continuant à capter de la valeur via ses marques, ses licences et les redevances associées. Pour certains acteurs du secteur, l’opération vise ainsi à améliorer le rendement en RDC : Heineken reste présent sur le marché, mais avec moins d’actifs à porter et potentiellement moins de coûts fixes à supporter.
La décision de Heineken de céder ses actions dans Bralima intervient quelques mois après le transfert de la brasserie de Bukavu à Synergy Ventures Holdings Ltd pour un euro symbolique, à la suite de la perte du contrôle opérationnel du site dans un contexte de dégradation sécuritaire dans l’est de la RDC. Heineken avait alors indiqué avoir perdu le contrôle de ses installations de Bukavu, Goma et des environs, après leur prise par des hommes armés.
Dans ses comptes 2025, le groupe a également fait état d’une dépréciation de 113 millions d’euros liée à ses activités en RDC, signe d’un impact financier tangible des perturbations subies par Bralima.
Cette décision s’inscrit aussi dans un contexte plus large de rationalisation au sein du groupe. Reuters a rapporté, en février 2026, que Heineken visait jusqu’à 6 000 suppressions de postes à l’échelle mondiale dans le cadre de ses efforts d’efficacité. En mars, le groupe a également annoncé l’arrêt progressif de la production à grande échelle dans sa brasserie de Tuas, à Singapour, d’ici 2027, avec un transfert vers d’autres sites régionaux.
Timothée Manoke
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