Attendue depuis quelques mois, la signature du second contrat entre le ministère des Mines de la République démocratique du Congo (RDC) et le groupe Xcalibur, portant sur les travaux de cartographie géophysique aéroportée et géologique du territoire national, a eu lieu le 29 janvier 2026 à Kinshasa. Le document a été signé par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, et le directeur général de Xcalibur, Andres Blanco Grasa, basé en Espagne.
Après des allégations d’irrégularités ayant précédé la signature, le ministère des Mines a indiqué, en décembre dernier, qu’il ne s’agissait pas « d’une attribution discrétionnaire », mais de la « continuité du programme initial », d’où le choix du même fournisseur. Un choix également justifié par le fait que « la phase B prend en compte les résultats de la phase A ». Selon le même communiqué, l’option de signer un nouveau contrat, au lieu d’un avenant, a été privilégiée « pour respecter la loi sur les marchés publics et ses mesures d’application ».
En 2017, la RDC a signé avec Xcalibur un contrat relatif à la cartographie géophysique aéroportée et géologique nationale. Il a ensuite été ajusté par des avenants successifs en 2019 et 2022. Ces documents publiés par le ministère des Mines montrent que le programme est structuré autour de deux volets distincts : un volet A, dit « prioritaire », et un volet B, dit « optionnel ».
Un programme de près de 360 millions $
Selon l’article 19 de l’avenant n°2, le coût total du volet A — objet du premier contrat — est arrêté à 60 961 973 dollars américains, tandis que le coût du volet B est fixé à 297 873 516 dollars, soit une enveloppe globale de 358,8 millions de dollars. Cette seconde phase, de près de cinq fois la valeur du premier contrat, devait être exécutée ultérieurement sur la base d’un autre accord de financement et moyennant l’avis de non-objection de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP). Elle devrait être mise en œuvre « en tenant compte des résultats obtenus lors de la phase A ».
Selon le ministre des Mines, la première phase est terminée. « Ils ont déposé un rapport, il y a des données qu’ils ont pu récolter », avait-il indiqué en novembre dernier, lors de son passage au forum Makutano 2025, avant de préciser : « leur contrat ne leur demande pas de découvrir des gisements. Xcalibur définit plutôt certains districts géologiques et certaines formations géologiques. Et après, il y a le vrai travail d'exploration qui va commencer ».
Selon le contrat, la phase A du projet devait couvrir principalement les blocs Kasaï, Équateur et Katanga. Elle prévoyait notamment : la télédétection et l’interprétation d’images satellites ; des levés géophysiques aéroportés (magnétiques et radiométriques) réalisés à des résolutions permettant une lecture régionale du sous-sol ; des levés gravimétriques et électromagnétiques ciblés ; une première cartographie géologique et géochimique sur des zones identifiées comme prioritaires ; la structuration d’un système d’information géologique (SIG) ouvert ; ainsi que la formation initiale des cadres techniques nationaux.
La phase B prévoit une densification des levés géophysiques sur les zones identifiées par le volet A, ainsi que des investigations plus fines sur les anomalies détectées. Elle inclut également des levés magnétiques et radiométriques sur le reste du pays, des levés gravimétriques standards sur la cuvette centrale (gaz et pétrole), une cartographie géologique et géochimique détaillée à des échelles plus opérationnelles, un renforcement avancé des capacités nationales, et la mise en exploitation complète du SIG, notamment pour la valorisation économique et institutionnelle des données. Le programme comprend en outre la construction d’un laboratoire d’analyse chimique, pétrographique et métallogénique.
Levier pour relancer l’exploration
En RDC, l’exploration est en panne, estiment de nombreux acteurs du secteur. « Nos grandes mines actuelles reposent toutes — sans exception — sur des indices géologiques identifiés à l’époque coloniale », avait fait observer Landry Djimpe, associé gérant d’Innogence Consulting (cabinet de conseils actifs dans le secteur), lors du Makutano 2025.
Le programme de cartographie géophysique aéroportée et géologique du territoire national est donc présenté comme un début de réponse à cette problématique. Selon le ministère des Mines, son objectif est de doter la RDC de « données scientifiques fiables et certifiées sur l’ensemble du territoire », afin de mieux connaître le potentiel réel du sous-sol, renforcer la planification et la transparence du secteur minier, attirer des investissements responsables et garantir la souveraineté économique nationale.
Reste un enjeu central : assurer un suivi rigoureux de l’exécution, afin que cet investissement se traduise effectivement par une meilleure connaissance du sous-sol national et une valorisation durable des ressources minières du pays. Cet enjeu est d’autant plus souligné que Xcalibur ne détient aucune filiale en RDC : les entités ayant signé le contrat de base et les différents avenants sont basées à Maurice, en Afrique du Sud et en Espagne.
Pierre Mukoko
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