La République démocratique du Congo veut renforcer le suivi des exportations minières, depuis la sortie physique des cargaisons jusqu’au rapatriement des devises et à l’encaissement des recettes publiques. Lors du Conseil des ministres du 24 avril 2026, le président de la République, Félix Tshisekedi, a instruit le lancement, dans un délai de 30 jours, d’un audit sur la chaîne de captation des revenus miniers.
Cette décision intervient alors que les exportations du secteur restent à des niveaux élevés. Selon le compte rendu du Conseil, la RDC a exporté 3 100 234 tonnes de cuivre et environ 220 000 tonnes de cobalt en 2024. En 2025, les exportations de cuivre ont encore progressé pour atteindre 3 403 006,63 tonnes.
Pour l’exécutif, le problème ne se situe donc pas du côté de la production, mais dans la capacité de l’État à capter effectivement les revenus générés. Le compte rendu évoque une faiblesse dans la chaîne allant de l’exportation jusqu’à l’encaissement public, ainsi que le non-rapatriement d’une partie des devises minières.
Le rapatriement des recettes d’exportation est pourtant déjà encadré. La réglementation de change de la Banque centrale du Congo impose la domiciliation et le suivi des opérations de change via les banques agréées, avec l’intervention des services publics concernés dans le circuit d’information. Le Code minier révisé impose aussi aux titulaires miniers de rapatrier leurs recettes d’exportation : pendant la phase d’amortissement, les opérateurs peuvent conserver 40 % à l’étranger, mais doivent rapatrier 60 % dans un compte ouvert en RDC ; une fois l’investissement amorti, l’intégralité des recettes doit être rapatriée.
En 2025, la Banque centrale a durci les sanctions contre les opérateurs miniers et pétroliers ne respectant pas leurs obligations de change. Selon une analyse d’AKILI Consulting, les amendes pour non-déclaration de comptes à l’étranger ont été relevées de plus de 1 000 %, tandis que de nouvelles pénalités ont été introduites pour certaines pratiques, notamment les fausses déclarations ou le recours à des sociétés-écrans.
Renforcement de la chaîne de traçabilité
Le nouvel audit devra porter sur deux volets : le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation et la gouvernance des joint-ventures ainsi que des actifs miniers de l’État. Il devra identifier les manquements, évaluer les recettes non perçues et proposer des mesures de redressement.
Le président a également demandé de finaliser l’interconnexion obligatoire entre les administrations et services intervenant dans la chaîne minière, notamment l’OGEFREM, l’OCC, la DGDA, la Banque centrale du Congo et les banques commerciales. L’objectif est qu’aucune opération d’exportation ou d’importation n’échappe à une chaîne intégrée de traçabilité.
À terme, les autorités veulent pouvoir suivre un même flux depuis le bordereau logistique jusqu’au paiement des droits, au rapatriement des devises et à l’encaissement effectif des recettes publiques. Les premières conclusions de ces travaux sont attendues au plus tard le 15 juin 2026.
Cette réforme vise à faire correspondre les performances du secteur minier avec une meilleure mobilisation des recettes publiques et une consolidation des réserves de change, présentées par l’exécutif comme un levier de souveraineté monétaire.
Boaz Kabeya
Lire aussi :
Rapatriement des devises : la RDC décuple les amendes contre les miniers et les pétroliers
Mines : la RDC décuple l’amende pour obstruction à la transparence à 4,3 millions $









