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Rachat de Chemaf : Kinshasa donne son feu vert à l’offre de Virtus Minerals

Rachat de Chemaf : Kinshasa donne son feu vert à l’offre de Virtus Minerals

Après plusieurs mois de tractations, le gouvernement congolais a finalement donné, le 13 mars 2026, son approbation au rachat de Chemical of Africa (Chemaf) par Virtus Minerals, a appris Bankable auprès d’un acteur impliqué dans le processus. Selon notre source cette décision est contenu dans un courrier du ministre des mines, Louis Watum (photo), adressé au PDG de Virtus, Phil Braun.

Cet accord est indispensable, selon la législation congolaise, pour aboutir à une cession en bonne et due forme d’actifs miniers dans le pays. Il ouvre ainsi la voie à la finalisation du contrat de cession d’actions signé fin janvier entre Virtus et Zedra Skye Trustees, présenté comme le représentant de près de 95 % des actionnaires de Chemaf.

La décision du gouvernement aurait été prise en concertation avec la Gécamines, propriétaire de certains permis exploités par le producteur de cuivre et de cobalt. Il faut dire que la décision du gouvernement s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique sur les minerais critiques, signé en décembre dernier entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis. Sa mise en œuvre est supervisée par une cellule de coordination stratégique qui compte parmi ses membres le ministres des Mines et les dirigeants de la Gécamines.

Pour les États-Unis, engagés dans une course à la sécurisation de leurs approvisionnements en minerais critiques, Chemaf constitue un actif quasiment clé en main. L’entreprise possède deux mines déjà en exploitation : Mutoshi, à Kolwezi, et Étoile, à Lubumbashi. Les projets d’extension de ces deux sites seraient achevés à au moins 80 %. Un investissement de 300 millions de dollars serait encore nécessaire pour finaliser les travaux. À terme, ces deux mines devraient produire chaque année quelque 75 000 tonnes de cathodes de cuivre et 25 000 tonnes d’hydroxyde de cobalt.

En plus des permis amodiés par la Gécamines, Chemaf possède aussi, selon le registre minier dans sa situation arrêtée au 30 septembre 2025, une soixantaine de titres, dont une trentaine de permis d’exploitation répartis dans plusieurs provinces du pays. Seul hic : l’entreprise est endettée à près d’un milliard de dollars.

Incertitudes

Pour sécuriser cet actif, Washington aurait jeté son dévolu sur Virtus. Ces derniers mois, plusieurs médias ont rapporté que des responsables du National Security Council (lié à la Maison blanche) et du département d’État, soutenant la candidature de Virtus en vue de l’acquisition de Chemaf, exerçaient des pressions diplomatiques sur les autorités congolaises. Ces pressions américaines ont manifestement eu raison des réserves de l’exécutif congolais.

Selon Africa Intelligence, le président Félix Tshisekedi lui-même aurait exprimé des doutes quant à la capacité financière et opérationnelle de Virtus à reprendre Chemaf. L’entreprise, fondée par d’anciens membres de l’armée américaine, a peu d’expérience dans le secteur minier. En RDC, elle ne détiendrait, selon Africa Business+, qu’une petite usine métallurgique dans le Haut-Katanga, un actif jugé sans commune mesure avec les mines de cuivre et de cobalt exploitées par Chemaf.

Dans le contrat de cession, Virtus Minerals proposerait de reprendre les dettes de Chemaf et de verser 30 millions de dollars aux actionnaires. Elle prévoit aussi de confier l’exploitation à l’entreprise indienne Lloyds Metals and Energy, décrite comme « peu chevronnée sur les projets cuivre-cobalt, en particulier sur le continent africain ». Pour financer l’opération, Virtus s’est tournée vers le fonds d’investissement new-yorkais Orion Resource Partners, spécialisé dans les métaux et matériaux. Ce fonds affirme gérer environ 8,6 milliards de dollars pour des investisseurs institutionnels. Mais aucun accord contraignant n’aurait été signé à ce jour.

À ce stade, le sort que Virtus réserve aux plus de 3 000 employés directs de Chemaf ainsi qu’à ses milliers de sous-traitants reste par ailleurs inconnu. Dans sa correspondance à l’entreprise américaine, le ministre des Mines se serait contenté de rappeler que l’État et les privés congolais devraient chacun détenir une participation de 10 % du capital, conformément à la législation congolaise.

Avec le feu vert de Kinshasa à Virtus, les ambitions de Buenassa prennent un coup. Porteuse d’un projet de raffinerie, l’entreprise congolaise espérait acquérir Chemaf pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières pendant plus de 20 ans et « accélérer l’intégration verticale : de l’extraction au raffinage, au négoce et au stockage stratégique ».

Pierre Mukoko

Lire aussi :

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