Le 12 juin 2026, le ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, a réitéré l’annonce de l’ouverture par Air Congo d’une liaison directe entre Kinshasa et Bruxelles à partir du 1er juillet 2026. Il a également cité Paris parmi les prochaines destinations internationales envisagées par la compagnie, dans le cadre de l’expansion de son réseau.
Pourtant, lors de sa mise à jour du 9 juin 2026, la Commission européenne a maintenu les compagnies certifiées par les autorités de la RDC parmi les transporteurs interdits d’exploitation dans l’espace aérien de l’Union européenne, en raison de lacunes persistantes dans la supervision de la sécurité aérienne.
La réglementation européenne prévoit toutefois une possibilité pour les compagnies frappées par une interdiction : elles peuvent opérer vers l’Union européenne en utilisant des appareils d’une compagnie non interdite, dans le cadre d’un contrat de location avec équipage, maintenance et assurance. Ce mécanisme est communément appelé wet lease ou ACMI, pour Aircraft, Crew, Maintenance and Insurance.
C’est cette option qu’Air Congo entend utiliser grâce à son partenariat avec Ethiopian Airlines. Le transporteur congolais est détenu à 49 % par la compagnie éthiopienne et à 51 % par l’État congolais.
Ligne stratégique
Air Congo a d’ailleurs annoncé que la desserte Kinshasa-Bruxelles sera opérée à bord d’un Boeing 787 Dreamliner mis à disposition par Ethiopian Airlines.
Concrètement, cela signifie que le Boeing 787-8 qui reliera Kinshasa à Bruxelles, bien qu’aux couleurs d’Air Congo, sera fourni par Ethiopian Airlines. L’équipage, la maintenance et l’assurance de l’appareil relèveront également de la compagnie éthiopienne.
L’ouverture de Bruxelles représente un enjeu symbolique et commercial important. La ligne Kinshasa-Bruxelles est l’une des plus stratégiques pour la diaspora congolaise, les milieux d’affaires et les relations institutionnelles entre la RDC et la Belgique.
Air Congo prévoit d’y proposer cinq fréquences hebdomadaires, les lundi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche. La compagnie viendra ainsi se positionner sur un marché aujourd’hui dominé par Brussels Airlines, qui assure des vols directs entre Kinshasa et Bruxelles. Les voyageurs disposent aussi d’options avec correspondance via d’autres hubs européens ou africains.
Renforcer l’AAC
Pour les autorités congolaises, cette stratégie constitue une solution transitoire. Elle permet d’accélérer l’ouverture internationale d’Air Congo tout en poursuivant les réformes nécessaires pour améliorer la conformité du système aérien national aux standards internationaux.
La levée de la préoccupation de sûreté par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), annoncée le 5 juin dernier, constitue un signal positif. Elle concerne toutefois la sûreté de l’aviation civile, c’est-à-dire les dispositifs liés à la prévention des actes illicites, au contrôle des passagers, du fret et des accès aux zones sensibles.
Elle ne règle donc pas, à elle seule, la question de la liste européenne de sécurité aérienne. Celle-ci dépend de l’évaluation de la capacité de l’Autorité de l’aviation civile (AAC) de la RDC à superviser durablement les transporteurs, la navigabilité, les opérations, la maintenance et la certification.
À court terme, le partenariat avec Ethiopian Airlines offre donc à Air Congo une voie d’accès au marché européen. À moyen terme, l’enjeu pour la RDC reste de renforcer la AAC afin de permettre, un jour, aux transporteurs certifiés localement d’opérer en Europe sous leur propre certificat.
Timothée Manoke
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