La Zambie a autorisé une reprise limitée de ses exportations d’acide sulfurique vers la République démocratique du Congo, offrant un répit partiel aux producteurs congolais de cuivre et de cobalt confrontés, depuis plusieurs mois, à des tensions sur cet intrant stratégique.
Selon le ministre zambien du Commerce, Chipoka Mulenga, cité par Reuters, les sociétés Chambishi Copper Smelter et Mopani Copper Mines ont été autorisées à reprendre certaines livraisons vers la RDC, après la reconstitution des stocks destinés au marché intérieur zambien.
Lusaka reste toutefois prudente. Les volumes exportés seront plafonnés afin d’éviter de nouvelles tensions sur l’approvisionnement local. Le gouvernement zambien pourrait élargir les autorisations si les conditions de marché continuent de s’améliorer.
L’acide sulfurique est indispensable au traitement des minerais oxydés de cuivre et de cobalt, particulièrement dans le Copperbelt congolais. La suspension des exportations zambiennes en septembre 2025, puis leur encadrement à partir de mars, avaient accentué les difficultés d’approvisionnement de plusieurs opérateurs miniers en RDC, premier producteur mondial de cobalt et deuxième producteur mondial de cuivre.
La RDC consomme environ 2 millions de tonnes d’acide sulfurique par an, une partie de ses besoins étant couverte par les importations en provenance de Zambie, qui produit elle-même près de 2 millions de tonnes par an. D’après Reuters, les restrictions zambiennes avaient déjà poussé certains producteurs congolais à réduire leur consommation de produits chimiques et à envisager des ajustements de production. Mopani devrait notamment approvisionner Glencore, tandis que Chambishi Copper Smelter exporterait vers trois sociétés minières chinoises actives en RDC.
Kamoa transforme la crise en avantage
Mais cette tension régionale ne produit pas les mêmes effets pour tous les opérateurs. Chez Ivanhoe Mines, la rareté de l’acide sulfurique devient au contraire un levier financier pour Kamoa-Kakula.
Selon le rapport trimestriel d’Ivanhoe Mines, publié le 6 mai, au premier trimestre 2026, la fonderie de Kamoa-Kakula a produit 117 871 tonnes d’acide sulfurique à haute concentration, dont 107 700 tonnes ont été vendues à six clients, à un prix moyen de 467 dollars la tonne. Le document indique qu’un nouveau contrat de livraison pour juin a été signé à 725 dollars la tonne, tandis que les autres contrats doivent être renégociés.
Cette dynamique améliore directement l’économie de Kamoa-Kakula. En clair, les revenus tirés de la vente d’acide sulfurique couvrent déjà le coût de fonctionnement de la fonderie. Au premier trimestre, ils représentaient environ 705 dollars par tonne de cuivre produite, contre un coût d’exploitation de la fonderie estimé à environ 595 dollars par tonne.
Robert Friedland, co-président d’Ivanhoe Mines, présente désormais cet intrant comme un avantage stratégique. Selon lui, l’acide sulfurique produit par Kamoa-Kakula pourrait générer près d’un million de dollars par jour sous forme de crédit opérationnel, permettant de compenser une partie de la hausse des coûts du diesel et de la logistique. Une bonne nouvelle pour l’ensemble des actionnaires de Kamoa Copper.
L’assouplissement zambien ne règle donc pas entièrement la question. Il réduit temporairement la pression sur certains opérateurs congolais, mais confirme aussi la vulnérabilité d’une partie de la chaîne minière de la RDC face aux décisions de ses fournisseurs régionaux.
Dans ce contexte, Kamoa-Kakula se distingue par son intégration industrielle. Sa fonderie permet non seulement de réduire les coûts logistiques liés à l’exportation de concentrés, mais aussi de produire localement un intrant devenu rare et cher dans le Copperbelt.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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