L’Entreprise générale du cobalt (EGC), EVelution Energy et Trafigura ont signé, le 13 mai 2026 à Madrid, un protocole d’accord visant à établir une chaîne d’approvisionnement directe entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour de l’hydroxyde de cobalt congolais.
Selon le communiqué, l’accord doit permettre, sous réserve de contrats définitifs, d’alimenter la future raffinerie d’EVelution Energy en Arizona et de couvrir jusqu’à environ 40 % de la demande américaine projetée en cobalt. Cette usine, présentée comme la première raffinerie américaine de cobalt à échelle commerciale, doit produire du sulfate de cobalt de qualité batterie et du cobalt métal destiné notamment aux secteurs de la défense, de l’aérospatial et des batteries pour véhicules électriques.
Dans ce schéma, EGC devrait fournir l’hydroxyde de cobalt dans le cadre de son mandat public en RDC. Trafigura interviendrait dans la logistique, la commercialisation et l’acheminement, notamment via le corridor de Lobito. L’objectif est de créer une chaîne plus courte, traçable et moins exposée aux circuits dominés par la Chine.
Avec cet accord, le cobalt artisanal congolais, longtemps considéré comme difficile à intégrer dans les chaînes occidentales en raison des risques liés à la traçabilité, au travail des enfants et aux conditions d’exploitation, devient une ressource que les États-Unis cherchent désormais à encadrer et sécuriser.
Créée par l’État congolais en 2019, EGC dispose du mandat exclusif d’achat, de traitement et de commercialisation du cobalt issu de l’exploitation artisanale. À travers ce protocole, la société publique pourrait devenir un canal d’accès direct au marché américain, à condition de garantir des standards élevés de traçabilité, de responsabilité sociale et de conformité.
Cette démarche s’inscrit dans le prolongement de l’accord stratégique signé en décembre 2025 entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques. Ce partenariat prévoit notamment de s’appuyer sur les entreprises publiques congolaises pour assurer l’approvisionnement sécurisé des États-Unis en minerais critiques, dans un contexte de compétition accrue autour du cobalt, du cuivre, du lithium et d’autres minerais stratégiques.
Entrée de EGC dans le capital
Si le centre de gravité du projet reste la sécurisation des approvisionnements américains, le communiqué ouvre aussi des pistes importantes pour la RDC. Les parties envisagent de soutenir le développement de capacités locales de raffinage du cobalt, de mettre en place des programmes de formation technique pour les équipes d’EGC et d’examiner une éventuelle participation minoritaire d’EGC dans EVelution Energy ou dans ses infrastructures de raffinage.
Ces éléments restent exploratoires, mais ils traduisent une ambition congolaise : ne pas se limiter au rôle de fournisseur de matière première. Kinshasa cherche à utiliser l’intérêt américain pour le cobalt afin de négocier un transfert de compétences, une montée en gamme industrielle et une présence, même minoritaire, dans l’aval de la chaîne de valeur.
« Ce partenariat marque une étape structurelle pour la République démocratique du Congo », a déclaré Eric Kalala, directeur général d’EGC. Selon lui, l’accord « sécurise un débouché à forte valeur ajoutée pour la production artisanale », tout en mettant en avant un transfert de compétences fondé sur l’expertise industrielle américaine.
À ce stade, le protocole d’accord ne constitue pas encore un contrat définitif. Les volumes, les prix, les conditions commerciales et les obligations fermes doivent encore être négociés dans les prochains mois.
Cette prudence est importante. La réussite du projet dépendra de plusieurs facteurs : la capacité d’EGC à encadrer une production artisanale conforme aux standards internationaux, la mise en place d’une traçabilité crédible, la construction effective de l’usine d’EVelution en Arizona, prévue à partir de 2027, et la conclusion d’accords commerciaux juridiquement contraignants.
Pierre Mukoko
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