Lors de la visite officielle du président Félix Tshisekedi, le 11 mai 2026 à Kampala, l’exploitation pétrolière a figuré à l’agenda des discussions entre les deux chefs d’État, lors d’un tête-à-tête ayant précédé la signature de six protocoles d’accord dans différents secteurs entre la RDC et l’Ouganda.
Selon le président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, son homologue congolais aurait évoqué la possibilité d’une exploitation conjointe des ressources pétrolières du Graben Albertine. Il a indiqué que Félix Tshisekedi lui aurait présenté la situation d’un gisement s’étendant entre les deux pays, avec une partie située en RDC et l’autre en Ouganda. Dans ce contexte, l’idée avancée consisterait à traiter une partie du pétrole congolais via les infrastructures déjà développées du côté ougandais.
Le président Museveni affirme que les infrastructures ougandaises disposent déjà d’un accès au champ pétrolier concerné. « Il [Félix Tshisekedi] a fait une proposition, que j’ai acceptée, puisque du côté ougandais, nous avons déjà développé l’oléoduc et que nous travaillons sur la raffinerie. Le Congo souhaiterait y participer afin que sa part soit également traitée de notre côté, car nous avons déjà un accès souterrain à ce champ pétrolier », a-t-il déclaré.
Cette discussion s’inscrit dans la continuité des échanges engagés entre les deux pays en octobre 2024. Lors d’une précédente visite de Félix Tshisekedi en Ouganda, les deux parties avaient déjà abordé la possibilité pour la RDC de participer au projet d’oléoduc East African Crude Oil Pipeline. Long d’environ 1 400 km, ce pipeline est destiné à relier le parc national de Murchison Falls, en Ouganda, au port de Tanga, en Tanzanie. Il est porté conjointement par l’Ouganda, la Tanzanie, ainsi que par TotalEnergies et China National Offshore Oil Corporation. L’infrastructure doit faciliter l’exportation du pétrole brut extrait du bassin du Graben Albertine, une zone géologique partagée entre la RDC et l’Ouganda.
L’Ouganda en avance
Du côté ougandais, deux principaux projets d’extraction sont en cours de développement dans cette même zone : Tilenga et Kingfisher. Ces deux projets affichent respectivement des taux d’achèvement d’environ 63 % et 99 %, selon les données disponibles.
La structure actionnariale de ces projets repose sur une combinaison d’acteurs internationaux et nationaux. TotalEnergies détient 56,67 % des parts, China National Offshore Oil Corporation 28,33 %, tandis que Uganda National Oil Company, société publique ougandaise, contrôle 15 % du capital. Selon les estimations de TotalEnergies, la production combinée de ces deux projets pourrait atteindre environ 230 000 barils de brut par jour une fois pleinement opérationnels.
Les modalités d’une éventuelle participation congolaise, qu’il s’agisse de l’accès aux infrastructures de transport, du raffinage ou des mécanismes contractuels, n’ont pas encore été clarifiées publiquement.
Parallèlement, en avril 2025, le Conseil des ministres avait adopté un projet de décret portant régime d’attribution des droits pétroliers à la société publique Sonahydroc. Ce texte prévoyait l’attribution directe de certains droits pétroliers à cette entreprise dans le cadre d’un contrat de services, notamment pour les blocs 1 et 2 du Graben Albertine.
Timothée Manoke
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