Spiro, entreprise spécialisée dans les motos électriques et les infrastructures d’échange de batteries, cite la République démocratique du Congo parmi les marchés africains qu’elle pourrait cibler dans sa nouvelle phase d’expansion.
Dans une annonce publiée le 1er juin 2026, à l’occasion d’une levée de fonds de 215 millions de dollars, l’entreprise a indiqué vouloir accélérer son développement sur le continent, notamment dans des marchés à forte croissance comme la RDC et l’Éthiopie. À ce stade, il ne s’agit toutefois pas encore d’un lancement commercial confirmé en RDC, mais d’un marché identifié dans la stratégie de croissance de l’entreprise.
Cette expansion doit s’appuyer sur les ressources mobilisées auprès de plusieurs investisseurs institutionnels. Impact Fund Denmark indique avoir contribué à hauteur d’environ 40 millions de dollars. Equitane, autre investisseur participant à l’opération, n’a pas précisé le montant de son engagement.
Selon Spiro, ces fonds serviront à étendre son réseau d’échange de batteries, renforcer ses capacités industrielles, accélérer le développement technologique de ses solutions de mobilité électrique et soutenir son entrée sur de nouveaux marchés africains.
L’entreprise est actuellement présente dans sept pays africains : le Kenya, le Rwanda, l’Ouganda, le Nigeria, le Cameroun, le Bénin et le Togo. Son dispositif industriel comprend notamment des unités d’assemblage au Kenya, au Rwanda et en Ouganda, ainsi qu’une installation de recyclage des batteries au Nigeria.
Le modèle de Spiro repose sur des batteries amovibles. Le conducteur dépose sa batterie déchargée dans une station exploitée par l’entreprise et récupère une batterie chargée, évitant ainsi les temps d’attente liés à la recharge classique.
L’entreprise affirme également développer des stations d’échange intégrant des solutions solaires. Cette approche pourrait présenter un intérêt en RDC, où l’accès à l’électricité reste limité dans plusieurs régions et où la stabilité du réseau demeure un défi. Son déploiement dépendrait toutefois de plusieurs facteurs : disponibilité de sites de recharge fiables, coût des batteries, organisation du réseau de stations et adaptation du modèle économique aux usages locaux.
Potentiel à Kinshasa
L’intérêt affiché par Spiro pour la RDC intervient alors que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a déjà documenté le potentiel de la mobilité électrique à Kinshasa. En mai 2024, l’organisation avait présenté les résultats d’une étude de faisabilité technico-économique consacrée au déploiement de motos-taxis électriques dans la capitale congolaise.
Selon cette étude, Kinshasa comptait déjà plus de 400 000 motos-taxis. Le scénario jugé réaliste estimait qu’environ 100 stations de recharge alimentées par des énergies renouvelables seraient nécessaires pour faire fonctionner une flotte d’environ 500 000 motos-taxis d’ici 2050.
Le PNUD estimait qu’une telle transition permettrait de réduire en moyenne 700 kilotonnes équivalent CO2 à l’horizon 2050, tout en générant plus de 1,2 milliard de dollars de bénéfices économiques et plusieurs milliers d’emplois verts.
Les premiers retours d’expérience obtenus dans le pays semblent également soutenir l’intérêt de cette orientation. En octobre 2025, le PNUD avait distribué des motos électriques à quinze institutions publiques dans la ville d’Isiro, chef-lieu du Haut-Uele. Cinq mois plus tard, l’organisation disait observer des résultats encourageants sur les plans opérationnel, économique et environnemental.
Parmi les bénéficiaires cités figurait Alangine Bongo Paulin, bourgmestre de la commune de Mendambo. « Nous dépensions en moyenne plus de 300 000 francs congolais par mois en carburant. Aujourd’hui, avec la moto électrique, les coûts de recharge varient entre 40 000 et 50 000 francs, soit près de six fois moins », déclarait-il dans une communication publiée en avril 2026.
Sur la base de ces chiffres, la dépense mensuelle liée à l’énergie aurait diminué d’environ 83 % à 87 % dans ce cas précis. Cette estimation reste toutefois limitée à l’exemple cité par le PNUD et ne peut être généralisée sans données plus larges sur les usages, les coûts de maintenance, la durée de vie des batteries et les conditions réelles d’exploitation.
Liens industriels
L’un des investisseurs de Spiro, Equitane, présente également un intérêt particulier pour la RDC en raison de ses liens avec l’entrepreneur Gagan Gupta. Celui-ci est présenté par Spiro comme fondateur de l’entreprise et président d’Equitane. Il est aussi fondateur et dirigeant du groupe Arise, dont Arise Integrated Industrial Platforms (Arise IIP), spécialisé dans le développement de zones économiques spéciales et de plateformes industrielles en Afrique.
Arise IIP est déjà impliquée dans plusieurs projets en RDC. L’entreprise est notamment le développeur de la Zone économique spéciale de Kin-Malebo, à travers Congo Industrial Platforms, une structure détenue à 60 % par Arise IIP et à 40 % par l’État congolais.
Le groupe est également cité parmi les partenaires associés à la future Zone économique spéciale de Musompo, à Kolwezi. Lors du lancement, le 26 mars 2025, des travaux d’aménagement de cette zone destinée à accueillir des activités liées aux précurseurs de batteries, aux batteries et potentiellement à l’assemblage de véhicules électriques, le gouvernement provincial du Lualaba avait présenté Arise IIP comme l’un des partenaires du projet, sans fournir davantage de détails sur son rôle exact.
Arise avait aussi présenté, en 2023, les résultats d’une étude de préfaisabilité relative au développement d’une chaîne de valeur des batteries électriques en RDC. À l’époque, Julien Paluku Kahongya, alors ministre de l’Industrie, avait indiqué que ces études estimaient à environ 30 milliards de dollars les investissements nécessaires pour développer l’ensemble de cette chaîne de valeur.
Selon les projections présentées, cette industrie pourrait générer plus de 7 000 milliards de dollars de revenus cumulés entre 2035 et 2040. Ces chiffres doivent toutefois être considérés comme des projections de long terme, dépendantes de nombreux facteurs : disponibilité des financements, infrastructures énergétiques, compétitivité industrielle, accès aux marchés internationaux, cadre réglementaire et capacité de la RDC à transformer localement une partie de ses minerais stratégiques.
En novembre 2025, lors d’un échange avec le ministre des Mines Louis Watum Kabamba en marge du forum Makutano, le directeur général d’Arise IIP en RDC, Romain Deniel, avait d’ailleurs regretté le ralentissement du dossier.
L’éventuelle arrivée de Spiro en RDC s’inscrirait donc dans un contexte plus large d’intérêt pour la mobilité électrique, les batteries et les plateformes industrielles. Mais à ce stade, l’entreprise n’a pas encore annoncé de calendrier, de partenaire local, de ville pilote ni de modèle opérationnel pour le marché congolais.
Timothée Manoke
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