Glencore et le consortium Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC), créé en octobre 2025 pour contribuer à l’approvisionnement des États-Unis et de leurs alliés en minerais critiques, laissent entrevoir une logique d’action coordonnée en République démocratique du Congo (RDC), au-delà de la seule opération capitalistique annoncée. Dans un communiqué conjoint publié le 3 février 2026, les deux parties indiquent qu’elles examineront également des « opportunités d’extension et de développement » pour les mines de cuivre et de cobalt de Mutanda Mining (Mumi) et Kamoto Copper Company (KCC), aujourd’hui valorisées à environ 9 milliards de dollars, dette comprise.
Les contours de ce qui est envisagé ne sont pas précisés à ce stade. Il pourrait s’agir d’investissements visant à accélérer la production ou prolonger la durée de la concession. Dans son rapport 2025 sur les ressources et réserves, publié le 29 janvier, le groupe anglo-suisse estime les réserves en minerai de MUMI et de KCC respectivement à 107 millions et 137 millions de tonnes. La durée de vie des mines est évaluée à 22 ans (jusqu’en 2047) pour MUMI et 18 ans (jusqu’en 2043) pour KCC, alors que les permis expirent respectivement en 2037 et 2039. Ces réflexions seraient menées conjointement avec le gouvernement congolais et la société publique Gécamines, qualifiée de « partenaire historique » au sein de KCC.
Le communiqué mentionne également l’étude d’éventuelles acquisitions de projets et d’actifs miniers supplémentaires, en RDC et plus largement dans la ceinture cuprifère africaine. La formulation suggère une logique de plateforme commune de développement, sans qu’aucun actif cible, calendrier ou enveloppe d’investissement ne soit précisé à ce stade.
Entrée envisagée au capital
L’annonce s’inscrit dans le cadre d’un protocole d’accord non contraignant portant sur l’entrée envisagée d’Orion CMC à hauteur de 40 % dans les intérêts détenus par Glencore au sein de MUMI et KCC. À ce jour, Glencore détient 95 % de MUMI (contre 5 % pour l’État) et 70 % de KCC (Gécamines détenant 30 %). Si l’opération aboutit, la nouvelle géographie du capital introduirait un troisième pôle : Orion CMC — consortium mené par Orion Resource Partners et soutenu par la U.S. International Development Finance Corporation (DFC) — détiendrait 38 % de MUMI et 28 % de KCC, tandis que les participations de Glencore se réduiraient respectivement à 57 % et 42 %.
Le communiqué précise que, Glencore, actionnaire majoritaire des deux mines, conserverait leur gestion opérationnelle, tandis qu’Orion CMC disposerait de droits de gouvernance limités, notamment la nomination d’administrateurs non exécutifs. Le consortium serait en outre chargé de la commercialisation du volume de production correspondant à sa participation, auprès d’« acheteurs désignés », dans le cadre du partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC sur les minerais critiques, signé le 4 décembre dernier à Washington.
Cette articulation dessine une complémentarité fonctionnelle : Glencore demeure l’opérateur industriel en RDC, tandis qu’Orion CMC apporte capital, relais commerciaux et adossement institutionnel américain, notamment via la DFC. C’est sur cette base que les deux groupes évoquent une possible action en tandem, chacun intervenant sur un segment distinct — mais coordonné — de la chaîne de valeur.
Intérêt institutionnel
Selon le rapport de production 2025 de Glencore, les mines de Mutanda et KCC ont apporté au groupe 247,8 milliers de tonnes de cuivre métal et 33,5 milliers de tonnes de cobalt en 2025. Rapportée à une participation de 40 % dans les intérêts de Glencore, la quote-part maximale susceptible d’être commercialisée par Orion CMC s’établirait à environ 100 milliers de tonnes de cuivre et 13,4 milliers de tonnes de cobalt. Mais l’exportation de ce dernier produit reste limitée par les quotas à l’exportation instaurés par le gouvernement congolais depuis octobre 2025.
À la lumière de l’accord stratégique entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques, ce tandem présente aussi un intérêt institutionnel pour Glencore. Le groupe a opéré en RDC dans un environnement parfois tendu, marqué par des différends fiscaux et des controverses de gouvernance. L’entrée d’un partenaire soutenu par les États-Unis modifie le cadre de référence.
D’une part, elle introduit un adossement politique et institutionnel américain dans des actifs stratégiques, ce qui peut contribuer à rééquilibrer les relations avec l’État congolais. D’autre part, la présence de la DFC implique des exigences accrues en matière de conformité, de transparence et de traçabilité, susceptibles de renforcer la crédibilité du dispositif vis-à-vis des autorités fiscales et réglementaires.
Inconnues
La séparation des rôles — Glencore à l’exploitation, Orion CMC à la commercialisation de sa quote-part — peut également améliorer la lisibilité des flux commerciaux, dans un contexte où la question des prix de transfert et de la fiscalité minière demeure sensible en RDC.
Malgré cette feuille de route esquissée, le communiqué demeure prudent. Les termes employés — « examineront », « envisageront » — confirment que les parties se situent au stade de l’exploration stratégique. La transaction reste conditionnée aux audits, à la finalisation des accords contractuels et aux autorisations réglementaires.
Surtout, aucun élément public ne détaille encore d’engagements chiffrés sur l’emploi, la sous-traitance locale ou un programme d’investissements. De même, les conséquences éventuelles de cette coopération sur les discussions préliminaires entre Glencore et Rio Tinto ne sont pas documentées à ce stade.
Pierre Mukoko
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