La République démocratique du Congo (RDC) veut capter le flux de l’or qui lui échappe. Face à l’ampleur de la contrebande et aux pertes de recettes qui en découlent, le gouvernement entend réorganiser la filière aurifère afin d’intégrer une part plus importante de la production artisanale et semi-industrielle dans le circuit officiel.
Parmi les quatre axes principaux de la stratégie présentée par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, lors du Conseil des ministres du 20 février 2026, figure la mise en place d’un système national de traçabilité et de centralisation des flux. Celui-ci interconnectera les comptoirs agréés à la Banque centrale du Congo (BCC) ainsi qu’à l’administration minière, avec pour objectif de sécuriser les transactions, de centraliser les paiements dans le circuit bancaire officiel et de disposer d’une visibilité en temps réel sur les volumes commercialisés.
L’interconnexion des comptoirs avec la BCC pourrait également permettre à l’État de mieux apprécier les quantités réellement traitées par ces structures. Dans la province de la Tshopo, en juin 2025, le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga s’était étonné que certains comptoirs déclarent des volumes mensuels de l’ordre de 10 grammes, des niveaux jugés peu cohérents au regard des coûts de fonctionnement. « Si vous nous dites que vous avez acheté 10 grammes par mois, comment payez-vous vos loyers ? », avait-il déclaré à Kisangani, selon des propos rapportés par l’Agence congolaise de presse (ACP).
Pour le chef de l’État, une part importante de la production échappe aux circuits officiels en raison de la prédominance de l’exploitation artisanale et de la porosité des frontières du pays, qui facilitent les sorties frauduleuses du métal jaune.
Révélateur ougandais
Il y a quelques semaines, les statistiques d’exportation d’or de l’Ouganda voisin ont animé la sphère médiatique congolaise. Selon les données de la Bank of Uganda, les revenus d’exportation d’or sont passés d’environ 1,25 milliard de dollars en 2019 à près de 6,4 milliards de dollars en 2025, faisant de l’or la première source de recettes d’exportation du pays. Commentant ces chiffres lors d’un entretien accordé au média est-africain CEO, le vice-gouverneur de la Bank of Uganda, Augustus Nuwagaba, déclarait : « Il se peut qu’il ne soit pas à nous », en référence à l’origine de l’or exporté.
L’Ouganda, dont l’exploitation aurifère n’est pas considérée comme particulièrement développée, est souvent cité dans les circuits régionaux de contrebande d’or. Selon le média ougandais Daily Monitor, s’appuyant notamment sur un rapport de 2017 de la Financial Intelligence Authority of Uganda (FIA) sur la fraude à l’or et au bois, de l’or en provenance de la RDC serait reconditionné puis exporté comme d’origine ougandaise. Un autre article publié en 2021 par le même média indiquait que l’Ouganda aurait produit environ 2,9 tonnes d’or tout en exportant plus de 30 tonnes, mettant en évidence un écart significatif entre production déclarée et volumes exportés.
Du côté congolais, l’entreprise publique chargée de la canalisation et de l’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale estime à plus de 50 tonnes par an la quantité d’or qui échapperait au contrôle de l’État, ce qui illustre l’ampleur du phénomène.
Levier pour la réserve d’or
Parmi les raisons avancées par certains commerçants pour justifier la vente de leur or en Ouganda figure l’attractivité des prix proposés de l’autre côté de la frontière. Pour y répondre, le deuxième axe de la stratégie présidentielle prévoit l’instauration d’incitations économiques rendant le circuit officiel plus attractif que le marché parallèle, à travers un ajustement ciblé de la fiscalité, un mécanisme de prix indexé sur le cours international et des paiements rapides et transparents aux producteurs.
Les deux autres axes portent, d’une part, sur le renforcement ciblé des contrôles aux points de sortie stratégiques et, d’autre part, sur la consolidation de la coopération régionale, notamment par l’échange d’informations douanières.
Si cette stratégie est mise en œuvre avec succès, elle pourrait aussi constituer un levier pour la BCC, qui veut désormais intégrer l’or dans ses réserves officielles.
Timothée Manoke
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