La Banque centrale du Congo (BCC) veut désormais intégrer l’or dans ses réserves officielles. Elle a conclu, le 20 février 2026, un contrat avec DRC Gold Trading, l’entreprise publique spécialisée dans la collecte et l’exportation de l’or artisanal. Avec cet accord, la Banque centrale se positionne comme « le principal off-taker (acheteur) de l’or produit par nos creuseurs artisanaux au travers de la société DRC Gold », a précisé le gouverneur André Wameso lors de la signature de la convention de partenariat.
Le projet devrait « corriger une anomalie historique majeure » : l’absence totale d’or physique dans les coffres d’un pays producteur de premier plan. Au-delà, pour la BCC, l’initiative vise à renforcer la stabilité du franc congolais et la souveraineté financière du pays, dans un contexte de hausse des prix de l’or et de recherche de diversification des actifs de réserve.
La démarche s’inscrit dans la continuité des priorités que s’est fixées André Wameso depuis sa nomination à la tête de la Banque centrale, en juillet 2025 : réduire la dépendance structurelle au dollar et restaurer la confiance dans le franc congolais. Depuis septembre 2025, la monnaie nationale s’est appréciée de 19 %.
À ce stade, les termes financiers du partenariat BCC–DRC Gold Trading (devise de paiement, prix d’achat, volumes, calendrier, modalités de livraison, stockage, audit et mécanismes de transparence) n’ont pas été détaillés publiquement. Ces éléments sont pourtant déterminants pour mieux cerner la stratégie d’André Wameso.
Contraintes
Selon la BCC, la détention d’or monétaire protègera ses réserves contre l’inflation et les chocs géopolitiques. Présenté comme une valeur refuge sans risque de contrepartie, l’or contribuerait ainsi à limiter l’exposition des réserves à la dépréciation des monnaies fiduciaires et à soutenir la confiance dans la monnaie nationale. Mais l’effet dépendra notamment de la part de l’or monétaire dans les réserves.
Selon plusieurs monétaristes, l’impact du projet sur la stabilité du franc congolais dépend aussi du schéma d’achat, notamment de la devise de paiement. Si l’or est acheté en francs congolais, l’opération peut soutenir l’usage de la monnaie nationale, mais elle ne contribuera à son renforcement que si la BCC évite que ces achats ne se traduisent par une création monétaire non maîtrisée : si l’argent injecté dans l’économie n’est pas ensuite absorbé ou compensé, l’opération peut alimenter l’inflation et accroître la demande de dollars. À l’inverse, si l’or est acheté en dollars, le dispositif peut renforcer l’attractivité du canal officiel dans une filière très dollarisée, mais il peut aussi peser sur la liquidité en devises si les paiements se font au détriment des réserves de change.
André Wameso doit aussi composer avec une autre contrainte : la concurrence des filières parallèles. Pour détourner l’or de ces circuits, l’acheteur officiel doit proposer un prix et des modalités de paiement suffisamment attractifs, tout en évitant la « re-labellisation » d’or de contrebande. Pour plusieurs acteurs de la filière, des paiements en francs congolais sont plutôt perçus comme un handicap.
En 2025, la RDC a canalisé dans le circuit officiel 2,3 tonnes d’or artisanal, selon les statistiques officielles présentées comme « provisoires et partielles ». Pour 2026, DRC Gold Trading vise 15 à 18 tonnes d’or artisanal par an et plus de 2 milliards de dollars de recettes d’exportation. Pour se positionner comme principal acheteur, la BCC doit donc aussi relever le défi de la liquidité : arbitrer entre les interventions sur le marché des changes (vendre des dollars, acheter des francs, payer des importations publiques urgentes) et l’achat d’or.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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