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Alain Lubamba : « le deal RDC–Etats-Unis est une chance civilisationnelle »

Alain Lubamba : « le deal RDC–Etats-Unis est une chance civilisationnelle »

Alors que le partenariat stratégique conclu à Washington le 4 décembre 2025 entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis d’Amérique (USA) entre dans sa phase opérationnelle, l’ancien ministre congolais Alain Lubamba se prononce sur cet accord. Dans une tribune libre intitulée « Deal RDC–USA : Transformer la rente minière en puissance industrielle ou perdre une nouvelle fois l’histoire », publiée dans la presse en fin d’année dernière, l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères sous le régime de Joseph Kabila (2007-2008) estime que ce deal constitue une « chance civilisationnelle » pour son pays.

Pour l’ancien vice-président de la commission des relations extérieures de l’Assemblée nationale, ce partenariat conclu autour des minerais critiques pourrait permettre à la RDC, pour la première fois, de transformer sa rente minière en puissance industrielle, tout en assainissant sa gouvernance, et ainsi éviter de reproduire le cycle historique où le pays enrichit le monde sans se développer. Alain Lubamba présente d’ailleurs cet accord comme « un instrument potentiel de transformation structurelle » capable de « reconfigurer un modèle économique trop longtemps fondé sur l’exportation brute des ressources naturelles ».

Pour soutenir son analyse, l’ancien vice-ministre du Budget (2008-2010) met en avant l’engagement de transformation locale contenu dans l’accord. Le texte prévoit en effet un appui des États-Unis à la transformation locale des minerais — raffinage, unités de transformation, participation à des projets en aval à l’étranger. « Ne pas transformer chez nous, c’est rester dépendants ; transformer chez nous, c’est affirmer notre souveraineté », soutient Alain Lubamba.

« Nettoyer les pratiques toxiques »

Autre argument central : l’ancien président du conseil d’administration du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC) présente la nature des investisseurs américains comme un élément différenciant. Il affirme que les standards américains — « compliance, audits permanents, obligation de transparence » — seraient incompatibles avec les pratiques opaques qui ont marqué une partie du secteur extractif.

« Cette configuration représente un levier unique pour nettoyer les pratiques économiques toxiques, crédibiliser l’État auprès des marchés et institutions internationales, et envoyer un signal fort : l’ère de l’opacité touche à sa fin ». L’auteur soutient ainsi que le partenariat pourrait agir comme une contrainte extérieure favorisant une meilleure gouvernance interne : « C’est donc à la fois un partenariat économique et un outil de reconstruction morale de la gouvernance publique ».

En effet, pour consolider son rôle de « partenaire stratégique fiable des États-Unis », la RDC doit, selon l’accord, mettre en œuvre des politiques renforçant la gouvernance, la transparence et l’État de droit. Le texte exige notamment une réforme du cadre fiscal dans les douze mois : stabilisation fiscale de dix ans, remboursement de TVA sous 90 jours, guichet unique, et création d’une autorité fiscale centralisée responsable de toutes les interactions avec les investisseurs du secteur minier. Dans ce secteur, Kinshasa devra, avec l’aide de Washington, renforcer également la régulation, améliorer la transparence des entreprises publiques, consolider les capacités douanières et intensifier la lutte contre les trafics.

Risques à éviter

Si le texte insiste sur les opportunités, il met implicitement en garde contre plusieurs risques. Le premier est institutionnel : le partenariat ne produirait d’effets que si la RDC parvient à bâtir un environnement économique et réglementaire cohérent. L’ancien député national insiste sur la nécessité de créer des conditions industrielles (zones spécialisées, énergie fiable, logistique modernisée) et de garantir une gouvernance fondée sur la transparence et la traçabilité.

Pour lui, l’opportunité pourrait être perdue sans une « discipline » collective : « La vraie question n’est plus de savoir si la RDC peut réussir, mais si elle (…) aura la discipline, la vision collective et l’audace de saisir cette occasion historique », avertit-il.

Enfin, l’expert en développement de performance des politiques publiques évoque un risque de contestation politique et sociale, en référence aux critiques de certains leaders religieux qu’il juge fondées sur une lecture erronée : « Certains leaders religieux l’ont présenté comme un bradage, mais il s’agit d’une interprétation erronée ».

Pour l’ancien ministre, l’adhésion nationale à ce partenariat devient un enjeu stratégique, car l’accord doit être compris comme « une décision d’État pour assainir la gouvernance, sécuriser l’intérêt national et construire la prospérité des Congolais ».

Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya

Lire aussi :

Minerais critiques, sécurité, fiscalité… : ce que prévoit l’accord RDC–États-Unis

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