La Belgique, la République démocratique du Congo (RDC) et la société américaine KoBold Metals s’opposent sur l’accès à des archives géologiques de l’époque coloniale conservées au Musée royal de l’Afrique centrale (AfricaMuseum), à Tervuren. Selon plusieurs médias belges, les autorités de Bruxelles refusent de permettre à KoBold de mener, dans les conditions prévues par Kinshasa, la numérisation de ce fonds documentaire, présenté comme stratégique pour l’exploration minière.
L’accord RDC–KoBold, signé à Kinshasa le 17 juillet 2025, fixe explicitement comme objectif de « fournir un accès public et gratuit aux données géoscientifiques historiques via le Service géologique national du Congo (SGNC) ». Le texte prévoit également que KoBold « déploiera une équipe aux archives géologiques de la RDC conservées au Musée royal de l’Afrique centrale pour commencer la numérisation des documents avant le 31 juillet 2025 ».
Mais sept mois plus tard, cette numérisation n’a toujours pas débuté. Et pour cause : les autorités belges s’opposent au déploiement de l’équipe de KoBold, estimant que des archives publiques fédérales ne peuvent être confiées à une entreprise privée étrangère sans relation contractuelle avec l’État belge. « Nous ne pouvons pas déléguer la gestion complète de l’archivage de nos documents à une entreprise privée », en dehors du cadre juridique belge et européen, explique le directeur de l’AfricaMuseum, Bart Ouvry.
Pour justifier sa position, la Belgique met également en avant un programme de numérisation déjà en cours, financé par l’Union européenne. Ce projet prévoit une digitalisation progressive des archives sur plusieurs années, avec transmission graduelle des copies aux autorités congolaises. Selon les responsables du musée, ce programme s’étalerait sur quatre à cinq ans, avec un aboutissement envisagé à l’horizon 2031. Les données seraient ensuite rendues accessibles selon un cadre convenu entre les institutions concernées, notamment le SGNC.
Contrôle des données géologiques
Les archives de Tervuren sont décrites comme un ensemble massif de cartes, rapports et relevés techniques couvrant près de 500 mètres linéaires de documents. Pour KoBold, spécialisée dans l’exploration assistée par intelligence artificielle, ces données constituent une matière première essentielle pour le lancement de son programme d’« exploration minérale à grande échelle » prévu dans l’accord avec la RDC. L’accès rapide aux données historiques permettrait, en effet, de réduire le risque géologique et d’orienter les investissements.
L’accord relie cette démarche à une stratégie plus large d’exploration et d’investissements américains en RDC. Il mentionne la volonté d’« attirer davantage d’investissements du secteur privé américain, notamment dans le secteur des minéraux critiques », et fait référence à des « chaînes d’approvisionnement sécurisées vers les États-Unis » dans le cadre d’initiatives régionales telles que le corridor de Lobito. Une démarche renforcée par le partenariat stratégique conclu entre Kinshasa et Washington en décembre dernier.
Officiellement, Bruxelles invoque le statut public des archives et l’absence de cadre contractuel direct avec l’État belge. Mais en promouvant un programme européen déjà engagé et en refusant une intervention directe de KoBold, la Belgique conserve de facto la maîtrise du rythme et des conditions de mise à disposition de données décrites comme stratégiques.
Dans un contexte de compétition internationale autour des minerais critiques, le différend sur les archives coloniales dépasse donc la simple question administrative. Il illustre une réalité: le contrôle des données géologiques est désormais au cœur des rapports de force autour des ressources critiques de la RDC.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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