Comment gérer les stocks de cobalt qui s’accumulent depuis la suspension des exportations en février 2025 et la mise en place de la politique des quotas en octobre, afin qu’ils n’augmentent pas brutalement l’offre et ne tirent pas les prix vers le bas ? C’est à cette question que tente de répondre la République démocratique du Congo (RDC) avec sa réserve stratégique.
Lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, le gouvernement congolais a adopté un projet de décret instituant une réserve stratégique des substances minérales stratégiques, dont la signature et la publication au journal officiel restent attendues. Depuis novembre 2018, le cobalt, le germanium et le coltan (colombo-tantalite) ont été érigés en substances minérales stratégiques, mais selon des sources proches du dossier, c’est le cobalt qui est prioritairement visé.
Selon les mêmes sources, cette réserve stratégique doit permettre de gérer les stocks qui s’accumulent à la suite des restrictions à l’exportation. D’après les statistiques officielles, malgré ces restrictions, la RDC a produit 100 015,28 tonnes de cobalt en 2025. Avec 44 338,47 tonnes exportées la même année, il en résulte un excédent de 55 676,81 tonnes.
En 2026, la RDC devrait continuer de produire du cobalt, car cette substance est un sous-produit du cuivre, dont les cours suivent en outre une tendance haussière. Il n’est donc pas exclu que les stocks excédentaires augmentent, même si la RDC devrait voir ses exportations de cobalt progresser en 2026. Celles-ci pourraient se situer à 114 316,55 tonnes. Ce chiffre comprend les 87 000 tonnes de quotas alloués aux compagnies minières, les 9 600 tonnes de quotas stratégiques et les 17 716,55 tonnes de quotas de 2025 non utilisés en raison des difficultés liées à la nouvelle procédure d’exportation, dont la validité a d’abord été prolongée jusqu’au 31 mars, puis au 30 avril 2026.
« Sans mécanisme adapté, ces stocks risqueraient de s’accumuler, et cela poserait des problèmes tant pour les producteurs que pour l’État », souligne, dans Jeune Afrique, Patrick Luabeya, président de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms), à qui la constitution et la gestion de cette réserve ont été confiées. Un projet de décret modifiant le décret du 5 novembre 2019 portant création, organisation et fonctionnement de l’Arecoms a également été adopté à cette fin.
Une hausse des prix encore fragile
L’accumulation des stocks immobilise une part importante de la production, pèse sur la trésorerie et augmente les coûts de stockage pour les entreprises minières, tout en créant une pression à la vente susceptible de tirer les prix vers le bas. Or, en l’absence d’un mécanisme de régulation, la remise brutale de ces volumes sur le marché pourrait provoquer une nouvelle chute des prix, annulant en partie les effets recherchés par la suspension temporaire des exportations et les quotas.
La réserve stratégique est donc conçue comme un outil de gestion des stocks excédentaires, afin d’éviter qu’ils ne déstabilisent à nouveau le marché et ne fassent chuter les prix du cobalt. Le gouvernement affirme d’ailleurs que la création de cette réserve vise à contribuer à la stabilisation des marchés, à soutenir la politique de valorisation de ces substances et à renforcer la souveraineté économique de la RDC.
Selon Jeune Afrique, qui dit avoir consulté le projet de décret instituant la réserve stratégique, celle-ci sera partiellement stockée en RDC et à l’étranger, et constituée grâce au rachat d’une partie des stocks des sociétés minières opérant dans le pays. On ignore pour l’instant comment l’Arecoms compte financer ces achats.
Selon la Banque mondiale, malgré la politique de restriction mise en place en RDC, premier producteur mondial avec plus de 76 % de la production en 2024, le prix moyen s’est situé à 33 910 dollars la tonne, se maintenant bien en deçà de la barre de 80 000 dollars franchie en avril 2022. « Cette faible reprise des prix s’explique principalement par la persistance de stocks excédentaires, l’expansion rapide des sources alternatives (en particulier le précipité mixte d’hydroxyde à base de nickel en Indonésie) ainsi que l’accélération de la transition vers des composés lithium-ion sans cobalt dans la production des batteries pour véhicules électriques, autant de facteurs qui réduisent la pression sur le marché des matériaux traditionnels riches en cobalt », estime l’institution de Bretton Woods dans son rapport sur la situation économique de la RDC, paru en mars dernier. Selon le document, les prix du cobalt devraient même baisser ou rester globalement stables en 2026.
Pierre Mukoko
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