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Commerce agricole : l’EAC veut harmoniser les contrôles phytosanitaires

Commerce agricole : l’EAC veut harmoniser les contrôles phytosanitaires

Les États partenaires de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) veulent harmoniser leurs procédures d’inspection phytosanitaire afin de fluidifier le commerce régional des produits agricoles. Des experts des huit pays membres se sont réunis à Kampala pour finaliser des cadres communs d’analyse des risques phytosanitaires et des procédures opérationnelles standard.

Les travaux ont porté sur quatre produits agricoles considérés comme prioritaires dans les échanges régionaux : le soja, les arachides, les ananas et les avocats. L’objectif est de réduire les délais et les formalités aux frontières, tout en maintenant les mesures nécessaires pour éviter la propagation des ravageurs et des maladies des plantes.

L’atelier technique s’est tenu du 26 au 29 mai 2026 dans la capitale ougandaise. Il a réuni des spécialistes de la santé végétale, des régulateurs agricoles et des experts des politiques publiques venus de l’Ouganda, du Kenya, de la Tanzanie, du Rwanda, du Burundi, du Soudan du Sud, de la Somalie et de la République démocratique du Congo.

Les cadres harmonisés élaborés à Kampala doivent encore être soumis aux instances sectorielles compétentes de l’EAC sur l’agriculture et la sécurité alimentaire avant leur adoption et leur mise en œuvre dans l’ensemble de la région.

Commerce régional

Pour l’EAC, l’enjeu est économique autant que sanitaire. Selon David Wafula, coordinateur du Programme global de développement agricole de l’Afrique au sein de l’EAC, les produits agricoles représentent environ 65 % des échanges au sein de la communauté. L’harmonisation des contrôles dans ce secteur pourrait donc contribuer à réduire les coûts logistiques et à accélérer les flux commerciaux.

Aujourd’hui, les exportateurs sont souvent confrontés à des exigences différentes selon les pays traversés. Ces divergences dans les procédures d’inspection créent des retards, des surcoûts et parfois des litiges aux postes frontaliers.

Le poste de Namanga, entre le Kenya et la Tanzanie, illustre ces difficultés. Environ 350 camions y transiteraient chaque jour. En l’absence de procédures harmonisées, un camion peut rester immobilisé pendant une journée entière avant d’obtenir l’autorisation de poursuivre son trajet. L’objectif affiché est de ramener ce délai à environ deux heures grâce à l’application de règles communes.

Les nouvelles procédures doivent fournir des références communes aux inspecteurs opérant aux frontières. Elles visent à limiter les décisions arbitraires, à réduire les interactions inutiles entre opérateurs et services de contrôle, et à rendre les exigences plus prévisibles pour les exportateurs.

Risques phytosanitaires

Le processus repose aussi sur les principes de l’Organisation mondiale du commerce et de la Convention internationale pour la protection des végétaux. Les experts des États partenaires ont été appelés à déclarer les ravageurs et maladies déjà présents sur leurs territoires.

L’idée est d’éviter qu’un pays impose une mesure de quarantaine contre un ravageur déjà présent chez lui, ce qui pourrait constituer une barrière technique injustifiée au commerce.

Certaines restrictions resteront toutefois nécessaires lorsque le risque est jugé élevé. Les experts citent notamment le mouvement des rejets de bananiers, qui peut être limité afin d’éviter la propagation du Banana Bunchy Top Virus, une maladie susceptible de provoquer d’importantes pertes dans les plantations.

À titre d’illustration, un exportateur d’avocats de RDC transitant par l’Ouganda avant d’atteindre les ports de Mombasa ou de Dar es Salaam pourrait, à terme, bénéficier de critères d’inspection plus prévisibles et mieux alignés entre les pays traversés. L’enjeu est de réduire les ruptures administratives sans affaiblir la protection phytosanitaire.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de l’EAC visant à réduire les barrières non tarifaires au commerce régional. Les dirigeants de la communauté ont fixé au 30 juin 2026 l’échéance pour résoudre les barrières encore en vigueur dans le bloc.

L’harmonisation des inspections phytosanitaires apparaît ainsi comme une mesure technique importante pour faciliter les échanges agricoles. Sa réussite dépendra toutefois de l’adoption formelle des cadres proposés, de la formation des inspecteurs et de l’application effective des nouvelles procédures aux principaux postes frontaliers de la région.

Timothée Manoke 

Lire aussi :

EAC: les États ont jusqu’au 30 juin pour lever les barrières non tarifaires au commerce

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