Le bouclage du financement de la centrale hydroélectrique Ruzizi III, initialement prévu pour le troisième trimestre 2025, est désormais incertain, selon plusieurs bailleurs de fonds du projet cités par Reuters dans une dépêche publiée le 13 mars.
« Avec la progression du M23 au Sud-Kivu, le site du projet Ruzizi III se retrouve dans la zone de conflit (…) Nous adoptons une approche attentiste pour déterminer la suite du projet (…) Nous coordonnons également étroitement avec nos co-financiers », a déclaré un responsable de la Banque européenne d’investissement (BEI), principal arrangeur du financement.
« Le calendrier de la clôture financière dépendra de l’évolution de la situation », a précisé un porte-parole de l’Agence française de développement (AFD), l’un des bailleurs du projet. Du côté de la banque publique allemande de développement KfW, un autre financeur, on affirme que tout nouvel engagement financier est suspendu, conformément à la décision du gouvernement allemand annoncée le 4 mars dernier.
En maturation depuis au moins 2015, le projet Ruzizi III prévoit une capacité installée de 206 MW, pour un coût estimé à 760 millions de dollars. Ce budget inclut la construction d’une ligne d’évacuation d’énergie de 220 kV jusqu’au poste de dispatching régional de Kamanyola. L’infrastructure doit être développée sur la rivière Ruzizi III, un cours d’eau reliant le lac Kivu au lac Tanganyika, qui matérialise une partie de la frontière entre le Rwanda, le Burundi et la République Démocratique du Congo (RDC).
Cette incertitude repousse indéfiniment le début des travaux de construction de cette infrastructure, initialement prévus pour le quatrième trimestre 2025. L’électricité produite devait être répartie équitablement entre le Rwanda, le Burundi et la RDC, bénéficiant à environ 30 millions de personnes.
Une participation de 30 % est d’ailleurs réservée à ces trois pays dans la société de projet Ruzizi III Energy Ltd, aux côtés des partenaires privés, dont SN Power, désormais filiale de TotalEnergies, et Industrial Promotion Services (IPS), basé à Nairobi. Le montage financier prévoit que les bailleurs de fonds (AFD, BAD, BEI, BM, KfW et UE) accordent aux États contractants des dons et prêts concessionnels, qui sont ensuite rétrocédés à la société de projet pour financer la construction de la centrale et de ses infrastructures associées.
Le Burundi, la RDC et le Rwanda font encore face à d’importants défis énergétiques. Selon la Banque mondiale, leurs taux d’accès à l’électricité sont estimés respectivement à 10 %, 21,5 % et 50,6 %. La centrale Ruzizi III permettrait de presque doubler la capacité actuelle du Burundi, d’augmenter de 30 % la capacité installée du Rwanda et d’améliorer l’accès à une énergie fiable pour l’est de la RDC.
Pierre Mukoko
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