Le ministère de la Pêche et de l’Élevage a obtenu, en février 2026, l’approbation d’une convention conclue avec la société Egg’s For Congo pour la gestion et l’exploitation d’un projet avicole structurant dans la ville de Kinshasa. Publiée par l’ARMP, la fiche d’approbation indique un coût total de 7 millions de dollars, une durée de 10 ans et une contractualisation sous la forme d’une régie intéressée.
Les documents publics disponibles permettent de rapprocher cette convention d’un projet de PPP recensé dans le Programme d’investissement public 2026-2028, intitulé « Projet de PPP relatif à l’implantation des fermes parentales et de couvoirs industriels à Kinshasa ». Dans ce tableau, le partenaire privé est également Egg’s For Congo, la durée prévue est de dix ans et le coût y est encore estimé à 11 millions de dollars à la date du 17 juillet 2025, avec un avis favorable sous réserve de la prise en compte d’observations et de recommandations.
En l’état des documents consultés, il est donc possible d’affirmer qu’il s’agit du même projet. En revanche, les pièces publiques ne permettent pas d’expliquer avec certitude pourquoi le coût total est passé de 11 millions à 7 millions de dollars entre juillet 2025 et février 2026.
La convention prend la forme d’une régie intéressée, une modalité prévue par la loi congolaise sur les marchés publics. Ce type de contrat correspond à une formule dans laquelle l’autorité contractante confie la gestion d’un service public à une personne privée ou publique rémunérée par elle, tout en l’intéressant aux résultats d’exploitation du service.
La société Egg’s For Congo se présente, sur son site web, comme une entreprise active dans le secteur avicole en RDC. Selon les informations disponibles sur cette plateforme, le projet a été lancé en 2014 par Jean-Pierre Mwipata, Didier Molisho et Hanno Kiezebrink, avec pour objectif de promouvoir le développement de la filière avicole dans le pays. L’entreprise indique notamment intervenir dans la vente de poussins SASSO, la production et l’importation d’aliments pour volailles, l’importation et la distribution de médicaments et d’équipements avicoles, ainsi que dans la formation technique et la formation en gestion destinées aux unités d’élevage. Contactée afin d’obtenir davantage de précisions sur le PPP, la société n’avait pas encore donné suite à nos sollicitations.
Volonté de relance de la filière avicole
Cette opération s’inscrit dans un contexte plus large de relance de la filière avicole. Le 18 octobre 2024, le Conseil des ministres a approuvé un projet pilote de relance de la production avicole en RDC. Ce programme doit s’étendre sur huit pôles à travers le pays afin de structurer les filières avicoles et de créer des synergies entre aviculture moderne et aviculture paysanne, avec pour objectif affiché de renforcer la sécurité et la souveraineté alimentaires.
Dans la même dynamique, la RDC a engagé, en mars 2025, des discussions avec des partenaires chinois autour d’un projet visant à produire 5 millions de poussins par an. Ce schéma reposerait sur l’importation annuelle de 50 000 couples de reproducteurs parentaux, avec, en parallèle, un transfert de technologies et un appui à la formation des éleveurs. À ce stade, il s’agit toutefois de discussions de coopération, et non d’un programme déjà exécuté.
L’intérêt des autorités pour l’aviculture s’explique par la dépendance persistante du pays aux importations. Selon les données de la Banque centrale du Congo, le cheptel avicole national était estimé à plus de 18,9 millions de têtes en 2023, mais la production locale ne suffit pas à couvrir la demande intérieure. D’après la plateforme Trade Map, les importations de viande de volaille sont passées de 122 964 tonnes en 2019 à plus de 142 300 tonnes en 2023, tandis que la facture associée a augmenté de 66,4 millions de dollars à près de 91 millions de dollars sur la même période.
Dans ce contexte, le projet validé avec Egg’s For Congo peut être lu comme un maillon d’une stratégie plus large de renforcement de l’offre locale en poussins et en intrants avicoles. Mais, à ce stade, les documents publics consultés ne détaillent ni le calendrier opérationnel complet du PPP, ni les investissements poste par poste, ni les observations formulées par l’UC-PPP avant son avis favorable.
Timothée Manoke
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