La Cour des comptes de la République démocratique du Congo durcit le ton contre les irrégularités dans la gestion des finances publiques. Son premier président, Jimmy Munganga Ngwaka, a annoncé l’ouverture de poursuites contre les comptables publics impliqués dans des dépenses effectuées sans pièces justificatives, qu’il considère comme l’un des principaux mécanismes de détournement des deniers publics.
Cette mise en garde a été formulée lors d’un briefing de presse organisé le 13 mai 2026 à Kinshasa, autour de la redevabilité des comptables publics et du contrôle des dépenses de l’État. « C’est à ce niveau qu’il y a des problèmes ; c’est à ce niveau-là que le pays est pillé », a déclaré Jimmy Munganga Ngwaka, promettant de « réduire sensiblement le niveau de banditisme » dans la gestion comptable des institutions publiques.
Le premier président de la Cour des comptes a rappelé le fonctionnement du circuit de paiement des dépenses publiques en RDC. Chaque institution dispose d’un compte dédié ouvert à la Banque centrale du Congo (BCC), alimenté dans le cadre de l’exécution budgétaire.
Selon lui, les ordonnateurs engagent et liquident les dépenses, tandis que les paiements sont exécutés via la Banque centrale avec l’intervention obligatoire des comptables publics. Ces derniers sont chargés d’enregistrer les opérations dans leurs livres de caisse et de conserver l’ensemble des pièces justificatives prévues par le vade-mecum de la comptabilité publique.
Or, d’après la Cour des comptes, plusieurs dépenses sont réalisées sans documents justificatifs conformes, ce qui constitue un signal d’irrégularité grave. « Plusieurs cas de dépenses sans pièces justificatives ; dans ce cas-là, il y a présomption de détournement. Et tous les comptables publics concernés vont être poursuivis devant la Cour des comptes », a averti Jimmy Munganga Ngwaka.
Cette orientation marque un recentrage du contrôle sur les acteurs techniques de la chaîne de dépense publique, longtemps moins exposés que les ordonnateurs politiques. Les annonces de Jimmy Munganga Ngwaka, à la tête de la Cour des comptes depuis 2022, interviennent dans un contexte de renforcement des activités juridictionnelles de l’institution.
Feuille de route
Dans son rapport public annuel 2024-2025, l’institution affirme vouloir faire du jugement des comptes et des poursuites pour fautes de gestion des « instruments essentiels de discipline budgétaire et financière ». La juridiction financière estime que ces mécanismes sont nécessaires pour lutter contre « l’impunité financière » et renforcer « l’État de droit budgétaire ».
La Cour des comptes considère que l’absence de traçabilité dans certaines dépenses publiques fragilise la crédibilité du système de contrôle budgétaire et favorise les détournements. Elle dénonce plusieurs pratiques jugées contraires aux règles de discipline budgétaire, comme l’« abus de la procédure d’urgence », le paiement de dettes intérieures non certifiées ainsi que le non-respect des autorisations budgétaires.
Selon l’institution, ces irrégularités continuent d’affecter la qualité de la gouvernance publique et la transparence dans la gestion des finances de l’État, malgré l’existence des mécanismes de contrôle prévus par la législation congolaise.
Le rapport met également en évidence les écarts enregistrés par la Direction générale des douanes et accises (DGDA), la Direction générale des impôts (DGI) et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD). Ils représentent un manque à gagner global estimé à 3 730,3 milliards de francs congolais, soit environ 1,67 milliard de dollars au taux de change actuel.
À travers cette offensive contre les dépenses non justifiées, la Cour des comptes cherche à accroître la pression sur l’ensemble de la chaîne d’exécution budgétaire, de l’ordonnancement jusqu’au paiement effectif. Le message adressé aux comptables publics est clair : toute opération effectuée sans traçabilité documentaire suffisante pourra désormais être assimilée à une présomption de détournement et exposer ses auteurs à des poursuites juridictionnelles. Cette fermeté affichée intervient alors que les autorités congolaises multiplient les discours en faveur de l’assainissement des finances publiques et de l’amélioration de la gouvernance budgétaire.
Boaz Kabeya









