Facebook Bankable LinkedIn Bankable
Twitter Bankable WhatsApp Bankable
Bankable
Bankable

PLUS LUS

ERG : ce que la nouvelle structure actionnariale peut changer en RDC

ERG : ce que la nouvelle structure actionnariale peut changer en RDC

Le groupe minier kazakh Eurasian Resources Group (ERG), actif dans le cuivre et le cobalt en République démocratique du Congo (RDC), a annoncé, le 22 mai 2026, une réorganisation majeure de sa structure actionnariale. L’opération se traduit par le retrait de deux actionnaires historiques, Patokh Chodiev et la famille d’Alexander Machkevitch, qui faisaient partie des fondateurs du groupe aux côtés de l’État kazakh.

Leurs participations, respectivement de 18,6 % et 20,7 %, ont été rachetées par Nature Energy Solutions Ltd., une société contrôlée par l’homme d’affaires kazakh Shakhmurat Mutalip. À l’issue de cette opération, l’État kazakh conserve sa participation de 40 % dans ERG, tandis que Nature Energy Solutions devient l’un des principaux actionnaires privés du groupe avec 39,3 %. Le solde du capital, soit 20,7 %, reste détenu par les héritiers de l’homme d’affaires Alijan Ibragimov.

Le montant exact des transactions n’a pas été rendu public par ERG. Plusieurs médias internationaux, dont le Financial Times cité par The Insider, évoquent toutefois une opération valorisée autour de 1,4 milliard de dollars.

Dans sa communication, ERG indique que cette réorganisation vise à « renforcer la résilience du groupe », améliorer l’efficacité de sa gouvernance et soutenir sa stratégie de développement à long terme. Le groupe affirme également que ces changements n’affecteront ni ses opérations quotidiennes, ni ses engagements envers ses employés, partenaires et États hôtes.

Des liens russes scrutés

Pour la RDC, cette recomposition actionnariale pourrait toutefois soulever des questions sensibles. Le pays accueille plusieurs actifs stratégiques d’ERG dans le cuivre et le cobalt, deux minerais au cœur de la transition énergétique mondiale. Il s’agit aussi d’une économie fortement dollarisée, qui a renforcé ces derniers mois son rapprochement stratégique avec les États-Unis.

Or, selon plusieurs médias internationaux, Shakhmurat Mutalip entretiendrait des liens avec des acteurs financiers russes visés par les sanctions occidentales depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. The Insider affirme notamment que l’homme d’affaires kazakh aurait des relations avec plusieurs figures du secteur bancaire russe, dont Andrey Kostin, président de VTB, ainsi qu’avec l’oligarque Alisher Usmanov.

Toujours selon ces sources, l’intérêt de Mutalip pour ERG aurait attiré l’attention du département d’État américain, qui redouterait qu’une partie des actifs stratégiques du groupe en RDC ne passe sous influence russe.

Cette dimension géopolitique n’est pas sans précédent pour ERG en RDC. En 2022, le groupe avait expliqué les retards dans le développement de la mine de cuivre-cobalt de Kalukundi, détenue par Swanmines, coentreprise avec la Gécamines, par des difficultés financières liées à ses lignes de crédit auprès de banques russes affectées par les sanctions internationales. Ces retards avaient alimenté des tensions entre les deux actionnaires.

En septembre 2025, lors de la visite du président Félix Tshisekedi au Kazakhstan, la Gécamines et ERG avaient finalement signé un accord de collaboration mettant fin à plusieurs années de différends autour de Swanmines.

Kalukundi comme premier test

Cet accord a notamment conduit à une recomposition du capital de Swanmines. La participation de la Gécamines est passée de 25 % à 49 %, tandis que celle d’ERG a été réduite de 75 % à 51 %. Le groupe s’est également engagé à réaliser, dans un délai d’un an, une étude de faisabilité pour la construction d’une usine de traitement à Kalukundi.

La suite donnée à cet engagement constituera l’un des premiers indicateurs de l’impact concret de la nouvelle structure actionnariale d’ERG sur ses activités en RDC. Si le groupe confirme ses investissements et accélère la mise en œuvre de ses projets, la recomposition pourrait être présentée comme un facteur de stabilisation. À l’inverse, tout ralentissement supplémentaire pourrait raviver les interrogations sur la capacité financière et stratégique du groupe à développer ses actifs congolais.

La RDC occupe une place centrale dans les ambitions africaines d’ERG. Selon ses résultats financiers pour 2025, l’Afrique représentait environ 24 % de son bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA). Le groupe affirme viser, dans les trois à cinq prochaines années, une production annuelle totale d’environ 300 000 tonnes de cuivre et plus de 20 000 tonnes de cobalt.

En RDC, cette stratégie repose notamment sur les actifs de Boss Mining, Frontier, Comide, Swanmines et Metalkol RTR, présenté comme l’un des principaux projets de retraitement de résidus miniers du groupe.

Des actifs sous pression

Mais ERG fait face à un autre défi majeur en RDC : la sécurisation de ses concessions. Depuis 2024, plusieurs de ses sites sont touchés par des invasions récurrentes de réseaux structurés d’exploitants illégaux, notamment à Comide, Boss Mining et Metalkol.

Une enquête publiée en mai 2026 par Africa Intelligence affirme que ces intrusions feraient perdre près de 2 milliards de dollars par an à ERG et entraîneraient également un manque à gagner important pour l’État congolais. Ce dernier est lui-même exposé à travers la Gécamines, actionnaire à hauteur de 49 % dans Boss Mining.

Face à cette situation, le groupe kazakh explore plusieurs pistes afin de tenter de reprendre le contrôle de ses concessions. Le 10 février 2026, ERG a notamment signé un protocole d’accord avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC), filiale de la Gécamines chargée d’encadrer l’exploitation artisanale du cobalt en RDC. Ce partenariat vise à transférer progressivement les creuseurs artisanaux vers des zones d’exploitation artisanale (ZEA) spécialement aménagées, afin de les éloigner des concessions industrielles du groupe.

Une autre piste envisagée consisterait à renforcer la coopération avec l’Inspection générale des mines (IGM), dirigée par Raphaël Kabengele. Selon Africa Intelligence, ERG chercherait à s’appuyer sur cette structure pour améliorer la lutte contre les réseaux d’exploitation illégale opérant sur ses concessions.

Le cas de Metalkol illustre particulièrement les tensions autour des actifs miniers du groupe. Des opérateurs extérieurs auraient pris le contrôle d’une partie des résidus miniers contenus dans le bassin exploité par l’entreprise, avec l’appui présumé de réseaux bénéficiant de relais politiques et sécuritaires. ERG affirme que cette situation menace la durée de vie de l’exploitation et pourrait entraîner plusieurs milliards de dollars de pertes de revenus.

Dans ce contexte, la recomposition de l’actionnariat d’ERG ne se limite pas à une opération interne au groupe. Elle intervient à un moment où ses actifs congolais sont soumis à une triple pression : géopolitique, fiscale et sécuritaire.

Pour Kinshasa, l’enjeu sera de vérifier si le nouvel équilibre actionnarial permettra au groupe de stabiliser ses investissements, de respecter ses engagements industriels et de mieux sécuriser ses opérations. Pour ERG, la RDC reste un pilier stratégique, mais aussi l’un de ses terrains d’opération les plus exposés.

Timothée Manoke

Lire aussi

Mines : la RDC annonce la création d’une unité paramilitaire à 100 millions $

Envahissement des sites miniers: Kinshasa prépare la libération d’une concession d’ERG

Envahissement des sites miniers : ERG mise sur EGC pour limiter la saignée

Mine de Kalukundi : la Gécamines porte sa participation à 49 % grâce à l’accord avec ERG

Cuivre : Mercuria renforce ses approvisionnements depuis la RDC grâce à un accord avec ERG

Abonnez-vous à notre newsletter (gratuit)

Chaque jour, recevez les actualités et les analyses de la rédaction de Bankable.


transport-maritime-lmc-se-positionne-sur-la-liaison-pointe-noire-matadi
Les Lignes maritimes congolaises (LMC SA) et la Société congolaise de transport maritime (SOCOTRAM) ont signé, le 26 mai 2026 à Kinshasa, un contrat...
financements-climatiques-comment-tshisekedi-veut-passer-du-potentiel-au-concret
Le président Félix Tshisekedi veut repositionner la gouvernance forestière de la République démocratique du Congo au cœur de la stratégie économique du...
ebola-africa-cdc-chiffre-la-riposte-a-pres-de-319-millions
Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, estime à 318,97 millions de dollars le coût du plan continental conjoint de riposte à...
uba-a-kolwezi-les-dessous-d-une-strategie-pour-capter-les-liquidites-du-bassin-minier
Le 20 mai 2025, United Bank for Africa (UBA) a inauguré une agence bancaire à Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, marquant ainsi son entrée dans...

 
 

PLUS LUS

Please publish modules in offcanvas position.