Le président Félix Tshisekedi veut repositionner la gouvernance forestière de la République démocratique du Congo au cœur de la stratégie économique du pays. Lors de la 90ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres du 22 mai 2026, le chef de l’État a demandé au gouvernement d’accélérer la finalisation de la nouvelle politique forestière nationale et d’élaborer, dans un délai de 30 jours, une feuille de route interministérielle sur la gestion des ressources forestières et environnementales.
L’objectif affiché est de faire des forêts congolaises un actif stratégique capable d’attirer davantage de financements climatiques, de renforcer la position diplomatique de la RDC et de soutenir son ambition de « pays-solution » face à la transition énergétique mondiale.
La RDC abrite environ 60 % des forêts du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie. Le pays possède aussi un potentiel considérable en minerais critiques indispensables à la transition énergétique mondiale. Il est notamment le premier producteur mondial de cobalt, avec 220 000 tonnes produites en 2024, soit 76 % de la production mondiale, ainsi que le deuxième producteur mondial de cuivre, avec près de 3,5 millions de tonnes produites en 2025. Le pays est aussi un important producteur de coltan. Le seul site de Rubaya représenterait environ 15 % de la production mondiale.
Cette réalité confère à la RDC un rôle naturel de « pays-solution » face à la transition énergétique mondiale. Pour Félix Tshisekedi, ce leadership ne pourra toutefois être durablement reconnu sans « une gouvernance forestière exemplaire, fondée sur la transparence, la redevabilité, le respect des communautés locales ainsi que la cohérence des politiques publiques ».
Depuis plusieurs années, Kinshasa cherche à valoriser son capital forestier auprès des bailleurs internationaux, des institutions multilatérales et des investisseurs spécialisés dans les projets bas carbone. En juin 2025, la Banque mondiale a annoncé un décaissement de 19,47 millions de dollars en faveur de la RDC dans le cadre du Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF), en contrepartie de la réduction de 3,89 millions de tonnes d’émissions de carbone dans la province du Mai-Ndombe.
Gouvernance à renforcer
Cette volonté se heurte toutefois à plusieurs défis. Les partenaires internationaux pointent régulièrement des faiblesses liées à la gouvernance, à la traçabilité des projets, à la coordination institutionnelle et à la sécurité juridique. La nouvelle politique forestière vise à répondre à ces critiques à travers une feuille de route impliquant plusieurs ministères.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, cette feuille de route devra intégrer plusieurs priorités, notamment la gouvernance forestière, les mécanismes de surveillance environnementale, les concessions forestières des communautés locales (CFCL) ainsi que le principe du consentement libre, informé et préalable (CLIP).
Le chef de l’État souhaite également intégrer le projet du Couloir vert Kivu-Kinshasa dans cette nouvelle dynamique. Ce programme est présenté par Kinshasa comme une initiative stratégique combinant conservation des forêts, développement local et transition verte.
Félix Tshisekedi a aussi souligné que les enjeux liés à la gouvernance environnementale prennent une place croissante dans les mécanismes internationaux de financement et dans les critères d’investissement appliqués par plusieurs partenaires financiers et industriels.
Dans cette perspective, le gouvernement prévoit d’articuler la politique forestière avec plusieurs secteurs stratégiques, notamment les mines, l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, les finances et l’aménagement du territoire. Cette approche vise aussi à attirer des investissements dits « responsables », de plus en plus sensibles aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
Lire aussi :
Écologie contre pétrole : 29 blocs superposés au Couloir vert Kivu-Kinshasa
Réduction des émissions de carbone : la RDC reçoit une récompense de 19, 47 millions $
La RDC prépare une réforme des PPP pour y intégrer les enjeux climatiques
Lobito, Kivu–Kinshasa, Kisangani : un financement de 180 millions € de l’UE annoncé









