Le gouvernement congolais prépare un projet pilote de digitalisation des procédures frontalières au Sud-Kivu. L’objectif affiché est de réduire la fraude, le dumping et le coulage des recettes publiques dans une province où les pertes seraient estimées à près de 33 millions de dollars par mois, selon le ministère du Commerce extérieur.
Le sujet a été examiné le 17 juin 2026 à Kinshasa lors d’une réunion entre le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, et Mohamed Eidha Awadh, CEO d’Azania Group. Cette structure est présentée par le ministère comme porteuse d’une expertise tanzanienne en matière de digitalisation des procédures frontalières.
Selon l’annonce officielle, le futur système doit transformer les procédures physiques en procédures numériques. Il doit permettre un meilleur suivi des flux commerciaux transfrontaliers, renforcer la traçabilité des opérations et améliorer la collecte des taxes liées au commerce frontalier.
Le Sud-Kivu servira de province pilote pour cette initiative. Le ministère indique qu’une évaluation devra être réalisée dans un délai de 45 jours afin de mesurer la pertinence du dispositif et d’envisager son déploiement progressif sur l’ensemble du territoire national.
Pour Kinshasa, l’enjeu est autant fiscal qu’économique. La digitalisation des procédures frontalières est présentée comme un outil de lutte contre le coulage des recettes publiques, mais aussi comme un moyen d’appuyer le gouvernement provincial dans la mobilisation des ressources nécessaires aux défis sécuritaires et de développement, notamment dans les infrastructures.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de modernisation du commerce transfrontalier dans la région des Grands Lacs. Depuis le 30 octobre 2024, la RDC et le Burundi appliquent le Régime commercial simplifié, RECOS, aux postes frontaliers de Kavimvira, côté congolais, et Gatumba, côté burundais.
Ce mécanisme, mis en œuvre dans le cadre du COMESA, vise à simplifier les procédures de dédouanement et à réduire les coûts des transactions pour les petits commerçants transfrontaliers. Selon l’Office burundais des recettes, 66 produits originaires de la RDC et du Burundi bénéficient de facilités douanières dans le cadre de ce régime.
Le RECOS prévoit également un passage plus rapide et plus clair aux frontières. D’après l’ACP, l’évaluation menée en juin 2025 entre le ministère congolais du Commerce extérieur et le gouvernorat du Sud-Kivu avait rappelé que ce dispositif fixe, pour commencer, un seuil de marchandises de 500 dollars par commerçant et par jour sans paiement des droits de douane.
La RDC dispose déjà d’expériences de coopération numérique avec la Tanzanie dans le suivi des flux commerciaux. Une interconnexion entre les administrations douanières congolaise et tanzanienne permet notamment l’échange de données liées au transit de marchandises exportées vers la RDC via le port de Dar es Salaam.
Le nouveau projet annoncé au Sud-Kivu semble s’inscrire dans cette logique : utiliser les outils numériques pour mieux suivre les flux, réduire les pertes fiscales et produire des données plus fiables sur les échanges transfrontaliers.
À ce stade, il s’agit toutefois d’un projet pilote. Son impact réel dépendra de sa mise en œuvre, de l’adhésion des services frontaliers, de l’interopérabilité avec les systèmes douaniers existants et de la capacité des autorités à encadrer les petits commerçants sans alourdir les formalités.
Boaz Kabeya
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